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COMPTE RENDU OFFICIEL

Vendredi, 8 mars 1878.

M.CHARLTON— Il me faut le dire, la résolution proposée l'autre soir par le très honorable député de Kingston est l'une des plus étranges que l'on puisse voir, car elle n'embrasse que de vagues généralités et des promesses trompeuses, tout en affichant la prétention illogique qu'il est possible de légiférer de manière à concilier les intérêts les plus adverses.

Lorsque j'ai entendu l'honorable dé-

puté lire cette résolution et déclarer que par un remaniement du tarif l'on pourrait favoriser les intérêts miniers t agricoles, manufacturiers et autres, il m'a remis en mémoire une anecdote que j'ai lue quelque part.

Il s'agissait d'un candidat à l'élection d'un membre du Congrès pour l'Etat de Kentucky, lequel visait au même but que le très honorable monsieur, c'est-à-dire arriver au pouvoir, et dans sa profession de foi aux électeurs il promettait que s'il obtenait la majorité des suffrages il abolirait l'impôt, accroîtrait le revenu, trouverait dei maris à toutes les veuves du district

se ferait le père de tous les orphelins, et créerait, 6i on le désirait, un fleuve d'eau-de-vie, et cela tout en fournissant le sucre nécessaire aux ponches que l'on voudrait faire.

Les promesses de ce candidat eussent pu être remplies tout aussi bien que pourraient l'être celles de la résolution.

Dans le discours dont il a gratifié la Chambre en cette occasion, le très honorable monsieur a mis au défi tous les membres présents do citer une seule nation qui soit devenue grande par le libre échange.

Je ne connais pas très bien quelle était la politique fiscale des différentes nations de l'antiquité ou du moyen-âge, mais si j'ai puisé mes renseignements à bonne source, il paraîtrait que la protection est d'une origine très récente, et si Eome et Carthage étaient de giands états commerciaux, si Tyre était une grande cité commerciale, si l'Assyrie était un grand empire commercial, ces cités, ces empires, ces états ont tous grandi sans la protection, mais çrâce aux principes du libre échange.

La protection fut mise en pratique au dix-septième siècle, mais elle est aujourd'hui tombée en désuétude.

Si cette théorie a eu aussi peu de vogue, ce ne peut être à cause de son mérite, car elle est une anamolie et un indice de décadence.

Le très honorable député a dit que l'Angleterre a adopté une fois un tarif qui lui assurait le contrôle absolu de son marché et de ceux de ses colonies ; qu'elle ne serait pas parvenue au rang qu'elle occupe sans la protection ; ot que c'est après avoir solidement établi ses industries manufacturières qu'elles a consenti à ouvrir ses marchés au reste du monde, à la condition d'une égale réciprocité.

En 1820, les exportations de l'Angleterre furent de £36,000,000; en 1842, à la lin de la période du système protecteur, elles ne s'élevèrent qu'à £47,- 000,000, mais aujourd'hui elles vont au-delà de $1,000,000,000.

Son élévation au rang de grande nation commerciale date de l'époque où elle abandonna' le système protecteur pour adopter le principe du libre échange.

Depuis cet abandon et dans les trente et quelques années qu'elle a mis en pratique le libre échange, le chiffre de ses importations et exportations a augmenté dans de telles proportions que force est de reconnaître qu'elle est aujourd'hui, non-seulement la plus grande puissance commerciale du monde, mais encore la plus grande qui ait jamais existé, grandeur qu'elle doit aux bienfaits découlant d'une judicieuse politique commerciale.

Le très honorable représentant de Kingston (sir John A.t Macdonald) nous a dit qu'à cette heure l'on se plaignait beaucoup en Angleterre de l'admission des marchandises américaines; mais est-il un membre de cette Chambre quelque peu versé dans le commerce qui pourrait supposer que l'importation de marchandises américaines sur le marché anglais ait pu sérieusement alarmer les fabricants de ce pays ?

Quant à moi, je ne crains pas de dire que l'importation de ces marchandises sur le marché anglais formerait à peine le fonds de commerce de six notables marchands de gros de Londres.

Ya-t-on croire que le commerce anglais tremble de se voir supplanter sur son propre marché parce que les Etats- Unis exportent pour un peu plus de $1,000,000 de fer, ou pour un peu plus de 8300,000 d'articles de laine?

Le commerce d'exportation des Etats-Unis en Angleterre se résume à une bagatelle, et j'ose affirmer que c'est à perte que les Américains exportent en Angleterre, — j'entends les cotonnades, les lainages et les articles de fer — et qu'en ce faisant ils ont pour but de produire un effet politique dans leur pays.

Le très honorable monsieur (Sir John A. Macdonald) s'est permis de faire une prédiction, et m'est avis que s'il eût vécu dans les temps anciens comme Saiil, il eût été compté au nombre des prophètes, bien que je doute qu'il eût avantageusement figuré parmi les sages de l'Ancien Testament.

Tout de même il a prédit que le système protecteur serait de nouveau adopté par l'Angleterre, et que plusieurs d'entre nous vivraient assez longtemps pour voir se réaliser sa prédiction. Il a aussi fait cette autre affirmation solennelle qu'un peuple n'est jamais parvenu au rang d'une grande nation en

exploitant une seule industrie. Eh foien! sur ce point, j'incline à penser <îomme lui ; car ce serait un singulier peuple que celui qui n'aurait qu'une unique industrie à faire valoir. J'ignore s'il existe un tel peuple, mais le cas échéant, il n'est pas probable qu'il doive rapidement atteindre au rang •des grandes nations.

Le très honorable monsieur nous a «dit de plus que la Russie, puissance jouissant de l'avantage de la protection, •contraignait le commerce anglais à vendre à sacrifice ses articles sur les marchés* neutres où les deux nations ■ont une égale facilité d'accès, mais je regrette d'avoir à mentionner que dans ce cas il s'est montré aussi peu explicite que l'est sa résolution.

J'aurais été très aise qu'il eût désigné les marchés et les contrées où les marchandises russes et anglaises sont admises aux mêmes conditions et où les premières font une rude concurrence au commerce anglais.

Il est vrai que sur les marchés à l'intérieur de l'Asie, dans les contrées situées sur les bords de la mer Caspienne, et où l'on ne peut parvenir qu'en traversant le territoire russe, le commerce russe a le monopole de ces marchés, pour la bonne raison que les marchandises des autres pays en sont exclues, et c'est sans doute de ces payslà dont l'honorable monsieur a voulu parler: mais je nie que la Eussie se rencontre avec l'Angleterre sur aucun marché, et que là elle contraigne le commerce de sa rivale à vendre ses marchandises au rabais.

Je mets au défi le très honorable député ou tout autre membre de cette Chambre de m'indiquer un coin du monde où les marchandises russes peuvent faire une aussi vive concurrence à celles de l'Angleterre, ou des marchés qu'elles peuvent encombrer à ce point-là où ces deux puissances ont accès.

L'honorable monsieur a déclaré que le remaniement du tarif par lui proposé n'augmenterait pas le chiffre de l'impôt, et moi je pense que toute modification du tarif opérée dans le sens de la protection ne pourrait augmenter le revenu ; elle le diminuerait plutôt, et la grande objection que rencontre la politique protectionniste, c'est qu'elle

tarit les sources de revenu tout en augmentant l'impôt.

Ce système impose de nouvelles taxes aux contribuables, non pour subvenir aux dépenses de l'Etat, mais pour enrichir les monopoleurs.

L'honorable monsieur a dit que notre marché ne servait pas seulement aux Etats-Unis pour y écouler à sacrifice le surplus de leurs produits, mais aussi à l'Angleterre.

C'est toujours chose facile d'affirmer d'une manière générale, mais il n'en est pas de même lorsqu'il faut entrer dans les détails et préciser les faits.

Quant à l'assertion que le Canada est devenu un marché à sacrifice, examinons donc un peu la capacité productive de nos diverses industries, la quantité d'articles qu'elles produisent et le chiffre des importations d'articles analogues des Etats-Unis, afin de pouvoir établir une jutes comparaison.

Prenons, par exemple, le3 produits de l'ébénisterie, justement parce que le très honorable député de Kingston a fait un tableau très désolant de la difficile situation où se trouvait, l'été dernier, l'établissement des MM. Hay et Cie., de Toronto.

Je vois qu'en 1870-71 l'industrie de l'ébénisterie canadienne a produit pour environ $3,580,918, et je suppose que cette production a beaucoup augmenté depuis, et je ne crains pas de rien hasarder en affirmant que l'année dernière elle a dû excéder $4,000,000.

Nos importations des Etats-Unis dans cette branche se sont élevées à $276,313 l'année dernière.

Par tête, et en chiffres ronds, la production de cette incmstrie a été de $1 .15, et l'importation, de 7f cts.

Je ne puis donc concevoir qu'une industrie aussi solidement établie, et qui produit au moins quinze fois autant de ces articles que la quantité importée par nous, ait à subir sur nos propres marchés une concurrence aussi désastreuse.

Occupons-nous maintenant de la carrosserie.

En 1870--T1, nous avons confectionné pour une valeur de $4,849, 2o0, et en 1876-77 nous en avons importé pour la somme de $91,700. Il n'y a guère de danger que cette industrie soit anéantie par les ventes à sacrifice.

Si nous passons maintenante l'article

des étoffes, nous voyons qu'en 18*7 0-71 il en a été fabriqué pour une valeur de $9,345,875, et il est évident que l'année dernière cette production a dû être de $10,000,000 à $12,000,000.

L'an dernier nos importations d'étoffes se sort élevées à $162,958. Nous en avons fabriqué au taux de $2.68 par tête et importé dans la proportion de 3fcts. par tête.

Y a-t-il lieu de craindre que cette grande industrie ait à souffrir du commerce d'importation ?

En 1870-71, nos clouteries ont produit pour $1,147,380, et dans cette branche, nos importations de l'année dernière n'ont été que $172,700.

Nos fabriques de chaussures ont produit, en chiffres ronds, pour $20,000,- 000 l'an dernier, et le chiffre de nos importations de ce$ article n'a été que de $265,458. La fabrication a donc été au taux de $5 par tète et l'importation au taux de 5J cts.

En réalité, nous n'avons pas importé de chaussures qui peuvent se confectionner ici, mais seulement de la chaussure fine pour laquelle la demande est très peu considérable.

En fait d'articles de sellerie, nous avons fabriqué en 1870-71 pour une valeur de $2,469,321, et importé pour la faible somme de $33.364, c'est-à-dire fabriqué au taux de 70 cts par tête et importé au taux de 1J et. par tête.

En 1870-71, nous avous fabriqué des articles de cuir pour une valeur de $9,134,932, et nos importations de ces articles l'année dernière n'ont été que $249,998. Ainsi, nous avons fabriqué au taux de $2.64 par tête et importé au taux df 5J cts. par tête.

La production en lainages en 1870-71 a été de $5,507,540, et l'année dernière l'importation de ces articles n'a été que $323,062. Production, $1.58 par tète ; importation, 7J- par tête.

Quant aux machines et mécanismes, il en a été fabriqué en 1870-71 pour $7,325,000, et les importations de ces articles l'an dernier sont évaluées à $262,235.

En instruments aratoires, la valeur de la production en 1870-71 a été de $2,685,393, et l'importation, l'année dernière, de $198,825.

En présence de tels faits; lorsque nos produits de fabrique figurent dans la proportion de vingt à un à côté de

nos importations, il n'est guère possible de faire croire que notre pays est un marché où l'étranger vient écouler le surplus de ses produits et que nos fabriques, par ce fait, subissent une concurrence désastreuse.

J'ai à la main un état de dix-huit de nos principales industries, dont le total des produite, en 1870-71, s'est élevé a $73,259,154, tandis que les importations de produits analogues des États- Unis ne se montent qu'à $3,623,376.

De tels chiffres n'ont pas besoin de commentaires.

C'est dans un but particulier que l'on cherche à faire croire que nos industries subissent une concurrence ruineuse que leur fait l'étranger sur nos marchés. Ce mal n'existe pas.

Au dire du très honorable député de Kingston (Sir John A. Macdonald) la réciprocité de commerce ou de tarif est la question la plus populaire que puisse soulever aujourd'hui n'importe quel parti politique. Il a ainsi suffisamment levé le voile. 11 n'en fallait pas plus pour révéler le véritable objet des messieurs de la gauche, qui voient dans cette question de la protection leur meilleur cheval de bataille pour la campagne électorale qui se prépare.

C'est comme si le très honorable député nous avait dit: ft J'ai parcouru le pays, l'été dernier ; j'ai parlé dans les pique-niques et ailleurs; enfin, j'ai sondé l'électeur sur cette question, et je sais à quoi m'en tenir."

Quant à moi, je me suis présenté beaucoup moins souvent devant les électeurs, et sans sortir de mon comté, qui, je le crois, donne une assez juste idée de l'opinion politique haut-canadienne.

En janvier dernier, j'ai assisté à vingt assemblées dans ce collège électoral, dont j'ai étudié l'opinion avec assez de soin pour pouvoir dire en cette Chambre que si quelques-uns de mes amis ont cru une fois à la praticabilité du plan du très honorable député de Kingston, il n'en est plus ainsi aujourd'hui; et je puis assurer le très honorable représentant que lorsque cette question sera soumise au jugement du peuple, l'électeur lui dira en so plaçant l'index près du nez : " On voit trop la ficelle."

Hier au soir, le très honorable monsieur a dit bien des choses qui étaient nouvelles pour moi, entre autres, qu'une

très faible quantité de blé-d'inie était consommée par le cultivateur canadien, et que, par conséquent, ce dernier n'aurait pas à souffrir de l'impôt d'un droit sur cette céréale.

A cela je répondrai que j'habite un •comté où l'on cultive beaucoup de bléd'inde, ce qui n'empêche pas que j'aie eu connaissance que l'on avait importé des Etats-Unis et vendu aux habitants de ce même comté de grandes quantités de ce grain.

Cela s'est vu lorsque les récoltes avaient été pauvres et quand les cultivateurs se trouvaient à court le printemps, parce qu'ils avaient trop vendu l'automne et l'hiver. De grandes quantités de blé-d'inde sont alors consommées.

Se trouvant dans l'obligation d'acheter cette céréale, je doute que ces cultivateurs sauraient gré au gouvernement de l'impôt qui la leur ferait payer plus chère.

Je déclare donc inexacte cette assertion du très honorable député de Kingston, que le cultivateur canadien ne consomme guère de blé-d'inde et que sur ce point il a été mal informé, car c'est le contraire qui se voit.

Pourquoi n'en serait-il pas ainsi?

Avec une livre d'orge, le cultivateur peut ordinairement acheter 1J- ou deux livres de blé-d'inde. Il peut profiter de l'avantage de vendre ses pois, son orge et son avoine et d'acheter à la place du blé-d inde pour nourrir ses bestiaux à un prix comparativement plus bas, et toute ingérence dans ses affaires porterait atteinte à ses droits et privilèges.

