CURÉ DE ST. JEAN DORCHESTER
A L'OGCASION DE LA HÉNÉDICTION DE LA PREMIÈRE PIERRE DE L'ÉGLISE DES RR, PP, JÉSUITES.
Hæc est dies quam fecit Dominus : exultemus et letemur in ed. Ps. 117.
Monseigneur, !
I y aura bientôt treize ans, que je prêchais à Montréal, à l’occasion d’une cérémonie religieuse précisément la mème que celle qui vous réunit en ce moment mes chers frères.
L'assemblée devant laquelle j'eus alors à parler, comme celle que
jai l’honneur d'avoir aujourd'hui pour auditoire, était des plus
inposantes par le nombre aussi bien que par la qualité des personnes qui la composaient. Cependant j'avais à peine comniencé mon discours, dont les premières paroles ne s'étaient écharz tes de mes lèvres qu'avec un certain saisissement, que je me sentis à l'aise. Car il me fut impossible de ne pas nr''apercevoir au pieux recueillement qui se fit, que l’on était disposé à m'écouter avec bienveillance. Je me félicite d'avoir aujourd'hui comme alors à m'adresser aux catholiques de Montréal, si distingués par leur esprit de foi et de piété, puisque j'ai lieu d'espérer qu’ils me traiteront avec indulgence. Puissé-je mériter cette nouvelle faveur par la manière dont je remplirai la tâche qui nr'a été confiée de porter la parole en cette circonstance, que je considère comme si solennelle que je l'ai appelée un jour que le Seigneur a fait ; dies quam fecit Dominus.
1 Tout en mettant à profit les notes prises pendant le débit du discours, nous le publions sur un manuscrit que nous croyons une copie de celui de l’auteur.
ET
En vous demandant bien pardon de m'être cru dans la nécessité de me mentionner devant vous, je passe maintenant à mon sujet, qui seul avait le droit de réclamer votre attention ! Et ce sujet, M. & F. il vous est tout connu! Car en présence des objets qui nous environnent, et à la vue de l'appareil des cérémonies qui commencent à se déployer à nos yeux, il n'y à plus de choix à faire: la matière de notre entretien est déterminée, d’ai donc à vous parler de la bénédiction de la pierre angulaire ou fondamentale du nouveau temple que, sur cet emplacement, vous aurez bientôt élevé pour la gloire de Dieu et pour le salut des âmes. Et c'est ce que je vais n'efforcer de faire aussi brièvement que possible, en donnant quelque développement à l'idée exprimée par les paroles du texte que j'ai mis en tête de ce discours. Jace est dies quam fecit Dominus ! Voici un jour que le Seigneur a fait.
Oui, M. CG. FE. c'est ainsi qu'il convient d'appeler le jour de la bé. nédiction de la première pierre d'une église, Pour en être convaincu, il suffit de se rappeler qu'il entre dans les desseins de Dieu qu'il y ait ici-bas certains lieux spécialement consacrés à son culte. Ge que tous les peuples de la terre, quelles qu'aient été leur origine et leur croyance, ont compris dans tous les âges aussi bien que dans tous les pays du monde.
Pour nous chrétiens la chose ne fit jamais doute ! et nous sommes habitués par notre instruction religieuse à regarder comme chose qui va de soi la nécessité des églises, c'est-à-dire, de ces maisons de prières, où l'oreille, les veux et le cœur de Dieu sont toujours ouverts à nos besoins; de ces temples saints où chaque jour et à chaque instant du jour, du levant au couchant, du midi au septentrion, s'inmmole, pour appaiser la justice et invoquer les miséricordes du Seigneur, une victime sans tache et d'un prix infini; de ces demeures enfin où J, CG. daigne nuit et jour habiter personnellement avec nous, et dans lesquelles il nous convoque pour nous y faire entendre par la voix de la religion les divins enseignements destinés à éclairer et guider notre route à travers les écucils du temps, et nous faire arriver heureusement au terme de notre éternité.
Pour cette première considération, ilest clair que le jour de la bénédiction de la première pierre d'une église peut toujours et à juste titre être appelé un jour que le Seigneur a fait, puisqu'en ce jour il daigne élire un nouveau domicile au milieu des hommes.
Et, à en juger par l'ensemble des chants et des prières qui composent le rite de cette bénédiction, il est bien évident que l'Eglise l'envisage et le considère ainsi.
