WATT
Pétrarque.
Thomas A'Kempis. Louis de Grenade
et Bunyan.
Mme de Lafayette. . Mme de Staël, Fénelon . Saint-François-de -Sales.
Klopstock. Gessner,
Byron Élisa Mercosur.
MILTOH.
Bernard de Palissy. Guglielmini Rign
Duhamel (du Monceau). Bourgel
Saussure Bougu
Coulomb Bor(
Carnot Faut^c
MONTGOLFIEB,
.Septième édition, août 4855, dans VJppel aux conservaieurtf page 445.
Paris, le lundi 22 Charlemagne 67 (9 juillet 4855),
Auguste COMTE, (40, rue Monsieur-le-Prinoe.)
des cin
lEBlKi
p 4 CONCLVSION. lis
riser ceux qui concilient Tordre et le progrès, le nom de constructeur distinguera ce parti des deux camps opposés qui persistent à rêver la démolition ou la rétrogradation. Mais ce titre, qui marque la disposition à construire sans déterminer la nature de la construction, sera bientôt absorbé dans la qualification de positiviste, seule apte à définir Tensemble des tendances organiques, tant religieuses que politiques^
Je dois maintenant caractériser les deux institutions Dispositions spéciales qui, nécessaires au développement de la tran- «p^^'^^®''- . chaH'^ sition finale, conviennent à son installation, pour corn- .Hageuat plétcr ct consolidcr l'attitude libérale et la nature pra- 'mX %^'V^t de la monocratie républicaine. Vu leur connexité . r«»iwi spontanée, ces deux transformations, l'une spirituelle, ' Tautre temporelle^ détermineront une impulsion directement propre à placer et maintenir les gouvernés et les ^^ gouvernants dans les dispositions qu'exige la régénérarurreiero. tîon occidcntale.
' j!ict^ *"* ^"'^ i^ii^Tique. La première sera suffisamment
définie en reproduisant ici le tableau (J?, B\ d-conire) qui résume ma fondation du système de commémoration que je destinai, dès 1848, à reconstruire, en Oc ^^\ jsident, la conception et le respect de l'ensemble du 'fforce^ passé. Dans ma Politique positive, j'ai spécialement in« ^^2, diqué les principaux inconvénients qui résultent de la
Thiiori'^ Daturc couprète d'un tel culte, où le fétichisme, le plus décisif et le plus prolongé de tous les états préparatoires, ne peut trouver aucune place, faute de comporter des noms. Quoique la théocratie y figure, un motif équivalent l'empêche d'y recevoir le développement ^m(^ qu'exigeraient son importance et sa durée. Essentielle-
ment réduit à la progresmon, de plus en plus révo*
lutionnaire, qui, depuis trente siècles, conduit l'Occident de la théocratie initiale à la sociocratie finale, ce tableau consacre au mouvement moderne une extension disproportionnée à son poids historique. Même envers ces cinq siècles, le culte concret ne saurait honorer les divers éléments de Toccidentalité suivant leur valeur respective ; car une telle représentation n'em- ,brasse que l'intelligence et l'activité, sans pouvoir directement admettre le sentiment.
Il fallait ici rappeler ces imperfections naturelles, soit afm de mieux indiquer la destination passagère d'une institution uniquement adaptée à la transition organique, soit pour faire assez sentir les dispositions qu'exige le développement d'un mode provisoire. Les prêtres de l'Humanité, seuls capables de diriger un culte qui suppose une connaissance profonde et familière de la vraie philosophie de l'histoire, sauront le faire partout pratiquer de manière à diminuer autant que possible ses divers inconvénients. Malgré ces défauts, il pourra suffisamment atteindre sa principale destination, consistant à ranimer les pensées et les sentiments historiques chez les Occidentaux graduellement entraînés, depuis la fm du moyen âge, vers la rupture de toute continuité. C'est pourquoi J'ai dû toujours exclure d'un tel système de commémoration les illustrations purement négatives, où les services se bornèrent à détruire sans rien construire, quelle que fût d'ailleurs l'opportunité des démolitions. Quoiqu'une telle exclusion ait excité beaucoup d'indignation parmi les protestants, les déistes, et les sceptiques, je me suis félicité d'y persister, en reconnaissant qu'elle n'avait nullement entravé l'appréciation des progrès politiques
vraiment liés aux doctrines critiques. Si ce tableau n'embrasse point l'explosion française, c'est parce que la crise qu'elle inaugura constitue davantage le début de la régénération finale que la conclusion de la vie préparatoire ^ mais cet ébranlement fournit l'ère propre au calendrier historique. J'aurais altéré l'unité de mon idéalisation du passé par un mélange quelconque des éléments propres au siècle exceptionnel qui sépare l'extinction du théologisme et l'installation du positivisme, comme celui de Constantin et Théodose envers le polythéisme et le monothéisme.