Selon le très honorable monsieur, — et il a assuré qu'il en serait ainsi — la réciprocité de tarif avec les Etats-Unis nous vaudrait ce grand avantage-' d'une réciprocité commerciale avec ce pays ; or, si l'on pouvait me convaincre que tel serait le résultat, je voterais certainement pour la proposition ; mais comme j'ai la certitude qu'elle aurait un effet diamétralement opposé, je dois, naturellement, me prononcer contre.

Bien loin de nous être avantageuse; l'adoption du principe de la réciprocité de tarif nous serait nuisible sous tous les rapports, car elle éloignerait indéfiniment la réalisation de notre désir d'arriver à une réciprocité commerciale, et

aurait aussi pour résultat de nous mettre en inimitié avec nos voisins.

Cela dit, il ne me reste plus que quelques observations à faire sur un point du discours du très honorable député de Kingston, qui nous a appris— et ce renseignement est corroboré par un autre personnage é minent (M.

Tupper) — que sur ses propres marchés, l'Angleterre ne pouvait soutenir la concurrence que lui faisaient les Etats- Unis.

L'honorable monsieur nous a même fait entrevoir que sous peu, la mèrepatrie serait éliminée de tous les marchés du monde civilisé, et que l'Afrique et les vallées du Congo et du Zambezi seraient les seuls champs de ses futures opérations commerciales; que les Hottentots, les Mokololos, les Manyuemas, et autres tribus barbares de l'Afrique seraient ses seuls clients, et que son commerce serait ainsi restreint à échanger ses marchandises pour de l'ivoire, de l'huile de palmier et des cocos.

J'ai examiné s'il y avait quelque apparence que cette prédiction se réaliserait et j'ai pu m'assurer que l'Angleterre pourrait encore avoir un petit commerce avec quelque autre pays que l'Afrique.

J'ai pu constater que l'année dernière ses exportations se sont élevées aux chiffres suivants : cotonnades, $211,- 000,000 ; lainages, $79,000,000 ; fer et acier, $92,000,000.

En articles de fabrique, ses exportations aux Etats-Unis ont excédé de $12,000,000 la quantité totale des exportations américaines, ces dernières, en 1877, s'étant élevées à $72,000,000 et cellesvd' Angleterre à $84,000,000.

Les exportations de l'Angleterre aux pays suivants sont comme suit :

En Allemagne, de $100,000,000; en France, de $80,000,000 ; dans les Pays- Bas, de $58,000,000 ; en Italie, de $33,000,000 ; et en Russie, ce paradis de la protection, de $30,000,000 ; dans l'Amérique du Sud, de $52.000,000; aux Etats-Unis, de $84,000,000.

Or, le total de ses exportations d'articles de fabrique — articles qu'elle répand dans tous les pa}-s et hameaux de l'univers— Relevant à $1,000,000,000 et plus, je vous demande un peu s'il est possible qu'avant longtemps elle soit réduite aux marchés de l'intérieur de l'Afrique !

La Chambre a aussi eu l'avantage de connaître la manière de voir de l'honorable député de Terrebonne (M.

Masson), quant au système protecteur.

Selon cet honorable membre, il y aurait deux espèces de protection :

celle que peut donner le gouvernement et celle que peuvent offrir les créanciers.

S'il eût poussé ses études plus loin il aurait pu voir que le gouvernement peut accorder deux espèces de protection; la première lui est commandée par les lois qui protègent la vie et la propriété des citoyens ; la seconde serait celle que préconise l'honorable représentant de Terrebonne et qui donnerait lieu à la création de monopoles sous l'égide de la loi ; avec cette dernière protection, tous nos grains passeraient aux mains de spéculateurs qui n'y ont pas droit ; en un mot, elle favoriserait une classe au détriment de l'autre, ou, plutôt, elle ressemblerait à celle dont jouissait le planteur de l'Amérique du Sud et qui lui assurait le bénéfice du labeur de ses esclaves.

Il y a deux manières de protéger.

L'une est juste, l'autre ne l'est pas, et, en fait de tarif, celle qui ne l'est pas est un vol véritable autorisé en faveur d'une classo privilégiée.

L'honorable représentant de Terrebonne prétend que de l'aveu général la dépression est actuellement des plus accablantes en Canada ; eh bien ! au risque de paraître singulier, je conteste la légitimité de cette prétention. Je dirai plus tard pourquoi, ou plutôt, je donnerai des preuves que la dépression n'est pas aussi générale qu'il le dit.

Il est encore une observation de l'honorable député de Terrebonne— l'une des dernières — qui m'a beaucoup frappé.

Aux Etats-Unis, si la protection, a-t-il dit, a été la cause d'une trop grande production, quelqu'un en a au moins profité, l'ouvrier, par exemple, qui a pu acheter à bon marché.

Il était impossible de faire preuve d'autant d'inconséquence ; car, selon l'honorable représentent de Terrebonne, la population des Etats-Unis devait bénéficier de cet excès de production qui contraignait le fabricant à vendre à sacrifice ; or, cet excès de production a aussi porté le fabricant américain a recourir à nos marchés

pour écouler sa marchandise à n'importe quel prix ; et, naturellement, notre population a dû profiter du bon marché, mais il paraît que ce qui, dans ce cas, était avantageux à la population américaine .ne pouvait l'être à la nôtre !

Si la chose n'est pas considérée comme hors d'ordre, je relèverai une assertion faite hier au soir par l'honorable député de Cardwell (M. McCarthy), assertion de nature à faire croire que nous importons chaque année des Etats-Unis pour $51,000,000 d'articles de fabrique. J'ai expriméalors des doutes sur l'exactitude de ce fait, et depuis j'ai pu me procurer un état du département des Douanes d'àprès lequel je constate que la totalité de ces importations est de $51,000,000, mais, que dans ce chiffre les articles de fabrique entrés pour la consommation ne s'élèvent qu'à $24,000,000.

Je proteste donc contre cette assertion inconsidérée ou faite dans le but de tromper le pays.

M. McCARTHY— La Chambre doit se rappeler que lorsque l'honorable préopinant (M. Charlton) a exprimé le doute en question j'ai reconnu que javais fait là erreur.

M. CHARLTON— Je n'ai pas compris que l'honorable monsieur avait reconnu son erreur, car il a certainement laissé la Chambre sous l'impression que le fait cité par lui était exact.

La balance de cette grande importation, non comprise dans cette liste d'articles de fabrique, consiste, entre autres choses, en céréales et farines, pour un montant de $12,000,000 ; en laine pour nos manufactures, $692,000 ; en tabac en feuilles, $980,000 ; en coton pour nos filatures, $594,000 ; en effets d'émigrants venant en Canada, $718,- 000 ; en peaux crues et autres pour nos tanneries, $1,124,000 ; en charbon de terre et coke pour l'usage de nos manufactures et comme combustible, $3,176,000 ; en matières tinctoriales, $298,000; en caoutchouc, $210,000; en filasse et chanvre pour nos manufactures, $376,000 ; en bois de construction que nos marchands ont acheté aux Etats-Unis et qui, d'ici, a été exporté à l'étranger, $363,000.

A ce point de mes observations il convient peut-être de définir ce que l'on

entend par protection et libre échange, questions au sujet desquelles on a parlé beaucoup, mais presque laissé de côté la théorie d'un tarif borné aux besoins du pays.

Les discussions qui ont eu lieu en cette Chambre sur ces matières ont dû faire croire au pays qu'il ne s'agissait que d'une controverse sur le principe de la protection ve. le libre échange, mais il est inutile pour moi de dire que tel n'est pas le but du débat.

Nous n'avons pas en ce pays de politique de protection pure et simple; nous n'avons pas non plus le libre échange, et personne ne songe à faire adopter ce principe en Canada.

Nous avons un tarif basé sur les besoins du pays ou sur un système que l'on pourrait convenablement appelé système non protecteur.

A quoi tend la protection ? Ce n'est pas à la création d'un revenu, mais à l'imposition de droits assez élevés pour tarir les sources du revenu; à faire cesser notre commerce d'importation et à établir dans le pays un monopole en faveur du fabricant de ces articles qui sont exclus par une imposition excessive.

Pratiquement parlant, la protection a pour but de doubler l'impôt que paie le consommateur sous un système non protecteur, et cela sans bénéfice pour le gouvernement, parce qu'elle contraint celui-ci à adopter un nouveau moyen pour obtenir le même revenu que lui donnait un tarif non protecteur.

Un tarif établi seulement pour subvenir aux dépenses n'est qu'une liste de droits imposés de telle manière sur les articles que si ceux-ci augmentent de prix, le revenu augmente d'autant ; mais lorsqu'il faut que le revenu soit considérable et qu'un grand nombre d'articles soient taxés en conséquence, il est impossible qu'un tarif du genre dont je parle n'offre pas une protection indirecte plus au moins grande aux industries indigènes.

Parmi les articles soumis au droit de 17J p. c, il en est un grand nombre qui pourraient — quelques-uns le sont — être fabriqués en Canada.

Dans les années ordinaires le tarif actuel donne un revenu suffisant et une assez grande protection ; mais si nous imposons des droits trop élevés nous courrons le risque de ne pas obte-

nir un revenu suffisant, car la trop grande protection que l'on aura donnée aux industries indigènes mettra fin aux importations.

Donc, comme je l'ai dit en définissant ces systèmes, il ne s'agit pas de décider entre la protection et le libreéchange.

Il n'existe pas ici de politique libreéchangiste ; ce système ne compte aucun partisan parmi nous ; mais nous avons un parti qui voudrait remplacer le tarif actuel par un système de droits protecteurs, par un système qui, tout en augmentant le prix des articles de consommation, diminuerait le revenu que perçoit le gouvernement, changement qui, je pourrais le prouver, je pense, serait en fin de compte désavantageux aux industries du pays.

Je passe maintenant aux accusations d'inconséquence portées contre moi, c'est-à-dire d'avoir été protectionniste et d'être aujourd'hui libre-échangiste.

Au point de vue de la protection, je ne me suis jamais prononcé pour un droit excédant 17J- p. c. ; sur les questions de tarif, je n'ai jamais rien dit que l'Opposition pût caractériser comme une défense en faveur d'un tarif suffisant à la dépense du pays ou de la politique actuelle du gouvernement quant à la réduction des droits. Ai-je pu être ainsi inconséquent à moi-même ?

On peut dire que j'ai parlé de protection et de libre échange, et me mettant au point de vue protecteur, je pourrais avec droit prétendre que le tarif actuel protège suffisamment les manufacturiers de ce pays ; je pourrais, comme non-protectionniste, avoir aussi le droit de prétendre qu'il serait peu sage et impolitique de changer le tarif actuel, qui donne un revenu suffisant aux dépenses du pays sans fatiguer la population.

L'on m'a injustement critiqué, mais je ne prétends pas, tout de même, avoir été tout à fait conséquent avec mes anciennes opinions sur cette matière — une telle consistance n'est possible que là où il n'y a pas progrès.

Quand l'enfant est sous le soins de la nourrice, il est peut-être possible de lui faire croire que la lune est un gras fromage ; mais, devenu jeune homme il croit tout autrement. Il répudie cette théorie et se montre inconséquent avec son passé, mais il n'en abandonne'

pas moins l'erreur pour la vérité.

Plus tard, quand viendra la quarantaine, les idées du jeune âge auront vraisemblablement fait place à des idées plus larges, et là encore il fera preuve d'inconséquence, mais toujours dans le sens du progrès.

Une personne qui a reçu la même éducation que moi ; qui a été, dans le jeune âge, le disciple d'hommes tels que Horace Greeley et Henry C. Clay, a pu refaire ses opinions, et les modifier à la suite d'examens consciencieux ; or, je ne crains pas, je n'ai pas honte de dire que j'ai beaucoup modifié certaines idées que je m'étais formées jadis.

Je ne crois pas qu'une proteclion extrême serait un bienfait pour le pays, mais je dis sans hésiter que, comme principe abstrait, le libre échange est un système rationnel. J'irai même plus loin, car j'affirme que plus on mettra ce principe en pratique plus on travaillera à l'avantage du pays.

Bien des choses ont été affirmées en cette Chambre au sujet de la condition <T un grand nombre de nos industries.

Quant au degré de la crise dont souffre encore le pays, je demande à la Chambre de me permettre quelques observations.

Je dirai d'abord que dans les quatre dernières années nous avons moins souffert de cette dépression que les Etats-Unis, qui jouissent de l'avantage d'une protection efficace. J'affirme qu'à cette heure notre pays en souffre moins que l'Angleterre, et beaucoup moins que la Eussie, ce paradis de la protection. En vérité, si l'on compare notre situation avec celle de nos voisins, nous pouvons sans crainte affirmer qu'elle est remarquablement heureuse.

Je suis entré en correspondance avec des fabricants sur ce sujet, sans plus m'occuper de leurs opinions politiques. J'ai reçu des léponses de vingt et un des grands fabricants établis en ce pays, et leurs lettres témoignent toutes de la condition satisfaisante dans laquelle se trouvent nos industries manufacturières.

La première de ces lettres me disait qu'une grande filature de coton, dans l'ouest, avait, i'année dernière, réalisé Un bénéfice de 10 p.c. qui fut appliqué à l'achat de nouvelles machines.

Une autre lettre, venant d'une source différente, mais parlant des affaires de la même compagnie, disait qu'elle n'avait déclaré aucun dividende l'année dernière. L'auteur de cette lettre voulait sans doute me donner à entendre par là que l'année avait été mauvaise pour cette compagnie ; mais il omettait à dessein le fait qu'un dividende de 10 p.c, sans être déclaré, avait été réalisé et appliqué à augmenter la force motrice du moulin, parce que les commandes arrivaient en plus grand nombre que la compagnie ne pouvait en remplir.

La lettre suivante venait d'une grande fabrique de lainage ayant \ un capital de $180,000, et qui avait réalisé l'année dernière un profit net de* 10 p.c. ; elle me disait que les perspectives pour cette année étaient encore plus encourageantes qu'elle ne l'avaient été l'année dernière.

Une autre lettre venait d'une grande usine, au capital de $180,000. Les auteurs de cette lettre me disaient qu'ils n'avaient réalisé l'année dernière aucun profit sur le capital fixe, par ce qu'ils avaient malheureusement un grand nombre de mauvaises créances : il ajoutaient que la concurrence locale avait été trop vive, que la mesure de protection dont ils avaient joui avait stimulé leur industrie plus que de raison, et que par suite ils avaient fait trop d'opérations.

La lettre suivante venait d'un important fabricant de lainages qui disait que la dépression avait eu un mauvais effet sur ses affaires, qu'il ne voyait aucune perspective d'amélioration immédiate, et que le profit réalisé sur le capital l'année dernière avait été de 6 p.c. Chose singulière, j'ai remarqué que les fabricants qui ne retirent pas plus que l'intérêt légal sur le capital de leur entreprise déclarent que celleci se trouve dans une condition ruineuse.