D'abord, c'est la grande et sublime voix du Prophète-Royal qui se fait entendre, pour nous redire sous l'inspiration qui l'anime, les beautés et les magnificences des tahernacles du Dieu vivant ; pour nous rappeler qu'ils doivent être pour le cœur de l'homme ce que sont pour le passereau et pour la tourterelle leur demeure et leur nid ; qu'ici-bas le véritable bonheur ne se trouve que dans les parvis sacrés et autour des saints autels ; que ceux-là seuls sont vraiment heureux qui aiment à les fréquenter pour se préparer à entrer un jour dans le temple éternel de la céleste patrie !!!—Et puis, vien-
nent ensuite les touchantes prières que le pontife qui remplit la fonction sacrée de bénir, adresse au ciel dans ces oiles et grandes formules liturgiques dont le langage paraît aussi divin à la piété qui les médite, que celui même du texte sacré. Quelle suave et émouvante expression des élans de la foi, de la fermeté de l’espéance, des ardeurs de la charité, que tous ces chants et toutes ces prières qui proclament bien hautement à leur manière, que le jour d'une si pieuse et si touchante solennité est véritablement un jour que le Seigneur à fait!
Mais un motif tout particulier qui m'autorise à vous dire, M. C.F. que la cérémonie qui va avoir lieu tout à l'heure, et à laquelle vous vous êtes rendus avec tant d’'empressement, doit être considérée comme un jour que le Seigneur à fait, c'est que je sais à n'en pouvoir douter que Je ne suis en parlant ainsi, que l'écho du cœur et des sentiments du vénérable Evêque de Montréal, qui voit aujourd'hui avec une joie qu'il ne cherche point à déguiser, couronner ce que je me sens le droit d'appeler l'œuvre la plus importante de sa longue et si fructueuse administration, je veux dire le rappel au Canada des célèbres enfants de St. Ignace de Loyola !! Il est bien vrai que le jour auquel il fut spécialement convenable d'appliquer ces paroles, dies quam fecit Dominus, fut celui de leur rentrée en ce pays. Elsi au moment où ils reparaissaient au milieu de nous, elles ont pas retenti d'un bout à l'autre de la Province, il n'en est pas moins certain que le sentiment qu'elles expriment, rembplissait le cœur de tous ses habitants. Dans le diocèse de Montréal surtout, qui eut le privilège de saluer et d'accueillir les premiers instants de leur retour, personne, j'en suis sûr, ne demeura étranger à ce sentiment,
Notre digne et saint Evèque, qui avait sollicité et pressé ce retour fut au comble du bonheur !IT voyait revenus, pour porter avec lui le poids du jour et de la chaleur, des ouvriers laborieux et infatigables, prêts en tout temps, à toute heure, à aller travailler à la vigne du Père de famille. H'vovait se ranger autour de lui, et juste en temps opportun, comme chacun peut aujourd'hui le voir et le comprendre, les plus habiles et les plus valeureux défenseurs que Dieu ait donnés dans cesderniers siècles à l’ordre religieux et social, ainsi qu'aux dogmes et à la morale de son Eglise.
Le clergé tout entier prit une large part dans la joie de son évèque. Il se sentait devenu fort de la présence et de l'appui de ces hommes éminemment apostoliques, que son éducation classique et cléricale l'avait accoutumé à respecter et vénérer en tout comme ses maitres, el comme ceux qui les premiers avaient allumé en ce pays le foyer des sciences sacrées et profanes. Maïs ceux qui dans le clergé se réjouirent davantage de cet heureux évènement, ce furent les dignes enfants du vénérable M. Ollier, les Sulpiciens, ces prètres si réguliers et si édifiants que Dieu dans une bonté toute paternelle donnait dès son origine pour pasteurs à la ville de Montréal! Pour ces hommes identifiés avec tous les intérèts religieux de cette cité qu'ils avaient vu naître, et que leur piété baptisait à sa naissance du nom de Ville-Marie, voir arriver les Jésuites, c'était retrouver des frères que des temps de triste et amer
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souvenir leur avaient enlevés! c'était retrouver des collaborateurs, qui, pendant longtemps, avaient secondé leurs efforts et leur zèle pour établir solidement dans les cœurs de tous les habitants de cette ville le règne de Jésus et de Marie. Aussi en les revoyant, leur donnaient-ils l’accolade la plus fraternelle, et leur adressaient-ils par leur contenance, sinon par leurs paroles, un bonjour tout parfumé de véritable esprit sacerdotal, * Arrivez ! semblaient.ils évidemment leur dire, arrivez !! Nous vous recevrons comme vous reve. nez, pour la plus grande gloire de Dieu. Nos travaux unis encore une fois ne sauraient manquer de faire produire à la vigne si chère à nos cœurs, confiée à nos soins par la Divine Volonté, des fruits abondants pour la vie et le salut des âmes! Là se sont toujours bornés nos vœux el nos désirs, auxquels vous revenez, nous n’en doutons pas, uniquement pour associer les vôtres, Ecee quäm bonum et quüm jucundum habitare fratres in unum! 1”
