‹ Discours prononcéChapitre 1 sur 1 · Discours prononcé · texte numérisé non relu

Discours prononcé

Elle est grande et déplorable la perte que nous faisons dans la personne de M. Rojer-Collard , professeur de médecine légale à la Faculté de Paris , ancien inspecteur de l’université , médecin ordinaire du Roi, chevalier de la Légion - d’Honneur , médecin de la

Maison royale de Charenton , membre de l’académie royale de médecine et autres sociétés savantes; elle est déplorable cette mort prématurée qui l’enlève à tant de titres honorables et de fonctions utiles , et qui nous afflige tous d’une manière si vraie et si profonde !

Oui , toujours nous regretterons ce confrère si attaché à notre Faculté, dont il était l’un des ornemens ; nous sentirons à jamais l’absence de cet esprit si droit, si juste , si sage , qui connaissait si bien les règles , qui en était observateur éclairé, exact, et qui , dans les circonstances les plus difficiles ou les plus délicates, était toujours prêt à offrir à ses confrères un bon avis, mesuré, convenable, approprié aux choses, en rapport avec les traditions, et tel , que le plus souvent il n’était rien de préférable.

Oui , toujours les amis de M. Rojer-Coilard sentiront avec douleur l’absence de cet homme de bien , auprès duquel ils ont trouvé souvent un appui sûr et des conseils si réfléchis, si désintéressés, si exempts de toute opinion formée à l’avance , si conscientieux , en un mot.

De tels regrets ne s’affaibliront point; mais souvent aussi nous fixerons nos regards sur la vie entière de notre digne collègue , et la contempler sera notre consolation :

Au sortir des premières études , terminées avec distinction au sein de cette congrégation qui a donné

Massillon à la chaire chrétienne, M. Royer-Collard ne se laissa point séduire par ces doctrines malheureuses qui trompèrent à cette époque tant d'hommes estima oies, et, plus tard , ne se laissa point intimider par ces hommes révolutionnaires que la terreur précédait, et qui traînaient a leur suite toutes sortes de crimes. Dés-lors M. Royer- Collard opposa aux désordres divers de ces temps abominables les efforts d’une plume habile , d’un talent ferme et énergique, qui désola plus dune fois ses redoutables adversaires; et l’on peut reconnaître que, si M. Royer-Collard eût continué de suivre la carrière des lettres, il serait devenu l’un des écrivains les plus remarquables de notre temps, l’un des plus distingués par la clarté des pensées, la correction du style , l’élégance et la force de l’expression, en un mot, tel que 1 on voit le frere de ce digne collègue à la tribune de la chambre des députés, ou dans la chaire de philosophie.

Livré plus tard à letude de la médecine, M. Royer- Collard n’hésita point, au milieu de ses nombreux condisciples qui admiraient son ardeur pour le travail, à se montrer ce qu’il était sous tous les rapports. jUors les hommes religieux étaient suspects, haïs véritablement , et , dans l’occasion , persécutés : M. Royer- Collard se montra religieux; et je puis l’attester, moi qui eus alors Je bonheur de le connaître et de l’estimer profondément. Je l’ai vu religieux dans ses conversations, dans ses écrits, dans ses mœurs, dans ses habi-

tudes , qui étaient exactes , austères même , et sans cesse accompagnées de cette tolérance vraie qui donne au bon exemple toute la puissance qui lui appartient.

Alors aussi les hommes monarchiques étaient rares , plus rares même que les hommes religieux; M. Royer- Collard était attaché à son Roi, alors loin de la France. M. Royer-Collard ne fut pas étranger à cette Correspondance remarquable qui, dans ces temps de défection, d’oubli , et ensuite d’illusions de toute espèce, ne cessa jamais de promettre aux descendans de saint Louis le retour au trône de leurs pères.

Reçu docteur de la faculté de médecine de Paris en 1802 , M. Royer-Collard écrivit une dissertation inaugurale qui est distinguée entre les meilleures. Bientôt il reçut des marques de la confiance publique, et celles-ci lui en attirèrent beaucoup d’autres ; il les mérita par des travaux assidus et une grande application à tous ses devoirs.

