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Discours prononcés sur la tombe du Dr Cerise

En présence de cette tombe ouverte, et sous l’empire de l’émotion qui nous domine, il serait impossible d’apprécier dignement l’excellent collègue que nous venons de perdre. Qu’il nous soit permis pourtant, Messieurs, de dire un dernier adieu, au nom de l’Académie impériale de médecine, à l’homme de bien, au savant distingué qui ne comptait parmi nous que des amis. Nature essentiellement sympathique et expansive, cœur dévoué et chaleureux, esprit spontané, plein de ressources et de vivacité, il a passé dans la vie en faisant le bien, et il a constamment répandu autour de lui comme une atmosphère de paix et de charité.

Il était l’ami de ses clients plus encore que leur médecin, et il déversait à chaque instant sur eux tous les trésors de son âme. C’est, en effet, dans les qualités solides de son cœur plus encore que dans les ressources infinies de son esprit que l’on doit chercher le secret de l’immense succès qu’il a obtenu dans la clientèle des maladies nerveuses. Se donnant tout entier à ses malades, il arrivait peu à peu à s’identifier avec leurs souffrances, et il exerçait ainsi, par la puissance communicative de sa sympathie, une influence morale qui lui permettait de conquérir sur eux un véritable ascendant.

Mais au prix de quels efforts et de quels sacrifices un médecin peut-il arriver ainsi à se donner constamment aux autres et à s’oublier lui-même ? C’est en usant cent fois sa vie ; c’est en ruinant lentement, et par toutes les voies à la fois, la constitution même la plus robuste ; c’est en amenant peu à peu, par la suractivité incessante de toutes les facultés, l’affaiblissement progressif du système nerveux, et en rendant ainsi l’organisme plus apte à devenir la victime de la première maladie qui viendra fondre sur lui : telle est, en effet. Messieurs, l’histoire de notre malheureux collègue ; il s’est préparé de longue main à une fin prématurée, et, par l’abus qu’il a fait de ses forces physiques et morales, il est devenu la proie facile du mal qui vient de nous, l’emporter.

Mais, pour rendre un digne hommage à sa mémoire, il ne suffit pas de vanter les qualités de son cœur, il faut encore ajouter quelques mots pour caractériser le rôle important qu’il a joué dans la science. La physiologie et la pathologie du système nerveux, tel est le vaste domaine dans lequel s’est exercée son intelligence. Philosophe autant que médecin, il n’a pas cru déroger en cultivant la psychologie en même temps que la physiologie, et en menant de front l’étude de deux sciences qui sont sœurs, quoiqu’elles aient été trop longtemps séparées.

Dès le début de ses études médicales, les rapports du physique et du moral attirèrent par-dessus toutes choses son attention, et leur étude devint l’objet de prédilection de toute sa carrière scientifique. C’est sur cette base que repose son ouvrage sur les fonctions nerveuses, ouvrage couronné par l’Académie de médecine, et qui restera comme litre sérieux de gloire pour notre collègue aux yeux de la postérité.

Ces mêmes idées ont présidé à tous les travaux ultérieurs de notre si regretté collègue.

Dans la Préface qu’il a mise en tête du livre de Cabanis ;

dans l’introduction des Annales médico-psychologiques , journal qu’il a fondé avec nos excellents confrères Baillarger et Moreau, en 1843, et qu’il a continué à diriger depuis cette époque ; dans l’exposé des idées qui ont servi de base à la fondation de la Société médico-psychologique, Société à la création et à la durée de laquelle il a contribué plus que personne ; enfin, dans les diverses communications qu’il a faites à cette Société, ainsi qu’à l’Académie de médecine depuis qu’il a eu l’honneur d’en devenir membre associé, nous retrouvons partout ces mêmes principes généraux sur les relations du physique et du moral, qui dominent dans tous ses écrits.

Nous pouvons donc le dire avec vérité : la vie de notre distingué confrère laissera une trace durable dans la science comme dans la mémoire de tous ceux qui l’ont connu. Sa mort n’est pas seulement une perte irréparable pour sa famille, elle est une perte véritable pour la science elle-même, qu’il aurait enrichie par de nouveaux travaux.