Le fait du citoyen de cette ville qui s'empressa d'aller au devant des nouveaux arrivés, et de leur offrir avec une générosité digne de tout éloge de partager avec eux sa propre demeure qu'ils habitérent en effet pendant plusieurs années, prouve bien que ce ne furent pas seulement l'évêque et le clergé du diocèse qui se réjouirent du retour des Jésuites, mais que les fidèles aussi furent dans une grande joie, Et il ne pouvait pas en être autrement! Car l'histoire du pays et les traditions de famille avaient conservé bien vif dans toutes les mémoires le souvenir de ces vénérables Pères, qui avaient laissé tant de traces ineffaçables du séjour qu'ils avaient autrefois fait en Canada, par les Missions fondées au prix du sang et de la vie de bon nombre d'entr'eux; par les monuments qu'ils avaient érigés aux sciences et aux lettres; par la réputation de savoir et de sainteté qu'ils avaient partout laissée derrière eux ; par le dévouement avec lequel ils avaient pendant une longue suite d'années, élevé et formé à peu près toute la jeunesse du pays, surtout celle qui était appelée à occuper un rang ou un Solo) dans la société,
Mais ce qui avait contribué davantage à garder ce souvenir si vivant, c'étaient les éloges que les jeunes gens qui fréquentaient les colléges établis au pays depuis que les Jésuites, forcés par une pression étrangère, y avaient fermé le leur; c'était, dis-je, le concert de louanges que ces jeunes gens entendaient, en toule occasion, leurs maitres et leurs professeurs adresser au mérite et aux vertus des illustres Pères qu'ils avaient remplacés dans les soins de l’éducation. Il doit probablement se trouver parmi ceux qui m'écoutent en ce moment, quelques-uns et mème plusieurs de ceux qui ont fait leurs cours classiques sous cette ère d'admiration aussi sincère que manifeste pour les membres de la compagnie de Jésus 1...
Je demande bien pardon aux révérends Pères de la Société ici présents, des blessures que je sens que jinflige en parlant ainsi, à
t Ici l’orateur entre dans des détails anecdotiques et familiers qui nous échappent, mais qui prouvent bien, dit-il en finissant, ‘ quelle idée l’on nous apprenait autrefois à nous former des Jésuites, dès notre première enfance.” Note du stén.
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T leur modestie et à leur humilité, Je suis bien certain que ce n'était pas pour me fournir l'occasion de louer et préconiser leur Institut qu'ils m'invitaient à prêcher en ce jour, Toutelois, s'ils sont assez offensés pour me reluser la grâce du pardon que j'implore, il me reste du moins pour me consoler, l'assurance que vous, M. CF, vous accueillez avec toute la bienveillance possible les détails dans lesquels j'ai cru devoir entrer pour vous démontrer combien vous avez eu raison de bénir la divine Providence du bienfait signalé qu'elle vous accordait, en rendant à vos regrets et à vos désirs les vénérés disciples de St Ignace, Une expérience personnelle vous met aujourd'hui en état de juger et d'apprécier par vous-mêmes la grandeur et l'importance de ce bienfait, Car quoiqu'il n'y ait encore que peu d'années qu'ils sont revenus au milieu de nous ; cependant les vertus qu'ils ont pratiquées sous vos yeux, les cuvres de tout genre qu'ils ont embrassées avec tant de zèle et l'empressement ; les soins qu'ils ont prodigués à la jeunesse qui fréquente leur collége et spécialement à ce si grand nombre d’intéressants jeunes gens qu'ils ont formés en association régulitcre sous le beau titre de l'Union Catholique, uvre admirable qui ne date que d'hier, et néanmoins déjà si féconde en fruits et en résultats précieux; c'est plus qu'il ne fallait pour vous inspirer le respect et la vénération profonde que vous avez vouée à ces dignes et excellents Pères, Et de là vient que je n'hésite nullement à croire que j'ai été l’interprète exact et fidèle des sentiments qui vous animent, en envisageant comme l'un des jours les plus heureux de votre vie, celui auquel vous les avez vus rentrer en ce pays, d'où ils avaient êté beaucoup trop longtemps absents, au gré de tout les cœurs et de tous les esprits !!
