La poésie
Pour constituer une hiérarchie esthétique qui remplisse toutes ces conditions de classement, il faut placer à sa tête, comme servant de base à tous les autres, l'art le plus général et le moins technique, la poésie proprement dite. Quoique ses impressions propres soient les moins énergiques, son domaine est, évidemment, le plus étendu, puisqu'il embrasse toute notre existence personnelle, domestique et sociale. Comme les arts spéciaux, il retrace nos actes, et surtout nos sentiments, de préférence à nos pensées : mais pourtant il peut seul s'exercer aussi envers nos conceptions les plus abstraites, sans se borner à les mieux formuler, et en se proposant de les embellir. Il est, au fond, plus populaire qu'aucun autre, d'abord en vertu de cette aptitude plus complète, et ensuite par la nature de ses moyens d'expression, immédiatement puisés dans le langage usuel, ce qui le rend aussitôt intelligible à tous. La versification est, sans doute, indispensable à toute vraie poésie : mais elle ne constitue nullement un art spécial. Malgré sa forme distincte, la langue poétique n'est jamais qu'un simple perfectionnement de l'idiome vulgaire, dont elle ne diffère que par de meilleures formules. Sa partie technique se réduit à la prosodie, que chacun peut aisément apprendre
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euquelquesjoursd'exercice. Cette connexité avec !e langage universel esl tellement intime que jamais le génie poétique n'a pu parler avec succès une langue morte ou étrangère. Outre qu'il comporte plus de généralité, de spontanéité, et de popularité, l'art par excellence est aussi supérieur à tout autre, quant à leur commune fonction caractéristique, l'idéalisation. C'est celui de tous qui idéalise le plus, en même temps qu'il imite le moins. A ces divers titres, l'art poétique domina toujours les autres arts, et sa prééminence ne fera que ressortir davantage, à mesure que les prédilections esthétiquess'attacheront surtout à l'idéalisation, sans accorder tropd'importance à l'expression. Les arts spéciaux ne II surpassent, en elTet. que sous ce dernier aspect, en ren^ — dant avec plus d'énergie les sujets qui leur convieni mais qu'ils empruntent presque toujours à la poésie.