Un dernier titre du docteur Cerise à nos regrets. Son caractère était à la hauteur de son intelligence, et, dans les épreuves de la vie, il n’a cessé d’avoir du respect pour luimême et pour ses semblables. Sous tous les rapports, cet homme vraiment homme a honoré l’humanité. Dans cet instant si pénible de séparation, une seule consolation nous reste. Nous avons en main ses ouvrages, il n’est pas tout entier dans le tombeau.

M. le docteur Mobel, au nom de la Société médico-psychologique.

C’est au nom des amis de notre regretté docteur Cerise, c’est au nom de la Société médico-psychologique, dont il a été un des principaux fondateurs, que j’ai accepté la sainte et douloureuse mission de prononcer quelques mots sur la tombe qui s’ouvre devant nous.

Il y a quatre ans déjà, nous conduisions à sa dernière demeure notre excellent ami Bûchez. Cerise, chargé d’être l’interprète de nos regrets, nous disait alors que l’existence si bien remplie de Bûchez pouvait se résumer dans ce seul mot : la vertu. Ce mot peut s’appliquer aujourd’hui à l’ami dont la mort est un si douloureux événement pour nous, qui l’avons connu et aimé, et pour ses malades dont il était le consolateur et l’arni autant que le médecin.

Il y a trente ans et plus que je me félicitais devant Bûchez d’avoir fait la connaissance de Cerise. Il me dit ces paroles que je n’ai jamais oubliées : « Cerise est non-seulement une intelligence d’élite, c’est un cœur d’or. »

Intelligence d’élite et cœur d’or, Yoilà l’épitaphe que l’on pourrait mettre sur sa tombe et qui restera gravée dans nos cœurs à tous. La science médicale, qu’il a tant honorée, perd en lui un de ses fidèles adorateurs. Les Annales médico-pschylogiques, qu’il a créées avec MM. Baillarger et Moreau, YUnion médicale dont il est un des premiers fondateurs, ses travaux sur les maladies du système nerveux sont les preuves vivantes de son activilé scientifique. La Société médico-psychologique, dont il a été un des principaux fondateurs, perd un de ses membres dont elle était à juste titre glorieuse et fière, et dont la parole était toujours accueillie avec bonheur.

Pendant une intimité de plus de trente ans, qui ne s’est jamais démentie un instant, je me plaisais parfois à faire à Cerise un reproche, qui était au fond l’éloge des excellentes qualités de ce charmant esprit, de ce cœur d’or, où l’on pouvait puiser sans crainte de le tarir : c’était de ne pas avoir d’ennemis.

Et comment en aurait-il eu, lui dont la vie entière n’a été qu’un long et profond sacrifice à la cause sainte de la société, de la famille et de l’amitié ?

Que l’on ne croie pas cependant que celte absence d’ennemis, je dirai même de jaloux, s’achetât chez lui au prix

du sacrifice de la conscience. Non, et ici nous pouvons le proclamer hautement, nous tous qui l’avons connu, Messieurs, Cerise était l’homme des convictions profondes : il pratiquait le devoir dans toute sa rigueur. Indulgent pour les autres, il était inexorable pour lui et incapable, même vis-à-vis de ses meilleurs amis, de déserter la cause sainte de la vérité.

Mais aussi comme il était encore lui-même, alors qu’il était votre adversaire ! Dans les luttes inséparables de l’existence, son indulgence était si grande, et si puissants étaient le charme de son caractère et l’aménité de son esprit, que l’on ne pouvait s’empêcher de l’estimer et de l’aimer.

Oui, Messieurs, la mort de Cerise, pour nous tous, est un douloureux événement. C’était un de ces hommes dont l’amitié honore, et dont la perte fait comme s’il se détachait de nous une partie de notre être, une puissance de notre âme. Son jeune fils peut s’abriter aujourd’hui même derrière le souvenir de son père, et si l’avenir lui préparait des épreuves, il se retremperait dans ce souvenir et y trouverait sa consolation et son salut. Sa digne compagne trouvera aussi, dans le dévouement et le respect des amis de son mari, d’inépuisables consolations. Mais nous tous, ses contemporains et ses vieux amis, nous ne pourrons jamais le remplacer par des amis nouveaux.