Une autre lettre venait d'un établissement de bonneterie de l'Ouest, ïje propriétaire déclarait qu'il y avait trop de concurrence locale et trop d'opérations ; qu'il croyait qu'un tarif proportionné aux besoins du revenu était le meilleur ; que les profita de l'année dernière avaient été de 6 p.c.

et diminués par les mauvaises créances,

et que la perspective pour cette année était favorable.

Le propriétaire d'un grand établissement du même genre m'écrivait que les opérations de l'année dernière avaient été assez bonnes ; qu'il ne s'attendait pas à une grande augmentation pour cette année et que les profits de l'année dernière avaient été de 7 p.c.

J'ai reçu une lettre du fabricant de machines à coudre le plus considérable peut-être qu'il y ait en Canada. Il disait : " Légère amélioration jusqu'ici pour cette année ; la fabrique ne fonctionne pas tout le temps ; nous avons dû nous contenter l'année dernière de l'intérêt sur les placements ; nous avons besoin de la réciprocité."

Un monsieur qui fait de grandes opérations dans la carrosserie m'écrivait : " Les affaires ont assez rémunéré Tannée dernière ; j'aimerais un impôt de 20 p. c."

La lettre suivante venait d'une grande maison d'habillementsde l'ouest.

On y lisait: "Les profits ont été, l'année dernière, à peine aussi considérables que ceux qui auraient été réalisés sur le capital en le plaçant sur des hypothèques et en achetant des billets."

Un grand fabricant d'instruments aratoires de l'ouest m'écrivait : " Nous fabriquons des moissonneuses et différentes machines ; pendant les dix derniers mois les opérations ont été plus actives que jamais ; nous exportons beaucoup en Angleterre, en Australie et en Afrique ; le commerce d'exportation augmente rapidement."

Sir JOHN A. M ACDONALD— Comment! les tribus africaines se servent de moissonneuses ?

M. CHARLTON— L'honorable monsieur ignore peut-être que les Anglo- Saxons, au nord du Cape Town, ont passablement supplanté les indigènes.

La lettre suivante vient d'un important fabricant de machines à coudre qui dit : "Notre fabrique marche les trois quarts du temps ; les profits de l'année dernière, comparés à ceux des années précédentes, ont diminué ; nous faisons des efforts pour augmenter le commerce d'exportation ; nous voudrions le libre échange pour le fer, l'acier, le cuivre, la houille, le bois et le vernis." Ce sont les matières qui entrent dans la confection de ces machines.

Un autre grand fabricant d'instru ments aratoires de l'ouest m'écrivait :

" J'ai fait l'année dernière des opérations plus considérables et plus profitables que jamais auparavant ; je m'attends à les augmenter beaucoup cette année ; profits satisfaisants ; je n'ai pas besoin de plus de protection ; les droits actuels en offrent plus que ceux de 1869, 1870, 1871, 1872."

Le propriétaire d'une importante fonderie de l'ouest m'écrivait : " Les affaires s'améliorent ; profits de Tannée dernière, 20 p. c. ; trop de concurrence dans le pays."

Un autre fabricant d'instruments aratoires disait : " J'ai fait 1,500 moisonneuses ; les affaires augmentent ; profits Tannée dernière, 23 p. c. ; plus de protection ferait tort à mes opérations." >

Un autre fabricant d'instruments aratoires m'a envoyé une lettre extrêmement satisfaisante. 11 y disait :

" Les affaires augmentent rapidement ; j'ai exporté 400 machines cette année; profits Tannée dernière, 20 p. c. sur les ventes, 40 p. c. sur le capital,"

Un autre industriel, même genre, disait : " J'espère doubler les opérations faites en 1877 ; je ne demande pas plus de protection; profits sur le capital Tannée dernière, au moins 20 p. c."

Un autre : " Nos affaires l'année dernière ont été 20 p. c. plus considérables qu'auparavant et augmentent rapidement ; profits satisfaisants ; j'exporte en Angleterre, en Australie et aux Etats-Unis ; je ne demande pas plus de protection."

Un fabricant d'articles en tricot m'écrivait : " Je tiens bon et mes confrères en font autant." Un autre fabricant d'instruments aratoires: "Les profits sont à peu près les mêmes que les années précédentes ; il y a vingt ans que j'exploite cette industrie ; j'essaie d'étendre mes relations jusqu'aux provinces maritines ; je ne puis y parvenir, à cause de la concurrence américaine ; je n'ai aucune confiance dans les promesses de protection que nous font les torys." Bt, à ce proposée vais citer textuellement un extrait de cette lettre.

"En terminant, je crois fermement que quand. le temps en sera venu le parti réformiste établira des mesures conformes aux désirs des fabricants et de la population du Canada ; je

n'ai aucune confiance dans le zèle que le parti tory déploie en faveur de la protection, je n'y Tois qu'une ruse employée par lui pour faire revenir le règne de l'extravagance et de la corruption ; et, lorsque les industriels réformistes, qui ne sont pas satisfaits du gouvernement actuel s'apercevront qu'ils ont été tout simplement floués par des promesses que ceux qui les faisaient n'ont jamais eu l'intention de remplir, ils verront que la protection n'était pour eux qu'un leurre."

Sir JOHN A. MACDONALD — Alors, il y plusieurs autres fabricants qui sont mécontents ?

M. CHARLTON— L'auteur de la lettre n'en donne pas le nombre.

Je vais prendre la liberté de lire une lettre dont l'auteur m'a donné la permission de donner son nom : M. James Noxon, d'Ingersoll. Ce monsieur dit que les profits réalisés l'année dernière par le grand établissement dont il est le président ont été de 28 p. c. Voici ce qu'il écrit :

M Les profits réalisés l'année dernière par cette compagnie, après avoir fait une large part aux créances mauvaises et douteuses, ont été de 28 p.c. sur le fonds social versé. Nos profits ordinaires ont été de plus de 30 p.c. mais un peu moindres l'année dernière, en raison d'une défectuosité qui s'est déclarée dans nos moissonneuses et qu'on n'a découverte qu'aprèsqu'elles eurent été envoyées dans toutes les parties du pays : il nous a fallu faire beaucoup de dépenses pour y remédier. Les perspectives pour cette année sont bonnes, et nous espérons

ramener les profits à leur ancien chiffre

Jamais clameur plus absurde ne s'est fait entendre que celle qui prétend que les fabricants manquant de protection ; le fait est que les industries manufacturières, sauf celles du bois, sont aujourd'hui plus prospères que toutes les grandes industries du pays, à l'exception peut-être de l'agriculture. Généralement parlant, on peut diTe, sanscraindre la contradiction, que les fabricants du Canada sont, à l'époque actuelle, aussi prospères que ceux de partout ailleurs."

Je résume comme suit les rapports que j'ai reçus de vingt établissements : six oat réalisé des profits de 20 p.c. ou plus sur les opérations de l'année dernière ; deux ont déclaré que leurs profits avaieni été satisfaisants, et, d'après ce que j'en connais, je crois pouvoir dire qu'ils ont dépassé cette moyenne, — ce qui mî un total de huit sur vingt dont les profits se sont élevés à 20 p. c. Deux ont déclare que leurs profits ont été de 10 p.c ; si x, de 6 à 8 p.c. l'année dernière; un a accusé une diminution de profits sur ceux des années précédentes; et deux seulement ont fait rapport qu'ils n'avaient pas déclaré de dividende.

J'ai en ma possession une, statistique des opérations faites l'année dernière par quarante-huit des principaux établissements manufacturiers de la Nouvelle-Angleterre, et je suis heureux de dire que les rapports présentés par les maisons canadiennes que je viens de passer en revue sont beaucoup plussatisfaisants que ceux fournis par lea premiers et qui comprennent les principales corporations de ces Etats, lesquelles représentent un capital de $52,320,000.

De ces quarante-huit établissements, seize n'ont déclaré, l'année dernière, aucun dividende — en Canada deux seulement. Neuf ont rapporté des profits moindres que six pour cent, huit ont rapporté six pour cent, et sept seulement ont rapporté dix pour cent et plus.

Si nous mettons en parallèle la situation de ces quarante-huit établissements américains avec celle des vingt et un établissements dont j'ai parlé, il est évident, que la condition de nos industries manufacturières est très prospère, comparées à celles des Etats de la Nouvelle-Angleterre.

Je pense avoir amplement prouvé mon assertion que le degré de dépression et de misère qui existe en ce moment parmi les fabriques du Canada est moindre qu'aux Etats-Unis. J'affirme encore une fois que la condition des industries manufacturières en Canada, actuellement et depuis les quatre dernières années, a été meilleure que colle des manufactures des Etats-Unis, de la Nouvel le- Angleterre, de l'Allemagne et de la Russie.

Sir JOHN A. MACDONALD— Je me permettrai de demander à l'honorable monsieur s'il a lu toutes les réponses ?

M. CHAELTON— J'ai lu toutes le»

réponses, et je n'ai caché aucun des renseignements que j'ai reçus en réponse à ces lettres.

M. EOCHESTER— Lisez toutes le* lettres.

M. CHARLTON — Je pourrais donner à l'honorable monsieur les noms do ces établissements, et j'ai déjà fait connaître la substance des lettres. Plusieurs de ces lettres contiennent des informations qu'ils ne m'est pas permis de divulguer, et pour quelques-unes jo

ne suis pas libre de faire connaître les noms de leurs auteurs.

M. EOOHESTBR— Nous ne voulons pas les noms, mais simplement les lettres.

M. CHAELTON— Je ne tiens pas à employer deux heures à lire une masse de lettres dont j'ai déjà donné la substance.

Sir JOHN A. MACDONALD — L'honorable député aurait-il l'obligeance de nous comn uniquer la réponse qu'il a reçue de Eobinson et Cie., de Preston et Galt ?

M. CHAELTON— Je n'ai pas de lettre de Eobinson et Cie.

Sir JOHN A. MACDONALD — Ils vous ont certainement écrit une lettre, puisque j'en ai la copie.

M. CHAELTON— Je puis me tromper, mais je vais regarder à la suscription des lettres.

Sir JOHN A. MACDONALD— Wm.

Eobinson est un des absociés.

# M. YOUNG— Dit-il qu'il a perdu de l'argent ?

Sir JOHN A. MACDONAIJ)— Je voudrais savoir le nom de la société.

M. CHAELTON— J'ai une lettre de Eobinson, Howells et Cie., de Preston.

Sir JOHN A. MACDONALD— L'honorable député va nous la lire peutêtre ?

M. DYMOND— Il nous en a déjà communiqué la substance.

M. CHAELTON— J'ai donné communication des lettres dont leurs auteurs m'avaient autorisé à me servir ; je ne lirai aucune de celles qu'il ne m'est pas permis de citer. J'ai donné à la Chambre les informations qui m'ont été fournies, et la circulaire que j'ai distribuée disait que je désirais connaître d'une manière générale la condition des affaires pendant Tannée dernière, ainsi que les perspectives pour cette année, afin de communiquer ces renseignements à la Chambre.

Après avoir affirmé que l'étendue de la dépression a été moindre en Canada, l'année dernière, que dans la plupart des pays commerciaux, je soutiens maintenant que, quelle que soit la dépression qui existe en ce pays, elle n'est pas due à l'absence de protection.

J'ai dit que la crise qui s'est fait sentir dans tous les pays du monde doit avoir nécessairement exercé son influence sur les intérêts commerciaux du Canada, et je crois presque inutile d'entrer dans les détails pour le prouver.

Il est impossible que les industries manufacturières et commerciales de notre pays n'aient pas souffert de la dépression dont les autres nations commerciales ont été affligées.

Maintenant, nous avons, dans cette politique nationale que nous propose le très honorable représentant de Kingston, la promesse que le Canada deviendra prospère si nous accordons la protection aux différentes industries : on nous assure que cette panacée fera renaître la prospérité dans nos industries agricoles, minières et manufacturières, Eh bien ! examinons un instant le degré de prospérité qu'une bonne protection vaudrait aux industries manufacturières de notre pays.

Tout d'abord, je demande la permission de faire remarquer que dans tous les pays, même dans les pays le plus protégés, tels que les Etats-Unis, où les diverses industries ont eu l'avantage d'une très-grande protection, il existe un nombre immense d'entreprises manufacturières appartenant à la classe communément appelée " industries domestiques.*'

En 1870-71, la production brute des industries manufacturières en Canada fut de $221,000,000 ; si nous déduisons de cette somme le prix des matériaux, nous avons un produit net de $96,709, 000. Acceptant comme juste le principe posé par les économistes politiques que, dans un pays comme celuici, les quatre cinquièmes au moins des fabriques appartiennent à la catégorie vulgairement désignée sous le nom " industries domestiques," telles que la boulangerie, la maçonnerie, la cordonnerie, la menuiserie, etc., qui doivent se trouver dans tous les pays, voyons quelle proportion considérable de ces industries qui existaient en 1870- 71 est due à la protection que donne notre tarif suffisant pour le revenu.

Appuyant nos calculs sur cette base, nous verrons que la proportion de la production due à la protection est de $19,000,000 ; nous verrons que 187,942 personnes sont employées à l'exploitation de ces différentes industries et

que, hors de là, il n'y en a pas plus de 37,500 de tout ce nombre qui se livrent à des occupations pour lesquelles la protection n'est d'aucun avantage. Il faut donc mettre au crédit de la protection incidente dont nous jouissons présentement le fait de ces 37,500 individus qui étaient en Canada en 1870.

La question qui se présente ensuite est celle de savoir jusqu'à quel point ce nombre serait augmenté si nous adoptions le système de protection le plus efficace possible. J'ai parcouru attentivement la liste des importations faites en Canada pendant la dernière année fiscale et j'ai noté la quantité, ainsi que la somme des articles qui peuvent être produits en Canada, et voici à quel résultat de classification j'en suis arrivé :

J'ai constaté que nous avons importé l'anuée dernière, en fait d'articles sujets à des droits spécifiques et qui pourraient être fabriqués en Canada, pour une valeur de $398,000 ; en fait d'articles qui paient 17J p.c. et qui pourraient être produits ici à l'aide de la protection la plus efficace, nous avons importé pour une valeur de $35,- 209,000 ; des articles inscrits sur la liste de 10 p. c, et que le Canada pourrait produire, nous avons importé pour une valeur de $508,000 ; de ceux portés sur la liste de 5 p. c, pour une valeur de $3,383,000 ; et des articles admis en franchise, pour une valeur de $3,332,000, — soit une valeur collective de $42,832,000 d'articles importés en Canada pendant la dernière année fiscale et dont la plus grande partie pourra, à La longue, être fabriquée dans le pays, à la faveur d'un bon système de protection.

Eh bien ! si nous devons adopter ce système, établir un impôt assez élevé pour empêcher ces articles d'entrer dans le pays et implanter ici leur fabrication, quel est le premier sacrifice que nous aurons à faire ?

