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Discours prononcé

J'aurais désiré qu'une parole plus digne que la mienne de louer celui qui est l'objet de cette fête funèbre et plus propre à satisfaire l'attention d'un tel auditoire se fut élevée en ce jour au nom de la religion et de la société pour rendre honneur au vénéré Messire Antoine Girouard, fondateur de ce collège. Mais une voix que j'entendais au fond de mon cœur, et dont les accents étaient répétés à mon oreille par tous ceux à qui je m'adressais à cet égard, une voix me disait : A qui a reçu plus amplement le bienfait, appartient le devoir d'exprimer la reconnaissance: à

(*) Mgr. La Rocque, évêque de St. Hyacinthe, Mgr. Taché, éyêque de St. Boniface.

qui a mieux connu celui dont on vénère la mémoire, il convient d'en parler aux autres.

Au nom de ia maison qu'il a fondée, qui est son œuvre propre, qui reçoit aujourd'iiui ses restes, et au nom des rppports personnels que j'ai eus avec lui dès mon enfance, et de la gratitude que je lui dois comme son élève, il me faut donc parler en ce jour. C'est un devoir que je me sens imposé et par les autres et par moi-même. Et pourquoi n'ajouterai-je pas: c'est un bonheur 1 Oui, malgré tout ce que ma parole m'inspire de défiance, je suis heureux, je suis heureux, ô prêtre, que j'ai vénéré £^vec les premiers sentiments qui se sont formés dans mon cœur ; vous à qui je dois le bonheur de l'éducation, la dignité du sacerdoce, je suis heureux de pouvoir faire cette solennelle protestation de ma gratitude pour vos bienfaits, de mon admiration pour vos vertus, de mon dévouement à honorer votre mémoire.

11 me faut parler, mais qu'ai-je à dire î Ce que vous savez tous. Quels sentiments ai-ja à exprimer ? Ceux que vous éprouvez tous. Ce concours immense, ces hauts dignitaires de l'Eglise, ce clergé si nombreux, ces citoyens distingués, ces honorables membres des grands corps de l'état, ces anciens élèves accourus des diverses parties du pays, ce peuple qui se presse autour des restes de son pasteur, cette translation de soh corps, s'accomplissant avec tant de pompe et de solemnité, cette émotion qu'éprouvent tous les cœurs, q-a'expriment toutes les figures, oh! tout cela atteste que tous connaissent, que tous apprécient le mérite de l'homme qui reçoit cet hommage ; que tous sentent et la gratitude et le respect qui doivent s'attacher à son nom. Oui, mais i! faut un interprète du sentiment public j il faut qu'une voix ib'élève, parlant au nom de tous, donnant une expression à ce qui fegt dans tous les cœurs.

Eh bien î dans cette circonstance, le plus digne honneur que nous puissions rendre à la mémoire de Messire Girouard, c'est de rappeler ce qu'il a été. S'entretenir de ceux que l'on vénère, de ceux que l'on aime, en redisant leurs titres au respect et à l'aflection, c'ebt là la meilleure expression de ces sentiments mômes. Et d'ailleurs, si la reconnaissance envers Messire Girouard ne s'est point affaiblie, le souvenir de ses actes, en certaines particularités du moins, a dû subir nécessairement l'action du temps si puissant à effacer. Je crois donc correspondre à l'intérêt, manifesté si vivement aujourd'hui à son égard, en faisant mieux apprécier, par qu(?lques détails, le mérite éminent de ce digne prêtre, particulièrement dans son œuvre principale, la fondation de cette maison.

Nous avons élevé, il «st vrai, vers le Dieu des miséîicorues des prières pour son âme. L'ignorance où nous sommes des jugements du Seigneur nous en a fait un devoir, et c'est d'ailleurs nous conformer aux intentions de l'Eglise, qui demande des prières pour tous ceux qu'elle ne déclare pas bienheureux. Mais qui de nous ne se sent pas porté à suppléer par scn jugement à la décision de l'Eglise, au souvenir de ces cuvres d3 charité, auxquels le bonheur céleste a été promis, couvres qui ont suivi notre bien-aimé fondateur au tribunal de Dieu pour ôîer à la justice ses droits, si elle en avait encore, et faire prévaloir la miséricorde î

N'est-il pas dit: " Qui ad j uslitiam crudinnt midtos, qiicisù stellœ i/i '][jerj)etuci& œternitates?'* (Dan. 12, 3.) Messire Girouard a donné l'éducation, et une éducation chrétienne, sanctifiante, propre à les rendre justes, à un grand nombre d'hommes. Il doit donc être là haut brillant dans les splendeurs des saints. Il e§t une étoile qui scintille au firmament, e,t si elle est du nom-

bre de celles dont l'éclat n'arrive pas jusqu'à nos jenx, nous poîïvons la regarder comnie la bonne étoile de la maison qu'il a fondée, et espérer d'elle l'influence la plus salutaire. Puisse son bonheur être augmenté par l'honneur que nous lui rendons, et qu'il daigne agréer ce faible tribut de louanges que mes lèvres vont lui présenter en redisant ses titres à notre admiration et à notre gratitude.

Je n'ai point à rappeler les vertus de son jeune âge qui te rendaient plus cher à un beau-père qu'à ses propres enfants ; à redire son travail et sa régularité au collège, qu'il me serait doux pourtant d'offrir pour exemple à cette jeunesse studieuse j à mentionner ses succès dans ses études classiques, attestés par ss grande facilité à parler et à écrire le latia, et la force de ses études théologiques, qui, après moins de deux ans de séminaire, lui permit d'être promu au sacerdoce et d'être employé au ministère.

Je ne le suivrai pas dans ses missions lointaines à la Baie des Chaleurs, dont il a desservi se«l pendant quelque temps les deux côtes dans toute leur étendue. J'aurais trop à dire de son zèle apostolique, de son dévouement, qui lui a fait plusieurs fois braver la mort en traversant la Baie au milieu des plus grands dangers, pour porter les secours de son ministère ; de cette charité qu'il manifesta si souvent envers les pauvres habitants de ces contrées ; vertu dont il connaissait tout le prix, lui qui a dit cette parole,., qu'on ne peut trop répéter: Quand j'avais quelque faute à me reprocher, je me disais : Donnons une couverte à un pauvre sauvage, car la charité efface tous les péchés aux yeux de Dieu.

Je ne mentionnerai de ses quinze ans de séjour à la Pointeaux-Trembles, que la visite qu'il y reçut à plusieurs reprises des sauvages qu'il avait desservis à la Baie des Chaleurs, venant lui exprimer leur reconnaissance et le supplier de revenir au milieu

'fenx : car, disaient-ils, ils s'ennuyaient de leur père et de leur ami. Bons sauvages, j'admire votre gratitude ; je comprends • comment la bonté de votre pasteur a pu vous attacher à lui. Mais cessez vos instances : son cœur généreux pourrait y céder c ah ! laissez-nous le. Voici qu'une autre carrière digne de son zèle va s'ouvrir pour lui. Il y a encore un pays, que je puis appeler de mission qui le reclame : là il opérera un bien plus grand encore que chez vous : là. aussi il sera bon et dévoué ; il aimera et sera aimé : il y habitera jusqu'à la fin de ses jours et ses restes y recevront un honneur que vous ne pourriez lui rendre. Mais je suis heureux de répéter l'accent de cette reconnaissance au milieu de ceux que nous élevons nous-mêmes à l'honneur de sa mémoire, et de faire prêter l'oreille à ces échos lointains de la Baie des Chaleurs se mêlant à ceux de l'Yamaska pour redirej, dans un délicieux concert, la bonté du grand cœur que nous honorons en ce jour.