Un coup d'œil jeté sur ce tableau fait aussitôt saisir son économie générale, quand on a d'abord admis la division positiviste de l'année occidentale en treize mois tous composés de quatre semaines, et suivis d'un jour complémentaire, plus le jour propre aux années bissextiles. En n'assignant ni nom ni date aux deux jours exceptionnels, assez désignés par des commémorations collectives, on obtient la perpétuité qui convient au calendrier historique. Le système de glorification consiste à coordonner historiquerçent trois sortes de types décroissants, mensuels, hebdomadaires, et quotidiens, dont les derniers comportent quelquefois des adjoints, qui les remplacent dans les années bissextiles. Mais la vraie philosophie de l'histoire se trouve assez représentée par l'ensemble des soixante-cinq célébrations qui dominent les mois et les semaines. D'après la reproduction annuelle de ces solennités, le sacerdoce positif aura bientôt surmonté les principaux obstacles qu'éprouve la régénération occidentale, en faisant partout sentir la conciliation fondamentale entre Tordre et le progrès.
Mais un office où doit directement commencer la ré-
organisation spirituelle a surtout besoin de la liberté qui la caractérise. Quand même les avantages du calendrier historique disposeraient quelques gouvernements à lui procurer une autorité légale, le Grand-Prêtre de THumanité repousserait un privilège contraire*à l'indépendance sacerdotale. Les honjmes d'État qui sentiront la supériorité du calendrier positiviste pourront individuellement multiplier les adhésions spontanées qu'il a successivement obtenues depuis sept ans. •
On doit seulement demander aux gouvernements bien disposés une concession pleinement conciliable avec le respect universel de la liberté spirituelle, afin de procurer au culte public de l'Humanité les temples qu'exige son développement. Sans construire des édifices spéciaux, ils peuvent accorder au positivisme quelquesuns de ceux qui deviendront naturellement vacants d'après la désuétude croissante des autres fois, quand la suppression du budget théorique permettra de manifester le véritable état des âmes occidentales. En me bornant au cas le plus décisif, j'ose ici demander, comme indice de régénération, qu'on me livre le temple solennellement voué, dès le début de la crise finale, au culte des grands hommes, qUe j'ai seul systématisé de manière à permettre son essor continu. L'inscription actuelle devrait subsister, sauf à remplacer la Patrie par l'Humanité, pour indiquer l'universalité nécessaire d'un culte qui, dès son début, embrasse tout l'Occident, et doit ensuite recevoir, envers tous les pays, des extensions graduelles. Cet édifice constitua toujours un programme sociolâtrique , dont la réalisation ne pouvait appartenir qu'à la religion positive. Quand le catfadicisme tenta de se l'approprier, l'opinion publique re-
prêcha toujours cette usurpation aux gouvernements qui l'autorisèrent : on y vit un signe de rétrogradation plus décisif que ne l'indiquait la vaine interdiction d'un office encore impossible. Aucun scrupule ne peut donc empêcher de consacrer ce temple à sa vraie destination, puisque toutes les conditions de doctrine et de culte qu'elle exigeait se trouvent maintenant remplies.
