‹ Discours sur l'ensemble du positivisme;Chapitre 29 sur 103 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

exemple trop décisif, dans le déplorable arrêt prononcé par réminent Cabanis contre Tadmirable chevalerie du moyen âge . quoique le cœur de ce philosophe fût aussi pur, et même aussi tendre , que son esprit était élevé et étendu , le matérialisme contemporain l'a essentiellement empêché d'apprécier l'heureuse organisation du culte habituel de la femme chez nos énergiques ancêtres.

Cette rectification décisive des deux principales inculpalions naturellement adressées aujourd'hui au positivisme systématique, par suite de sa solidarité initiale avec le positivisme empirique , me dispense d'insister autant sur les fréquentes accusations de fatalisme et d'optimisme , dont l'injustice est beaucoup plus facile à caractériser.

Quant à la première , il faut peu s'étonner que , depuis la naissance des théories réelles , elle ait toujours accompagné chaque extension nouvelle du domaine positif. Lorsque des phénomènes quelconques passent du régime des volontés , même modifiées par les entités, au régime des lois, le contraste de leur régularité finale avec leur instabilité primitive doit , en eflfet , présenter d'abord un caractère de fatalité , qui ne peut disparaître ensuite que par une appréciation très-approfondie du véritable esprit scientifique. Cette méprise est d'autant plus inévitable que notre type initial des lois naturelles se rapporte à des phénomènes imniodiflables, ceux des mouvements célestes, qui nous rappelleront toujours une nécessité absolue, qu'on ne peut s'empêcher d'étendre aux événements plus complexes , à mesure qu'on y introduit la méthode positive. Il faut même reconnaître que le dogme positiviste suppose partout une stricte invariabilité dans l'ordre fondamental , dont les variations , spontanées ou artificielles , ne sont jamais que secondaires et passagères. Les concevoir dépourvues de toutes limites , équivaudrait , en etTet , à l'entière négation des lois naturelles.

bk- DISCOURS SUR l'ëNSëMBLë DU POSITIVISME.

IMais, en expliquant ainsi l'inévitable imputation de fatalisme qui s'adressa toujours aux nouvelles théories positives, on voit également que l'aveugle persistance d'un tel reproche indique aujourd'hui une très-superficielle appréciation du vrai positivisme. Car, si , pour tous les phénomènes , l'ordre naturel est immodifiable dans ses dispositions principales , pour tous aussi, sauf ceux du ciel, ses dispositions secondaires sont d'autant plus modifiables qu'il s'agit d'effets plus compliqués. L'esprit positif , qui dut être fataliste tant qu'il se borna aux études mathématico-astronomiques , perdit nécessairement ce premier caractère en s'étendant aux recherches physico chimiques , et surtout aux spéculations biologiques , où les variations deviennent si considérables. En s'élevant enfin jusqu'au domaine sociologique , il doit aujourd'hui cesser d'encourir le reproche que mérita son enfance, puisque son principal exercice se rapportera désormais aux phénomènes les plus modifiables , surtout par notre intervention. 11 est donc évident que , loin de nous inviter à la torpeur, le dogme positiviste nous pousse à l'activité, surtout sociale, beaucoup plus que ne le comporta jamais le dogme Ihéologique. Dissipant tout vain scrupule et tout recours chimérique , il ne nous détourne d'intervenir qu'en cas d'impossibilité constatée.

L'accusation d'optimisme est encore moins fondée que la précédente; car, cette tendance n'offre point, comme l'autre , une certaine solidarité initiale avec l'esprit positif Sa source est, au contraire, purement théologique; son influence décroît toujours à mesure que la positivité se développe. Quoique les phénomènes immodifiables du ciel nous suggèrent naturellement l'idée de perfection autant que celle de nécessité , leur simplicité y manifeste tellement les vices de l'ordre réel que jamais l'optimisme n'y aurait cherché ses principaux arguments, si la première ébauche de leurs théories n'avait pas dô

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