Ce sera d'abord le sacrifice des droits que nous percevons sur ces articles, car . le gouvernement en perdrait le revenu et le consommateur ne les obtiendrait pas à meilleur marché. L'année dernière, ces droits se sont élevés à la somme de $6,661,000.

Quel serait le second sacrifice ? Il consisterait à augmenter les taxes assez pour que ces articles pussent être pro-

duits ici. Cette augmentation serait peut-être de 10 p. c, peut-être de 20 p. c. ; et mes calculs sont très modérés. Je suppose qu'il faudrait élever le tarif à environ 25 p. c, et que par suite le prix de ces articles s'élèverait à $5,140,000. Est-ce tout ? Non.

Le prix de plusieurs espèces d'articles qui étaient déjà fabriqués en Canada à la faveur d'une protection de 17J- p. c. augmenterait par suite de l'augmentation des droits ; j'estime à $2,950,000, — et mon calcul est très modéré —l'élévation du prix de ces articles.

Dès lors, que perdrions-nous, en excluant du Canada, par des impôts protecteurs élevés, pour une valeur de $42,832,000 d'articles que nous avons importés l'année dernière, en supposant que tous ces articles seraient fabriqués ici? Nous perdrions annuellement $14,725,000. lit ces calculs sont probablement de 10 p. c. plus faibles que le chiffre réel.

Maintenant, quels avantages résulteraient de ce système ? Personne ne peut nier que la fabrication en Canada d'articles pour une valeur de quarante-deux millions de piastres et la création des différents établissements nécessaires à cet accroissement d'opérations constitueraient un avantage pour notre pays.

Il ne nous reste plus qu'à examiner quel serait cet avantage et à en comparer la valeur avec cette perte de $14,752,000 que je viens d'établir.

Eh bien ! quel serait cet avantage ?

Combien d'artisans la production de $42,832,000 ajouterait-elle à la population du Canada ? Les statistiques du recensement démontrent qu'en 1870, aux Etats-Unis, la production des articles a dépassé $2,000 par chaque artisan employé ; et je vois que, l'année dernière, elle a dépassé $2,500 dans la ville de Cincinnati.

Avec ces données, je calcule que, sous le système qui créerait la production de ces articles en Canada, chaque artisan produirait pour une valeur de $2,000. Alors combien d'artisans seraient ajoutés à la population du Canada si nous produisions pour une valeur additionnelle de $42,000,000 d'articles que nous importons aujourd'hui ? Nous ajouterions à la population 22,000 artisans, chinres ronds.

Partie de ces ouvriers de fabrique seraient des hommes,partie des femmes,

partiecles garçons et partie des filles. Et peur ajouter 22,000 artisans à notre population, on nous demande, par cette admirable politique qu'a promulguée hier soir le très honorable député de Kingston, de faire perdre annuellement $14,752,000 au pays, de payer une taxe annuelle de $625 pour chaque artisan amené en Canada pour fabriquer ici des articles que nous importons maintenant et que nous pouvons produire.

En capitalisant cette somme payée comme taxe annuelle, elle s'élèverait à $12,500 à 5 p. c. d'intérêt, prix que nous coûterait l'augmentation de population nécessaire pour produire les articles que nous importons.

.N'est-ce pas là une magnifique théorie ?

Le très honorable député de Kingston mérite une médaille de cuir pour avoir trouvé et développé une recette aussi étonnante pour établir une politique nationale, politique qui doit donner la prospérité au Canada, à ses industries manufacturières, minières, agricoles et autres, — politique qui forcerait le peuple à s'imposer plus de quatorze millions de piastres de taxes directes et indirectes dans le but d'ajouter 22,000 artisans à notre population.

Quel brillant chef-d'œuvre politique il nous a fait voir là!

On nous promet d'une manière générale que ce système favorisera les autres industries.

Quelles sont ces autres industries ?

Est-ce celle du bois, qui est une des plus importantes que nous ayons en Canada, industrie qui écoule ses produits presque exclusivement à l'étranger et à laquelle la moindue augmentation dans le prix des matières employées est préjudiciable ? La chose est absurde. La protection, à quelque degré que ce soit, fait tort à cette industrie. Dans aucune circonstance possible on ne pourrait élaborer un système protecteur qui fût avantageux au commerce de bois en Canada.

L'honorable monsieur pense- t-il conférer des avantages à l'industrie des navires en établissant des impôts sur les matières qui entrent clans leur construction, en entravant le -commerce du pays et en tarissant les sources qui ont fait du Canada la quatrième puissance maritime du monde. Il peut le croire, mais il se trompe grande-

ment ; il ne peut proposer aucune augmentation d'impôts qui ne causeraient pas un tort considérable à l'industrie des navires.

Pense-t-il faire un avantage à l'industrie de la pêche en établissant des droits protecteurs, — droits sur le sel, droits sur les houilles, droits sur les draps, droits sur les substances alimentaires ? I)e toute manière sa protection ne pourrait favoriser cette grande industrie, et je vais m'efforcer de démontrer que les principes de la protection ne peuvent être favorables à toutes les industries.

Sir JOHX A. MACBONALD — Ecoutez ! écoutez ! nous allons avoir une nouvelle édition du discours que mon honorable ami prononçait en 1876.

M. CHAELTON — Le très honoramonsieur est malheureusement arrivé trop tard. Je ne reviendrai pas sur les matières que j'ai déjà traitées et à l'occasion desquelles j'ai relevé l'observation qu'il vient de faire.

Je parlais, il y a un instant, des industries domestiques et artificielles, et j'ai dit que dans tous les paj^s, spéciament dans des psys comme les Etats- Unis et le Canada, la très grande partie des industries appartient à la catégorie désignée sous le nom d'industries domestiques,à cette classe d'industries qui existent dans tous les pays et qui souffrent de la protection.

Mais, dans bien peu de cas, les industries même protégées bénéficient de la protection d'une façon permanente.

Prenons pour exemple celle du fer.

Si un droit était imposé sur le fer en gueuse, ainsi que, j'ose le dire, le très honorable député serait disposé à le proposer, quel serait l'effet de ce droit sur l'industrie métallurgique ? Quelle est la proportion du fer en gueuse dans le commerce entier de cet article ?

Aux Etats-Unis, en 1860, la valeur totale des produits du fer était dix fois plus grande que celle des produits du fer en gueuse, et en 1870 elle était huit fois plus grande. Quel a été l'effet du droit imposé sur le fer en gueuse ? Il a élevé le prix de la matière première aux neuf dixièmes de la valeur de l'industrie métallurgique des Etats-Unis en 1860, et aux sept huitièmes de la valeur en 1870. Cet impôt sur le fer en gueuse n'est pas un avantage, mais une charge

isur les neuf dixièmes de l'industrie métallurgique de ce pays.

Quel a. été l'effet de l'impôt sur le fer en oarre ? Toutes les industries qui se servent de fer en barre comme matière première ont souffert de l'imposition d'un droit sur cette qualité de fer.

Puis, un droit est prélevé sur l'acier brut, et quel est son etfet? Eh bien!

tous les couteliers des Etats-Unis vous diront que si le gouvernement voulait enlever l'impôt qui pèse sur l'acier brut, ils ne demanderaient pas d'autre protection. La valeur de l'acier brut produit aux Etats-Unis est, à la valeur des produits de l'acier, dans une proportion de 1 à 30 ; par conséquent, si l'imposition d'un droit sur l'acier brut profite à un individu, vingt-neuf autres en souffrent. Voilà l'effet de la protection.

Quel est ensuite l'effet des impôts sur les matières tinctoriales et sur la laine, car aux Etats-Unis comme dans tous les paj^s où fleurit le système de la protection, il faut bien protéger toutes les industries ? Aux Etats-Unis, quand on protège les fabriques de lainages, les producteurs de laines demandent qu'un droit soit imposé sur cet article, et on le leur accorde ; d'où il suit que les bénéfices réalisés par le fabricant par l'impôt sur les draps se trouvent neutralisés, et plus que neutralisés par celui qui est prélevé sur les matières tinctoriales et sur la laine.

Quel effet l'impôt sur les houilles at-il aux Etats-Unis, et quel effet auraitil ici ? 11 augmenterait, comme là-bas, les frais du fabricant de machines à vapeur. Il lui ferait tort, ainsi qu'à tous les fabricants qui se servent de charbon pour produire la vapeur, à tous ceux qui l'emploient comme combustible.

Un droit protecteur sur les houilles serait un fardeau pour toutes les industries, excepté celle qui produit le charbon pour la vente.

Quel serait le résultat de l'impôt sur les substances alimentaires ? Il constituerait une charge pour chaque artisan et chaque ouvrier ; il ne bénéficierait qu'au producteur, et serait préjudiable à tous les autres.

Tels sont les traits caractéristiques du système de la protection. Qu'il profite à quelques industries spéciales, et nous les verrons lutter les unes contre les autres, et, après leur avoir appli- ■ qué à toutes un système de vol et de

spoliation, nous nous trouverions au même point.

Avec la protection le prix des articles fabriqués augmente invariablement; car, là où la matière première d'une industrie est le produit fabriqué d'une autre et le produit fabriqué de l'une la matière première de l'autre — comme la chose arrive toujours — il faut, dans une infinité de cas, augmenter sans cesse les droits et les profits, et tout cela, par la nature même du commerce, augmente en fin de compte le prix de l'article.

Je désire signaler à l'honorable chef de l'Opposition un côté de cette nouvelle phase de la politique canadienne qui a peut-être échappé à son attention ; je veux lui faire voir ce que nous gagnerions probablement en posant la protection comme une question sur laquelle le peuple doit juger les deux partis.

Nous introduirions dans la législation fiscale un élément d'incertitude dont les fabricants américains se plaignent comme l'un des plus grande maux qu'ils aient à subir. Pour avoir fait de la protection une question politique, les Etats-Unis ont créé une législation variable et incertaine : témoins, les trente-cinq tarifs différents qu'ils ont établis. Le fabricant ne sait jamais sur quoi il doit compter; il ne connaît pas le moment où le peuple doit manifester sa volonté.

Pour se prononcer avec intelligence, le peuple doit comprendre les questions qui sont soumises à sa décision. Mais sur les questions si compliquées de la protection et du libre échange, les masses ne sont guère en mesure de se prononcer, ou plutôt leurs opinions prennent des faux-fuyants, et le résultat c'est que la législation commerciale manque toujours de stabilité : c'est celui que les Etats-Unis ont obtenu avec leur législation sur le tarif.

Dans plusieurs cas cette législation a été une malédiction pour le fabricant et pour toutes les industries commerciales américaines. Aussi, pouvons-nous prévoir ce qui arriverait si nous jetions dans l'arène politique la question " Protection versus Non-protection ? " Supposons que nous adoptions le principe de la protection, quel en serait l'effet ?

En premier lieu, posons-nous cette question à l'égard de l'industrie agri-

•cole. Quel a été l'effet naturel de la protection dans tous les pays où l'on a voulu appliquer ce système ? Tout d'abord eile a mis un terme aux demandes d'exportations des produits agricoles. A l'étranger l'artisan qui expédiait ses articles à ce marché où il s'approvisionnait de substances alimentaires s'est vu, par l'opération de la protection, fermer le marché auquel il avait accès pour la vente des produits de H>n industrie ; par suite, il a fait douter de son crédit et il a cessé d'être ce qu'il était, un bon client. #

Donc, le premier effet de la protection serait d'arrêter l'exportation de nos produits agricoles.

Le second effet serait de mettre un terme à la création des moyens de transport faciles. ;Une fois la demande d'exportations arrêtée, nous diminuons la somme des produits exportés et, comme conséquence naturelle, nous mettons fin aux demandes qui nous sont faites d'établir des voies de transport faciles.

Ensuite, nous augmenterions, pour le cultivateur, le prix de ses instruments aratoires, de ses vêtements, de -ses meubles, en un mot de tout ce qu'il doit acheter. Donc, en ce qui le con- •cerne, le résultat de la protection serait, tout en arrêtant les demandes d'exportations, de réduire les prix de tout ce qu'il vend et d'augmenter ceux des articles qu'il achète.

Voilà la vérité. Et je défie ceux qui voudraient contester mon affirmation de prouver que les Etats-Unis n'en sont pas venus là et que les cultivateurs de ce pays aient obtenu autre chose de la protection.

Quel remède aurait pu être appliqué à ce mal et aurait pu détourner ce résultat ? Une chose, et une seulement :

c'est que la protection eût créé un marché pour le surplus des produits agricoles et amené la nécessité d'importer plus de substances alimentaires que le pays ne pouvait en fournir. Si cela -eût été fait, alors la protection aurait réalisé les promesses de ses adhérents ; elle aurait donné un marché national au cultivateur et l'aurait indemnisé jusqu'à un certain point des taxes qui pèsent sur lui.

Est-il possible d'établir en ce pays un système protecteur assez efficace 2X>ur amener la fabrication de tous les

articles susceptibles d'être fabriqués et que nous importons maintenant, — c'està-dire des articles pour une valeur de $42,000,000, avec une protection qui doit ajouter à la population 22,000 artisans et leurs familles — est-il possible que ce système ajoute à la population du Canada assez de monde pour consommer le surplus des produits agricoles ? Eh bien, non ! le système protecteur le plus efficace, le mieux élaboré, n'y parviendrait pas dans la province d'Ontario Cette prétention est un sophisme.

Nous avons eu déjà la protection ; son effet a été de diminuer les recettes du cultivateur et d'augmenter le prix de tous les articles qu'il avait à acheter. De toutes manières cette politique lui a été préjudiciable.

Voilà ce que la protection a fait pour l'agriculture ; voilà ce qui nous arriverait si le très honorable député de Kingston et ses amis mettaient à exécution leur promesse de favoriser l'agriculture parmi les autres industries du pays.

Eh bien ! si c'est là, en ce qui concerne l'agriculture, le caractère de la protection, quel est celui du libreéchange !

Le premier trait caractéristique du libre échange, c'est la demande et la fourniture sans entraves ; partout où le cultivateur trouve le marché ïe plus avantageux pour ses produits, il peut les y vendre, et partout où il trouve un marché qui offre le plus d'avantage aux acheteurs, il peut y acheter. La législation ne crée ni exclusion, ni restrictions, ni obstacles de nature à l'empêcher de réaliser le plus qu'il peut obtenir de ce qu'il vend, ou de faire les meilleures opérations possibles.

Un autre trait caractéristique du libre échange, c'est qu'il conduit au maximum de la production, tout en maintenant le minimum des prix.

Un troisième trait, c'est qu'il permet à l'homme d'obéir aux lois naturelles dans toutes ses transactions commerciales ; il n'impose aucune restriction artificielle, il ne provoquo pas de lois qui ne sont point naturelles, il est d'accord avec les principes du sens com mun, il donne à l'humanité l'abondance et le repos au lieu de la disette artificielle et du travail fatigant qui résultent de la protection.