De tels édifices permettront au sacerdoce positif de développer régulièrement l'efficacité morale et politique de la religion de l'Humanité, profondément liée au système de commémoration, où consiste aujourd'hui son début. Tous les efforts que peut maintenant exiger la régénération graduelle des âmes occidentales seront toujours susceptibles d'être annuellement rattachés aux soixantecinq apothéoses^ où les meilleurs partisans des croyances provisoires viendront librement apprécier la foi définitive. L'irrévocable transformation du système d'hypocrisie en système de ménagement permettra de développer des sympathies religieuses qu'on s'efforce aujourd'hui de dissimuler d'après la juste crainte de seconder une disposition rétrograde. Mais, quand l'extinction du budget théologique aura dissipé toute inquiétude à cet égard, les âmes déjà régénérées se^ plairont à témoigner au catholicisme les sentiments que mérite l'ensemble de ses services. Réciproquement, les vrais positivistes devront alors espérer que les magistrats, les femmes, et même les prêtres, sincèrement fidèlçs au meilleur des cultes préliminaires, viendront dignement participer à la célébration finale de ses principales gloires.
2"" Décomposition politique* Naturellement concentrée d^^ns la métropole humaine, la sociolâtrie fera bientôt sentir l'importance religieuse de la transformation po-^
litique qui, spécialement invoquée pour des besoins temporels, est surtout exigée par les destinées spirituelles de l'incomparable cité. Quoique Rome fût, {lu moyen âge, le centre officiel de la nouvelle occidentalité, cette prolongation de l'ancien ascendant n'empêcha jamais Paris de rallier, même en Italie, les prédilections spontanées de tous les Occidentaux. Les cités peuvent moins que les familles renouveler leurs destinées ; le siège nécessaire de la domination temporelle ne pouvait donc devenir la métropole spirituelle que pendant le règne provisoire du théologisme le plus passager. Sous Charlemagne, le peuple central obtint la présidence oqpidentale que les croisades développèrent, et la prépondérance de Paris était partout reconnue avant la fin du moyen âge. Mais, pour assurer l'indépendance de l'initiative déjà conférée à la sainte cité, la révolution moderne dut lui procurer un ascendant politique qui maintenant altère sa suprématie religieuse.
Graduellement devenu le centre de la France, qui réellement consiste en lui, puisqu'il forme le seul lien de provinces spontanément incohérentes, Paris ne 'saurait longtemps garder une domination désormais incompatible avec ses meilleures destinées. Ce n'est point ici le lieu d'exposer ni la loi statique qui circonscrit l'extension territoriale des États vraiment libres, ni l'explication dynamique de la décomposition déjà commencée envers les nationalités exorbitantes que la révolution occidentale fit provisoirement surgir. Il suffit à cet opuscule de rattacher le partage spontané de l'agrégation française à la. réorganisation religieuse dont Paris constitue l'unique centre, non-seulement pour la planète humaine, ou quant à l'ensemble de l'Occident, mais même
GONCXUSION, 121
à l'égard du territoire français. La métropole nécessaire de la religion universelle ne pourrait pas conserver Tassentiment spirituel des provinces actuellement soumises à sa domination temporelle, si cet empire n'était bientôt transformé de manière à faire déjà pressentir sa prochaine dissolution. En effet, une telle confusion de pouvoirs serait directement contraire à l'institution fondamentale du régime final, et ne saurait maintenant persister que d'après une tyrannie bientôt intolérable.
Pour que le début de la transition organique prépare une décomposition que sa terminaison doit seule accomplir, il importe que le dictateur français diminue graduellement une centralisation exagérée, qui depuis longtemps suscite d'unanimes réclamations. Tel est le but direct de l'institution des intendances, ordinairement composées de cinq départements, envers lesquels chaque intendant, toujours émané du pouvoir central , remplira tous les offices essentiellement administratifs, tant concrets qu'abstraits, aujourd'hui condensés à Paris. Voici le tableau de cette répartition, où je me suis toujours efforcé de représenter l'ensemble des affmités locales, en faisant assez prévaloir les conditions, surtout historiques, qu'exige sa principale destination, d'après la marche générale de la révolution moderne.