Pardonne, cher ami, d’avoir fait sur ta tombe l’éloge que tu n’aurais pas accepté de ton vivant. Moi, ton plus fidèle confident, je ne savais souvent le bien que tu faisais que par le regret que tu exprimais de n’avoir pu faire autant que tu l’aurais voulu. En outre-passant peut-être ta volonté, je n’ai d’autre but que de nous fournir à tous un motif de consolation. C’est en cherchant à t’imiter que nous élèverons un digne monument à la mémoire.

Adieu encore une fois, adieu pour toujours ! ou plutôt : Au revoir dans une patrie meilleure !

Au nom de la Société des gens de lettres , M. Frédéric Thomas , son président.

Messieurs, c’est à un double tilre que la Société des gens de lettres vient payer le tribut de ses regrets à l’honnête homme que la moit nous enlève.

Le docteur Cerise était un de ceux qui donnent à notre famille littéraire plus que l’apport de confraternité qu’elle demande à tous. Il ne se contentait pas de nous honorer par ses écrits, il nous assistait par la pratique d’une science dans laquelle il était passé maître.

Ce qui fait que, outre le témoignage de confraternité que nous devons à tous, nous lui devons encore notre reconnaissance pour les services qu’il a rendus à notre Société.

Il appartenait à cette phalange de docteurs de bonne espérance et de bons secours qui sont guérisseurs comme nos amis, et dont la sollicitude est toujours plus grande que nos misères.

Etranger à notre pays par le hasard de la naissance, le docteur Cerise y fut attiré de bonne heure par cette fascination que la France exerce sur toutes les nobles âmes qui admirent ce génie civilisateur qu’elle répand sur le monde entier et auquel la prédestinait cette belle langue, que nos écrivains ont immortalisée et dont ils ont fait comme la dispensatrice de tous les trésors humains.

Jeune encore, il avait 21 ans à peine, la Faculté de médecine de Turin lui donna le diplôme de docteur. Quelque temps il chercha sa voie comme s’il eût essayé ses ailes avant de s’élancer plus haut et plus loin. Il eut l’ambition de faire consacrer ses talents et ses efforts sur un plus grand théâtre. IL vint à Paris, et dès \ 831, il fut autorisé à exercer la médecine en France.

Mais, pour lui, la science ne bornait pas seulement son

horizon au lit du malade ; il aimait à travailler pour l’humanité en divulgant pour tous les secrets de son expérience. Il aimait à recueillir et à coordonner en 1 eeons les faits d’une intelligente pratique. Il se plaisait à remonter aux causes pour établir les lois si difficiles de l’art de guérir.

C’est ainsi qu’il fut un des fondateurs des Annales médico-psychologiques , et qu’il collabora à Y Européen, journal créé par son ami et par son maître Bûchez, dont il professa les doctrines spiritualistes.

Il publia aussi plusieurs traités spéciaux, soit qu’il fît des commentaires aussi profonds que lumineux sur les livres de Roussel, de Cabanis ou de Bichat ; soit que, tirant tout de son propre fonds, il écrivît des ouvrages inspirés par son expérience personnelle, tels que son « Examen critique du système phrénologique » et son «Manuel d’hygiène et d’éducation physique.» L’Académie de médecine lui apporta la consécration officielle de tant de succès en décernant un prix à une œuvre d’une haute importance intitulée :

« Des fonctions et des maladies nerveuses dans leurs rapports avec l’éducation. »

Rien que ces deux derniers titres indiquent sa préoccupation constante d’améliorer l’humanité par l’éducation.

11 cherchait à faire des hommes, des hommes intelligents et libres, car, sans liberté, il n’y a pas d’homme digne de ce nom.

Il faut le louer d’avoir toujours sacrifié aux idées généreuses qui nous élèvent et nous grandissent. Félicitons-le de n’avoir jamais dévié de cette droite ligne hors de laquelle l'existence n’a plus celte unité et cette dignité qui en font l’utilité et l’honneur.

En lui le citoyen était aussi recommandable que le savant. On ne pouvait se dispenser de l'aimer ; il avait trouvé un moyen infaillible pour cela : il aimait les autres.

