IMPRIME PAR LEVY & BOUCHARD
INTKODUCTION.
Comme ce pamphlet est plutôt destiné aux gens de la campagne, qui n'ont pas l'avantage de suivre assidûment les journaux, qu'à ceux des villes, j'ai cru qu'il serait bon de rappeler en quelques mots les événements qui ont été cause de la proposition des résolutions citées plus bas.
Personne n'a oublié ce que l'on est convenu d'appeler dans les cercles conservateurs " le Coup d'Etat du 2 mars 1878."
Personne n'ignore non plus que le gouvernement actuel est né de ce " Coup d'Etat."
Depuis cette époque, furieux de s'être vu honteusement chassé du Pouvoir, pour mauvaise et scandaleuse administration des affaires publiques, le parti conservateur n'a cessé de crier à la persécution politique, à la violation de la constitution et à l'anéantissement du gouvernement responsable. D'un autre côté, le parti libéral a toujours soutenu et soutient encore que l'acte du Lieutenant-Gouverneur était parfaitement constitutionnel ; que celui-ci n'avait fait qu'user d'un droit accordé par l'Acte de l'Amérique Britannique du Nord au représentant de la Reine dans les colonies.
En outre, deux raisons spéciales militaient en faveur des prétentions du parti libéral.
1° C'est qu'après le renvoi de l'administration de Boucherville, un nouveau Cabinet avait été formé et que les ministres prirent la responsabilité de l'acte du 2 mars.
2° Parce que le peuple de la province de Québec, seul juge dans cette affaire, ayant été consulté par des élections générales, le 1er mai 1878, avait sanctionné cet acte, en élisant des députés dont la
majorité était favorable aux ministres responsables de l'action du Lieutenant-Gouverneur.
Malgré ces raisons péremptoires, les conservateurs fermèrent les yeux à l'évidence, et continuèrent à faire, avec acharnement et déloyauté, la guerre à l'homme si dévoué et si patriotique qui, méprisant autant les menaces que les insultes, ne recala pas devant son devoir de détourner la province de Québec de l'abîme où elle allait s'engloutissant.
Les ex-ministres portèrent d'abord la question devant le Gouvernement Fédéral ; mais en hommes intelligents, qui comprennent l'esprit et l'essence du gouvernement responsable et les principes de notre constitution, les députés libéraux aux Communes, par une majorité de 42 voix, déclarèrent que le Parlement Fé léral n'avait rien à voir dans cette question purement locale, et que les électeurs de la province de Québec en étaient les seuls juges compétents.
Les conservateurs ne se tinrent cependant pas pour battus.
Aux élections fédérales de septembre 1878, une majorité conservatrice, élue sous de faux prétextes, ayant remplacé la majorité libérale, les conservateurs portèrent de nouveau la question à Ottawa, et firent déclarer par cette majorité conservatrice et ennemie du Lieutenant- Gouverneur, que l'acte du 2 mars 1878, non seulement n'était pas sage, mais était subversive des principes du gouvernement responsable.
Qu'arrive-t-il alors ? Poussés par leurs amis, et forcés d'agir, du moins quelques-uns d'eux, pour remplir leurs imprudentes promesses électorales, les ministres fédéraux demandent au Gouverneur-Général de signer la destitution de l'honorable Luc Letellier de St. Just. Le marquis de Lorne refuse de se rendre complice d'un acte aussi arbitraire qu'inconstitutionnel, et propose à Sir John A. McDonald, chef du gouvernement, le renvoi de la question au Bureau Colonial.
Sir John y consent et accepte avec ses collègues, pour ne pas être obligés de résigner, la responsabilité de la décision du Gouverneur- Général.
De suite, le gouvernement fédéral envoie l'honorable Langevin plaider sa cause devant les autorités impériales. De son côté, le gouvernement local donne mission à son chef, l'honorable M. Joly, d'aller soutenir la position prise par le Lieutenant-Gouverneur.
Ces deux honorables messieurs sont de retour, et le monde politique attend avec anxiété le jugement que prononcera le Parlement Impérial.
Nous pouvons espérer, sans témérité aucune, que la cause libérale, qui est celle de la très-grande majorité des habitants de la province de Québec, triomphera, et que le Lieutenant-Gouverneur ne sera pas seulement maintenu en office, mais que, de plus, sa conduite si patrio^ tique et si désintéressée sera approuvée.
Depuis le renvoi en Angleterre de la question Letellier, la Législature locale a été convoquée.
A une des premières séances, le 7 juillet 1879, l'honorable M. Joly se leva en Chambre et proposa, secondé par l'honorable M. Langelier, la série de résolutions qu'on lira plus bas.
Ces résolutions avaient certainement une très-grande importancei car elles réclamaient pour notre province des droits et des libertés acquis avec le Gouvernement Eesponsable, et que nous avions failli perdre par la haine et le fanatisme politiques de quelques ambitieux#
Il me semble que la question n'en devait pas être une de parti, mais bien de province. Tous les députés, qui doivent pourtant avoir à cœur le maintien de notre autonomie, auraient dû voter pour l'adoption de ces résolutions, qui étaient comme un protêt signifié au parlement fédéral, lui niant le droit de s'immiscer dans nos affaires. Malheureusement, l'opppsition n'a pas cru devoir voter ces résolutions, et a préféré, pour paraître conséquente avec elle-même, reconnaître, par ses chefs, que le gouvernement fédéral a le droit de nous imposer ses vues.
