Discours prononcé par le président du Directoire exécutif à la fête de la reconnaissance et des victoires célébrée au Champ-de-Mars, le 10 prairial, l'an quatrième de la République
Prononce par le Président du DU rectoire Exécutif \ a la fête de la Reconnaissance et des victoires , célébrée au Champ -de - Mars y k 10
Prairial , tan quatrième de la République.
CL/EST au moment où la Nature semble renaître, où la tefrre se parant de fleurs et de verdure nous promet de nouvelles moissons , où tous les êtres publient dans leur langage p l'intelligence bienfaisante qui renouvelle l'univers , que le Peuple français vient, dans cette fête solemnelle , rendre un éclatant hommage aux talens et aux vertus amies de la Patrie et de l'humanité. Eh ! quel jour peut mieux réunir tous les cœurs? Quel citoyen, quel homme peut être étranger au sentiment de la reconnais-
sance ? Nous n'existons que par une longue suite de bienfaits, et notre vie n'est qu'un échange continuel de services. A peine au monde, nos yeux s attachant au ciel , semblent reconnaître un premier bienfaiteur. Faibles, sans appui, l'amour de nos parens veille sur notre enfance et pourvoit à des besoins sans cesse renaissans, ils guident nos premiers pas, leur patiente sollicitude aide au développement de nos organes , nous en recevons les premières notions de ce qui est en nous mêmes et de ce qui est hors de nous.
D'autres bienfaits forment nos cœurs aux affe&ions, nos esprits aux connaissances et nos corps aux travaux utiles. C'est pour notre bonheur que le sage a médité sur les devoirs de l'homme 9 que le savant a pénétré les secrets de la nature, que le magistrat veille et que le législateur prépare dans le recueillement les lois protectrices. JBientôt il nous est aussi donné d'ê tre utile; bons fils nous semons des fleurs sur la viellesse de nos pères , et leur voix tremblante nous bénit à leur, heure dernière. Devenus pères à notre tour , nous préparons dans l'éducation de nos enfans, le bonheur de nos vieux jours, et nous continuons ainsi, dans une régénération nouvelle, la chaîne des bienfaits et de la reconnaissance.
La sensibilité ne se resserre pas dans le cercle d'une famille, elle va chercher l'indigent sous le chaume; elle verse dans son sein les secours et les consolations; et déjà, payée du bienfait par le sentiment du bienfait même , elle l'est encore par la reconnaissance. Humanité! que ta pratique est délicieuse , et qu'elle est à plaindre l'ame avide qui ne te connais pas !
Celui qui est bon fils et bon père est aussi bon citoyen. Il aime sa Patrie et lui paie avec joie le tribut de ses services ; ils se plaît à rendre à ses frères la protection qu'il en a reçue; magistrat ou guerrier , artisan ou cultivateur , ; au temple des arts, au sénat , au champ de la gloire, dans les ateliers de l'industrie , il se montre jaloux de contribuer à la prospérité de son • pays et de mériter un jour sa reconnaissance. Car il est aussi une reconnaissance des nations envers les individus. En ce moment même, ur* grand peuple est assemblé tout entier pour exprimer la sienne aux citoyens vertueux qui l'ont méritée. Que cette tâche nous est précieuse à remplir ! Que nous aimons à vous rendre cet hommage , vous tous à qui la Patrie doit son salut, sa gloire et les bases de sa prospérité! Vous, à qui la France a dû sa régénération
politique, philosophes courageux, dont les écrits ont préparé la révolution , limé les fers de l'esclavage et atténué de longue main les fureurs du fanatisme.
Vciu, citoyens dont le bras intrépide a effectué cette heureuse révolution ; fondé la République , et lutté depuis sept ans contre le crime et l'ambition, le royalisme et l'anarchie.
Vous tous enfin qui travaillez à rendre la France heureuse et flom:an:e, qui l'illustrez par vos talens , qui l'enrichissez de vos découvertes; recevez .le témoignage - solemnel de la reconnaissance nationale.