Ce fut en septembre, 1805, que Messire Girouard, après avoir rempli pendant quinze ans, avec l'estime générale, les devoirs de curé à la Pointe-aux-Trembles, fut nommé à la cure de St. Hyacinthe.

Girouard, St. Hyacinthe ! voilà deux noms désormais inséparables. C'est que notre ville doit ses premiers développements à son pasteur. Nul ne doute que ce sont les établissements qu'il y a fondés qui l'ont faite ce qu'elle est aujourd'hui, ce qu'elle sera plus tard ; et si ses accroissements lui donnent dans la suite des temps un rang distingué au milieu des cités du pays, on devra, quoique l'action ait été opérée par des moyens différents, on devra associer le nom de Girouard, comme fondateur, à celui de St. Hyacinthe, ainsi que les noms de Champlain à Québec, de Maisonneuve à Montréal.

Qu'était-ce que notre ville, quand Messire Girouard en est devenir le pasteur î quelques maisons réunies autour de l'Eglise : mais îa paroisse n'avait pas de limites. C'était une vraie mission, une autre Baie des Chaleurs. Quinze paroisses, à part les établissements religieux des Townsbips, se sont formées de celle de St. Hyacinthe. La juridiction de Messire Girouard s'étendait depuis St. Aimé jusqu'à Farnham et Durham, et depuis îà Présentation jusqu'à Stanstead.

Sans doute la population y était comparativement peu considérable, et dans les townships les catholiques étaient rares. Il j en avait cependant, du moins après un certain nombre d'années, de disséminés partout, si ce n'est peut-être dans les parties les plus voisines de la frontière américaine. Ils avaient à reclamer les secours de leur pasteur. Il n'j avait point de chemins pour les voitures : il fallait s'ouvrir un passage à travers les bois, et marcher quelques fois des jours entiers pour aller administrer un malade. Des voyages moins difficiles, mais qui étaient cependant bien pénibles encore, tout le long des rives de l'Yamaska, où la population se portait d'abord tout naturellement, mettaient souvent à l'épreuve le zèle du curé de St. Hyacinthe. Le missionnaire, qui avait bravé les périls de la Baie des Chaleurs, se trouvait prêt en toute circonstance à voler où l'appelait le devoir: son dévouement ne savait point faire défaut.

Redirai-je les vertus qu'il a fait paraître dans l'exercice de son ministère comme curé ; son travail assidu ; le soin qu'il apporta à éclairer son troupeau de sa parole, dénuée d'ornements, mais toujours correcte, claire, et pleine d'une instruction solide ; sa charité sans borne envers le pauvre, pour qui il tenait toujours ouverts son cœur et sa main ; sa bienveillance, sa courtoisie, si aimable par sa simplicité, qui le rendait cher à tout le

monde ; ses visites dans les familles, si agréables par l'expression delà bonté de son cœur, par un admirable mélange de familiarité et de gravité, qui le faisait aimer et respecter, par ses récits, pleins d'intérêt, malgré la lenteur de sa parole ; et j'ajoute visites si édifiantes par les réflexions pieuses qu'il savait, avec un rare à-propos, mêler à tous les entretiens.

J'en appelle à vous, citoyens de cette ville, habitants de la paroisse de St. Hyacinthe, qui avez eu le bonheur d'être en rapport avec lui et d'être l'objet de son ministère. Vos souvenirs disent incomparablement plus que mes paroles ce qu'à été votre pasteur. Vos cœurs s'émeuvent à la mémoire de ses vertus et de ses bienfaits. Veus voudriez dire aussi vos impressions pour acquitter votre reconnaissance. Ah ! conservez-les dans vos cœurs jusqu'à vos derniers jours : exprimez les dans l'occasion à ceux de vos co-paroissiens qui n'ont pas vu l'homme de Dieu que nous regrettons: et surtout rappelez ce qu'il a été à vos enfants dont un grand nombre jouissent des fruits de son zèle pour la jeunesse. Que chaque famille perpétue dans son sein, par une fidèle tradition, le souvenir des qualités et des actes de celui qui a légué aux enfants de l'un et de l'autre sexe, qui en sont les membres, le plus précieux héritage qu'ils puissent recevoir, une éducation élevée, sanctifiée par la religion.

J'ai parlé du curé de St. Hyacinthe, de son zèle à remplir ses devoirs spirituels : mais ne pourrai-je rappeler le titre qu'il a à la reconnaissance publique sous un autre rapport? je veux dire l'impulsion qu'il a donnée à l'agriculture et au défrichement. Devenu propriétaire dans cette partie du pays de terres incultes, il mettait à les rendre susceptibles d'une prompte culture une activité propre à encourager les autres : il ofi'rait à tous l'exemple des travaux qu'il faisait exécuter. II engagea à s'enfoncer de plus en plus

dans la forêt, et il a fait abattre des arbres, à la place desquels diverses églises élèvent aujourd'hui leurs clochers. Grâce à cette impulsion, les premiers établissements canadiens se sont faits dans les townships de l'Est. Messire Girouard a préludé au zèle de ces missionnaires et de ces colons qui, depuis, par uti dévouement et un courage si adnairables, ont rendu à notre race la plus grande partie de ces contrées, en forçant de reculer la population américaine qui s'y était établie. Il a été le précurseur de la belle et grande œuvre de la colonisation.

Mais je me hâte de me rendre à vos désirs, en vous parlant de son œuvre principale, de celle qui fait la gloire de son nom. Qui donc lui a inspiré la pensée d'élever un collège î à quelle impulsion de son cœur la religion et la patrier doivent-elles cette institution où auraient à se former tant d'hommes appelés au bonheur de les servir ?

Un jour le devoir l'oblige à porter le secours de son ministère à l'une de ces familles établies à six ou sept lieues de son Eglise. Il remonte, parceque c'était la seule voie possible, il remonte en canot le cours de l'Yamaska. Il arrive auprès du pauvre malade qui l'attend depis la veille, et qui est là ayant à peine le temps, avant la mort, de recevoir les sacrements nécessaires à son salut. Il voit des enfants d'un certain âge déjà, et qui sont à peu-près privés de toute éducation religieuse. Son cœur en est ému ; il prolonge son séjour en ce lieu, visite les diverses familles du voisinage, entend les confessions, instruit les parents et les enfants, puis reprenant sa légère embarcation, il redescend la rivière. La nuit est venue, les étoiles brillent aux cieux, le silence majestueux des ténèbres n'est troublé que par le bruit de l'aviron qui fend les ondes, ou peut-être par le chant d'un cantique plein d'une foi naïv e, que font entendre, en l'honneur de Marie, ceux qui le-

