‹ Discours sur l'ensemble du positivisme;Chapitre 81 sur 103 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

normale des deux puissances. Ainsi , le positivisme y obtiendra un ascendant décisif, aussitôt qu'on y reconnaîtra son aptitude nécessaire à mieux remplir que le catholicisme toutes les conditions qui caractérisaient le régime du moyen âge. Or, cette appréciation appartient davantage au sentiment qu'à la raison, puisque ces conditions étaient principalement morales. Une telle mission propagatrice est donc pleinement conforme à la nature propre du talent féminin. C'est par les femmes que le positivisme doit pénétrer en Italie et en Espagne, tandis que les hommes y ont déjà initié l'Angleterre, et surtout la Hollande, avant-garde permanente, depuis le moyen âge, de toute la Germanie. Mais cet appel positiviste aux Italiennes et aux Espagnoles ne saurait émaner convenablement que d'une éminente Française, et non d'aucun Français, afin que le cœur y parle mieux au cœur. Puisse cette sommaire indication faire apprécier l'incomparable collègue à laquelle je destinais un tel office, et lui préparer une digne émule !

Un premier exemple décisif confirme donc mon espoir naturel d'associer intimement les cœurs féminins au mouvement philosophique qui leur assigne aujourd'hui une haute mission sociale, prélude caractéristique de leur futur office normal. Quelque exceptionnelle que doive sembler cette coopération initiale, elle n'a pu qu'anticiper sur la commune adhésion. Car les êtres privilégiés subissent seulement avant les autres les transformations universelles , dont ils deviennent ainsi les meilleurs organes. Sauf son admirable nature, morale et mentale , mûrie d'avance par le malheur, ma sainte collègue n'offrait aucune disposition spécialement favorable à son initiation positiviste. Prolétaire ou illettrée, elle aurait peut-être saisi encore plus facilement l'esprit fondamental et la destination sociale de la nouvelle philosophie.

D'après l'ensemble de cette quatrième partie, l'élément le plus systématique du pouvoir modérateur n'a pas moins d'affinité avec l'élément le plus sympathique qu'avec le plus synergique. Une telle adhésion féminine permet seule aux philosophes de compléter l'organisation de la force morale , fondée d'abord sur l'alliance populaire. En instituant aujourd'hui l'impulsion régénératrice qui doit terminer la révolution, ce concours décisif inaugurera déjà l'ordre final, puisque chaque élément modérateur y agira conformément à sa future destination normale et à sa disposition naturelle envers le pouvoir directeur. Celui qui doit ralUer les deux autres trouvera ainsi , au sein de chaque famille, une heureuse assistance privée pour sa mission sociale, secondée déjà, dans chaque cité, par une puissante coopération pubhque. Toutes les influences qui doivent rester étrangères au gouvernement pratique concourront alors à soumettre la politique spéciale aux règles constantes de la morale universelle. Dans les cas exceptionnels, l'active participation du peuple dispensera même les deux autres éléments modérateurs de toute intervention directe tendant à dénaturer leur caractère spéculatif ou affectif, qu'il importe de maintenir inaltérable par une invariable exclusion de tout commandement.

Mais ce double appui fondamental , en rendant la force morale plus efficace qu'au moyen âge , imposera de difficiles conditions à ses organes systématiques. Il faudra surtout que le cœur du prôtre de l'Humanité corresponde toujours à son esprit d'ensemble. L'adhésion du sexe affectif et l'alliance du peuple ne lui seront acquises que quand il deviendra aussi sympathique et aussi pur qu'une femme, et, en même temps , aussi énergique et aussi insouciant qu'un prolétaire. Sans ce rare concours moral , le nouveau pouvoir théorique n'obtiendrait Jamais

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