123 APPEL AUX GONSERYATEUBS.
VmMemm de» dix«0ep# IiiteiMlAiiee« fr«iif«l«e«.
1". PARIS (Seine, Seine-et-Oise.)
2*. MARSEILLE.. . . (Basscs-Alpcs , Vauclusc, Gard, Bouches-du-Rhône ,
Var.)
3^ LYON. , (Rhône, Ain, Isère, Hautes-Alpes, Drôme.)
4'. BORDEAUX. . . . (Lot, Doidognc , Gironde, Lot-et-Garonne, Landes,
Basses-Pyrénées.)
5'. ROUEN (Eure, Seine-Inférieure, Calvados, Orne, Manche.)
6'. NANTES (Ille-et-Vilaine, Loire-Inférieure, Morbihan , Gôtes-
du-Nord, Finistère.) 7*. TOULOUSE. . . . ( Tam-et-Garonne , Gers, Haute-Garonne, Hautes
Pyrénées, Ariége.)
8*. LILLE (Oise, Somme, Aisne, Pas-de-Calais, Nord.)
9^ STRASBOURG. . . (Meuse, Moselle, Méurthe, Vosges, Haut-Rhin, Bas- Rhin.)
10^ REIMS (Seine-et-Marne, Aube, Marne, Haute-Marne, Ar-
dennes.)
11«. ORLÉANS (Eure-et-Loir, Loiret, Loir-et-Cher, Cher, Indre.)
12*. ANGERS (Sarthe, Mayenne, Maine-et-Loire , Indre-et-Loire.)
13'. MONTPELLIER. . (Aveyron, Tarn, Hérault, Aude, Pyrénées-Orientales.) 14^ LIMOGES. .... (Nièvre, Allier, Creuse, Haute-Vienne, Corrèze.)
15% CLERMONT, . . . (Loire, Ardèche, Puy-de-Dôme, Cantal, Haute-Loire,
Lozère.) 16*. DIJON... .... (Yonne, Côte-d'Or, Saônè-et-Loire , Jura, Doubs,
Haute-Saône.)
17'. POITIERS (Vienne, Deux-Sèvres, Vendée, Charente-Inférieure,
Charente.)
Envers toutes les questions que suscite ce tableau, disposé suivant le degré de population des capitales, je dois ici renvoyer à ma Politique positive^ et surtout au chapitre final, où Tensemble de la transition organique se trouve directement expliqué. Mais cet opuscule exigeait l'indication précise d'un type de décomposition . politique qui peut être sagement imité dans tous les autres cas. C'est ainsi que, à la fin du siècle exceptionnel, l'Occident inaugurera l'état normal, en offrant, sous
GONGLUaiON. lâî
la suprématie spirituelle de Paris, soixante républiques temporellement indépendantes, d'un territoire ordinairement équivalent à ceux de la Toscane, de la Belgique, de la Sicile, etc.
Tous les avantages, actuels ou futurs, propres à la paisible décomposition des nationalités exorbitantes pourraient maintenant pousser à la réaliser trop tôt, de manière à compromettre sa principale destination. Il importe, surtout dans le cas central, que la dictature conserve sa suprématie politique jusqu'à ce que la réorganisation religieuse soit assez avancée pour, que les ri<valités civiques ne puisigent jamais dégénérer en conflits perturbateurs. Pourvu que les liens administratifs soient convenablement relâchés, il suffira maintenant d'annoncer une émancipation plus complète , dont les conditions spirituelles sont directement irrécusables, de manière à dissiper toute inquiétude d'oppression.