conduisent. Il est là devant Dieu, livré à ces sentiments profonds, que les ombres, la solitude, et le charme d'une belle nuit produisent dans l'âme. Il est tout entier sous l'impression de la scène dont il a été témoin au lieu où il vient d'exercer son ministère de prêtre; il s'attendrit sur les besoins de ses paroissiens, dénués des secours les plus nécessaires à leur sanctification, éloignés de l'Eglise où l'on entend la parole sainte qui fait connaître les devoirs, où l'on reçoit les sacrements qui donnent la grâce de les remplir. Son cœur s'émeut au souvenir de ces enfants sans instruction chrétienne, qui n'ont pas vu encore la maison de Dieu, n'ont point assisté au sacrifice de la victime sacrée, et n'ont point entendu les chants qui glorifient Jésus et Marie. Il se rappelle que quelques-uns de ses paroissiens sont morts sans les secours de la religion, que leurs corps ne sont point dans la terre sainte où reposent leurs pères dans la foi. Il songe à l'accueil qui lui a été fait dans ces familles qu'il a visitées, à la joie que sa présence a répandue partout, au bien qu'il a fait aux âmes, aux désirs de le revoir qui lui ont été exprimés. Oh ! alors il a compris mieux que jamais auparavant ce que c'est qu'un prêtre. Il saisit toute la vérité de la parole du Christ à ses Apôtres : Je vous ai établis pour que vous alliez et que vous " apportiez du fruit et que ce fruit demeure pour l'éternité." Il lui semble entendre des diverses parties de sa vaste paroisse,, où il ne peut apparaître que rarement, des voix de vieillards touchant au seuil de l'éternité, d'hommes fatigués par les plus pénibles travaux, de femmes en pleurs, en proie à la désolation, de jeunes gens luttant contre la fougue de passions funestes, d'enfants, dont l'âme pressent, sans les connaître, ce qu'aurait de bonheur pour eux le ministère sacerdotal : il lui semble que ces voix, dans un triste et touchant concert, répètent en accents suppliants : Oh ! Seigneur, ayez pitié de nous, donnez-nous des prêtres : et

svin imagination exaltée croit entendre l'écho des rives de l'YaiTiaska répéter : des prêtres, des prêtres II joint sa voix à ces accents : se rappelant la parole de l'Evangile, il demande au Seigneur d'envoyer ses ouvriers pour travailler à la moisson.

Il prie, mais son cœur est désolé. Il demande des prêtres, et îl n'y en a pas. Où les prendre ] dans toutes les parties du pays ïl y a les mêmes besoins, et la même difficulté d'y pourvoir.

Sera-ce donc longtemps encore qu'il faudra déplorer cette disette de ministres de Dieu 1 II n'y a pas de prêtres: il faudrait en former par cette éducation littéraire et religieuse qui prépare les vocations. Oui, mais les collèges sont rares : il n'y en a que trois sur toute l'étendue du pays. Les distances sont si grandes, les communications si difficiles, les frais d'une éducation reçue au loin si considérables, les revenus des habitants du pays en général si modiques, qu'un certain nombre de jeunes gens, appelés peut-être au service des autels, verront un obstacle insurmontable à leur vocation. Ah ! ajoute-t-il, s'il y avait à St. Hyacinthe un collège !. . . . mais hélas ! c'est un rêve de la nuit.

Cependant cette pensée est là fixée dans son âme. Pendant qu'il se livre à ces rêveries, je dis mal à ces réflexions, les ombres ont disparu j il se trouve à une distance assez rapprochée de son Eglise ; il voit sur les deux rives des habitations qui annoncent l'aisance, et les premiers rayons de l'aurore se réfleter sur de vastes champs qui promettaient une moisson abondante. Il bénit Dieu de la fertilité qu'il a donnée en ces années à ces terres nouvelles : il pense que déjà plusieurs fois une dîme assez j-iche est entrée dans ses greniers, que le défrichement qui s'opère partout va rendre bientôt ses ressources plus considéiables encore. .Alors comme un éclair rapide traverse son âme : illuminé et

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feinbrasé, avec un éîàn poussé par toute la générosité Je î?o3i cœur, il s'écrie : je bâtirai un séminaire: je ferai des prêtres.

Bientôt toutefois une froide réflexion se présente: mais elfe ne ralentit pas l'ardeur de ce sentiment. Oui, il se dit que ses revenus, après tout, ne peuvent suffire à une telle œuvre ; qu"*!! lui faudra s'imposer toutes sortes de privations, renoncer à cette jouissance, même permise, que la richesse acquise par tant de labeurs, peut offrir ; que sa vie entière sera dévorée par toute» sortes de sollicitudes ; que cette entreprise va lui ravir tout repos. Mais le sacrifice lui sourit : il offre tout à Dieu, il a l'intention de le glorifier : le ciel bénira son œuvre. Il sera aidé par ses paroissiens, par des aujis généreux : le collège s'élèvera: il s'j formera des prêtres. Il arrive, cbargé de cette pensée qui ne doit plus le quitter : il se recueille, puis il monte à l'autel ; il ofire son sacrifice avec celui de la victime sacrée: il demande à Dieu s'il lui est agréable. Il croit entendre la réponse donnée à Salomon : Troc.'pcrare et œdifica cloimim Domino Dec tuo. Sois prospère en ton dessein, et bâtis une maison au Seigneur, ton Dieu. Et songeant aux ressources qui sont déjà à sa disposition, croyant reconnaître en elles les vues de la Providence, il dit • Je m'appauvrirai, mais je préparerai ce qu'il faut pour les dépenses de cette maison, qui doit glorifier Dieu: Ecce ego in paupertate meâ j^fcepciravi expensas domus Domi?ii. (2 Par. 22, U.)

C'en est fait le Collège de St. Hyacinthe est fondée dans sa pensée. Est-ce un rêve 1 oui, lui aurait dit sans doute tout homme à qui il se serait ouvert de sa détermination. Mais cette maison même, ces prêtres si nombreux qui y ont été formés. Cet hommage de tant d'hommes instruits rendu aujourd'hui à sa mémoire, montrent que sa peasée était celle du sage; pensée dont.

ïe fruit est perraannent comme une source de vie abondante qui ne tarit jamais : Consilium sapievtis sicutfonsvitœ permanet. (Eccl.21, 16.)

Sans doute, établir une pépinière pour le sacerdoce, a été la principale intention de Messire Girouard dans la fondatioR du collège : mais celle-ci toutefois a eu dans son idée un autre objet. Son esprit éclairé et judicieux appréciait tous les avantages de l'éducation : il comprenait comme elle agrandit le caractère, élève le sentiment, développe la faculté essentielle de l'homme, la raison, devient la source des jouissances les plus nobles et les plus délicates, et, par là même, lorsqu'elle est bien dirigée, comme elle rend de plus en plus l'homme semblable à Dieu, à l'image duquel il a été créé.

Il sentait les besoins de son pays: il voyait ses compatriotes en danger de perdre leur nationalité: il craignait qu'ils ne fussent absorbés au milieu des populations d'une autre origne, d'une autre croyance religieuse, qui les envahissaient, en se développant dans le pays même, ou en faisant irruption des frontières américaines, et qu'ils ne fussent forcés bientôt d'abdiquer et leur langue et leur foi et leur caractère distinctif comme peuple.

II avait vécu au milieu des Acadiens, à la Baie des Chaleurs ; il avait entendu le récit de leurs infortunes; il les avait vus victimes d'une injustice, dont, en des jours moins heureux qu'aujourd'hui, on pouvait appréhender le renouvellement. Il sentait que le pays avait besoin de défenseurs, rt que l'éducation seule pouvait relever sa race, et la soustraire à une infériori té dans laquelle on chercherait longtemps encore peut-être à la maintenir.