Je le répète, l'objet et le résultat du libre échange c'est de donner l'abondance et le repos, tandis que la protection amène la disette et la nécessité de forcer le travail pour fournir aux besoins de la population. Quoi! Dieu lui-même n'a-t il pas fait voir à l'homme dans sa loi non écrite la nécessité du libre échange ? Pourquoi le bienfaisant Créateur du ciel et de la terre nous a-t-il donné des zones, des sols, des climats, des races et des goûts différents ? Est-ce par accident ? N'est-ce pas évidemment afin que l'homme fasse des transactions avec son semblable, et le commerce n'a-t-il pas pour résultat de conférer à une zone les richesses et les bienfaits de toutes les autres?

Le commerce n'a-t-il pas pour résultat de mettre l'homme en contact avec le reste de ses semblables sur toute l'étendue de la terre, d'entremêler les races afin qu'elles puissent se communiquer mutuellement les avantages de l'éducation, de faire passer insensiblement l'homme de la condition sauvage à celle de l'intelligence et de la civilisation. Pourquoi faisons-nous des chemins de fer ? pourquoi établissons-nous des lignes télégraphiques ? pourquoi construisons-nous des navires avec lesquels la traversée de l'Atlantique n'est qu'un jeu pour nous ? pourquoi étendons-nous nos relations commerciales jusqu'aux pays les plus lointains? C'est pour augmenter notre bien-être, notre bonheur, nos connaissances.

Par conséquent, toute législation qui nous empêcherait de faire ces choses, qui nous isolerait du reste du monde, serait nécessairement fatale à la cause du progrès, au lieu de la servir.

Le commerce est un niveleur, il est le grand civilisateur du monde, mais il est égoïste. Il est égoïste dans son but, mais bienfaisant dans ses résultats. Je le répète, une législation qui tend à imposer des restrictions au commerce est contraire aux plus chers intérêts de l'homme.

Examinons maintenant quelques-uns des traits caractéristiques de la protection.

Est-il avantageux de diminuer les moyens d'acquisition du travailleur ?

Un traité d'économie politique que je lisais l'autre jour contient une anecdote qui démontre bien ce point.

Un Français avait planté une vigne ; il la cultiva et soigna jusqu'à ce qu'elle lui donnât un tonneau de vin.

Sa famille ayant besoin de différentes choses, il s'en alla vendre son vin.

Dans son pays, on lui en offrit quinze paquets de marchandises ; mais on lui en offrit 2(> à Manchester, et il accepta tout naturellement cette dernière proposition. Cependant, lorsqu'il voulut faire venir ses achats d'Angleterre, un officier douanier lui fit observer qu'il aurait à payer une taxe sur ces articles. Or, comme cet impôt réduisait la valeur "de ses marchandises à celle des quinze paquets qu'il avait refusés en France, grand fut son embarras et il demanda conseil à l'officier du fisc.

— Prenez les marchandises françaises, lui dit celui-ci,

— Mais, demanda le paysan, pourquoi n'ai-je pas la faculté de vendre mon vin à ceux qui peuvent m'en donner le plus?

— Parce que, répondit, le douanier, cet impôt protège les intérêts de la France. Comment ? je ne saurais vous le dire ; mais tel est le décret de le législature, et il doit être juste.

Voilà la protection. Son effet est de diminuer les moyens d'acquisition des classes ouvrières, de créer la disette artificielle et les hauts prix. Elle tend à créer des monopoles et des combinaisons qui pillent le peuple pour leurs fins égoïstes ; c'est l'exploitation des masses par l'action législative.

Le premier effet de la protection pure et simple est de relâcher la morale. Elle donne naissance à la contrebande, aux faux des factures et au parjure. Le peuple s'aperçoit que le gouvernement a des prédilections personnelles, qu'il donne à des individus pri vilégiés le pouvoir de piller les masses sous la sauvagarde des lois ; il est porté à croire que les richesses acquises par ces individus l'ont été à la faveur du vol, et il en vient insensiblement à la conclusion que la propriété c'est le vol. Et c'est ainsi que la protection conduit au communisme.

Je regrette que le très honorable représentant de Kingston ne soit pas ici pour entendre ma réponse à son assertion que c'est le système de la protection qui a fait l'Angleterre ce qu'elleest.

Que gagnerions-nous en adoptant la protection en Canada ? Que nous promettent l'honorable député de Kingston et ses amis ?

Tout d'abord, nous disent-ils, nous aurions un plus grand nombre de fabriques.

Mais, en réponse à des circulaires qui leur avaient été adressées, on a reçu des lettres, non pas de un ou deux, mais d'un bon nombre de fabricants, qui déclarent que, pour plusieurs industries, la production est déjà trop grande.

Si les marchandises étrangères étaient exclues du Canada, il y aurait d'abord progrès, prospérité et de gros dividendes pour les fabricants mais les résultats deviendraient bientôt très différents. Un trop grand nombre de personnes se lanceraient dans les affaires, et une de ces deux conséquences seraient inévitables : ou les fabricants, s'aperce vant qu'ils ont trop de concurrents et que la production est trop grande, feraient des combinaisons pour diminuer leurs opérations et restreindre la production au prix de la consommation ; ou les grandes accumulations de surplus amèneraient la dépression, une panique générale et la banqueroute, accompagnées de la disparition de nombre d'établissements superflus.

Ce serait une catastrophe commerciale ; ce serait la ruine de plusieurs de ceux dont ce système devait faire la fortune. Le pays perdrait annuellement près de $15,000,000 pour ajouter 22,000 artisans à la population, sans bénéfice durable pour ceux en faveur desquels ces taxes énormes seraient imposées. Ce serait une perte et pour l'artisan, pour le producteur de houille, pour le producteur de sel et pour le cultivateur.

Examinons particulièrement quel serait l'effet de ce système pour le cultivateur.

La protection, ou une politique de protection élèverait le prix de tous les articles qu'il est obligé d'acheter.

Ces messieurs ont promis de faire du bon au cultivateur sous la forme d'impôts sur les céréales ; mais si l'on établit une taxe sur les$ céréales, quels profits en retirera-t-il ? Dans les années ordinaires nous exportons un surplus de tous les grains, sauf du maïs ; mais, dans les années exceptionnelles, il est

possible que nous soyons obligés d'acheter ailleurs ou d'importer pour la consommation locale. Les Etats- Unis exportent leur surplus en Angleterre, nous aussi, et les prix obtenus en Angleterre fixent ceux du producteur aux Etats-Unis et au Canada.

Il est une espèce de grains,une seule, dont, je l'avoue, un droit d'importation augmenterait le prix : c'est le maïs.

J'aimerais beaucoup savoir des promoteurs de la politique nationale , quelle taxe ils ont l'intenti< m d'imposer sur le maïs, si jamais ils remanient le tarif. Tl y a quelques années un impôt de 3 cts. était prélevé sur chaque boisseau de maïs; mais je présume que ces messieurs sont maintenant en faveur d'une plus grande protection et qu'ils élèveraient ce droit à ►> cts. Si je fais erreur, ils peuvent la relever.

Supposant que je ne me trompe pas, je vais prendre mon comté pour montrer jusqu'à quel point cette taxe affecterait la production du maïs sur la rive nord du lac Erié : le comté do Norfolk, un des quelques districts du Canada qui produisent le maïs.

Si l'on établissait un calcul à cet effet, on verrait que la taxe en question ne donnerait aucun avantage.

D'après les statistiques du recensement de 18*70-71, l'étendue des terres en culture dans le comté de Norfolk est de 192,000 acres ; elle serait insuffisante pour 3,840 fermes de 50 acres chacune. Je suppose qu'un dixième de ces terres est chaque année consacré à la culture du maïs, et, comme cultivateur pratique, j'affirme que cette moyenne excède la proportion réelle des terres ordinairement affectées à la production du maïs dans cette région ; cela donnerait 19,200 acres comme l'étendue des terres qui sont consacrées tous les ans à la culture de ce grain. J'estime que la récolte moyenne du blé-d'inde égrené est de 30 boisseaux par acre, et je ne pense pas qu'aucun cultivateur trouve cette estimation trop basse ; cela donne, pour le comté de Norfolk, une récolte annuelle de 486,000 boisseaux, et j'ose dire qu'une récolte d'un demi-million de boisseaux excède de" beaucoup la moyenne du rendement du maïs dans ce comté.

Nul doute que les cultivateurs ont besoin, en moyenne, de la moitié de I cette récolte pour engraisser leurs co-

chons, nourrir leurs autres animaux, vtc. ; il rente donc, dans ce comté, un mu plus de 213,000 pour la vente. Et cette estimation de surplus est trop élevée, je n'hésite pas à le dire.

Cependant, un droit de 5 cts. par boisseau sur le maïs, s'il élevait, comme je le présume, le prix reçu pour ce surplus au montant de l'impôt, serait de -5 cts. par boisseau sur 243,000 boisseaux, représentant la somme d'avantages que le comté de Norfolk retirerait de la politique nationale, ou S 12,150 qui, divisées entre les 3,8-10 cultivateurs du •comté, donneraient à chacun d'eux $ô.h>. C'est la part-que chaque cultivateur retirerait du pillage autorité par ce système, qui viole les principes de la saine politique commerciale, sinon de l'honnêteté ordinaire.

'Maintenant, qu'est-ce que les cultivateurs de Norfolk auraient à payer en échange de cette somme de $12,150 qui serait la part de profits que le comté recevrait de cette politique nationale tant vantée ?

J'ai déjà fait voir dans une autre partie de mon discours qu'un bon système de protection qui créerait la fabrication pour une valeur de $42,000,- 000 d'articles de plus que maintenant, coûterait au Canada plus de $14,000,000 par année. En prenant la population pour base de mes calculs, j'estime que la part de Norfolk dans cette contribution annuelle serait de $128,000.

Allons-nous nous laisser voler tous les ans $128,000 pour nous assurer d'une dépouille de $12,150? Ces messieurs ont-ils l'intention de nous persuader que notre intérêt est de perdre dix piastres pour en gagner une ? Je dois les avertir que les intelligents cultivateurs de mon comté savent trop bien leur arithmétique pour se laisser flouer par une pareille proposition lorsqu'ils en viendront à l'examiner.

Quant à la question du maïs vis-à-vis les intérêts du Ci nada en général, je constate par les statistiques de la dernière année fiscale, que dans le cours de cette année nous avons importé 8,260,- 000 boisseaux de ce grain, à 51 cts.

le boisseau, et que nous en avons exporté 4,083,000 boisseaux, à 63 ^ts. — ce qui nous a laissé pour la consommation locale 4,1*77,000 boisseaux, qui nous ont coûté 40 cts.

Peut-on dire que ce soit un commerce

préjudiciable aux intérêts du Canada ?

Je ne le pense pas. Comme facteurs ou agents nous opérons sur plus de quatre millions de boisseaux ; nous y faisons un profit et nous donnons de l'emploi à la navigation, au capital et au travail ; nous importons à bas prix plus de quatre millions de boisseaux pour i consommation locale et nous pouvons vendre une quantité équivalente d'orge, d'avoine, de pois et de seigle qui autrement aurait été consommée clans le pays; nous pouvons les vendre à un prix beaucoup plus élevé que le maïs, et nous effectuons ainsi une notable économie pour le pays en généra'.

Supposons qu'un droit soit pi élevé sur le maïs, la région canadienne dont je parle pourrait-elle produire les quatre millions de boisseaux que nous importons aujourd'hui pour la consommation locale ? Elle ne le pourrait. Je ne pense pas qu'un impôt augmenterait de 1,000,000 de boisseaux la production du maïs en Canada. Alors quel serait le résultat pratique d'un impôt ?

Le voici: les cultivateurs, dans la région où se cultiverait le maïs, en augmenteraient la production de 1,000,000 de boisseaux, grâce à l'impulsion que produirait un impôt ; les trois quarts des importations qui se font actuellement pour la consommation locale se feraient encore, et les produits de l'impôt n'iraient pas au cultivateur canadien, mais, dans un très grand nombre de cas, viendraient de sa bourse ; de la sorte le pays serait taxé pour quatre boisseaux de maïs, dont trois seraient importés, afin que le cultivateur de la région qui produit ce grain pût recouvrer la taxe sur un boisseau.

Cette politique est trop extravagante et trop absurde pour que les hommes intelligents s'y arrêtent un seul instant. Je crois pouvoir assurer à l'Opposition que personne ne se laissera prendre à l'appât qu'elle a tendu, et lorsque les cultivateurs seront mis en présence de la question, on verra qu'ils ne tiennent pas à un aussi petit résultat aussi chèrement obtenu.

J'aborde maintenant la question de l'orge.

Certains membres de l'Opposition ont prétendu que l'impôt américain qui frappe l'orge canadienne réduit le prix qu'en obtiennent nos cultivateurs

à lu somme exacte de] la taxe' américai ne.

Je n'entrerai pas ce soir dans la discussion de cette question, bien que mon impression soit que l'impôt américain est en réalité payé, du moins dans une large mesure, par le consommateur américain et ne constitue qu'une très légère différence avec le prix qu'en reçoit le cultivateur canadien.

Mais je demanderai aux membres de l'Opposition comment nous pourrions tourner la difficulté, dans le cas où leurs assertions seraient vraies ? Nous n'imposons pas ce droit; nous l'enlèverions avec plaisir, mais nous n'en avons pas la faculté : ce pouvoir appartiènt au Congrès des Etats-Unis. A quoi nou3 servirait d'établir un impôt sur l'orge ? c'est un article que nous vendons beaucoup et que nous achetons peu ; en prohibitant l'importation d'un seul boisseau, nous ne changerions rien au prix de ce que nous en vendons.

En 1876 nous avons importé 39,099 boisseaux de maïs et exporté 10,000,000 de boisseaux. Quel effet aurait produit sur cet immense commerce d'exportation l'impôt dont nous aurions frappé le peu que nous avons importé ?

En 1877 nous avons exporté 6,587.180 boisseaux pour lesquels nous avons reçu 69 cts. le boisseau, et nous en avons importé 369,801, pour lesquels nous avons payé 40J cts. le boisseau. En d'autres termes nous avons acheté une petite quantité d'orge américaine à 40 J cts. et en échange non s avons vendu aux Etats-Unis, à 69 cts., la nôtre, qui était d'une qualité supérieure. Peutêtre la plus grande partie de l'orge importée des Etats-Unis à 40 j- cts. était-elle mélangée en petite quantité avec la nôtre, de qualité supérieure, et revendue à 69 cts, y compris l'impôt !

Quoi qu'il en soit, quel effet aurait pu avoir un impôt sur l'orge que nous avons produite cette année-là, quand, pour chaque boisseau que nous avons importé, nous en avons exporté dixhuit ? Si ht taxe avait exclu les 369,801 boisseaux d'orge américaine que nous avions importés en 1877 à raison de 40J- cts., nous aurions tout simplement exporté d'autant moins de notre orge canadienne, que nous avons vendue à 69 cts., et le pays aurait perdu la différence dans lo prix entre 40J cts.

et 69 cts. par boisseau, ou 369,801 boisseaux.

