PREMIÈRE PARTIE
tive qui doit présider à la régénération finale de Thumanité. Or j'ose assurer que mon ouvrage fondamental ne laisse aucun doute sur la possibilité immédiate d'une telle entreprise, dont l'opportunité sera directement manifestée par l'ensemble de cç Discours.
18. — // ne faut pas confondre le positivisme avec Vathéisme, le matérialisme, le fatalisme ou loptUnisme. L'athéisme, comme la théologie, voudrait résoudre des problèmes insolubles.
Ayant assez caractérisé l'esprit général du positivisme, je dois maintenant ajouter, à cet égard, quelques explications complémentaires, destinées à prévenir ou à rectifier de graves méprises, trop fréquentes et trop dangereuses pour que je puisse les négliger, sans cependant m'occuper jamais des attaques de mauvaise foi.
L'entière émancipation théologique devant constituer aujourd'hui une indispensable préparation à l'état pleinement positif, cette condition préalable entraine souvent des observateurs superficiels à confondre sincèrement ce régime final avec une situation purement négative, qui présentait, même dans le siècle dernier, un caractère vraiment progressif, mais qui désormais dégénère, chez ceux où elle devient vicieusement permanente, en obstacle essentiel à toute véritable organisation sociale et même mentale. Quoique j'aie, depuis longtemps, repoussé formellement toute solidarité, soit dogmatique, soit historique, entre le vrai positivisme et ce qu'on nomme l'athéisme, je dois ici indiquer encore, sur cette fausse appréciation, quelques éclaircissements sommaires, mais directs.
Même sous l'aspect intellectuel, Tathéisme ne constitue qu'une émancipation très insuffisante, puisqu'il tend à prolonger indéfiniment l'état métaphysique en poursuivant sans cesse de nouvelles solutions des problèmes
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théologiques , au lieu d'écarter comme radicalemei vaines toutes les recherches iusccessibles. Le véritable esprit positif consiste surtout à substituer toujours l'élude des lois invariables des phénomènes à celle de leurs causes proprement dites, premières ou finales, en un mot la délerminalîon du commenl ù celle du pourquoi. Il est donc incompatible avec les orgueilleuses rêveries d'un ténébreux athéisme sur la formalion de l'univers, l'origine des animaux, etc. Dans son appréciation générale de nos divers états spéculatifs, le positivisme n'hésite point à regarder ces chimères doctorales comme fort inférieures, même en rationalité, aux inspirations spontanées de l'humanité. Car le principe Ihéologîque, consistant a tout expliquer par des volontés, ne peut être pleinement écarté que quand, ayant reconnu inaccessible tonte recherche des causes, on se borne à connaître les lois. Tant qu'on persiste à résoudre les questions qu! caractérisèrent notre enfance, on est très mal fondé à rejeter le mode naïf qu'y appliqua notre imagination, et qui seul convient, en effet, à leur nature. Ces croyances spontanées ne pouvaient radicalement s'éteindre qu'à mesure que l'humanité, mieux éclairée sur ses moyens et ses besoins, changeait irrévocablement la diiectîon générale de ses recherches continues. Quand on veut pénétrer le mystère inaccessible de la production essentielle des phénomènes, on ne peut rien supposer de plus satisfaisant que de les attribuer à des volontés intérieures ou extérieures, puisqu'on les assimile ainsi aux eiTets journaliers des affections qui nous animent. L'orgueil métaphysique ou scienlilîque a pu seul persuader aux athées, anciens ou modernes, que leurs vagues hypothèses sur un tel sujet sont vraiment supérieures à cette assimilation directe, qui devait exclusivement satisfaire notre intelligence jusqu'à ce qu'on eût reconnu l'inanité radicale et l'entière inutilité de toute recherche absolue.