Il avait été le condisciple, et il était l'ami intime de ce grand évêque, l'honneur du nom Canadien; dont je prononce le nom

avec l'accent du respect et de la gratitude pour les services qu'il a rendus à ma religion et à ma naticnalité, Mgr. Joseph-Octave Plessis. Cet éminent prélat respectait l'autorité qui gouverne son'pays : il la défendait contre les atteintes de la révolution qui alors ébranlait le monde ; et cette défense était un devoir prescrit au titre même de la paix, de la sécurité, et de la liberté des Canadiens. Mais il avait à cœur sa nationalité ; en toute occasion il en soutenait les droits. Pour la faire vivre il avait donné au collège de Nicolet un développement qui était une création. Messire Girouard, avec qui il avait de fréquentes relations, partageait ses sentiments. Je me plais à les contempler, conversant ensemble, sur les moyens de faire prospérer leur pays, s' entretenant de leurs œuvres, inspirées par la même pensée ; l'un parlant de son collège, que ses succès, présage de sa gloire future, recommandaient déjà à l'attention du public ; l'autre demandant des avis et recevant des encouragements pour là maison dont il jetait les fondements ; l'un et l'autre voyant, dans un regard prophétique, des hommes éminents sortis des institutions qu'ils formaient pour servir la religion et la patrie, -et se réjouissant dans le Seigneur d'avoir été appelés à ouvrir ces sources fécondes, où tant de générations viendraient boire ce breuvage salutaire qui entretient la vie des peuples, une saine éducation. Oh ! de l'illustre prélat et du vénérable curé, quel Canadien ne peut dire, comme du protecteur d'Israël : " Hic est amator fratrum et j)opulir (II.Mach. lf>,é.)

Dieu et le pays à servir par la fondation du collège, voilà désormais toute la pensée de Messire Girouard. Ce sera sa passion dominante ; tous ses actes en procéderont. Animé en tout ce qu'il faisait de la foi la plus vive, lui qui insistait sans cesse dans ses prédications sur la nécessité de la prière, il re-

double ses oraisons pour implorer le secours du ciel ; et le voici qui se met à épargner: il s'impose des privations de tout genre, se refuse les jouissances les plus licites : tout respire la simplicité, et je dirai l'économie dans ses vêtements, l'ameublement de sa maison, dans tout le train de la vie. Il est cependant, je me hâte de le dire, deux points à l'égard desquels la libéralité fut maintenue dans tous ses droits : c'était l'hospitalité pour S3s amis, qui aimaient tant à le visiter, et la charité envers les pauvres de sa paroisse. Qui est entré dans sa maison, y a toujours vu des indigefis prenant leur nourriture ou recevant l'aumône.

Messire Girouard fut aidé dans sa fondation. Trois généreux citoyens, alors seigneurs de la paroisse, lui donnèrent le terrain où il voulait asseoir le collège : ce sont MM. Delorme, Debté'tzch et Dénéchau. Cette disposition a favoriser l'œuvre du vénérable curé a passé dans l'héritier de la plus grande partie de la seigneurie : je veux nommer l'Honorable Jean Dessaulles. Il a prouvé, en plusieurs occasions sa bienfaisance à l'égard de ce collège, secondé, et je dirai, souvent inspiré par sa compagne, qui faisait le bonheur de sa vie ; cette femme dont le cœur avait l'intelligence de tous lés besoins, et dont la main libérale ne savait jamais se fermer devant tout ce qui pouvait, je ne dis pas demander, mais attendre un secours.

Des corvées faites de temps à autre par ses paroissiens, les dons de quelques citoyens, et surtout les libéralités de son ami, le vénérable Messire Déguise, curé de Varennes, vinrent en aide au fondateur du collège. C'est pour moi un devoir de le rappeler, mais je dois ajouter que la part apportée par ces secours divers à l'œuvre n'est point en une proportion <|ui empêche d'attribuer le mérite presque exclusif de sa fondation à Messire tîirouardé

Qu'il a traraillé pour cette institution ! que de fatigues il s'est imposées! que de soucis auxquels il s'est livré! Autant que les occupations de son ministère, qu'il ne négligea jamais, le lui pouvaient permettre, il se tenait sur le lieu ou s'élevait l'édifice, surreillant les ouvriers, et les dirigeant de ses avis judicieux.

La constructioa s'avance : elle est, plus encore qu'avant son commencement, l'objet des contradictions. Elle a le cachet des œsvres de Dieu, la raillerie des prudents du siècle, comme parle l'Evangile : on ne cessait de répéter au digne curé que sa mai- 80îi tomberait avec lui, ou qu'elle ne ferait jamais qu'une misérable école. Les difficultés ne faisaient qu'affermir sa résolution. La Providence semblait lui avoir entr'ouvert l'avenir: il était inébranlable à toutes les objections. Que diriez-vous, que feriezvous, lui disait-o«n, si la maison que vous élevez venait à brûler? Je dirais, rèpondit-il, comme Ste. Marguerite, reine d'Ecosse, voyant dévorer par les flammes un monastère qu'elle venaïc de fonder: " Qiie le aoin de Dieu soit béni ;" et, comme elle, je rebâtirais l'édifice.

Enfin un jour d'indicible satîsfactioa arriva pour lui. Je le rappelle d'autant plus volontiers qu^^il r imène à mon â;ne un des souvenirs le» plus distincts de mats piemières années, souvenir dont l'impression est toujours resté .- bien vive en moi. J'étais alors un petit enfant : je me teau;» sur le seuil de la maison paternelle : je voyais défiier une procession : je distinguais, à côté du bon curé que déjà j'avais pu connaître, un vieillard vénérable courbé par les années. Je demande à mes parents ce que cela veut dire : on me répond : Ce vieux prêtre, c'est M. le grandvicaire Coaefroi, curé de Boucherville j il va bénir le collège ; et, quelques mois aprè:î, j'allais à la première classe qui s'y soit

faite, recevoir les éléments de cette éducation, doat le ciel a bien voulu me favoriser.

Quelle joie pour le fondateur à\\ coiîôge de St. Hyacinthe, quand il vit des élèves y recevoir des leçons et qu'il put se dire : ces enfants venus ici, grâce à l'institution que j'ai fondée, ils feront des prêtres qui sauveront des âmes, ou des citoyens éclairés qui serviront la patrie !

Fonder, ce n'est pas tout, il faut soutenir. Messire Girouard savait que le zèle peut avoir des entraînements qui l'égareet, quand une sagp prévoyance ne lui a pas signalé les obstacles qu'il peut rencontrer, et assigné les limites où il doit se contenir. Pour lui, il avait appelé la prudence, compagne habituelle de tous ses actes, au conseil de ses pensées. Il connaissait le peu de richesse de son pays: il savait que Pétat général des fortunes ne permettait d'exiger qu'une pension modique, insuffisante aux besoins de l'institution : il comprenait par là même la nécessité de la doter d'autres moyens de subsistance. Il acquiert des fermes à peu de frais: il sait choisir un sol, qui, sous les forêts qui le couvrent encore, promet d'être fertile : il en commence l'exploitation : il la pour-uit avec une vive sollicitude : il ne néglige rien de ce qui peut en assurer le produit. C'est le pain du collège, disait-il î)our encourager les travaux. Aussi a-t-il laissé à l'institution qu'il a fondée, des ressources qui l'ont soutenue dans ses embarras, qui ont permis de construire cette maison, dont les larges salles reçoivent aujourd'hui cette nombreuse assemblée : ressources qui sans doute n'empêchent pas de sentir le poids du fardeau de cette vaste construction, mais qui ne permettent pas cependant d'en être écrasé, et qui, si elles n'ôtent pas une gêne mettant obstacle à des améliorations d'un besoin pressant, nous laissent cependant, à l'abri d'une solvabilité

assurée, attendre les secours que la Providence ne manquera pas Ue ménager à l'œuvre de celui qui a tout sacrifié pour la gloire de Dieu et le bonheur da son pays.