J'ai dû me borner à signaler la connexité nécessaire de la décomposition politique avec la réorganisation religieuse, en la spécifiant envers l'incomparable destinée que l'ensemble du passé prépare à la cité qui sut le mieux apprécier le besoin provisoire de la centralisation temporelle. Mais, en terminant cette indication, j'invite les hommes d'État à fixer directement leur attention sur l'aptitude immédiate d'une telle transformation à seconder, tant au dedans qu'au dehors, la politique propre au parti constructeur. La seule perspective de cette conclusion suffira, dès le début de la transition organique, pour faciliter l'ascendant décisif des conservateurs en dissipant à la fois les réclamations des rétrogrades et les impulsions des révolutionnaires. Envers ceux-ci surtout, il faut considérer, dans lé cas principal, la plupart des ambi-
i2U APPEL AUX CONSERVATEURS.
tions perturbatrices comme, radicalement liées à la vicieuse domination de Paris. Car, les diverses classes métaphysiques n'agitent la France, et par suite tout rOccident, qu'afin d'exploiter cette prépondérance, dont l'extinction laissera partout surgir les vrais patriciens, sous l'assistance spontanée des dignes plébéiens.
Résultée de la dissolution des liens catholiques à l'issue du moyen âge, la centralisation politique dut se développer en proportion de la désorganisation religieuse. Mais celte anomalie doit cesser quand aura pleinement surgi la reconstruction de l'ordre intellectuel et moral , incompatible avec une domination qui maintient la confusion révolutionnaire des deux pouvoirs sociaux. Depuis que la centralisation provisoire a rendu son principal service en assurant l'indépendance du peuple régénérateur, sa prolongation empirique entrave de plus en plus l'essor des destinées propres à la métropole humaine. Coordination L'ensemble des aperçus précédents caractérise , auoccidentaie. jg^j^j. g^^ j^ comporte cet opuscule, l'installation décisive
de la transition organique par les vrais conservateurs. Après avoir ainsi considéré le terme nécessaire de la révolution moderne sous l'aspect fondamental qui convient pareillement à tous les peuples qu'elle embrasse, il faut compléter nia conclusion en appréciant l'avènement successif de cette solution chez les divers Occidentaux.
Depuis la rupture de l'unité catholico-féodale , les cinq populations d'élite, de plus en plus rapprochées d'après leurs communs antécédents et leur semblable essor, aspirent à remplacer l'harmonie du moyen âge en instituant, sur d'autres bases, l'homogénéité politique. Mais cette disposition n'a pu jusqu'ici produire la conformité convenable, faute d'avoir pris la direction corres-
GONCXUSION. 125
pondante à la régénération occidentale. L'uniformité partout désirée ne pourra s'établir qu'en rectifiant l'inversion que les trois derniers siècles ont graduellement introduite dans la coordination normale des cinq éléments occidentaux.
Autour du peuple central /auquel l'ensemble du passé confère l'initiative de la régénération humaine, une civilisation plus ancienne et mieux développée avait toujours placé le couple méridional avant le couple septentrional. L'ébranlement propre au seizième siècle tendit à renverser la hiérarchie naturelle en disposant les populations devenues officiellement protestantes à se regarder comme supérieures à celles qui restaient nominalement catholiques. Provisoirement investies de l'initiative politique, elles aspirèrent de plus en plus, surtout en Angleterre, à faire partout prévaloir la dictature aristocratique qui leur est propre, et dont le principal caractère consiste dans le régime parlementaire fondé sur l'hypocrisie théologique. Cette réaction contre l'ordre naturel fut poussée jusqu'à méconnaître la présidence continue du peuple central, où le protestantisme n'avait pu s'établir, et qui fournissait le meilleur type de la dictature monocratique, surgie chez tous les méridionaux. Mais l'ébranlement radical qui caractérise le dix-huitième siècle rendit à la France une plénitude d'initiative que devait bientôt confirmer l'explosion directe de la crise finale.
