‹ Discours sur l'ensemble du positivisme;Chapitre 17 sur 103 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

voir ce qui sera. En un mot, l'esprit doit toujours êlre le ministre du cœur et jamais son esclave. Telles sont les conditions corrélatives de l'harmonie finale instituée par le principe positif. On doit peu craindre qu'elles soient gravement troublées, puisque les deux éléments de ce grand équilibre se trouveront bientôt disposés naturellement à le maintenir, comme également favorable à chacun d'eux. Les habitudes insurrectionnelles de la raison moderne n'autorisent point à lui supposer un caractère indéflniment révolutionnaire , une fois que ses légitimes réclamations se trouveront largement satisfaites. D'ailleurs, au besoin , les moyens ne manqueraient pas au nouveau régime pour réprimer assez des prétentions subversives, ainsi que j'aurai bientôt l'occasion de le faire sentir. D'un autre côté, la nouvelle domination du cœur ne saurait jamais devenir, comme l'ancienne, sérieusement hostile envers l'esprit, puisque . le véritable amour demande toujours à s'éclairer sur les moyens réels d'atteindre le but qu'il poursuit : le règne du vrai sentiment doit être habituellement aussi favorable à la saine raison qu'à la sage activité.

Voilà comment une doctrine, qui ne comporte pas plus l'hypocrisie que l'oppression , vient aujourd'hui , en résultat général des diverses évolutions antérieures, régénérer à la fois l'ordre public et l'ordre privé, de plus en plus compromis par une situation radicalement anarchique, en ralliant à jamais la vraie philosophie et la saine politique sous un même principe fondamental , non moins susceptible d'être senti que d'être démontré, et qui est autant propre à tout systématiser qu'à tout régir. Ce grand dogme positiviste de l'universelle prépondérance du cœur sur l'esprit sera d'ailleurs représenté, dans la cinquième partie de ce Discours , comme aussi capable d'aptitude esthétique que de puissance philosophique et d'elTicacilé sociale. On achèvera ainsi de comprendre la possibilité de tout concentrer désormais

autour d'un principe unique, à la fois moral, rationnel et poétique, seul propre à terminer réellement la plus profonde révolution de l'humanité. Chacun peut déjà constater ici que la force, essentiellement moderne, de la démonstration, encore restée , à tant d'égards , dissolvante , se sanctifie nécessairement, lors de sa pleine maturité, en recevant irrévocablement, de la nouvelle impulsion générale , une imposante destination organique, qu'un prochain avenir développera beaucoup. Je puis donc, sans aucune exagération, conclure, de l'ensemWe des indications précédentes, que , malgré son origine purement théorique, désormais le positivisme convient autant aux âmes tendres qu'aux esprits méditatifs et aux caractères énergiques.

Ayant ainsi déterminé la nature et le principe de la systématisation totale que doivent maintenant construire les vrais philosophes, il me reste à en caractériser la marche nécessaire et ensuite le nœud fondamental.

Quoique cette construction ne puisse convenir à sa destination qu'en embrassant l'ensemble de son triple domaine, spéculatif, affectif, et actif, ses trois parties essentielles ne sauraient pourtant s'accomphr à la fois , sans que néanmoins leur inévitable succession altère aucunement leur solidarité spontanée , puisqu'elle résulte, au contraire, d'une juste appréciation de leur mutuelle dépendance. 11 importe de reconnaître , en effet, que les pensées doivent être systématisées avant les sentiments, et ceux-ci avant les actes. C'est sans doute par l'instinct confus de cet ordre nécessaire que tous les philosophes avaient jusqu'ici borné à la seule existence contemplative le domaine général de la sytématisation humaine.

L'inévitable obligation de coordonner avant tout les idées, ne résulte pas seulement de ce que leur liaison est plus facile et comporte plus de perfection , de manière à constituer une utile préparation logique au reste de la grande synthèse. En

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