Le fondateur du collège de Sf. Hyacinthe avait pourvu à ses besoins matériels: mais il fallait lui assurer une direction morale et littéraire, qui correspondit à son but. Son vénérable ami, révêque de Québec, d'abord, et ensuite Mgr. Lartigue, administrateur du diocèse de Montréal, entrèrent dans ses intentions et favorisèrent son œuvre autant qu'ils le purent, par les Ecclésiastiques de mérite qu'ils chargèrent de la direction et de l'instruction, irdonna à ceux-ci toute liberté d'agir : il n'entravait en rien leur action. Consulté souvent par le premier directeur du collège, qui n'était qu'un jeune prêtre, il répondait avec plus d'humilité que de" vérité : J'ai pu bâtir, je no sais pas diriger:" et tout en ne refusant pas de donner ses avis, il demandait l'opinion de celui qui le consultait, et paraissait toujours disposé à y déférer. Mais il ne cessait d'exprimer son désir de l'ordre et de la discipline ; il tenait moins au nombre qu'à la bonne conduite des élèves ; son œil savait surveiller le jeune âge, et, quand il apercevait des fautes, il en reprenait lui-même les élèves, ou les portait à la connaissance du directeur. Qu'il me soit permis de le dire, nous, jeunes étudiants de cette maison, nous redoutions la ciairvo/aiice de cet œi!,dorit le regard néanmoins était si habituellement affectueux envers nouis.

L'enfance, oh! qu'il la chérissait! qu'il s'intéressait à elle! qu'il aimait à lui donner des témoignages de son zèle ! il se plaisait à causer même avec les plus jeunes élèves, il les interrogeait, il leur donnait, pour exciter leur émulation, des marques d'affection et d'estime ; il les îouait à propos pour les encourager. Et il avait un singulier respect pour la jeunesse ; elle était à un degré

ppécial l'objet de cette esquise politesse qui le distinguait éminsmment. Je le vois encore j lorsqu'il nous rencontrait, nous, petits enfans, il découvrait sa vénérable tête blanche et nous faisait un large salut. Il sentait la dignité de celui qui reçoit Téducation ; il semblait voir d'avance en lui le ministre des autels ou le citoyen servant honorablement sa pairie.

Il était reconnaissant des plus légers services que nous pouvions lui rendre. Un jour, il m'avait fait demander pour lui servir la messe; c'était à une heure avancée de la matinée, comme cela lui arrivait quelquefois. Après Isi mesf e^ il me dit ; je vous ai dérangé, je vous en demande pardon j mais vous rae feriez plaisir en venant diner avec moi ; on m'a fait présent d'un eicellent mêts, nous le partagerons ensemble.

A ce trait de bonté et de simplicité, vous participerez à l'émo* tlon que j'ai éprouvée en cette circonstance. Que de fois j'ai été Tobjet des témoignages de la bieriveil'ance à.-, son cœur! Ob l que son souvenir se mêle délicieusement à celui de mes premières années ! que j'aime à me rappeler ce prêtre que j'ai connu presqu'aussitôt que les auteurs de mes jours ; par qui, après ma mère, j'ai appris à connaître Dieu j qui m'a donné l'idée de la vertu ç en qui j'ai senti de Tattrait pour le Sacerdoce ! 0 prêtre, 6 homme, à qui je dois tant, qu'il m'est doux, à cette époque di mon existence, et dans ce jour où l'on rend un si solennel hommage à vos restes, d'avoir à vous offrir, comme le tribut de ma gratitude, tout indignement que j'aie pu servir votre œuvre, ces années déjà nombreuses, pendant lesquelles je lui ai consacré toute Factivité et les forces dont j'ai pu disposer.

Le respect, la grntitude étaient des sentiments qui se trouvaient au cœur ce tous les élèves envers le fondateur de l'institution. Quand il venait au col'.ére, il était salué avec une expression

SI

warquèô de vénération, et il pouvait lire sur toutes les figures l'affection qu'on lui portait, il faisait jouir et il jouissait lui-même. On sentait qu'il y avait en lui une satisfaction bien vive : il racontait quelques traits agréables et ne laissait jamais les élèves sans quelques sentences morales, prononcées avec une aintorité qui les gravait dans l'esprit de tous.

Il vit enfin un cours d'étuJes se compléter dans son collège. Douze élèves terminant leur éducation, vinrent, aux exercices de leur dernière année scholaire, lui témoigner leur reconnaissaace pour leur avoir permis, par l'instruction qu'il leur avait donnée, de pouvoir offrir leurs services à la religion et à la société. En même temps, ils lui présentèrent cette toile que vous voyez, reproduisant ses traits, de la part des citoyens de St. Hyacinthe, qui avaient voulu par là exprimer comme ils savaient apprécier le mérite de leur pasteur et l'importance de la fondation dont i\ gratifiait leur paroisse.

Le vénérable fondateur reçut bientôt une autre consolation ; celle de voir que sa maison ne suffisait plus au nombre toujours croissant des élèves. Il fallait l'agrandir ; il se porta avec la plus grande générosité au nouveau sacrifice qu'exigeait la construction d'une aile, qu'il vit s'élever en peu de temps, en projetant d'en adjoindre bientôt une autre au corps de l'édifice.

Le succès était complet: son évêque avait adopté son œuvre: le collège de St. Hyacinthe était l'objet de la prédilection de Mgr. Lartigue. Il avait, comme une preuve de l'intérêt qu'il lui portait, renoncé aux services que lui rendait un prêtre, qui, jeune encore, promettait d'être l'ornement du clergé, pour le donner comme directeur à cette institution. Messire Girouard put voir la prospérité dont faisait jouir déjà le collège celui que plus tard St. Hyacinthe devait avoir pour premier Evêque. Kl puis ï\

avait eu le bonheur d'assister au Saint Sacrifice, offert par des prêtres formés à son collège ; il avait pu les entendre annonçant la parole divine, et les voir sanctifiant les âmes parleur nriinistère.

Il voyait une autre maison, qu'il avait fondée pour l'éducation des jeunes filles, avec une bien grande libéralité, être, elle aussi, en une voie bien prospère, et s'apprêter à la destinée brillante qu'elle devait avoir au milieu des institutions de ce genre.

Sa paroisse avait pris des développements considérables ,* elle avait été divisée en plusieurs autres ; des curés résidents desservaient avec zèle des populations nombreuses, en ces lieux, où quelques familles éparses reclamaient les secours de son ministère qu'il ne pouvait leur donner qu'avec tant de difficultés.

Qu'avait-il donc à désirer ici-bas? que lui restait-il à faire? Oh î aussi je l'entends, plem de reconnaissance pour le passé, plein d'espérance pour la vie à venir, je l'entends redire les accent» du Saint Vieillard : Nîtnc dimittisy Donmie^ servum tuum in *pace.