On a d’ailleurs de M. Royer-Collard des mémoires sur différens sujets de médecine : le fond en est bien choisi , et ils sont tous remarquables par le style et la méthode. Les premiers volumes de la Bibliothèque médicale présentent de lui un grand nombre d’articles très - bien écrits. Vous vous les rappelez, Messieurs; vous vous rappelez surtout ceux où M. Royer-Collard châtie d’une main vigoureuse, et avec toute la puissance de la raison, quelques hommes qui s’abaissaient jusqu’à

mêler aux paroles de la science le langage impur de l’irréligion et de l’immoralité.

Dans ses autres écrits , c’est encore le même esprit qui l’anime ; et partout il nous montre un de ces hommes trop rares , qui , par un heureux accord des dons les plus excellens , savent à la fois venger la religion du reproche d’ignorance , et la science du reproche d’impiété.

Un jour solennel , il traita devant les professeurs et les élèves réunis cette belle question : En quoi cousis tent /es véritables progrès de la médecine? Les plus salutaires doctrines sont exposées ; sont fixées par lui dans tout le cours de cette dissertation excellente. C’est sur la fin de ce discours que M, Royer-Collard , ennemi de l’esprit de secte et dans la médecine et ailleurs, s’écrie en s’adressant aux élèves : « Aimez la vérité , de quelque « part quelle vienne ; sacrifiez tout pour la vérité . »

Cette vérité qu’il aimait, M. Royer-Collard la rechercha lui-même dans l’étude de l’aliénation mentale, dont il s’occupait depuis si long-temps. Le fruit de ses travaux, si vivement désiré par tous ceux qui le connaissaient, nous sera-t-il donné de le goûter et d’en jouir !

Cette même étude avait encore conduit notre confrère vers des notions métaphysiques d’un ordre très-élevé. Elles avaient cet inestimable avantage de nêtre que le développement et le commentaire, en quelque sorte.

de quelques-unes de ces vérités précieuses que nous tenons de la religion elle-même.

Il s’occupait de ces doctes travaux, lorsque le Roi le nomma à la chaire de médecine légale de l’école de Paris , et l’amour de son devoir concentra toutes ses facultés sur cette partie de la science, devenue aujourd’hui , par les progrès de la chimie nouvelle, infiniment importante.

M. Rojer-Collard voulut éclairer la toxicologie , l’art de découvrir les poisons, de toutes les lumières de la chimie moderne ; il voulut ajouter aux notions imposantes que possède la médecine légale à cet égard cette netteté, cette précision qui était le caractère propre de son esprit , et que la Justice réclame à son tour; il le voulut, et ne quitta plus ces lieux froids et humides où trop souvent la nécessité a placé les laboratoires de la chimie. L’amour de sou devoir l’y retint, malgré les conseils empressés de ses amis, et il fut frappé une première fois. Il a l’air de se relever un peu, et de faire quelques pas vers la santé : apparences trompeuses !... liœret lateri /et ha Us arundo . . . Il retombe , . . . et nous le pleurons tous ensemble.

Ah ! sous les auspices de la plus pure des philosophies, essayons aussi de trouver quelques consolations dans le souvenir de ces nobles et religieux sentimens , de ces œuvres généreuses, de tous ces dons précieux qui viennent d’en haut , et qui tendent à leur tour vers

le ciel. Ils furent libéralement accordés à noïfç excellent confrère. ... Et vous, vous ses enfans, qui| promettez de le suivre dans la carrière du talent et de vertu , consolez-vous avec nous , consolez-vous comme nous , dans ces mêmes souvenirs : ils sont votre gloire, ils sont aussi vos plus chères espérances. Rappelez-vous sans cesse ces bonnes actions qui honorèrent sa vie, qui firent de sa mort une sorte de sacrifice, et qui ont une digne récompense dans un monde meilleur.

DE L’iMPRIMEBIE DE DIDOT LE JEUNE , IMPRIMEUR DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE ,

rue des Maçons-Sorbonne, a" i3.

■ ^ jar •

•: **!. *ÎV ' w v-

■..i ;-.". •* 'yX : ; • •

cy '■

mm ■ .

’ ir"

Page 1