Heureusement pour le Canada, les Etats-Unis ne seraient plus désormais le seul marché ouvert à notre orge. Dans le cours de l'année qui vient de finir, il s'est établi un commerce considérable avec la Grande-Bretagne. L'orge canadienne y est en grande faveur, et la Grande-Bretagne peut facilement absorber tout notre surplus. Les choses étant ainsi, les acheteurs anglais et américains vont se disputer notre orge.

Le prix de ce grain va être fixé, comme l'est indubitablement celui de toutes nos autres céréales, sur les marchés de l'univers, et alors il sera parfaitement indifférent pour nos cultivateurs que k gouvernement américain les frappe ou non d'un impôt.

Quel a été, je le demande, le but des Américains en abrogeant le traité de réciprocité en 1864 ? C'était de nous entraîner à l'annexion. Ont-ils réussi ? Loin de là, l'abrogation du traité a reculé indéfiniment la réalisation de leur projet ; en définitive, elle a été un bienfait pour nous.

Tant que ce traité a existé, les Américains achetaient nos céréales ainsi que notre bois d'échantillon, et ils les exportaient pour nous : ils étaient nos agents et ils empochaient les profits des transactions.

Lorsque le traité fut abrogé, nous avons dû nous rendre compte de la situation et faire nos affaires nousmêmes. Nous avons commencé par exporter nos produits, et, au bout d'un certain temps, l'idée nous est venue que nous devions nous constituer, nonseulement nos propres agents, mais encore les agents des Américains, qui avaient été les nôtres jusque-là.

Pourquoi ne pas aller aux Etats de l'Ouest, bien que nous achetions leurs céréales et que nous les exportions du Canada ? Cela donnerait de l'impulsion à notre navigation, à nos capitaux et à nos canaux.

Pendant les quatre années expirées en décembre 1876, nous avons manipulé pour une valeur de $30,000,000 de blé et de fariné des Etats-Unis, surtout de blé, et dans le même espace de temps nous en avons exporté pour une valeur de $42,000,000. De fait nous avons exporté pour $12,000,000 de no* produits et $30,000,000 des leurs.

Avons- nous perdu dans cette transaction ? Aurait-ce été un bienfait pour le Canada de priver nos marchands à commission,notre marine marchande et nos banques des opérations que leur fournissait ce vaste commerce ? Ce sont ces opérations qui ont fait du Canada une grande puissance maritime. Et pourtant, l'Opposition voudrait priver nos canaux, notre marine et nos hommes d'affaires de cet immense commerce qui a donné tant d'avantages à notre pays ! La proposition est tout simplement absurde.

Ces messieurs diront peut-être qu'ils peuvent trouver un plan pour ne pas perdre ces opérations, à l'aide du système d'entreposage. Je le nie.

La concurrence entre les voies de communication américaines et canadiennes est si vive, que la plus légère différence suffit pour faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre ; et un système d'entreposage, tout libéral qu'il fut, aurait pour effet de détourner le grand trafic qui se fait aujourd'hui par les canaux canadiens au profit des canaux américains.

Pourquoi avons-nous construit ces canaux? Pourquoi dépensons-nous des millions de piastres pour agrandir le canal Welland ? Quelle est la politique du gouvernement? Attelle pour but de faciliter notre commerce ? Non ; nos gouvernants ont vu à l'ouest de nous un vaste pays possédant des ressources illimitées; ils ont vu que le commerce de ce pays donnait des résultats bienfaisants partout où il s'étendait; ils voyaient qu'il occasionnait la construction de grandes villes américaines sur le bord de la mer; et c'est afin d'attirer sur nous une partie de cette prospérité que nos canaux ont été projetés et construits.

Et maintenant, après avoir dépensé des millions pour rendre ces canaux effectifs; maintenant que le canal Welland pourra, après que son élargissement aura été terminé, entrer en concurrence avec tous les autres pour le trafic de l'ouest, devons-nous imposer certaines restrictions qui éloigneront le trafic de l'ouest de nos canaux ?

Cette proposition est purement de la folie.

Quant aux droits sur le grain, nous avons un cas identique, qui montre combien est peu fondée l'idée qu'on

puisse en tirer du profit. Les Etats- Unis ont imposé sur le grain du Canada un droit pour favoriser les cultivateurs américains.

Ce droit a-t-il jamais fait augmenter d'un sou le grain produit aux Etats- Unis, ou a-t-il rapporté le moindre bénéfice aux agriculteurs ? Non ;s il a simplement eu pour effet d'enlever aux canaux américains le trafic qu'ils desservaient sous le système libre-échangiste dont nous jouissions en vertu du traité de réciprocité, car le surplus de leurs grains ainsi que des nôtres trouvait un marché à l'étranger. Je désire attirer l'attention de la Chambre sur le prix moyen des différentes espèces de produits sous le traité de réciprocité et les prix depuis son abrogation. On croit généralement que l'abrogation du traité a réduit le prix des produits vendus par le Canada. Qu'elle l'ait faite ou non, la moyenne des prix a été plu s élevée depuis l'abrogation du traité de réciprocité que pendant sa durée.

Par exemple, de 1854 à 1864, nous recevions un prix moyen de $77.50 pour les chevaux ; de 1866 à 1876, depuis l'abrogation du traité de réciprocité, nous en recevons une moyenne de $94.53. Pendant la durée du traité de réciprocité la moyenne payée pour le mouton était de $2.75 ; depuis son abrogation elle est de $2.76.

M. BOWELL — Combien d'années votre état comprend-il ?

M. CHARLTON— Dix ans.

M. BOWELL— Cela comprend la période de la guerre américaine.

M. CHARLTON— Non ; cette période se trouve comprise dans le temps où le traité de réciprocité était en vigueur; il a été abrogé en 1866.

Nos voisins ont terminé leur guerre d'abord, et ont abrogé le traité ensuite. Pendant le traité, le prix moyen payé pour la laine était 30 centins, depuis son abrogation, il a été de 34^ centins. Le prix moyen payé pour le blé pendant le traité était de $1.13, et, depuis son abrogation, de $1.24.

Quel profit le cultivateur américain a-t-il retiré des droits imposés sur le grain du Canada ?

Qu'a-t-il réalisé des promesses qu'on lui a faites pour l'engager à se soumettre à une taxe si onéreuse qu'elle équivalait presque à un vol, afin que

quelques individus pussent amasser des fortunes?

Quel profit retirera-t-il de l'imposition d'un droit sur le grain du Canada, lorsqu'il vend exactement le même article et que le prix en est fixé sur un marché qui est ouvert au monde entier ?

La même proposition est une tromperie et un piège tendu aux agriculteurs de notre pays.

M. OETON" — L'honorable monsieur veut-il inférer qu'un traité de réciprocité ferait du tort au Canada ?

M. CHARLTON — Pas le moins du monde ; la tendance de mon argumentation est en faveur de la liberté de commerce.

M. COLBY — Le but de l'honorable monsieur est de montrer comment la protection a affecté les prix des produits agricoles dans les Etats-Unis.

M. CH ARLTON — Je ne me propose pas de montrer à quels résultats on était arrivé un pays qui avait fait de la protection l'essai le plus franc qu'aucun autre pays lui ait jamais fait faire.

J'ai un mot à dire au sujet de la question de la balance du commerce dont on parle tant.

Si cette balance du commerce est contre un pays, on nous dit qu'il est sur le chemin de la ruine.

Mes honorables amis de la gauche seront sans doute bien étonnés lorsque je leur dirai que depuis dix-sept ans il y a eu contre l'Angleterre une énorme balance de commerce s'élevant en moyenne à £113,500,000 pendant chacune de ces années. Pourquoi l'Angleterre n'est-elle pas ruinée ?

Parce que cette balance de commerce représente ses profits.

Je vais donner un exemple familier •de la, manière dont on peut se créer une fausse impression d'après les déclarations en douane.

Supposons que M. A. B., d'Halifax, expédie aux Antilles un navire chargé de bois ou de poisson ; supposons que la douane ait évalué le chargement à $50,000 et alloue $10,000 de plus pour le transport et autres charges jusqu'aux Antilles.

Supposons que la cargaison se vende aux Antilles 25 pour cent de plus que le coût originaire, alors M. A. B.

réalise $72,500 sur le coût, le fret, et le profit originaires.

Il a acheté des produits de cette colonie, et les a rapportés à Halifax.

En ajoutant 15 pour cent pour le fret et autres charges, la déclaration à la douane au retour sera de $83,8*75, contre $50,000 lors de la déclaration au moment du départ.

Les livres constatent donc une balance de $33.375 contre le Canada ?

Ce dernier a-t-il perdu cette somme ?

Non ; il a augmenté sa richesse de $12,500 ; le profit sur la cargaison, sur le fret, et les charges en allant et en revenant seraient, disons de $8,000 de plus, de sorte que la somme totale ajoutée à la richesse du Canada est de $20,500.

Les profits du marchand sont ceux qu'il a réalisés de la cargaison d'aller, $12,500, le profit clair sur le fret, en allant et en revenant, $8,000; les profits de la vente du chargement de retour, soit 20 pour cent, s'élevant à $16,675; total des profits réels du marchand sur les chargements de l'aller et du retour, $37,1*75.

Sans tenir compte des profits individuels du marchand, dont une partie provient de la vente de la cargaison en Canada, l'augmentation totale de la richesse du pays, par ces chargements d'aller et de retour, a été de $23,500 ; tandis que la perte apparente telle qu'indiquée par les déclarations en douane étaient de $33,875. Supposons maintenant un autre cas.

Supposons que la même cargaison soit partie d'Halifax, que le navire se soit perdu en mer, et qu'on n'ait jamais entendu parié de lui ensuite.

Alors les livres de la douane constateraient $50,000 d'exportation contre aucune importation ; profit clair pour le pays, $50,000.

On voit donc l'absurdité des calculs basés sur les opinions généralement reçues quant à la balance du commerce.

M. BOWELL— Plus nous devenons riches, plus nous achetons.

M. CHAELTON— Oui

M. BOWELL— D'où vient l'argent qui sert à payer ces achats ?

M. CHAR LTO NT — Je sens qu'il ne m'est pas nécessaire de réclamer L'indulgence de la Chambre pour discuter

longuement les effets de la protection aux Etats-Unis, car presque tous les honorables messieurs de la gauche donnent les Etats-Unis comme preuve de tout ce que je dis en faveur des principes protecteurs.

Il vaut la peine d'examiner minutieusement, soigneusement et franchement la manière dont la protection a opéré aux Etats-Unis, et je demanderai l'indulgence de la Chambre ce soir, pendant que j'entrerai pleinement dans la question, parce que nous trouvons dans ce pays (les Etats-Unis) un exemple pratique du fonctionnement de la protection, et nous pouvons abandonner le domaine de la théorie, pour juger d'après les résultats réels, au lieu de méditer sur des conséquences de fantaisie

Nous pourrons dire, en examinant avec soin les effets de la protection aux Etats-Unis, quels en seront les effets dans notre pays.

Ce By." 'terne et son opposé, la nonprotection, ont été pleinement essayés chez les Américains. Aucun pays n'a donné à ces deux systèmes un essai plus entier et plus satisfaisant que les Etats- Unis.

Il y a eu chez eux trois périodes distinctes et différentes de non-protection, et trois autres également distinctes et différentes de protection ; et d'après les statistiques, et l'expérience qu'ont obtenues ces états pendant ces différentes périodes, nous pouvons nous assurer avec une certitude mathématique, ce qu'a été le fonctionnement de la protection chez les Américains, et d'après le résultat nous pourrons arriver à une conclusion raisonnable sur ceux que nous obtiendrions ici.

Leur première période de non-protection a été de 1789 à 1816, leur seconde de 1833 à 1842, et leur troisième de 1847 à 1861.

Leur première période de protection a été de 1816 à 1833, leur seconde de 1842 à 1846, et leur troisième de 1861 jusqu'à aujourd'hui.

Je me propose d'examiner aussi brièvement que je pourrai ces différentes époques. En premier lieu, j'attirerai l'attention de la Chambre sur la somme étonnante de droits et de taxes tirée des consommateurs aux Etats Unis pendant la dernière de ces pério-

des, qui commence en 1861 et qui dure encore aujourd'hui.

M. POPE (Compton)— C'est le montant le plus élevé.

M. CHAELTON — Oui ; mais je l'ai peut-être choisi comme donnant un meilleur exemple de l'effet d'un système complet de protection.

La somme perçue pendant cette dernière période de protection, tel que l'indiquent leurs livres de douane, a été de $2,429,978,000.

Les meilleures autorités de ce pays, — Eobert J. Walker, W. Burchard'et autres experts dans ces matières — ont considéré que pour chaque $5 d'impôt que le gouvernement reçoit sous le système protecteur, les manufacturiers reçoivent $14 par l'augmentation dans les prix des articles domestiques qu'ils produisent. Si cette théorie est exacte, pendant que le gouvernement des Etats-Unis reçoit cette somme considérable des producteurs et des consommateurs des marchandises, les fabricants reçoivent par l'augmentation sur les prix, $4,873,000,000.

M. OETON— Où l'honorable préopinant a-t-il pris ce qu'il lit ?

M. CHAELTON— Je lis des tableaux que j'ai compilés sur des états de la douane et d'après les autorités que j'ai citées pour établir que le prix des articles augmentait sous le régime protecteur.

M. OETON" — Je croyais que vous citiez des parties du discours prononcé à Fergus par l'honorable ministre de l'Intérieur.

' M. CHAELTOX— Tel est le résultat direct ou indirect de ces droits quant au commerce de gros.

Maintenant, il nous faut ajouter au chiffre des profits des marchands de gros et détailleurs au moins vingt-cinq pour cent, ce qui portera à $1,700,- 000,000 l'augmentation des prix dans ces négoces, ou démontrera que pendant les dix-sept dernières années ce précieux svstème de protection a coûté $8,504,000^000.

Que leur a-t-il valu ? Eien qu'une perte réelle. Us ont reçu moins pour tout ce qu'ils avaient à vendre et payé plus cher pour tout ce qu'ils avaient à acheter.

Qu'avait-on promis à ces hommes pour les induire à se soumottre à cet impôt effrayant ? Ce que les honorables messieurs de la gauche promettent maintenant. On leur a prorais la mise en pratique d'une politique qui devait bénéficier aux industries agricole, minière, manufacturière et autres des Etats-Unis.

Plusieurs voix — Ecoutez ! écoutez !

M. CHAELTON— Et jamais promesse ne peut être plus trompeuse, plus illusoire que celle que font - les honorables messieurs de la gauche, et si elle était acceptée, et que la politique qui en doit découler est mise en pratique, on verra se reproduire ici les mêmes désastres qui ont affligé les Etats-Unis après qu'ils eurent adopté cette politique.