Il pressentait sa mort j il s'était cherché un successeur et l'a- Tait trouvé dans un prêtre distingué, dont il avait apprécié les vertus et les services dans la cfirection du collège. Il le sentait capable de continuer sa mission de bienfaisance et d'enrichir St. Hyacinthe de fondations nouvelles, s'il en était besoin.

Il attendait la mort: il se préparait à la recevoir. Comme il l'avait prévu, elle frappa soudainement ses coups. Quelle cons^ ternation se répand partout à ces paroles : M. Girouard est mort f

C'est un deuil général. On pleure le pasteur dont si longtemps ©n a éprouvé le zèle si dévoué, le fondateur de deux maisons d« haute éducation. Et l'affliction ne se borna pas à St. Hyacinthe ; le pays entier la partagea bientôt,

M. Girouard était mort à Varennes. Malgré l'épidémie régnante, (c'était en 1832) une foule considérable accompagna ses restes dans la translation qui en a été faite en sa paroisse. Le corps était suivi de voitures se succédant presque sans interruption dans l'espace de deux lieues. Il est déposé dans une des salles du collège : puis ses obsèques se font dans l'Eglise Paroissiale ; ses restes sont placés aux pieds de l'autel où tant de fois il avait offert l'auguste sacrifice. lisent reposé là près de 30 ans; il convenait qu'ils fussent d'abord dans l'Eglise qu'il avait desservie, au milieu de ceux qui avaient reçu tant de secours spirituels de 8on ministère, qui avaient vécu avec lui, qui j>ouvaient lui porter une affection personnelle. Cette génération est à-peu-près passée : il faut qu'il vienne maintenant prendre place au milieu de son œuvre. Le curé de St. Hyacinthe devra par l'effet du temps voir nécessairement sa naémoire s'affaiblir ; mais le souvenir du fondateur du collège doit y vivre toujours ; il convenait que son corps fût là où sera spécialement l'intérêt attaché à son nom, là où la reconnaissance sera permanemment entretenue, parce que le bienfait se fera constamment sentir. Son corps nous appartenait ; aussi le jugement public nous en a décerné la possession.

Nous aurions voulu faire à M. Girouard un accueil plus digne de ce que nous lui devions : vous avez suppléé à notre insuffisance : vous êtes accourus, apportant de toutes les parties de la province l'hommage de votre respect (^t de votre admiration à l'homme de Dieu, à l'homme du pays. Votre présence et les circonstances de cette solennité funèbre montrent ce qu'est le nom de M. Girouard pour la société canadienne : elles disent ce qu'a été son action, son influence: elles proclament qu'il est peu d'hommes qui aient tant fait pour notre patrie.

Si, au moment où ses restes sont sortis de leur demeure souterraine dans l'église de son ancienne paroisse de St. Hyacinthe,

une puissance divine les avait ranimés ; si, reprenant la vie, \T eût pu élever sa tète au-dessus du cercueil où il a été porté dans cette procession solennelle, qu'aurait-il vu? que se serait-il dit î

ïl aperçoit une église nouvelle, avec des dimensions plus grandes, une construction plus élégante, remplaçant celle où if ' a exercé son ministère.

Il comprend que le couvent qu'il avait fondé a reçu un encouragement au de-là de ses espérances, en le voyant transformé en une vaste maison qui indique que là se réunit une pensionnat Hombreux. S'il n'y reconnait pas ces Sœurs de la Congrégation à qui il avait confié les jeunes personnes de sa paroisse, c'est qu'appelées de toutes parts, à raison de leurs succès mêmes, elles sont allées rendre ailleurs leurs précieux services. Mais il trouve «jue son institution, au lieu de n'être qu'une simple mission d« religieuses, est devenu le chef lieu d'une communauté qui compte déjà cinq maisons, à des distances rapprochées de St. Hyacinthe, et offre par là même la démonstration de l'excellente éducation qu'elle donne et de l'estime dont elle jouit.

Un autre clocher, tout humble qu'il soit, attire ses regards. . . . Son cœur tressaille : il devine que là une autre institution religieuse offre ses services à ses chers paroissiens. C'est un Hôtel- Dieu, où vont se réfugier, pour y être soulagées, par les mains d'anges de charité^ les misères de la vie. La main de son successeur l'a élevé. Sa générosité a trouvé un digne imitateur, et il entend la voix publique, qui, sans rien retrancher de la reconnaissance qu'elle a pour le fondateur de cet hospice, en fait rejaillir la gloire jusque sur lui, à raison de l'exemple qu'il a donné.

Cependant il avance, et il ne se reconnait plus aux lieux où il se trouve. Son collège n'est plus ! qui donc l'a détruit ? Cet édifice qui le remplace, tout magnifique qu'il soit, n'indique point

par ses dimensions qu'il soit une maison où de nombreux élévei Reçoivent l'éducation. Quoi donc ! son œuvre a t-elle péri î... . Cesspz vos anxiétés, ô vénérable fondateur du collège de St. Hyacinthe : votre maison avait pris de tels développements qu'elle ne suffisait plus aux élèves qui venaient y chercher l'enseignement; et le terrain sur lequel vous l'aviez assis, avait des limites trop étroites pour ses besoins. Vous verrez bientôt quelle demeure occupe la jeunesse studieuse qui vous doit l'éducation. L'édifice que vous apercevez, c'est un Eveché. Oui, grâce à Vos institutions, St. Hyacinthe a pris un tel accroissement qu'il est devenu une ville épiscopale. Un successeur des apôtres y- a son siège. Aujourd'hui on ne dit pas seulement la paroisse de St. Hyacinthe, mais le diocèse de St. Hyacinthe. Des enfans ne sont plus là, se livrant aux études et aux amusements de leur âge. Un évêque s'y occupe des intérêts de son troupeau, en bénissant votre mémoire. Entrez maintenant dans cette cathédrale provisoire, que remplacera avant longtemps, je m'en flatte, un autre temple élevé par le dévouement public. Il est juste que vous reposiez un jour au nnoins dans l'église où est le siège épiscopa! ; car vous êtes le vrai fondateur de l'Eveché de St. Hyacinthe.

Au sortir de la cathédrale, il entend le sifflement des locomotives, bruit étrange pour ses oreilles. Par les explications qu'on lai donne, il apprend que St. Hyacinthe est devenu un grand centre d'affaires, qu'il est une station importante de cette voie de communications rapides. Il voit de beaux édifices remplaçant les misérables maisons, qu'il avait laissées ; d'élégantes villas «'élevant là où étaient des pâturages: et comme une expression que la cité nouvelle reconnait lui devoir ce qu'elle est, il lit son nom porté par la rue principale, sur laquelle se trouvent les maisons qu'il a fondées.

Et quels sont ses sentlmefits à Paspect du cortège qui faccanïpagne ? Il voit auprès de lui'PEvêque de la vilîe. Il 1g regarda. . Oh ! il le reconriait! c'est cet élère dont les succès brillants faisaient la gloire de sa maison, et à l'égard de qui il avait exprimé une profonde estime, présage de l"affection et du respect dont ses enriinentes qualités le rendent l'objet de îa part de deux diocèses. Que îa Providence soit bénie de ce qu'elle a permis que ce soit un élève de M. GirouarcI, qni, après avoir été longtemps supérieur de son collège, préside, comaie Evêque de St. Hyacinthe, à cette translation de son corps.

