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Discours prononcè aux funerailles d'Albert Lancaster

Discours prononcé aux funérailles d’Albert Lancaster, membre de la Classe (I); par M. Mourlon, membre de l’Académie.

Messieurs,

En me confiant la mission de rendre en son nom un dernier hommage à la mémoire de notre regretté confrère Albert Lancaster, l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique a eu surtout en vue les liens d’amitié qui, depuis nombre d’années, existaient entre nous.

Sa fin prématurée laissera parmi nous un vide d’autant plus sensible qu’il était le représentant le plus autorisé de l’une des branches les plus importantes de notre activité scientifique : la météorologie, et que ses rapports avec ses collègues, toujours empreints de la plus grande aménité, lui avaient concilié leurs sympathies unanimes 'au sein de notre Compagnie, où il entra comme correspondant le 15 décembre 1892, pour en devenir membre -titulaire cinq ans après.

Tout en laissant à des voix plus autorisées le soin de retracer sa brillante carrière à l’Observatoire royal, ses missions à l’étranger, ses travaux en collaboration avec son ancien directeur et ami, feu notre illustre confrère Houzeau, je ne pujs m’empêcher de rappeler les principales contribution^ qu’il apporta par ses recherches N originales à la sismologie et à l’hydrologie, qui ne sont en réalité que des subdivisions de la science géolo-

gique.

y . (I) Extrait des Bull, de l' Acad. mu. de Belquiue (Classe des sciences),

" n» 3, pp. 173-176, 1908.

Délégué par l’Académie à la Conférence internationale de sismologie qui s’est tenue pour la deuxième fois à Strasbourg du 24 au 28 juillet 1903, et dont on connaît les heureux résultats, son état de santé ne lui permit malheureusement pas d’assister à la troisième Conférence, qui eut lieu à La Haye l’an dernier et à laquelle il était bien certainement appelé à occuper une situation aussi en vue qu’à la précédente.

C’est que depuis un grand nombre d’années notre savant confrère s’était attaché à continuer, pour les tremblements de terre, les travaux insérés à partir de 1843 dans nos publications académiques par un savant distingué de Dijon, Alexis Perrey. Mis en rapport avec ce dernier par le fondateur de notre Observatoire royal, Ad. Quetelet, le célèbre créateur de la physique sociale, il collabora aux derniers travaux du savant français qui le tenait en haute estime. Et c’est ainsi que, pour continuer l’œuvre de ce dernier, il fut amené à consigner avec le plus grand soin dans nos Bulletins, ainsi que dans la revue Ciel et Terre, dont il était le directeur et l’un des fondateurs, les tremblements de terre qui se propagèrent en Belgique à partir de 1873.

Il publia aussi dans V Annuaire météorologique de 1901 la liste complète, avec d’intéressantes considérations sur la nature et l’origine, des tremblements de terre ressentis en Belgique depuis le IVe siècle et dont la partie antérieure à 1883 avait déjà paru dans la revue Ciel et Terre en 1887.

Je rappellerai également que Lancaster a joint ses efforts, dans Ciel et Terre, à ceux des membres de la Société belge de géologie, dans leur publication spéciale, en vue de la recherche d’une relation entre les mouvements de l'atmosphère et les coups de grisou, à

l’effet de pouvoir parer dans une certaine mesure aux terribles catastrophes qu’ils engendrent dans nos mines de houille.

Enfin, il me reste à rappeler le précieux appoint qu’il apporta par ses travaux à nos connaissances hydrologiques. On sait, en effet, combien à mesure du développement des études géologiques, il est accordé à l’eau de la pluie une influence de plus en plus prépondérante dans la production des phénomènes naturels qui en font l’objet, et l’on sait aussi combien il est désirable de pouvoir déterminer avec précision la nature et l’importance hydrographique de nos différents bassins.

C’est assez vous dire l’accueil qui fut fait au magnifique ouvrage de Lancaster intitulé : La pluie en Belgique. Ce travail avait pour objet de déterminer, à l’aide de 211 stations, dont les observations furent centralisées à l’Observatoire royal, comment et en quelles quantités les pluies tombent sur nos régions. 11 était accompagné d’une carte au 400,000e de la distribution géographique des pluies en Belgique, et la Société belge de géologie n’hésita pas, eu égard à son importance, à en assumer, avec de hauts appuis, les frais importants de publication.

Albert Lancaster, dont je ne puis qu’esquisser ici à grands traits quelques épisodes de sa vie scientifique, était né à Mons le 24 mai 1849, et, dès 1866, Adolphe Quetelet, le secrétaire perpétuel de l’Académie, l’adjoignit au chevalier Marchai, qui occupe aujourd’hui ces hautes fonctions, pour l’aider dans les travaux du Secrétariat de notre Compagnie. Et ce n’est qu’en 1875, lorsque Ernest Quetelet remplit l’intérim de la direction de l’Observatoire, que ce savant obtint du Gouvernement d’y détacher Lancaster.

Mais ici je m’arrête, ne voulant point empiéter sur le domaine des savants spécialistes qui vous montreront combien l’ami dont nous déplorons la perte se montra digne, en tous points, des marques d’estime et de confiance qui lui furent témoignées par ses chefs à l’Observatoire et tout particulièrement par celui qui, ayant reconnu les aptitudes spéciales de Lancaster, en fit son collaborateur : j’ai nommé le regretté maître J.-C. Houzeau.

Je termine en rappelant qu’il y a quelques jours à peine, à l’issue de notre dernière séance de la Classe des sciences, nous nous trouvâmes avec quelques confrères retenus d’une façon inaccoutumée, aux côtés de Lancaster, par une amicale causerie qui ne laissa point que de nous impressionner, bien que, de son côté, malgré l’amaigrissement qui lui donnait une autre physionomie, rien ne semblât trahir la moindre appréhension du douloureux événement qui nous réunit en ce moment dans cette chambre mortuaire.

Nous étions loin de nous attendre à ce qu’un aussi prompt dénouement vînt enlever notre ami à l’affection des siens, à la tendresse de sa compagne dévouée et de sa fille. Celles-ci trouveront, je l’espère, quelque consolation dans cette pensée que celui qu’elles pleurent vivra toujours dans l’esprit de ses nombreux amis qui, tout en admirant sa valeur scientifique, ont pu apprécier son caractère intègre, sa nature si droite, son esprit si conciliant, sa physionomie empreinte de bonté et de ménagement pour ceux-là mêmes qui pouvaient se trouver en désaccord avec lui.

C’est dans cet espoir, mon cher Lancaster, qu’au nom de tous tes confrères, je te dis : Adieu ! !

Bruxelles. — H ayez, imprimeur.

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