Recevez le sur-tout , armées Républicaines, vous dont tout rappelle ici la gloire et les succès. C'est vous qui nous avez défendus contre dix rois coalisés, qui les avez chassés de notre territoire, qui avez reporté chez eux les fléaux de la guerre; vous n'avez pas seulement vaincu des hommes , vous avez surmonté tous les obstacles de la nature ,vous avez triomphé des fatigues , de la faim , des hivers.
Quel spectacle pour les Peuples , et quelle terrible leçon pour les ennemis de la liberté .'Une République naissante arme ses enfans pour dé~ fendre son indépendance; rien ne peut retenir
leur impétuosité. Traversant les fleuves , forçant les reîranchemens , gravissant les rochers : ici après une foule de victoires , ils reculent nos limites jusqu'aux barrières que la nature nous a données , et poursuivant sur les glaces les débris de trois années, vont d'une nation opprimée et ennemie , faire un peuple libre et allié: là ils vont exterminer des hordes de traîtres et les brigands vomis par l'Angleterre , punissent les chefs coupables, et rendent- à la République des frères trop long-temps égarés : ici franchissant les Pyrennées, ils se précipitent de leur sommet, renversent tout ce qui s'oppose à leur élan et ne sont arrêtés que par une paix honorable : là escaladant les Alpes et l'Apennin, ils s'élancent à travers le Pô et l'Adda ; l'ardeur du soldat est secondée par le génie et l'audace des chefs; ils conçoivent avec profondeur , ils exécutent avec énergie , tantôt disposant leurs forces avec calme, tantôt se précipitant au milieu des dangers à la tête de leurs frères d'armes. Oh ! que ne puis- je ici dérouler l'immense et glorieux tableau de leurs victoires ! Que ne puis - je nommer nos plus intrépides défenseurs ! Quelle foule d'images sublimes et de
noms chéris se pressent dans ma mémoire
Immortels guerriers ! la postérité refusera d'ajou-
ter foi à la multitude de vos triomphes , mais peur nous l'histoire n'a plus d'invraisemblance.
Mais ne voyons-nous pas , dans cette enceinte même ime portion de ces braves défenseurs ? Vainqueurs des ennemis extérieurs de l'état, ils sont venus réprimer ses ennemis intérieurs, et maintiennent au dedans la République qu'ils ont fait respecter au dehors ? N'y voyons-nous pas encore ces vénérables guerriers blanchis sous les armes , ceux que d'honorables blessures forcent à un repos prématuré , et dont nous appercevons d'ici i'asyle ? Avec quel plaisir nos yeux se reposent sur cette intéressante réunion ! avec quelle douce émotion nous contemplons ces fronts victorieux ! v
Pourquoi ne nous reste-t-il plus que votre souvenir , héros morts peur la Liberté? Vous vivrez du moins à jamais dans nos cœurs; vos enfans nous seront chers. La République acquittera sur eux ses dettes envers vous ; et nous venons payer ici la première en proclamant votre gloire et sa. reconnaissance.
Armées républicaines, figurées dans cette enceinte par une portion de vous-même, phalanges invincibles dont j'apperçois de tous côtés les trophées , dont j'entrevois dans l'avenir les non-
yeaux succès , avancez et recevez les couronnes triomphales que le Peuple français nous ordonne d'attacher à vos drapeaux.
Et vous Français 9 que Ton voudrait égarer , soyez sensibles à ce spectacle touchant? Nos défenseurs auraient-ils en vain triomphé? voudriez vous que les divisions et les troubles détruisissent tout- le fruit de leurs exploits ? Ils vous convient par ma voix d'abjurer aujourd'hui vos haines ; c'est pour tous que leur sang a coulé ; ne vous montrez point ingrats, au jour de la reconnaissance,
• Pour expédition conforme :
Président»
Par le Directoire exécutif,
Le secrétaire- Général y