Mais ce n'est pas le seul pontife, ô vénérable fondateur, que votre maison a donné à l'Eiglise du Canada. Cet autre prélat que vous voyez, est encore ua de vos enfants. Recevez un reflet de la gloire qui jaillit sur lui, de son zèle exercé dans les contrées boréales, qui en a fait un des plus admirables missionnaires que vénère aujourd'hui le monde catholique ; de son éloquence, qui donne à sa. parole et à sa plume un charme si puissant ; et de sa grande âm.e, dont le sacrifice est la vie, et dont la générosité se manifest-e avec un éclat nouveau sous les coups de la rude épreuve qui vient de le frapper.

A une autre extrémiité de l'Amérique Septentrionale, est encore un Evêque, formé au Collège de St. Hyacinthe, qui exerce son ministère afiostolique dans «ne île de ce golfe St. Laurent, près duquel vc»us avez commencé vous-même les travaux de votre carrière sacerdotale.

Quelle nombreuse suite de prêtres sont là à ses côtés ! Il reconnaît parmi eux un certain nombre d'enfants qu'il avait laissés dans son collège. Oh ! si tous ceux qui lui doivent l'éducation qui les a faits ministres des autels, avaient pu se joindre en ce jour à leurs confrères, il entendrait plus de cent-vingt voix lui

dire, empruntant la parole sacrée : Fecisti 7ios JDeo sacerdoces. Quelle réalisation du rêve, ou plutôt des projets de la nwit passée sur PYamaska î

Mais il entend d'autres bouches bénir son nom. Ce sont celles de nombreux citoyens, qui ont reçu dans son collège une éducation qui fait le bonheur et la dignité de leur vie, et à laquelle ils sont heureux de faire participer leurs propres enfans : et parmi ceux-ci il voit des hommes, qui, ayant mis au service de la société les connaissances auxquelles ils ont dû le développement de leurs talents et l'ornement de leur esprit, ont honoré leurs professions diverses, ou les charges dont ils ont été revêtus ; ont brillé par leur éloquence dans les grandes assemblées ; ou, sous d'honorables titres, remplissent de hautes fonctions sociales, dans lesquelles il leur est permis de servir, glorieusement pour eux, et efficacement pour elle, cette patrie qui lui était si chère à lui-même.

Pendant qu'il bénit Dieu de ces fruits divers de son zèle pour l'éducation, il arrive en face de l'édifice que nous occupons. Sck proportions si vastes, son dôme élevé dans les airs le frappent. C'est là, ô vénéré fondateur, la maison qui a remplacé celle que vos mains avaient élevée. Par les dimensions de celle-ci, jugez des progrès de votre œuvre. Voyez cette situation solitaire, si propre à l'étude, ces cours, ces jardins, ce parterre, ces touffes d'arbres si beaux, qui font déjà, et qui, par les embellissements projetés, doivent faire encore davantage un séjour si agréable aux élèves.

Mais j'entends sa Voi^ : Comment donc a pu s'acquérir ce terrain, se bâtir cet édifice ? Irts ressources que j'ai laissées ne pouvaient suffire à ces frais. O bienfaiteur de l'éducation, votre générosité n'a point produit une admiration stérile : elle a été

imitée. Vous avez reconnu peut-être dans un des ces citoyen* placés près de vous, un jeune homme, qui, après avoir fréquenté les classes de votre maison, était entré dans la carrière commer-ciale. La Providence a favorisé son travail et soa industrie : il a cru ne pouvoir faire un meilleur usage des préraces de la fortune, qu'en les mettant au service de votre œuvre. C'est lui qui a donné avec une admirable libéralité ce vaste terrain où est assis le nouveau collège. Aussi les élèves se plaisent à rapprocher son nom du vôtre, et nous sommes heureux d'avoir souvent l'occasion de lui témoigner notre gratitude : car il demeure là, près de nous, dans cette villay dont les beautés, qui honorent son, goût, réjouissent nos regard*.

Le clergé, dont vous faites la gloire, et qui s'est si abondamment recruté par }es élèves sortis de votre institution, a témoigné et sa reconnaissance envers vous, et son intérêt à votre œuvr» par une souscription de trois mille louis, magnifique attestation de sa libéralité, et objet d'une prof(>nd:e reconnaissance dfe notre part..

Le gouvernement tombé en g^rande partie ea des mains canadiennes, comprenant q,ue l'éducation est le premier besoin d'ua peuple, que des institutions ftori^santes doivent faire sa gloire et contribuer à sa prospérité, a fait, à plusieurs reprises, dans l'intention d'aider à blktir ce collège, des allocations considérables. C'était un acquittement de lia reconnaissance pubjique à votre égard, mais qui toutefais nîérite la nôtre,, dont nous offrons avec joie l'expression aux membres de l'administration et de la législature, qui par I«ur influence et leur zèle nous ont fait accorder ces dons..

Mais qu'est-ce T.... Voici qu'il me semble que le cœ«r du fondateur de cette maison palpite fortement. Il veut parler : prêlon» l'ôreille aux accents de sa voix et de son âme :

O rous tous, membres du clergé, citoyens de la patrie, qui avez éprouvé les sentiments de mon cœur, vous qui avez contribué à faire prospérer cette œuvre, fruit de mon bng travail et d« mes vives sollicitudes, vous qui aimez comme moi la jeunesse d« votre pays, et qui avez généreusemetit aidé à la préparer à glorifier Dieu, à servir la société ; dans ce jour où mon corps, sortant d« la tombe, apparaît de nouveau nu milieu de vous, et où mon âme, qui a reçu sa récompense, connait ce que vaut aux yeux de DicK Taction de développer rintelligence créée à son image, je vous remercie de ce que vous avez fait pour la maison d'éducation si chère à mon cœur, et vous tous qui aujourd'hui V4inez donner c€ témoignage d'honneur à ma mémoire, je vous offre aussi ma gratitude. Réjouissez-vous, Dieu est magnifique en ses récompenses. Je \e prierai de vous enrichir de dons précieux en retour de ce que vous faites à Fégard de l'institution que j'ai fotidée pour former des hommes qui ayant orné la terre de leurs veYtus et de leurs bienfaits, allassent gbrifier Dieu dans l'éternité.

Ce langage n'est point une fiction. Si les restes de Messire Girouard, ne se sont point ranimés, son âme était là, au ciel, voyant tout le bien qu'il a fait, tous les fruits produits par son institution, et fntendant ce concert de gratitude et de louanges, qui, dans ce jour, s'élève vers lui de tous les cœurs. I! a joui au sein de Dieu de ce spectacle : sa gloire en a été augmentée, et il vous adresse réellement, du milieu de la cité sainte, lea paroles que je vous ai fait entendre de sa part.

-Nous venons de remplir un grand devoir par cet hommage rendu aux rester de Messire Girouaîd, hommage dont le souvenir pourra être perpétué en caractères plus solides que ceux que vous venez de lire au-dessur. du tombeau où nous l'avons placé» . Il vous sera doux de vous rappeler ce que vous, a fez fait

aujourcî'huî â îa gloire du pasteur dévoué à son troupeau, Pantoris ovibiia dcditiy (1) du citoyen qui a bien mérité de sa patrie, Civis de patriâ optimè meriti, de l'ami bienfaisant de la jeunesse, Juventutis benefactoris ainaiitissimi^ vous ses paroissiens, ses concitoyens, ses élèves, Parochiani, cortcives, alumni, qai pleins d'admiration pour ses vertu?, de reconnaissance pour ses bienfaits, de fidélité à sa mémoire, Virtutum miranton, Muneribus gratum^ Mcmoriœ fidelem aiiivium gercntes, avez déposé ses restes vénérés sur cette partie, bénite pour celte destination, du domaine possédé par la jeunesse studieuse, qui est sa famille et iorme comme sa postérité, Veiieratas reliquias sacro in hoc praedio scholasticcc prolis posuerunt.