Voici maintenant arrivée l'occasion de couronner ce beau jour! Mais je sens qu'il serait pour moi inutile et superflu de vous exhorter à en profiter pour prouver par vos faits, que je n'ai en rien exagéré vos dispositions bienveillantes à l'endroit de ces vénérables Religieux, si dévoués à la gloire de Dieu et au salut des peuples. I y a déjà longtemps que, de vous-mèmes, vous avez compris que les Jésuites au milieu de vous sans une église convenable, n’y étaient qu'à moitié! Vous vous rappeliez qu'autrefois à côté de leur résidence à Ville-Marie ils avaient bâti dans des vues de zèle et de bien public une église qui subsisterait sans doute encore sans les ravages du grand incendie de dix-huit-cent-trois, et dans laquelle plusieurs des anciens citoyens de cette ville encore vivants ont dû bien des fois dans leur jeune âge aller s'agenouiller et prier! Et au premier appel fait à votre bonne volonté, vous vous êtes mis à l'œuvre pour la reconstruire cette églies des Jésuites, sur des proportions plus en harmonie avec le goût et les besoins du temps, et surtout plus en harmonie avec les sentiments de vos cœurs, d'où l'on croyait entendre s'échapper ce cri de la piété reconnaissante : Hæc dies quam fecit Dominus! ! exullemus et lætemur in ed! qui deviendrait ici, M. C. F. du plus heureux à propos, s'il est vrai selon l'opinion de quelques commentateurs, que ce fut au retour de la captivité de Babylone, dans le temple de Jérusalem sorti de ses ruines, que ces parolesfurent pour la première fois entendues,encore toute brulantes
ne
de la chaleur de la divine inspiration, qui les mettait à la bouche du peuple Juif pour bénir et remercier le Seigneur d’une faveur parfaitement analogue à celle que vous a faite son infinie bonté, en vous appelant vous aussi à relever son temple détruit. Et, une Tois cette église rebitie, vous aurez la consolation de voir se aé ployer dans toute leur étendue les ressources et l'activité d'un zèle j jusqu'ici nécessairement comprimé, à raison du peu d'espace que lui fournissait l'étroit et modeste loca! dans lequel il avait à s'exercer.
Et puis encore, en reconstruisant cette église, vous allez former comme un lien indissoluble qui unira intimement vos âmes à celles de la Société de ces hommes apostoliques, qui ne vivent que pour
sanctifier les autres, après s'être sanctifiés eux-mêmes, Et ces sortes d' unions, formées dans la grâce et la charité de N.S.T.G., deviennent, avec le temps. aussi étroites et aussi difficiles à rompre que celles qui, dans l'ordre de la Providence et de la nature, attachent lun à l'autre les membres de la famille chrétienne. Si vous ne saisissez pas bien ma pensée, faites la supposition qu'il va vous falloir tout à coup briser vos rapports spirituels avec les prètres st pieux et si zélés que depuis plus de deux siècles la population de Montréal est habituée à vénérer et à aimer comme ses Pères en Dieu, et vous m'aurez parfaitement compris.
I me reste à vous communiquer une dernicre réflexion, qui pour n'être pas de nature à exciter à la joie, ne saurait néanmoins manquer d'ajouter encore aux sentiments de li reconnaissance qui vous pénètre et vous anime en ce jour.
I serait impossible de ne pas convenir M G. F., que selon bien des apparences, il y a devant ous des jours d'épreuves peut-être bien amères et bien eruelles !! Epreuves dans lordre du temps. Levez les veux. et regardez à Lous les côtés de l'horizon politique. Quel est le peuple de la terre qui ne se sente pas un peu dans l’inquiétude et Ja consternation ? Que de nuages en effet s'amoncellent de toutes parts ? Etsur nos têtes des nuages peut-être plus sombres et plus épais que sur aucun autre pays du monde ! Quel épouvantable contre-coup ne pourrait pas faire retomber sur nous les affreuses révolution et guerre civile qui dévorent en ce moment la république qui nous avoisine, et qui Gennent l'univers entier dans l'étonnement et la stupeur ?