Néanmoins, la présidence normale du peuple central n'a pas encore réparé, surtout socialement, et même intellectuellement, les altérations résultées de la prépondérance exceptionnelle des impulsions protestantes. Les deux siècles qui semblèrent déplacer le foyer du mouvement moderne ont surtout laissé des tendances à l'imita-
426 APPEL AUX GOirSBRVATEURS.
tion du type septentrional , principalement développées depuis que l'impuissance organique de la doctrine révolutionnaire se trouve généralement sentie. Sans reconnaître que la dictature aristocratique est réellement de- ' venue aussi rétrograde, dans son siège essentiel, que le devint ailleurs la dictature monarchique, les deux populations méridionales, et même le peuple central, n'ont pas encore adopté le seul mode qui puisse partout prévaloir. Quoique le régime parlementaire y soit spontanément repoussé, les prédilections n'y sont point assez fermes et complètes envers la monocratie républicaine qui doit le faire universellement abandonner. Mais la transformation accomplie, depuis quatre ans, chez le peuple central n'a besoin que d'être épurée et développée pour rendre inaltérables la présidence française et la préséance méridionale.
Il est impossible que la transition destinée à terminer la révolution occidentale commence chez les peuples auxquels appartint la première élaboration des doctrines négatives. Car elles y suscitèrent la prépondérance officielle d'une émancipation incomplète et contradictoire, aussi contraire au progrès qu*à l'ordre. La solution intellectuelle et sociale n'a pu surgir que chez le peuple central, seul assez affranchi pour en diriger la propagation universelle. En l'étendant aux divers cas occidentaux, il doit d'abord la faire prévaloir parmi les méridionaux, qui, préservés du protestantisme et du déisme, se sont naturellement abstenus de participer au mouvement politique tant qu'il est resté purement négatif. Malgré leur attitude passive, ils peuvent, mieux que les septentrionaux, seconder et développer la transition finale, soit parce que seuls ils ont assez accepté l'initiative centrale,
CXMNCXU8I0N. 127
)it pacce que l'ensemble de leurs antécédents les dispose ivantage à la dictature républicaine. On doit même reirder la population italienne comme plus préparée que peuple espagnol à la terminaison positive de la révoition moderne, puisque le culte historique et la décomjsition politique y trouveront moins d'obstacles et plus utilité. Quoiqu'il ensoit, le couple méridional ne saurait 3couvrer sa préséance normale que d'après la digne imulsion directement émanée de la présidence centrale. Une telle connexité fait spécialement apprécier Tursnce de la monocratie républicaine, sans laquelle Taboion française du régime parlementaire resterait insuffi- Dte. Ce mode final de la dictature moderne doit partout mplacer les modes préliminaire , irrévocablement de* tnus rétrogrades. Quoiqu'il soit mieux préparé par la anarchie que par Taristocratie, il est autant incompar >le avec l'une qu'avec Tautre.
;C'est pourquoi j'ose respectueusement inviter le fon- %ew de la dictature organique à compléter son œuvre établissant une suffisante harmonie entre le gouver^ ment officiel et la situation républicaine où la France trouve irrévocablement placée depuis la prise de la stille. Quoique cette situation ait toujours été mécon- 3, faute d'une théorie qui^ permît de l'apprécier, elle ;(mstamment surmonté les divers efforts tentés pour iaiurer l'hérédité monarchique. L'admirable sentence e au dictateur actuel (On ne détruit que ce qu'on remce) doit faire assez sentir que les transformations polices ne sauraient se réduire à des substitutions dynasues.
Pour remplacer la royauté déchue, il faut changer le actère rétrograde qui la fit irrévocablement tomber.
128 APPEL AUX GOIiSERYAT£URS.
quand un siècle de dégénération croissante eut pleinement dissipé les sympathies populaires que son attitude progressive avait graduellement développées. Or, cette transformation peut se condenser dans la substitution de l'hérédité sociocratique, caractérisée par le libre choix du successeur, à l'hérédité théocratique, uniquement fondée sur la naissance. Vainement espérerait-on obtenir le mode de transmission le plus favorable à la plénitude du commandement sans donner au progrès les garanties qui seules peuvent procurer une telle faculté. Le public français ne soutiendrait pas la légitimité dynastique avec plus de zèle qu'il n'en montra pour la légitimité parlementaire. Mais, quoique l'amour de Tordre le disposât à laisser annoncer un successeur quelconque, le sort qu'éprouva le testament de Louis XIV, quand les mœurs monarchiques étaient moins altérées, indique le peu de poids des volontés posthumes qui ne sont pas conformes aux dispositions populaires.