Quand le système protecteur fut introduit dans ce pays, ses promoteurs dirent aux intéressés dans l'industrie agricole : " Eecevez l'assurance que si vous adoptez cette politique, la consommation sera tellement grande qu'il vous faudra importer d'autres pays des produits agricoles pour pouvoir suffire à la demande sur vos propres marchés.

Yous paierez pins chères les marchandises qu'il vous faudra acheter, mais vous verrez à la fin que le. système vous a été avantageux."

M. COLBY— Qui a dit cela ?

M. CHAELTON— Tous les avocats du système protecteur : Horace Greeley, Henry C. Carey, et tous ceux qui ont écrit en faveur de la protection aux Etats-Unis, depuis le Maine jusqu'à la Géorgie, et depuis New- York jusqu'à la Californie. Non-seulement ils ont dit et écrit cela, mais ils ont recouru à tous les arguments qui pouvaient porter la population à croire que la protection aurait pour résultat de créer un marché national pour le surplus des produits agricoles des Etats-Unis.

M. YOUNG— Que les Etats-Unis seraient obligés d'importer ?

M. CHAELTON — Ils promirent cela, et à l'heure qu'il est, c'est-à-dire après vingt-sept ans de la plus efficace protection, et maintenant que ses industries ont atteint tout le développement possible, cette nation exporte du blé, du beurre, du fromage, du bœuf,

tlu coton, dos laines et de tous les produits agricoles.

Plusieurs voix — Ecoutez ! écoutez !

M. CHAELTON— Cependant, elle a fait d'énormes sacrifices d'argent pour obtenir ce marché national, et bien que ce soit dans ce but qu'elle a adopté le système protecteur et que, pendant toutes ces années, elle ait dirigé là tous ses efforts, elle n'a pu l'atteindre, etr comme je devrais pouvoir le démontrer, elle n'a pas, dans le cours de cette période, plus prospéré qu'elle ne l'aurait fait sous le système libre-échangiste.

Le cultivateur n'a pas obtenu ce qu'on lui avait promis. Il a été déçu de deux manières, car il a payé plus cher ce qu'il lui fallait acheter, et vendu à plus bas prix ce qu'il avait à vendre.

Si le système adopté eût été efficace, l'impôt moyen de 44 p.c. que les Etats- Unis établirent était suffisamment élevé pour en assurer le succès.

Les membres de riches associations de fabricants encombrèrent les couloirs à Washington et dépensèrent à profusion afin d'obtenir la législation qu'ils demandaient, qui leur fut accordée et qui leur donna assez de protection pour arriver aux résultats promis si le système eût été susceptible de les produire.

L'essai ayant prouvé là la fausseté dé ce système, il en serait de même ici et partout ailleurs. N'importe où on le mettra en pratique, la population sera extorquée au profit de monopoles,

Plusieurs voix — Ecoutez ! trèsbien. !

M. CHAELTON — C'est ce qui est arrivé aux Etats-Unis.

La mise en pratique de ce système pousse les fabricants à augmenter la somme de leurs opérations. Ils produisent de grandes quantités d'articles, et bien que soient énormes les profits qu'ils retirent dans les commencements, le résultat est l'appauvrissement du consommateur, de 4sorte que la réaction ne se fait guère attendre et que les profits du fabricant diminuent à mesure qu'elle augmente.

Ainsi que l'on aurait pu s'y attendre, le développement des industries manufacturières des Etats-Unis a-t-il été plus rapide sous le système protecteur qu'il l'aurait été sans cette protection ?

Si à celle question l'on veut une réponse, examinons les rapportsdes industries manufacturières du pays à différentes époques.

Dans les tableaux du dénombrement des Etats-Unis, je constate qu'en 1850 le chiffre brut des produits de fabrique s'est élevé à .$1,019,106,616', et que la déduction du prix des matériaux laisse à $463,982,734 le produit net.

En 1860, après seize années sans tarif protecteur, le produit brut de» manufactures a été de $1,855,861,676; le produit net de $854,251,584.

En 1870, après dix ans de protection, le chiffre brut des produits avait augmenté considérablement, car il était de $4,232,325,442 ; mais l'augmentation du produit net n'a pas été aussi grande, car le chiffre ne se monte qu'à $1.743,-

Nous voyons ainsi que le taux de l'augmentation, de 1850 à 1860, est de quarante-six pour cent pour le produit brut, et de quatre-vingt-quatre pour le produit net.

Ceci est le résultat de la période sans protection; mais nous voyons qu'entre 1860 et 1870, sous le système protecteur, que l'augmentation du produit brut a été de 124 pour cent, et du produit net de 104. Or, si nous devons tenir compte de l'inflation de 1870, inflation résultant du papier -monnaie non rachetable, alors que l'or était à une prime de plus de 20 p. c, l'augmentation du produit net des manufactures pendant la période de la protection — de 1860 à 1870— a été d'environ 86J p. c. contre 84 p. c. pendant les dix années précédentes où ce pays n'avait pas de tarif protecteur.

C'est-à-dire que dans les dix années où les industries américaines furent sans protection — de 1850 à 1860 — leur produit net n'a été que de 2J- p. c. de moins qu'il était sous le système protecteur, entre les années 1860-70.

U ne des grandes industries des Etats- Unis — l'industrie métallurgique — avait sollicité avec instance le gouvernement de lui acçorder la protection, et cola tout en faisant valoir ses droits particuliers à cette faveur; or, au dire de l'honorable député de Cumberland (M.

Tupper) cette industrie a fait des progrès immenses depuis son établissement sous le régime protecteur !

Que penser de cela, si ce n'est que

l'honorable monsieur serait probablement surpris d'apprendre que cette industrie existe chez nos voisins depuis l'an 1700, et qu'en 1732, elle exportait une grande quantité de fer en Angleterre, fait qui excita la jalousie des industriels anglais dans cette branche et les porta à demander à leur gouvernement une protection contre cette industrie !

Quel a été le résultat de la protection de cette industrie ?

De 1840 à 1850, période de protection égale à celle de 1842-46, l'augmentation dans la production du fer en gueuse a été de 77J pour cent. En 1850, la production du fer fut de 563,- 000 tonnes ; en 1860, de 884,000 tonnes, ayant augmenté de 60 pour cent dans une période de dix ans sans protection.

La production du fer en 1870 fut de 1,663,000 tonnes, ayant augmenté de 88 pour cent en dix ans sous le règne de la protection. La production du fer en 1876 fut de 1,741,000 tonnes, ayant augmenté, en six ans, sous le règne de la protection, d'une demie pour cent, contre 88 pour cent dans la décade précédente ; ce qui indique que le développement de l'industrie avait atteint son apogée pendant les dix premières années de la protection terminées avec l'année 1870, et que depuis lors le progrès a presque entièrement cessé.

Un député — Quel était l'impôt pendant la période de 1850 à 1860.

M. CHAKLTON— La moyenne des impôts sur tous les articles d'importation en 1857 était de 13^ pour cent.

C'est à peu près le chiffre de notre impôt aujourd'hui ; et avec cet impôt les industries des Etats-Unis ont prospéré et se sont développées rapidement.

Je vois qu'en 1850, la valeur de la production en ferronnerie était de $135, 672,000 ; et qu'en 1860 cette production était de $256,137,000, ce qui constitue une augmentation de 96 pour cent en dix ans sans protection.

Le nombre de personnes employées dans cette industrie, en 1850, était de 142, ^00 ; en 1860, elle en employait 98, 000 ; ce qui constitue une augmentation de iO pour cent en dix ans sans protection, pour cette seule industrie.

La valeur des produits de la ferronnerie, en 1870, était de $500,000,000 ; ce

qui constitue une augmentation de 91 pour cent dans les dix années de protection qui ont suivi 1860.

Le nombre de personnes employées en 1870 était de 237,000, ce qui constitue une augmentation de 20 pour cent dans dix années de protection, tandis que l'augmentation, de 1850 à 1860, sans protection, avait été de 40 pour cent.

Le nombre de hauts-fourneaux en 1876 était de 713, et leur capacité était •de 4,856,000 tonnes. La production de la même année fut de 1,741,000 tonnes ; ce qui démontre que l'on avait créé une capacité de production de 3,155,000 tonnes de plus qu'il n'était nécessaire, et que l'on avait, grâce à l'impulsion dangereuse due aux forts impôts protecteurs, dépensé au moins $100,000,000 dans l'érection de fourneaux dont le besoin ne saurait être senti, au moins pour la grande majorité, avant une cinquantaine d'années.

C'était autant de dépense en pure perte pour le pays ; et n'eussent été les mirages trompeurs de la protection, ce capital pourrait aujourd'hui être placé dans l'agriculture ou dans quelques autres industries, où il pourrait rapporter des profits plus ou moins considérables.

Non-seulement l'industrie de la fabrication du fer, mais presque toutes les industries ont été exploitées à outrance aux Etats-Unis sous l'influence de la protection.

On se rappelle qu'il y a quelques années, un réservoir se rompit en répandant un déluge dans une des vallées du Massachusetts, détruisant plusieurs villages et un grand nombre .d'établissements manufacturiers.

Parmi ces derniers, se trouvaient un certain nombre de fabriques de papier, et cette calamité fut considérée comme un bienfait pour l'industrie de la fabrication du papier, parce qu'elle avait diminué la source de production, qui était trop considérable.

De même si un tremblement de terre allait engloutir 400 des 713 hautsfourneaux des Etats-Unis, et ensevelir dans les entrailles de la terre, les vingtaines de millions quelles coûtent à leurs propriétaires, les propriétaires de celles qui resteraient regarderaient cette calamité comme une aubaine, parce que la

main de la Providence aurait atteint à sa source l'excès de production.

Voilà où s'en trouvent aujourd'hui les industries manufacturières des Etats- Unis. Les chiffres que j'ai cités démontrent que le progrès et le développement des industries manufacturières pendant la période de protection de 1846 à 1860 ont été satisfaisants.

Il est vrai que ces chiffres montrent aussi que la production fut stimulée et développée sous le régime de la protection durant la période de 1860 à 1870 ; mais depuis lors, non-seulement les affaires ont soudain été réduites, mais dans quel état se trouvent aujourd'hui le commerce et l'industrie.

Une somme totale de $200,000,000 a été placée dans des entreprises manufacturières en sus de ce que demandaient les besoins du pays ou de ce que pouvait justifier la possibilité d'écoulement profitable ; et l'on peut dire que cette somme est dépensée en pure perte.

Le système de la protection a stimulé d'une manière qui n'était pas naturelle les entrejDrises manufacturières des Etats-Unis, et aujourd'hui, dans ce nouveau pays qui possède de vastes régions de terres vierges et fertiles invitant le labeur du colon, nous voyons plus de deux millions de désœuvrés, un plus grand nombre assurément que dans la Grande-Bretagne et l'Allemagne.

On nous dit que les Etats-Unis comptent aujourd'hui un million de vagabonds. Pourquoi ces deux millions de désœuvrés, et ce million de vagabonds dans ce pays ? c'est parce que sous l'influence de la protection l'industrie manufacturière stimulée à outrance a réuni dans les villes et les villages une population qui eût trouvé son profit dans l'agriculture.

La population agricole n'a relativement pas augmenté depuis 1860, et la production des céréales per capita a diminué d'année en année.

Un des effets de cette agglomération de la population dans les cités se voit dans le fait que l'été dernier la loi martiale a dû être proclamée dans la moitié du pays, afin de supprimer la violence.

Dans la seconde ville manufacturière des Etats-Unis, le simple esprit de malice promena partout le feu et la destruction, causant à une seule coin-

pagnie de chemin de fer des pertes e'élevant à $3,000,000. Le communisme et autres maux sociaux ont été la conséquence de la protection à outrance qui a été en vogue aux Etats- Unis depuis 1861.

Je vais maintenant donner quelques statistiques agricoles, et si les chiffres que j'ai devant les yeux sont vrais, ils soi.i d'une éloquence écrasante contre la politique des honorables messieurs de l'Opposition.

Si le pays doit être appelé à se prononcer sur la question de la protection, il est important qu'il comprenne ce système sous toutes ses faces et en connaisse toutes les conséquences. Je n'ai pas besoin d'en dire davantage pour me justifier de donner ces renseignements, qui lui permettront de comprendre le fonctionnement du système protecteur dans les Etats-Unis.

Les compilations de G-rosvener des rapports du recensement de 1860 indiquent que l'augmentation de la fortune publique due aux produits de la terre, à l'élève des animaux, et à l'amélioration du sol, etc., fut de $2,600,000,000 pour cette année. Dix ans plus tard, après dix ans de protection, les rapports du recensement indiquent que l'augmentation de la fortune publique provenant de la môme source pendant cette année-là avait été réduite à $2,448,000,000. Tel fut l' effet del? protection sur les intérêts agricoles du pays, si ces chiures sont exacts, comme ils le sont probablement.

Les statistiques indiquent que l'étendue de terres en fermes en 1860 était de 407,212, 538 acres, et en 1870, de 407,- 735,041 acres, ce qui ne constitue qu'une augmentation d'un dixième pour cent dans la décade. L'étendue des terres en culture en 1860 était de 163,100,720 acres, et en 1870, de 189,- 921,000 acres, ce qui constitue une augmentation de quinze pour cent en dix ans.

En 1850, les terres cultivées comprenaient 113,032,614 acres; pendant la décade sans protection, de 1850 à 1860, l'augmentation avait donc été de quarante-cinq pour cent. Les terres en fermes en 1850 comprenaient 293,560,- 614 acres; l'augmentation de 1850 à 1860 a donc été de trente-neuf pour cent. Que l'on compare cette augmen-

tation avec celles d'un dixième pour cent dans les terres en fermes, et de quinze pour cent dans les terres en culture, à la fin de la décade suivante.

Les mêmes statistiques montrent que la production des céréales et des pommes de terre en 1860 fut de quarante-cinq boisseaux par tête; en 1868, elle fut de quarante-deux boisseaux ; en 1870, de quarante boisseaux, et en 1874 de trente-huit boisseaux; ce qui constitue une diminution continue et régulière dans les produits agricoles des Etats-Unis calculés suivant la population du pays.

Le fait est que ces statistiques montrent que l'industrie agricole des Etats- Unis est dans un état languissant, et que pour une raison bu pour une autre, elle n'a fait que diminuer en importance depuis l'introduction du système de protection.

L'Opposition a beaucoup narlé de l'extraordinaire augmentation dans les exportations des Etats-Unis sous le régime de la protection.

Je vois que clans les cotonnades, en 1850, après quatre années sans protection, les exportations s'élevaient à $4,734,000, et que dix ans après, après une autre décade du même régime, les exportations de cotonnades s'élevaient à $10,934,000. . y

L'année 1860, dans laquelle eut lieu cette exportation considérable, était la dernière d'une période de quinze années de non-protection. Après six ans de protection, en 1866, les exportations de cotoir ndes étaient tombées au chiffre de $ .784,000, et après dix-sept ans de protection, nous voyons que l'exportation de ces marchandises ne dépasse point celle de 1860 ; qu'en 1877, en dépit d'une production excessive, en dépit de la nécessité absolue qu'il y avait de vendre le surplus, la grande quantité de marchandises accumulées, l'exportation des cotonnades n'a atteint que le chiffre de $10,235,000.

