Discours prononcé par l'honorable M. Honoré Mercier, premier ministre de la province [microforme]
Nous sommes enchantés, mes collègues et moi, de la réception toute sympathique que le Club National veut bien nous faire, dans cette circonstance, et nous garderons un excellent souvenir, nonseulement des paroles que vous nous avez adressées, M. le président, mais encore de la courtoisi, que vous nous avez montrée ce soir.
Nous avons décidé, mes collègues et moi, de venir de temps à autres, en autant que les circonstances nous le permettront, siéger dans la ville de Montréal, afin de pouvoir règler, sur les lieux, les questions locales qui intéressent les citoyens de cette immense région politique, et aussi de rencontrer nos amis et le public em général.
Votre démonstration est faite au nom de deux clubs qui nous sont bien chers, le Club National et le Club Letellier : le Club. National, qui s’honore du même titre que le gouvernement actuel, titre qui a fait sa force dès les Jremiers jours de som
existence, qui lui a gagné la sympathie d'un grand nombre
de citoyens et qu'il a bien l'intention de maintenir, dans l'avenir, comme représentant ses tendances et ses aspirations. Le Club Letellier, qui porte le nom d'un patriote sur la conduite politique duquel nous n'avons pas toujours été de la même opipion, tous tant que nous sommes membres du parti national, mais qui rappelle la mémoire vénérée d'un homme loyal à son pays et à ses amis et d’un homme d'Etat qui a laissé un grand nom.
Ceux qui ont connu Letellier dans l'intimité savent combien il était partisan de l'union dés hommes de cœur qui, dans son opinion, devaient se donner la main pour faire triompher les grands intérêts de la province, Combien de fois, dans nos conversations intimes, alors que j'avais l'honneur d'être lun de ses aviseurs et le plaisir d'être un de ses confidents, il y a dix ans de cela, n'a-t-il point regretté nos luttes fratricides et les divisions qui nous affaiblissaient ? Combien de fois n°: m'a-t-il pas conseillé de me rapprocher de mes adsersaires, de leur tendre une main amicale, de leur demander d'oublier les haines du passé et de tout sacrifier au pied de l'autel de la patrie, afin d'unir toutes les forces de la nation et d'assurer, dans cette union patriotique, le triomphe des intérêts sacrés qu'il avait tant à cœur.
Hélas ! il est mort, cv patriote, avant de voir la réalisation de son rêve favori, du rêve de toute sa vie. Mais aujourd'hui ses mânes doivent tressaillir ! Deux clubs sont réunis, l'un portant son grand nom. et l'autre, représentant sa grandeidée. [ls sont réunis pour recevoir les membres du gouvernement formé à l'ombre du drapeau national, comme résultat d'un sentiment noble et généreux ; et, triomphant de tous les obstacles nombreux jetés sur sa route, ce gouvernement aflirme sa force plus que Jamais et montre au pays tout entier que l'union désirée s'est accomplie, qu'elle est maintenue intacte et vraie, et prépare pour demain des triomphes nouveaux, qui consolideront son œuvre et assureront, d'une manière définitive, la prospérité publique.
Vous voulez bien, dans l'adresse qui vient de nous être présentée, faire allusion à diverses questions politiques qui intéressent actuellement le pays, ét vous avez été assez bon de tuger favorablement la solution que nous avons donnée à la plupart d'entre elles.
Vous avez été trop indulgent, dans la forme : mais, d'un autre côté, vous êtes restés, je crois, dans les bornes de l'exactitude, quant au fond. Nous avons, en eflet, réglé bien des questions depuis que nous sommes au pouvoir ; nous avons fait disparaître les déficits qui nous ruinaient et nous déshonoraient ; nous avons adopté des mesures sévères pour assurer la rentrée de tous les argents dus à la province ; nous avons mis fin aux vols nombreux
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auxquels donnait lieu la distribution des deniers de la colonisation ; et enfin, nous avons fait disparaître les injustices criantes dont les colons étaient l'objet de la part de certains marchands de bois.
D'un autre côté, nous avons réglé cette célebre difliculté, cette difficulté presque centenaire, soulevée à l'occasion des biens des Jésuites ; nous avons inauguré cette politique généreuse et si productive de Ja construction des ponts en fer ; nous avons établi l'ordre du Mérite Agricole, au moyen duquel les cultivateurs distingués recevront des honneurs et des récompenses propres à créer une légitime émulation et à donner une impulsion nouvelle à l'industrie agricol:, cause importante de nos succès et souree intarissable de nos revenus. Noux avons mis fin, grâce à un emprunt avantageusement contracté, à l'existence d'une dette flottante ; enfin, nous avons réussi à créer, sous divers autres rapports, une situation satisfaisante pour le présent et rassurante pour l'avenir.
Mais notre œuvre est loin d'être complète: elle n'est qu'a ses débuts.
Nous avons devant nous une tâche immense, qui réclame tous nos soins, toute notre activité, tout notre dévouement : nous avons devant nous l'immensité des besoins du pays, et nous ne devrons nous arrêter que lorsqu'ils seront satisfaits.