On ne peut assez apprécier l'hérédité sociocratique , qui doit aujourd'hui caractériser la dictature progressive, qu'en remontant jusqu'au moyen âge pour sentir le caractère profondément rétrograde de l'hérédité théocratique , lorsqu'on l'applique à la sociabilité moderne. Ce mode primitif de transmission temporelle fut aussi compatible avec le progrès que conîorme à l'ordre dans les milieux où le régime des castes put pleinement surgir. En l'altérant, par Télection révolutionnaire, la civilisation militaire rompit l'harmonie nécessaire entre la transmission du commandement et celle de la richesse. Quand la constitution féodale s'efforça de reconstruire la conformité normale, elle dut naturellement fonder ^ur la naissance toutes les successions temporelles, civiles ou
politiques. Mais Texclusion féminine et T usage des confiscations suffisent pour montrer que, loin d'indiquer un retour à la théocratie, le moyen âge tendait ainsi vers la sociocratie, d*où résultait la substitution naissante du relatif à Tabsolu dans les possessions quelconques. Une véritable rétrogradation ne survint que sous la première phase de la révolution occidentale, quand le catholicisme, abdiquant sa dignité pour conserver ses richesses après avoir perdu son indépendance, altéra la dictature monarchique par une systématisation théocratique. De là procédèrent, d'abord la dégénération, puis la déchéance de la royauté, lorsque les impulsions émanées du moyen âge et de la situation moderne cessèrent de surmonter la corruption résultée de l'alliance théologique.
Quoique ces aperçus ne puissent être ici développés, ils suffisent pour y faire sentir la connexité nécessaire de la monocratie républicaine avec l'hérédité sociocratique. Outre l'opportunité générale du décret qui proclamerait la transformation décisive, la situation propre au dictateur actuel procurerait à cette résolution une efficacité spéciale y aussi favorable à l'ordre qu'au progrès. Car, la République française se trouverait purifiée de toute origine insurrectionnelle, en renaissant du libre choix d'un chef spontanément investi d'une confiance exceptionnelle. L'acclamation impériale n'a pas d'autre sens que de conférer la plénitude politique à celui qui , nous délivrant du régime parlementaire, poussa la crise finale vers sa dernière phase. En se proclamant Dictateur perpéiuel de la République française, et s' attribuant le choix de son successeur, il compléterait la transformation qui peut seule installer la transition organique, dont la conception est entièrement systématisée.
130 APPEL AUX CONSEHYATEURS.
La décision que j'ose conseiller ferait aussitôt surgir l'unique devise {Ordre ei Progrès) , qui convienne à là politique des vrais conservateurs. Quand il supprima la formule anarchique, le dictateur actuel se trouva forcé de violer sa propre maxime , en n'y substituant rien , parce qu'il n'était point assez affranchi des influencesr rétrogrades pour proclamer le programme normal. Mais , la libre inauguration de la monocratie républicaine constatant une suffisante régénération , le décret fondamental pourrait immédiatement adopter la devise qui caractérise la conciliation toujours cherchée par les conservateurs et réalisée dans le positivisme.