En perdant un de ses amis, Pline le jeune dit quelque

part : « Plaignez-moi, j'ai perdu le guide de ma conduite, j’ai perdu surtout le témoin de ma vie, et ce témoin disparu, je crains de vivre avec plus de négligence. »

Cet hommage délicat, nous pouvons le rendre à notre confrère : en lui nous perdons un témoin et un guide; mais ce serait bien mal honorer sa mémoire que de nous montrer indignes de lui, parce qu’il ne sera pas là pour juger nos actions. Son souvenir nous préservera aussi bien que sa présence. Et du bord de cette tombe, nous emporterons tous une impression salutaire d’émulation et de bon exemple ; car la mort qu’il a éloignée de tant de lits n’a fait, en le frappant lui-même, qu’ajouter un couronnement à sa vie si bien remplie par la science, par l’amour du bien, et, pour tout dire, en un mot, par un infatigable dévouement à l’humanité.

M. le docteur Foissac , au nom de la Société l’Union médicale-

Messieurs, en portant la parole au nom de 1 ’Union médicale, dont M. Cerise fut un des fondateurs avec MM. Richelot, Am.Latour, Aubert-Roche, et dont il resta constamment l'un des membres des Conseils de surveillance et de rédaction, je dirais que notre douleur surpasse les autres douleurs, si toute une famille et la famille médicale entière n'étaient plongées dans le deuil, en voyant un de ses membres les plus aimés ravi par un coup soudain, quand sa forte constitution et sa belle intelligence lui promettaient un si long avenir.

On vous a rappelé que, docteur en médecine de l’Université de Turin, M. Cerise vint chercher en France un champ d’études plus agrandi, un régime qui plaisait davantage à son indépendance, et une liberté plus grande de se livrer aux spéculations philosophiques dont il était épris.

Le saDg de son père, un des généraux du premier Empire, avait d’avance écrit les lettres de naturalisation du fîis ; mais lui, noble de race, chercha l’acquit de sa dette dans le travail, et ne voulut devoir sa noblesse qu’au mérite et à la science, qui lui ouvrait de larges perspectives. Ses tendances, ses goûts, ses opinions, ses aptitudes, vous les trouvez dans sa collaboration à Y Européen, dans les éditions de Roussel, de Bichat, de Cabanis, tous médecins philosophes, dont il enrichit les œuvres de Préfaces et de Notes, dans la fondation des Annales médico-psychologiques , dans son « Traité des maladies du système nerveux », couronné par l’Académie, et surtout dans son active coopération à FUnion médicale, celte fille du congrès, cette mère de l’Association générale des médecins de France, dont le promoteur m’écoute et a craint, en parlant lui-même, que l’émotion n’étouffât sa parole.

M. Cerise trouvait dans la Société de FUnion médicale la réalisation d’une partie de ses aspirations, et d’abord des hommes ardents et honnêtes, des pionniers de l’avenir, ayant inscrit sur leur drapeau, comme Bûchez son maître, ce programme : Le progrès-, des médecins qui ne séparaient pas la philosophie de la science pratique, et élevaient les doctrines vivifiantes du spiritualisme au-dessus de la poussière des faits matériels ; puis des travailleurs qui aimaient à tracer un sillon dans les champs inexplorés de l’histoire, ou à porter la cognée dans les forêts vierges de l’érudition, afin d’y découvrir une date cachée où une médaille des temps ensevelis dans l’oubli. Ces recherches auraient passionné notre confrère; mais, doué de tant de qualités brillantes, comment échapper aux labeurs journaliers de la profession ? Médecin fertile en ressources comme Trousseau et Récamier, des occupations sans cesse renaissantes absorbaient son esprit et émiettaient les heures qu’il aurait désiré consacrer à quelque œuvre importante ; mais, dans nos réunions, dont il était l’âme et l’ornement,

toujours prêts, abondants, lucides, sa parole et son esprit Réprouvaient d’autre embarras que la richesse des idées et l’éclat des images, toujours' dirigés cependant par un goût exquis et une rare distinction.