Mais soit ! Jele veux! Je le désire de toute mon âme ! Nous avons prié ! Prions encore ! Et espérons que la bonté de Dieu nous épargnera le redontable fléau de la guerre, quiaurait pour nous tant de côtés désastreux !! Et les Jésuites n'auront point à cette occasion à exercer envers nous un ministere d'encouragement, de consolation que nous eussions su sans doute apprécier, s'ilnous était devenu nécessaire. Mais pour les chrétiens les luttes et les combats de la guerre ne sont pas les plus redoutables ; puisque, après tout, les maux qu'ils traînent à leur suite, ne sauraient s'étendre au delà des bornes du temps. Les luttes du mal contre le bien, de l'erreur contre la vérité, de l'hérésie contre l'Eglise, de l'impiété contre la religion sont pour eux des luttes bien autrement sérieuses et importantes, puisque leurs intérêts éternels s'y trouvent engagés.
Or, M. C. F,, n'est-il pas déjà un peu arrivé pour nous le temps de
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ces luttes d'un ordre et d'un caractère spirituel ? L'esprit d’insubordination et de révolte, qui s'attaque à l’ordre social et religieux : l'esprit d'impiété et d'irréligion, qui sous le nom de philosophie a fait depuis assez longtemps son apparition dans le monde et qui voudrait détrôner le Christ et renverser ses autels, n'ont-ils pas, oh douleur! malheureusent parmi nous quelques adeptes? Enfants sincèrement attachés et dévoués à notre Mère la Sainte-Eglise, vous ne voudrez pas sans doute leur permettre d'avancer plus loin dans cette lutte impie contre le Seigneur et son éternelle vérité, sans les repousser etles combattre selon la mesure de vos forces. Déjà même vous avez levé et vous tenez bien haut l'étendard de votre foi. Courage !! Courage, soldats de Dieu et de la Groix !! Vous êtes invincibles, vous le savez! Et la victoire vous est d'autant plus assurée qu'aux chefs si habiles et si intrépides qui ont de tout temps marché à votre tète, la Providence à daigné joindre la généreuse phalange des enfants d'Ignace de Loyola !Tls sont là, à vos côtés, munis de toutes pivees, armés de science, de vertu, de dévouement, pour vous aider à soutenir le combat qu'ils n'ont jamais fui.
Après quelques détails sur la conversion de SL. Ignace, et sur le moyen employé par la Providence pour le conduire au ministère des saints autels et à la fondation de son Institut, le prédicateur termine ainsi :
Qui ne sait en effet que, depuis leur apparition dans l'Eglise les Jésuites ont été constamment les plus intrépides soldats de Jésus- Christ et de son Évangile ? qui ne sait que depuis le jour où Dieu, arrachant Ignace aux ambitions et aux gloires de la carrière militaire, terrassa ce nouveau Saul sur un champ de bataille, pour en faire un autre vase d'élection, qui lui aussi porterait son nom devant les rois et les princes, et devant toutes les nations de la terre : depuis ce jour, Ignace et ceux que la Providence lui a donnés pour compagnons, transformant, concentrant toutes leurs ambitions dans la seule gloire de Dieu, sont devenus sous sa main, en face de l'erreur et de l’infidélité, le plus sûr rempart de son Eglise aussi bien que les plus ardents apôtres de la Foi.
Tels sont. catholiques de Montréal, les puissants auxiliaires que Dieu vous à envoyés, et qu'il s'agit aujourd'hui de vous attacher irrévocablement pour défendre votre foi.
Mes frères ! je dois vous demander pardon, à vous aussi, de vous avoir si longtemps et, il faut le dire, bien inutilement entretenus. Car ilest bien évident que vous n’aviez nullement besoin d'un si long discours pour savoir comprendre ce que Dieu demande et attend de vous en cette circonstance, qui me paraît si évidemment un jour qu'il à fait pour vous dans sa bonté !