Le corps du fondateur de ce collège n'à aujourd'hui qu^une tombe bien humble : mais bientôt, nous l'espérons, il sera abrité par une chapelle, que nous voudrions ne pas être trop indigne d'être son monument. Les dons généreusement offerts par le clergé de ce diocèse nous ont fait prendre la détermination de l'élever, et nous espérons que la Providence mettra à notre disposition ce qu'il faut pour la réalisation de ce dessein. Dieu ne laissera pas longtemps loin de l'autel les restes de son ministre habitués à reposer au fond d'un sanctuaire.

Sa tête vénérable sera conservée dans la maison même ; elle sera placée dans une chambre particulière, où nous réunirons divers objets qui ont appartenu à notre fondateur ,entr'autres son bréviaire, son livre d'oraison, son testament, ses manuscrits et tout ce qui reste de ses vêtements retrouvés dans sa tombe. On. n'entrera dans cette chambre de Messire Girouard, c'est le nom

(1) Ce sont les paroles da rinscription liacée au-dc8?us du tomboau.

qu^ellc portera, qu^avec recueillement et respect ; ce sera comme un sanctuaire où la reconnaissance aimera à venir exprinner ses ■sentiments et dans lequel, au milieu des graves pensées produites par ces objets rappelant la vie et la mort, le travail et le repos, le mérite et la récompense, et faisant entendre les leçons du temps et de l'étprnité, on s'inspirera du désir de glorifier Dieu et d'édiiier le prochain à l'exemple de celui dont on vénérera la mémoi^.

Servir la religion et la société, c'est là l'enseignement qui nousest donné au jourd'hui d'une manière bien solennelle. Ptecueillonsle tous comme un fruit salutaire de cette grande fete de deuil et de gloire tout à la fois.

Mais c'est à vous surtmit qne s'^adresse cette leçon, jeunes élèves de ce collège. Comprenez en ce jour ce qu'est l'instruction' que vous recevez ; c'est l'éducation qui fait toute cette fête dont le souvenir devra rester à jamais dans vos esprits» €'est sonimportance pour le temps et l'éternité, c'est la gravité dès intérêts qu'elle concerne, qui ont inspiré à celui que nous vénéronsaujourd'hui le dessein dont la réalisation lui donne cette gloire terrestre, et qm lui a assuré, comme nous nous en flattons, fa gloire céleste.

C'est pour vous gratifier de cette instruction, source des plus nobles et dets plus délicates jouissances de l'homme, raojen le plus efficace de la prospérité temporelle, secours à l'aide duquel on «ert plus utilement sa patrie, et, si elle est bien dirigée, lumière, qui en faisant mieux connaître Dieu en lui-même et dans ses œuvres, porte à l'aimer davantage, à le servir avec plus de fidélité, et fait mériter parla même une récompense éternelle plus grande ; c'est pour vous procurer cette instruction, que le fondateur de ce collège s'ei:t imposé tant de travaux et de soucis, et çi déployé uue

générosité qui n'est devenue une grande gloire pour lui qu'après avoir été un grand sacrifice. C'est vous qui avez été les objets de l'affection, du dévouement de ce noble cœur, qui avez occupé les pensées de cette tête vénérable.

Combien d'entre vous peuvent se dire : si la main de Messirt Girouard n'avait point élevé le Collège de St. Hyacinthe, bien probablement jamais je n'^aurais goûté le bonlieur dont je jouis déjà par la culture de mon esprit ; jamais je n'aurais pu aspirer à rendre les services que je me flatte pouvoir offrir un jour à ma patrie ! Remerciez-donc le ciel d'avoir mis dans son âme ce sentiment d'affection, d'intérêt pour la jeunesse. Remerciez U ministre du Seigneur, fidèle aux inspirations qu'il a reçues, l'homme selon le cœur de Dieu qui vons a préparé ce qui doit faire votre plus grand bonheur.

Oh! avec quelle vive émotion n'allez-vous pas venir dans quelques instant recevoir la récompense de vos travaux! Vous demanderez que chacune de vos couronnes augmente l'éclat d« célie qu'i! porte au eiel.

Mais, ô chers élèves, l'honneur à sa mémoire, la reconnaissance pour ses bienfaits, ce n'est pas tout Tbommage que vous avez à rendre aujourd'hui au fondateur de cette maison. Ce qu'il désire surtout, c'e^t que l'éducation qu'il vous offre produise eu vous les fruits qu'il -en a espérés. 11 demande à un certain nombre d'entre vous d^ôtre fiJèles à la vocation que le ciel leur donne au sacerdoce, à cet état, son exemple vous le proclame assez hautement, qui permet de rendre tant de gloire à Dieu, de faire tant de bien aux hommes. Tl demande aux autres d'être des citoyens qui conservent à h patrie une gloire nationale, pure de toute tache 5 qui, fidèles à la religion, sans laquelle il n'y a pas plus de bonheur pour la tociété que pour les individus, en ren-

plissent fidèlement les devoirs, et en défendent courageusement les droits 5 qui servent leur pays par toutes lea lumières d'une haute éducation, et tout le dévouement d'un cœur animé de ce noble sentiment appelé l'amour de la patria ; et qui, dans toute condition sociale où ils se trouvent, montrent en eux les vertus qui ont fait longtemps, et désormais, je l'espère, feront toujours le caractère du peuple Canadien ; la probité incorruptible à toute séduction ; l'aménité des mœurs et la bienveillance mutuelle que les divergences d'opinion no peuvent altérer ; et l'honneur, l'honneur qne nul intérêt ne peut faire fléchir, et qui se montre l'ennemi juré de toute fourberie et de toute corruption.

Oh! devant ces restes sacrés, qui président en quelque sorte à ces exercices, et qui seront toujours sous vos yeux pour vous rappeler vos serments et ranimer les sentiments qui font aujourd'hui palpiter vos cœurs, jurez de faire tous vos eflbrt» pour acquérir et pour mettre à profit cette éducation religieuse, morale, littéraire dont le bienfait vous est offert: jurez d'être toujours ce que le fondateur de cette institution a voulu faire de tous les élèves qui devaient la fréquenter des hommes religieux, des citoyens honorables, ou, pour parler en termes plus familiers, mais peutêtre plus expressifs, de bons chrétiens, de vrais Canadiens.

Qu'il en soit ainsi de ce» élèves et de ceux qui devront le» remplacer dans la suite des années, et alors s'accomplira, pour la gloire immortelle de ton nom, remercié, béni, vénéré dans tout le Canada, ô Antoine Girouard, notre bien-aimé père, l'honneur du clergé Canadien et le bienfaiteur de la patrie, alors s'accomplira le vœu par lequel cette maison a salué ta bienvenue en ce jour :

Qu'à l'Eglise, à l'Etat, cette couvre de ton zèle Comme toi puisse offrir un serrice fidèle. (*)

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