Le tableau qui suit fait voir le chiffre des exportations de cotonnades des Etats-Unis depuis 1850 jusqu'à 1877.

Les cinq premières années que je cite font partie de la période de nonprotection ; les cinq autres font partie de la dernière période de protection :

Exportations en 1850 $ 4,734,000

do 1857 6,115,000

do 1858 5,651,000

do 1859 8,316,000

do 1860 10,934,000

do 1866. 1,780,000

do 1870 3,787,000

do 1874 3,569,000

do 1876 7,722,000

do 1877 10,235,000

Si les exportations avaient continué d'augmenter dans la même proportion qu'entre 1850 et 1860, alors qu'il n'y avait pas de protection, elles auraient accusé les chiffres suivants en 1870 et 187? :

Exportations de cotonnades, J870... $25,148, 000 " " 1877... 34,000,000

Il est évident que les partisans de la protection se sont trompés quand ils ont dit que leur système aurait l'effet d'augmenter le chiffre des exportations d'articles de fabrique ; le tableau précédent fait voir qu'aux Etats-Unis, par suite de la protection, l'industrie est de moins en moins capable de lutter avec les fabriques étrangères sur les marchés étrangers.

A preuve, jetons un coup-d'œil. sur le total des exportations d'articles de fabrique de toutes sortes durant diverses années. En 1857, exportations totales $31,034,000 ; en 1859, $33,848,- 000 ; en 1860, $42,488,000 ; en 1877, $72,677,000, — tandis que les exportations de l'Angleterre ont atteint l'an dernier le chiffre de $1,000,000,000.

En présence de ces faits, l'honorable député de Cumberland (M. Tupper) pourra-t-il dire que les Etats-Unis l'emportent sur l'Angleterre sur tous les marchés du monde et sont sur le point de la supplanter tout à fait ?

Si l'augmentation qui a eu lieu de 1857 à 1860 aux Etats-Unis avait continué dans la même proportion jusqu'en 1877, leurs exportations de produits de fabrique se serait élevées, l'année dernière, à $200,000,000, en chiffres ronds. Si les Etats-Unis n'avaient point changé leur système de non-protection, s'ils avaient continué à suivre la politique qui a existé depuis 1847 jusqu'à 1860, il y a tout lieu de croire qu'au lieu de $72,667,000 de produits de fabrique qu'ils ont exportés l'année dernière, ils en auraient exporté pour au-delà de $200,000,000. Yoilà les résultats de ce système, en tant que les manufactures sont concernées.

On a dit que les classes industrielles avaient retiré des avantages considérables de cette protection. C'est une erreur, et j'ai fait voir que depuis 1860, l'introduction de ce système avait entraîné l'imposition de $8,000,000,000 de taxes directes et indirectes.

Lors du recensement de 1870, il y avait 12,506,933 personnes employées dans les diverses branches d'industrie.

Je me suis imposé beaucoup de travail pour arriver à connaître le nombre de manufactures qui ont tiré des avantages de la protection, et j'ai trouvé que sur le nombre de personnes cidessus mentionné, 510,000 seulement — et je fais la marge large — ont profité du système de protection.

Les produits des branches d'industrie non-protégées ont représenté $2,351,- 733,000 en 1870, ou $942,767,000, si l'on déduit le coût du matériel, et non-seulement les travailleurs n'ont retiré aucun avantage de la protection, mais ils en ont souffert au contraire.

Toute la population industrielle des Etats-Unis était de 12,505,000 âmes en 1870, et tout au plus 510,000 personnes, soit un sur vingt-cinq, ont bénéficié de la protection. On ne saurait prouvé plus clairément l'absurdité du système.

Six grandes industries qui étaient protégées, savoir : le fer, le coton, la laine, le papier, le sel et le verre, ont représenté $947,925,000 en 1870, ou $404,524,000, si l'on déduit le coût du. matériel.

Dans les manufactures non protégées, la production brute a été de $2,322 par tète en 1870, et de $1,878 dans les six grandes industries protégées, d'après le recensement.

Le produit net dans les j)remièrcs a été de $895 par tête, cette année-là, et de $801 dans les dernières ; ce qui fait voir que les branches d'industrie protégées n'ont pas rapporté autant que les filtres. Cet exemple démontre combien ii est absurde de vouloir établir des branches d'industrie auxquelles le pays n'est ni propre ni préparé.

Je terminerai mes observations en mettant sous vos yeux le coût respectif des divers produits agricoles, de la main-d'œuvre, etc., aux époques de protection et aux époques de non-protection. Ces tableaux serviront on ne pout plus à donner une idée de ce

qu'une politique de protection peut rapporter.

Los premières statistiques authentiques tirées des rapports financiers des Etats-Unis touchant le prix de la nourriture, ne remontent qu'à 1825. Je commence à cette date, et je mets sous vos yeux un tableau qui indique le prix moyen du blé, du maïs, de l'avoine et du coton aux diverses époques de protection et de non-protection jusqu'à

«O <3 t> O CQ 0Q < O

1825 à 1832.. .$1.10$ 62 37 10f Protection.

1833 à 1842... J.35$ 77$ 43 12 Non-protect.

1843 à 1846... 1.02 57 34$ 6$ Protection.

1847 à 1850... 1.26 68£ 43 9 Non-protect. 1850 à 1854... 1.44 71^47 9$ do 1855 à 1860... 1.69 81$ 48$ 10$ do

Le prix moyen du blé depuis 1825 jusqu'à 1860, pendant les époques de protection, a donc été de $l.06J, celui du maïs de 59J- c, celui de l'avoine de 35| c, celui du coton de 8f c.

Durant les périodes de non-protection, entre 1825 et 1860, le prix moyen du blé a été de $1.43$, celui du mv'ii 74J c, celui de l'avoine 45f c, celui du coton 10^ c. Le prix moyen du blé, depuis 1861 jusqu'à 1869, sous le régime de la protection, a été de $1.06 en or.

Ces chiffres font contraster les prix des divers produits du sol aux époques de protection et de non-protection, et ne démontrent-ils pas que les prix ont été moindres sous le régime de la protection que sous l'autre ? Voici un tableau comparatif des prix de la farine à différentes époques : —

Prix moyen pendant les 4 dernières années du régime de non-protection de 1839 à 1842 $5 45

Prix moyen pendant les 4 années du régime de protection, 1843 à 1846 4 46

Prix moyen pendant 15 ans de non-protection, 1847 à 1861 5 86

Prix moyen pendant 9 ans de protection, 1862 à 1870 4 71

Je ne vous soumettrai plus que deux tableaux, relatifs au prix moyen de la laine et au prix moyen de la maind'œuvre aux époques de protection et

de non-protection ; ces statistiques parleront d'elles-mêmes.

Commençons par la laine, voici ce que les rapports financiers des Etats- Unis nous apprennent: —

1825 à 1832 274 43| 32| Protection.

1842 à 1846 32} 32 27 do

^Yr^S!8

1833 à 1841 34 49 42 Non-protection.

1847 y, 1856 32 39* 31 do

1857 à 1860 35J 44$ 28$ do

Moyenne 33* 44i 335 Durant 2 époques

moyenne 338 44£ ^ de non-protection

Prix moyen en 1860 38$ 50 29 Non-protection.

Prix moyen en

or, 1869 .36$ 41$ 26}- Protection.

Prix moyen en 1846, à la fin

de la période Fin d'une période

de protec- de protection de

tion 20$ 27$ 22$ 4 ans.

Prix en 1850, après 4 ans

de non-pro- Après 4 ans de

tection 33$ 40$ 34$ non-protection.

Je tiens en main un tableau qui fait voir que dans, la grande ville manufacturière de Lowell, Massachusetts, les gages ont, dans toutes les branches d'emjoloi, toujours été plus élevés aux époques de non-protection qu'aux époques de protection.

Dans les filatures de laine et de coton, la moyenne des gages y a été, par jour, comme suit: Coton, en 1339, époque de non -protection, $1.32 ; en 1845, époque de protection, $1.05 ; en 1849, époque de non protection, $1.30 ; en 1859, époque de non-protection, $1.43. Les gages étaient comme suit, aux mêmes époques, dans les filatures de laine : en 1839, 94c; en 1845, 89c; en 1849, 84c; en 1859, 90c. La comparaison entre la moyenne des gages, dans les diverses industries, en 1845, à la fin d'une période de protection, et la moyenne des gages en 18t>0, à la fin d'une période de non-protection, fait surgir des contrastes : —

Instruments tranchants, par semaine

Ferronnerie, par jour

Fonderie et verrerie, par jour

1 zo

Travaux de la ferme, par mois

Je n'ai pas de renseignements complets, mais j'ose dire qu'aux Etats-Unis la main-d'œuvre coûte aujourd'hui moins cher, après dix-sept ans de protection, qu'en 1869, après une période de non-protection presque aussi longue, et je n'hésite pas à dire qu'il est infiniment plus difficile d'obtenir de l'emploi.

En résumé, je crois avoir prouvé surabondamment qu'aux Etats-Unis la protection a eu un effet désastreux sur l'agriculture, et qu'à la fin elle a eu un semblable effet sur les manufactures.

.Nos voisins ont exporté l'année dernière pour $72,000,000 de marchandises, mais l'intérêt annuel, au taux de 6 pour cent, sur les sommes énormes qui ont été payées directement comme droits depuis 1861, dans le but de protéger l'industrie nationale, s'élève exactement au double, savoir, à $144,000,- 000 par année.

J'ai fait voir que la production des grains per capîta y a décru d'année en année ; que la proportion de l'augmentation de la population agricole y a baissé ; que les prix réalisés par les cultivateurs aux époques de protection étaient moindres qu'aux époques de non-pi otection, et que la protection accordée aux manufactures a eu pour résultat leur ruine entière.

J'ai démontré qu'à l'heure qu'il est, des centaines de millions de dollars sont investis dans des entreprises qui ne rapportent rien, et qu'ils sont do fait perdus, tout cela par suite de la trop grande production.

Les fabricants américains ont réussi à exporter des marchandises en certaine quantité, mais ils ne l'auraient pu sous l'opération ordinaire des droit* protecteurs.

J'ai prouvé que la condition industrielle des Etats-Unis est aujourd'hui moins favorable que celle du Canada ou de tout autre grand pays de manufactures ; que la dépression de leurs industries est le résultat direct de la protection, et que le système protec-

teur n'y a produit que du mal dans toutes les branches d'industrie.

Juste au temps où le peuple américain condamnait aux poils, par une écrasante majorité, le principe de la protection, et déclarait qu'il fallait * changer de politique ; juste au temps où le Congrès avait sous considération des mesures qui proposaient de réduire de plus des deux tiers la liste des articles frappés de droits, — certains sages canadiens se réunissaient à Toronto, du nord, de l'est et de l'ouest, en conclave solennel, et affirmaient,, comme l'a fait ici même le chef de l'Opposition, que le Canada a besoin d'une politique qui a été désastreuse aux Etats-Unis, de cette politique absurde qui a été si dommageable aux cultivateurs, aux fabricants, au commerce maritime et à toutes les autres industries américaines.

Sir JOHN A. MACDONALD — Quels fous que ces Yankees !

M. CHAELTON— Il y a cette différence entre eux et nous, qu'ils se sont aperçus de leur folie et qu'ils cherchent à se tirer d'un mauvais pas, tandis que nos fous cherchent au contraire à s'empêtrer comme eux. Les honorables députés de la gauche me remettent en mémoire l'histoire de Eip Van Winkle, lequel, dit la tradition, s'évei liant un beau matin après plusieurs années de sommeil trouva les choses bien changées. Ils se sont endormis il y a dix ou quinze ans, aux beaux jours de la# protection ; ils se sont réveillés, mais ils n'ont pas encore constaté les résultats du système.

J'ignore si l'honorable député de Niagara (M. Plumb), quand il habitait les Etats-Unis, était un démocrate de la nuance barn-burner (radicale), ou de la nuance old hunker (conservatrice),, mais dans tous les cas il était libreéchangiste. Il est vrai qu'il dort maintenant comme Eip Van Winkle, mais ceux qui s'intéressent à lui ont lieu d'espérer qu'il se réveillera quelque beau jour et reviendra à ses anciens principes.

Les honorables députés de la gauche voudraient doter notre pays du système de protection américain, faire revivre les lois anglaises sur les céréales, abolies depuis trente ans, et nous faire jouir tout à la fois des avantages

du blé cher, du charbon cher, du sel cher et des autres marchandises encore plus chères.

Ils cherchent à faire prospérer l'agriculture, les mines et toutes les autres industries canadiennes au moyen de saignées, de taxes, de dépenses, en dépouillant celle-ci pour enrichir cellelà, puis celle-là pour enrichir celle-ci, en spoliant et en passant les dépouilles de mains en mains. Ils veulent adopter une politique qui enrichirait le Canada à peu près comme un vieux Yankee disait que ses garçons s'enrichissaient les jours de pluie : ils commençaient leur coaimerce avec un couteau de poche, une toupie et quelques autres bibelots, les échangeaient entre eux, et cela avec tant d'habileté que rendus au soir ils se trouvaient tous avoir gagné chacun dix dollars, bien qu'ils n'eussent pas plus de canifs, de toupies et de bibelots à la fin de ce petit commerce domestique qu'au commencement. Cela ressemble beaucoup au système d'économie politique dont les honorables messieurs de la gauche proposent l'introduction au Canada.

Je dirai seulement ceci, que cette politique est ruineuse, que nous avons sous les yeux ses résultats pratiques, qu'on l'a mise à l'épreuve aux Etats- Unis dans des conditions très favora-

bles : ce pays renferme une vaste étendue de terrain fertile, il est favorisé de climats divers, il a une grande variété de ressources ; la nature lui a prodigué toutes les richesses ; il est par lui-même comme une miniature de l'univers.

Cependant, en dépit de toutes ces conditions favorables, le système de la protection y a complètement failli, démontrant que ses résultats pratiques sont et ne peuvent être que désastreux à l'extrême.

Il suffit de soumettre ces faits à l'examen du peuple intelligent du Canada, et il rejettera ce projet politique que l'Opposition a adopté, non parce qu'elle le croit avantageux au Canada, non pas même parce qu'elle espère servir des intérêts en conflit et mettre ses absurdes théories en pratique au cas où elle gagnerait sa cause devant le peuple, mais parce que cela lui paraît un moyen spécieux, décevant, qui prendrait faveur dans le peuple à raison de son vague et de ses promesses maïs parce que cela lui procurerait des avantages temporaires, en la conduisant au but de ses désirs et de son ambition, — la possession du pouvoir, — auquel elle veut arriver par n'importe quel chemin, et en professant n'importe quels principes.

Imprimé par MacLean, Roger et Cie., rue Wellington.

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