Déjà môme vous vous êtes en partie acquittés du tribut de gratitude que vous deviez à sa paternelle providence pour lun de ses plus insignes bienfaits. Ce serait donc vous faire injure que de vous exhorter à ne pas vous arrêter en si beau chemin. Vous avez donné libéralement! L'un de vous surtout, à la vérité bien connu pour être coutumier du fait, a donné comme donnent les princes ! Vous donnerez encore, je n'en doute pas; et vous ne cesscrez de donner que lorsque vous aurez achevé d'élever ce monument de
votre reconnaissance, si noblement commencé pour la plus grande gloire de Dicu !! Ad majorem Dei gloriam, selon la devise de famille de ceux avec lesquels vous vous trouvez par un choix spécial de la bonté divine, associés en cette belle et grande entreprise, due aux sentiments de vos cœurs de véritables chrétiens, sur la générosité desquels l’on a cru pouvoir sûrement compter en s' y engageant.
Monseigneur ! avant de donner une première consécration à cette œuvre que vous aippeliez de tous vos désirs, levez vers le ciel vos mains de pontife, pour invoquer sur vos enfants de Montréal, aussi aimés que dignes de l'être, une large et abondante bénédiction !1 Ils la méritent pour l'esprit de foi et de piété qui leur à fait si bien comprendre et si bien seconder l’un des vœux les plus ardents de votre âme d’'Evèque !!
IL fut ensuite procédé par Mgr l'É ivèque de Montréal, selon toutes les prescriptions du Rituel romain, à la bénédiction et à la pose de la pierre angulaire. Gette pierre, qui repose sur le sol, à l'angle Est du sanctuaire, c'est-à-dire, à 20 pieds de la ligne « ‘entrale et verticale du maitre autel, du côté de l'Evangile, renferme, avec plusieurs médailles et pièces de monnaie, un document sur parchemin, Conçu en ces termes :
I Ienatius Bourget, Marianopolitanus Antistes, a primis us que sacri muneris exordiis piorum in dies operum, ad privatam et publicam utilitatem, auctor, altor, perfector, templum ex urbis amplissimis, in honorem $$. cordis ‘Jesu Christi Dei, a fundamentis excilandum euravit.
I—Oliverius Berthelet, civis munificentissimus (jam pridem assuetus animo quäm libentissimo subvenire paupertati Pontificis, de moreinnixidivinae Providentiae thesanris) ceteris exemplo praeit, et opus sponte adgrediendum suscipit unà cum genero Alfrido LaRocque, virtute magis quam sanguine sibi conjunctissimo. Qui,
censu divites, ditiores pietate, aureis sex ferè millibus mox erogatis, solum Dei aedi extruendae adlectum, Societatis Jesu Collegio finitimuin comparant,
HEL—Municipes reliqui, vel cives vel alienigenae, avitae religionis memores, Præsulis vola, quem parentis loco verentur, facile sunt sequuti, Conventu habito, ex primoribus delecti complures, qui aere collato operi insisterent, Gertatim quisque pro viribus contendunt facto confirmare, rem spei conceptae, Religionis urbisque dignitati, et animorum magnitudini non imparem.
IV.—Vix aliquot mensium l: apsu, satis arctis in rebus, imbribusque praeter morem infestis, nec inter exigua catholicae charitatis civium pignora; magna pecunie vis, ingentes lapidum acervi congesti, clivus ferme ‘subac tus, area, ad bis centenos pedes in longitudinem, centum in latitudinem sese porrigens, pene complanata, salutis humanae signum sacro ritu ab Antistite constitutum,
eodemque demum, fundamuntis effossis, lapis angularis terrae vis: ceribus commissus ipsa die ter sanctæ Trinitati sacr: a, XIIT ante festum cujus nomine templum exornabitur, XI Cal. Jun. Qua die
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Carolus J'1Rocque, egregius orator et Praeporitus Ecclesiae S. Joannis (Do: :‘:ster) ad frequentem populum concionem habet ; et caelum int aectato adridens tàm feliciter inceptis favere visum est.
A. R.S. MDCCCLXIV.
Pii IX Pont. Max. gloriosissimi XVIII.
Sub Victoria Anglor. et Canadens, Regina augusta. Carolo Stanley Monck Vicecom., Provinciae Praefecto. Joanne Aloysio Beaudry, Pracfecto urbis.