D'après cette transformation, le peuple central, enfin dégagé des réactions protestantes qui troublèrent, i»ndant deux siècles, sa présidence occidentale, aura bientôt ranimé ses sympathies prépondérantes envers le couple catholique. Alors les populations qui semblent restées étrangères au mouvement politique y reprendront la coopération propre à leur raag intellectuel et moral ; comme el)es le firent tant que la révolution moderne demeura spontanée et commune à tout l'Occidrat. N'ayant jamais repoussé que la systématisation négative, elles doivent naturellement devenir les meilleurs auxiliaires de la synthèse organique, quoiqu'elle ne pût surgir que chez le peuple le mieux émancipé. Si les conservateurs peuvent^ au dedans , utiliser davantage les rétrogrades que lès révolutionnaires, ils seront pareillement conduits, au dehors, à préférer les affinités catholiques aux aUiances {protestantes. Mais, cette prédilection n'étant fondée que sur la substitution nécessaire du mouvement organique h l'agitation critique, elle ne saurait jamais détourner le peuple central de la sdllioitude qui lui convient envers
CONCLUSION. m
tous les éléments de roccidentalité. Quoiqu'il doive faire prévaloir au midi la monocratie républicaine quand elle sera suffisamment installée en France, il doit ensuite seconder son extension au nord, ou la transformation commune trouvera des obstacles spéciaux dans les influence aristocratiques et protestantes. Voilà comment l'uniformité politique sera rétablie en Occident suivant un mode inverse de celui que l'empirisme révolutionnaire tendit à rendre partout prépondérant , jusqu'à ce que l'abolition française du régime parlementaire fît surgir la solution organique.
En invoquant tout le bien qu'il peut faire , tant au dehors qu'au dedans, et toute la responsabilité qu'il encourt, surtout auprès de la postérité, j'invite le régénérateur de la dictature centrale à prendre la seule résolution qui puisse instituer la politique propre aux vrais conservateurs. Sous une telle impulsion, la conciliation systématique entre l'ordre et le progrès pourra graduellement guider la grande crise vers sa terminaison nécessaire. L'assistance habituelle des meilleurs aristocrates et démocrates secondera la politique émanée des sociocrates pour surmonter simultanément l'aiîarchie.et la rétrogradation.
Malgré sa faiblesse numérique et les graves résistances qu'il doit partout rencontrer, le parti constructeur peut bientôt prévaloir dans un milieu décomposé , qui , dépourvu de convictions quelconques, sent surtout le besoin d'une doctrine complète et durable. Pourvu qu'elle soit dignement appliquée, elle deviendra facilement prépondérante, d'après son aptitude naturelle envers une
132 APPEL AUX CONSSRTATEURS.
révolution plus spirituelle que temporelle» Les âmes déjà régénérées devant longtemps rester, même parmi les praticiens, étrangères à tout commandement, leurs conseils seront mieux accueillis des gouvernants et jamais suspects aux gouvernés, qu'elles disposeront à plus respecter le pouvoir que la richesse jusqu'à ce que les deux forces soient réunies.
Cest ainsi que le meilleur sexe pourra dignement s'incorporer à la révolution qu'il dut repousser tant qu'elle refusait au sentiment sa prépondérance normale sur l'intelligence et l'activité. Le progrès humain consiste surtout à modifier de plus en plus le règne nécessaire de la puissance matérielle d'après un concours croissant entre le cœur et l'esprit. Ainsi , le principal vice de la situation moderne résulte de la trahison de l'intelligence qui , rêvant une vicieuse domination^ se met au service de la force, concentrée ou dispersée , au lieu de se su* hordonner à l'influence morale. Il est impossible que la révolution occidentale se termine sans que l'instinct féminin et la sagesse sacerdotale se combinent mieux que sous le régime du moyen âge, résumé par la chevalerie. Or, le positivisme ayant systématisé cette combinaison, il suffit que la dictature républicaine lui permette de développer son efficacité morale, qui fournira le meilleur appui de la politique propre aux vrais conservateurs^
Voilà comment tous les éléments de la situation occidentale doivent spontanément concourir pour installer la transition destinée à terminer la révolution moderne. Au milieu d'une anarchie sans exemple, les natures synthétiques et sympathiques développeront un ascendant nécessaire, qui ne pouvait rester comprimé que jusqu'à l'avénement de la doctrine propre à liguer et guider les
j^égénérateurs. Une vénération de plus en plus altérée se reconstruira quand les organes, spirituels et temporels, du parti constructeur auront assez prouvé , d'après leur conduite privée et publique , que le dévouement a sur la dévotion la supériorité de Tactif sur le passif.
FIN us L ÀPPKL AUX CONSERVATEURS.