La chose est regrettable, mais il faut espérer qu'elle n'aura pas de conséquences fâcheuses. Le gouvernement fédéral devra être assez soucieux de son devoir pour comprendre que les députés de l'opposition n'ont agi que par esprit de parti, et qu'ils n'ont réellement pas exprimé les opinions de leurs constituants. Au reste, la majorité' des représentants du peuple a protesté, et comme c'est le peuple qui gouverne depuis que nous avons le gouvernement responsable, le gouvernement fédéral verra que le peuple de la province de Québec ne veut pas de son intervention, et qu'il entend conduire ses propres affaires comme bon lui semble.
L'Histoire aura la tache pénible de juger ceux qui, quoique représentant les intérêts d'une certaine partie de la province, ont foulé aux pieds ces mêmes intérêts qu'ils s'étaient engagés à défendre, en votant pour l'anéantissement de nos droits, de notre liberté et de notre autonomie provinciale.
Voilà en peu de mots l'exposé des faits qui ont amené la proposition de ces résolutions. De tous les habiles discours prononcés à l'appui de ces résolutions, et contenus dans cette brochure, il'n'y a que ceux de Thon. M. Mercier et de M. Chs. Langelier qui soient au complet. Je n'ai pu me procurer qu'un court résumé de tous les antres. De plus, je dois ajouter que ceux des hons. MM. Eoss et Irvine et de M. Flynn ayant été traduits de l'anglais, la traduction peut ne pas rendre exactement la pensée de ces messieurs. Je réclame à cet égard, leur indulgence et celle des lecteurs.
-ooc—
Les résolutions de l'hon. M. Joly, se lisaient comme suit : Besoin :
1. Qu'il soit présenté une humble adresse à Son Honneur le Lieutenant-Gouverneur priant Son Honneur de vouloir bien transmettre la résolution suivante à Son Excellence le Gouverneur-Général :
2. Que la Province de Québec, par les députés qu'elle a élus pour la représenter dans l'Assemblée Législative, proteste de son attachement inaltérable à la Couronne et à la Personne de Sa Majesté ;
3. Que la Province est satisfaite de la forme du gouvernement dont elle jouit en vertu de l'Acte de l'Amérique Britannique du -Nord, qui lui assure son autonomie et le droit de se gouverner elle-même ;
4. Que la Province, qui ne cherche pas à empiéter sur la juridiction du gouvernement fédéral, doit s'attendre à ce que ce gouvernement ne cherche pas à empiéter sur ses droits ; et c'est le devoir de ses représentants, auxquels elle en a confié la défense, de protester quand ces droits sont menacés ;
5. Que la tentative, de la part du gouvernement fédéral, de démettre Son Honneur le Lieutenant-Gouverneur de la Province de Québec, se basant sur un vote de parti de la Chambre des Communes et du Sénat, est, sous les circonstances, un .empiétement sur les droits de la Province ;
6. Que c'est à la Province de Québec, directement intéressée comme elle l'est dans les résultats de la démission du ministère de Boucherville, à juger de l'apropos et de la sagesse de l'acte par lequel le Lieutenant-Gouverneur a retiré l'administration des affaires de la Province des mains de ce ministère pour la confier à d'autres mains ;
7. Que conformément aux principes du gouvernement responsable, la Province a été appelée à juger de cet acte en jugeant les nouveaux ministres qui en ont pris toute la responsabilité ;
8. Que le résultat des élections générales a été un verdict en faveur des nouveaux ministres qui, dans la session convoquée à la suite de ces élections, ont réussi à faire adopter par cette Chambre toutes les mesures introduites par eux ;
9. Que depuis la session, trois divisions électorales de la Province, celles de St. Hyacinthe, de Rouville et de Chambly, ont été appelées à se prononcer de nouveau, et toutes les trois ont approuvé, par de grandes majorités, l'acte de Son Honneur le Lieutenant-Gouverneur ;
10. Que ce qui donne encore plus de poids à cette expression réitérée de l'opinion publique, c'est que deux de ces trois divisions, appelées à remplacer des députés dont les Cours de Justice avaient annulée l'élection, ont renversé le verdict qu'elles paraissaient avoir rendu le premier mai 1878, et ont remplacé des adversaires du gouvernement par des députés ministériels.
11. Que l'approbation par la Province de Québec de l'acte du. Lieutenant-Gouverneur a été trop clairement exprimée pour qu'il soit possible de la mettre en doute plus longtemps, et cette Chambre, représentant l'opinion du corps électoral de la Province, remercie ♦Son Excellence le Gouverneur-Général de la fermeté et de la sagesse avec lesquelles Son Excellence a agi en arrêtant la tentative d'empiétement faite par le Parlement et le Gouvernement Fédéral sur les droits de la Province, et elle a pleine confiance que Son Excellence continuera, avec la même fermeté et la même sagesse, à reconnaître et à protéger ces droits incontestables.
L'Hon. M. Chapleau, secondé par M. Loranger, proposa à chaque paragraphe do ces résolutions les amendements suivants :