A. R. P. Petro Beckx, Soc. Jesu universæ Pracposito. R. P. Remigio Tellier, Sup. Gener. Mission.
R. P. Ludovico Saché, Conl. et Conv. Rectore.
PONTIFICI : PIENTISSIMO 'CIVIBVS : ALIENIGIS : QVE DE : DIVINA : PATRVM : RELIGIONE DE : PATRIAE : VRBIS : QUE : AMPLITVDINE NOVO : PIETATIS +: MONIMENTO : MOX : AVGENDA PRAECLARE : HAVD : SEMEL : MERITIS PATRES : SOCIETATIS : JESV GRATIIS : POST : DEVM : ACTIS NEC : MAJORVM : SVORVM : OBLITI VIRTVTVM : LABORVM : HEIC : FVSI : SANG VINIS BENEFICIT : MEMORIAM : P. P.
POSTERIS : QVAM : REMOTISSIMIS : TRANSMITTEMDAM.
XP.
Sequuntur nomina patrum, scholasticor., coadjutor. Traduction.
L Après avoir, dans les premiers jours de son lahorieux épiscopat, médité, promu et exécuté, pour le bien du public et des particuliers, grand nombre d'autres œuvres pieuses, Mgr. Ignace Bourget entreprit de faire élever, en l'honneur du Sacré-Cœur de Jésus, un temple qui pût figurer avec honneur parmi les plus beaux et les plus grands édifices de la cité.
° IL Dans l'habitude depuis longtemps de venir généreusement en aide à un Pontife qui n’a d'autre trésor, d'autres ressources que la divine Providence, M. Olivier Berthelet, avec sa munificence ordinaire, prend spontanément l'initiative de concert avec M. Alfred LaRocque, son gendre : étroitement unis, non moins par la vertu que par les liens du sang ; riches, bien plus encore de piété et de dévouement que des biens de la terre, ils consacrent immediateplus de cinq mille louis à la seule acquisition du terrein contigu au collége de la Compagnie de Jésus, où doit s'élever l'édifice sacré.
IL. Fidèles à la foi &e leurs ancêtres, dociles à la voix d'un Pontife qu'ils révèrent comme un père, les habitants de Montréal, citoyens et étrangers, en même temps qu'ils applaudissent à cette généreuse initiative, se piquent eux-mêmes d'émulation. Dans une assemblée publique, composée des citoyens les plus distingués de la ville, un comité est nommé pour organiser une souscription. Chacun alors, selon ses moyens, travaille à réaliser l'œuvre projetée, de manière à ce qu'elle réponde à l'attente publique, à la dignité de la religion et de la cité, à la générosité des citoyens.
IV. A peine quelques mois écoulés, dans des temps difficiles, malgré les intempéries excessives de la saison, au milieu de tant d’autres dévouements admirables de la charité catholique : le succès de la souscription, les matériaux accumulés, le nivellement du terrein, tout permet à l'ÉEvèque diocésain de planter sur les lieux le signe du salut (20 avril) Enfin, les fondements de l'édifice ayant été creusés dans une longueur de 200 pieds sur 100 pieds de large : le jour même de la Ste. Trinité, le 13e avant la fête du Sacré-Cœur de Jésus, sous le vocable duquel le temple sera dédié, le 11 des Kalendes de juin (22 mai), après un discours prononcé devant un nombreux auditoire par M. Charles LaRocque, orateur distingué et curé de St. Jean Dorchester, cette pierre angulaire est mise en terre. En ce moment, le ciel jusqu'alors sombre et couvert, s’é-
claircit tout-à-coup, et semble sourire à de si heureux commencements.
L'an du salut, mil huit cent soixante-quatre. Du glorieux pontificat de Pie IX, le dix-huitième.
Sous le règne de notre gracieuse souveraine Victoria, reine d'Angle-
terre et du Canada.
Le vicomte Stanley Monck étant gouverneur de la province. Jean-Louis Beaudry, maire de la cité.
Le Très-Rév P. Beckx, général de la Compagnie de Jésus. Le Rév. P. Rémi Tellier, Supér. Gén. de la Mission. Le Rév. P. Louis Saché, recteur du collège et pensionnat.
Au très-pieux Pontife, Aux citoyens et aux étrangers, Qui vont doter d’un nouveau monument de leur piété La Religion et la Patrie Dont ils ont déjà plus/d’une fois si bien mérité, Les Pères de la Compagnie de Jésus reconnaissants, Après avoir rendu grâce à Dieu, Excités par le souvenir des vertus, des travaux, Et du sanglant dévouement de leurs devanciers sur le sol canadien, Ont érigé ce monument de la reconnaissance et du bienfait Pour en transmettre la mémoire à la postérité la plus reculée.
Suivent les noms du personnel de la maison.
ET