L'instruction M pa pour réaliser les espérances des hommes intelligents, réclame des secours nouveaux: il faut les lui donner. Notre devoir est de faire pénétrer les lumières de l'instruction dans toutes les classes, surtout dans les classes les plus pauvres et les plus humbles; le peuple demande que nous lui versions l'instruction à pleine mains et nous allons la lui verser. C'est une tâche, c'est un devoir: nous ne reculerons point devant la tâche et nous ne faiblirons point devant le devoir.
Nous devons multiplier les voies de communication, les rendre de plus en plus faciles, et rapprocher des grands centres nos populations rurales, afin de leur permettre de porter sur les marchés des villes les produits de leurs terres et de leur industrie. Pour cela, nous devrons accorder de nouvelles subventions aux compaguies de cheinins de fer qui donnent des garanties satisfaisantes, qui se proposent de construire des routes propres à favoriser la colonisation, l'agriculture et le commerce, Nous devrons aussi améliorer nos chemins municipaux, en offrant des avantages tout particuliers aux municipalités disposées à macadamiser leurs chemins, de manière à permettre à nos cultivateurs de se rendre aux grands centres facilement et économiquement. Ce sera une compensation légitime des sacrifices qu'ils se sont généreusement imposés dans le but d'assurer la construction de nos voies ferrées. Cette compensation est d'autant plus nécessaire que les cultiva-
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teurs seront probablement appelés de nouveau à nous aider, dans un avenir rapproché, à faire disparaître les barrières et les ponts de péage qui, près de nos grandes villes et de certains endroits de nos campagnes, constituent une véritable nuisance publique, et arrêtent le progrès.
Pour réaliser toutes ces grandes choses et rencontrer les vues et les aspirations de notre province, nous devrons augmenter les revenus publics ; obtenir du gouvernement fédéral tout ce à quoi nous avons droit, dans les limites raisonnables posées par la conférence interprovinciale de 1887; opérer la conversion de notre dette, afin de dégrèver le budget annuel d'une dépense considérat ble; reculer, jusqu à la baie d'Hudson et le grand fleuve Eas- Main Ja frontière de notre province, ce qui aura pour résultat d'ajouter cent mille milles carrés de territoire à celui que nous possédons déjà ; développer nos ressources minières, industrielles et agricoles, de manière à donner une valeur additionnelle et considérable à nos terres publiqu's ; enfin, lancer cette province dans une voie de progrès réel et intelligent, constant et permanent, propre à justifier les espérances des plus enthousiastes.
Nous travaillons surement, messieurs, à la réalisation de ces grands projets et si tous les hommes de cœur, tous ceux qui ont de lu bonne volonté veulent nous prêter leur concours, nous ferons triompher cette politique ; non dans l'intérêt d'un parti, non dans l'intérêt d'un homme, mais dans l'intérêt de tous, pour l'honneur et la richesse de notre province.
Ces travaux, entrepris dans l'intérét œénéral, sont appréciés, sont même admirés par ceux qui sont capables de se dépouiller de l'esprit de parti et de juger avec intelligence,
Aussi, l'électorat nous approuve, nows applaudit, ngns assure des triomphes constants, qui se succèdent avec une rapidité consolante. (Ces succès, messieurs, sovez-en sûrs, ne sont que Îles avant-coureurs de ceux que nous remporterons aux élections générales, alors que le peuple, appelé à rendre son verdict honnête et intelligent, donnera au gouvernement national, que vous acclamez ce soir, x plus forte majorité constatée dans les annales de notre législature.
Anssi, les difficultés que nous rencontrons, les objections qui nous sont faites, les accusations portées contre nous ne tonchent point à notre politique générale, reconnne comme satisfaisante et avantageuse all Pays.
Ce qu'on nous reproche, ce sont des détails, détails assez graves en apparence, mais insignifiants en réalité et tout-à-fait futiles.
On nous accuse d’avoir augmenté les dépenses, sans nous tenir compte de l'augmentation des revenus.
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On nous dit: ‘“ Vous dépensez trop”; sans admettre que nos dépenses restent dans les limites de nos revenus.
Ceux qui nous font ce reproche sont les inèmes hommes qui pouvaient prétendre dépenser moins, c'est Vrai, mais qui nous montraient des déficits tous les ans; tandis que nous, si nous sommes sujets au reproche de dépenser plus, “ous sommes aussi sujets au compliment d'avoir des surplus considérables.
în outre, ceux qui nous font ce reproche de dépenser plus travaillaient moins que nous ; ne réglaient rien, tandis que nous, nous travaillons plus, et nous règlons tout. Les locomotives qui ne marchent point, ne dépensent rien et ne gagnent que de la rouille ; les gouvernements qui ne travaillent point. dépensent peu mais gagnent peu, Nous aimons mieux marcher de l'avant, dépenser plus et faire l'ouvrage du pays.
Quelques faits et quelques chiffres sulliront pour illustrer ma pensée et satisfaire les hommes raisonnables, disposés à juger d'une manïère impartiale,