La réputation de M. Cerise était déjà universellement répandue, quand un ministre libéral qui vint s’asseoir et prendre la parole au Congrès médical, M. Salvandy, s’aperçut un jour que ce savant n’avait pas la décoration, et le fit décorer. Un jour aussi l’Académie de médecine s’étonna qu’il ne fût pas au nombre de ses membres, et lui conféra cet honneur à la première demande discrète qu’il en fit. Le caractère nohle et simple de notre confrère se révèle dans l’usage qu’il crut devoir faire de ces deux honorables distinctions ; le disciple de Bûchez ne porta jamais cette décoration, ni aucune de celles que lui décernèrent d’autres gouvernements, tandis que, heureux mais sans orgueil, d’avoir été distingué par ses pairs, il fut un des membres les plus assidus de l’Académie de médecine, comme il en était l’un des plus éloquents.

M. Cerise avait le cœur haut, et ne paraissait pas se douter du bien qu’il faisait; je ne parlerai pas devant vous de charité et de dévouement, les vertus familières du médecin. Prodigue d’argent, de conseils et de consolations, sa main et son cœur étaient toujours ouverts aux déshérités de la fortune et de la santé. Je m’arrête : le bienfait comme la tombe est un puits fermé.

Tel fut Cerise. Ajoutons à sa gloire que, malgré son mérite et ses succès, il n’excita jamais l’envie et n’eut pas de jaloux, parce que son mérite était sans faste et ses succès au-dessous peut-être de son mérite. Mais combien d’amis n’attirait pas autour de lui cette nature aimante et sympathique? J’en juge par les larmes que vous avez peine à retenir, par celles qui m’oppressent le cœur. Une dernière réflexion : l’homme s’agite, s’inquiète, et puis cette ombre du rêve fuit le soleil de la vie, et va dans les champs de lu-

mière jouir de la vérité dont elle n’avait entrevu que quelques rayons. Cette vérité éblouissante vous a inondé de ses clartés, cher et regretté Cerise ; mais votre disparition nous laisse dans les obscurités et les traverses de la vie avec un guide, un conseil et un ami de moins. Ce vide, hélas ! qui nous rappelle Valleix, Sandras, Aran et tant d’autres, éveillera toujours au sein de I’Union médicale des souvenirs d’affection et de regrets, que la pensée de tant de morts prématurées et le poids des années rendront de jour en jour plus vifs et plus amers !

M. Cerütti, consul général d’Italie , au nom de la Société italienne de bienfaisance.

La Société Italienne de bienfaisance doit aussi payer sa dette de reconnaissance envers l’homme rare qui, après avoir contribué à sa création, l’a présidée depuis 4 ans avec un zèle et un dévouement sans bornes, et par ma bouche elle lui envoie son dernier adieu.

Ayant eu l’honneur d’être en rapports presque journaliers aveclui,nul mieux que moine connaît l’importance et l’efficacité des services qu’il lui a rendus : et aussi j’ai applaudi de grand cœur toutes les fois que le conseil d’administration a triomphé de la modestie de son Président regretté, lequel à plusieurs reprises aurait voulu céder sa place à d’autres. Nous étions encore trop jeunes pour pouvoir nous passer de l’homme qui, après nous avoir donné, pour ainsi dire, son baptême, nous avait appris avec si peu de ressources à marcher noblement dans la voie de la charité.

Nul mieux que moi ne connaît le fond de ce cœur sublime, qui, même avant la fondation de notre Société, n’avait jamais été insensible aux douleurs et aux besoins de ses malheureux compatriotes.

C’est donc aussi au nom de toute la colonie italienne que

je lui dédie nos regrets, nos larmes, et que j'implore sur lui la bénédiction du Ciel.

Comme ami, l'un des éminents orateurs qui ont parlé avant moi, vous l’a dit, il est difficile de le remplacer.

Comme Président de notre Société, il ne pourra jamais l'être.

Il ne me reste donc qu’à faire le vœu que son ame généreuse qui nous regarde de là-haut, nous inspire le choix de son successeur, et que ce successeur, quel qu il soit, sache toujours l’imiter!

Enfin, M. l’ingénieur Mütti. un compatriote de Cerise, a prononcé sur sa tombe quelques paroles émues et a terminé par les vers suivants :

Ecco o signori corne morte fura Primo i migliori e lascia stare i rei.

Paris.— Imprimerie de E. Donnaud, rue Cassette, 9.

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