‹ Discours sur l'esprit positifChapitre 4 sur 4 · I04 DISCOURS · texte numérisé non relu

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rétendait aux prolétaires, où elle développerait, outre le dégoût des occupations matérielles, d'exorbitantes ambitions. Mais, heureusement, ils sont, en général, encore moins disposés à la demander qu'on ne le serait à la leur accorder. Quant aux études positives, sagement conçues et convenablement dirigées, elles ne comportent nullement une telle influence : s'alliant et s'appliquant, par leur nature, à tous les travaux pratiques, elles tendent, au contraire, à en confirmer ou même inspirer le goût, soit en anoblissant leur caractère habituel, soit en adoucissant leurs pénibles conséquences ; conduisant d'ailleurs à une saine appréciation des diverses* positions sociales et des nécessités correspondantes, elles disposent à sentir que le bonheur réel est compatible avec toutes les conditions quelconques, pourvu qu'elles soient honorablement remplies et raisonnablement acceptées. La philosophie générale qui en résulte représente l'homme, ou plutôt l'Humanité, comme le premier des êtres connus, destiné, par l'ensemble des lois réelles, à toujours perfectionner autant que possible, et à tous égards. Tordre naturel, à l'abri de toute inquiétude chimérique ; ce qui tend à relever profondément l'actif sentiment universel de la dignité humaine. En même temps, elle tempère spontanément l'orgueil trop exalté qu'il pourrait susciter, en montrant, sous tous les aspects, et avec une familière évidence, combien nous devons rester sans cesse au-dessous du but et du type ainsi caractérisés, soit dans la vie active, soit même dans la vie spéculative, où l'on sent, presque à chaque pas, que nos plus sublimes efforts ne peuvent jamais surmonter qu'une faible partie des difficultés fondamentales. Malgré la haute importance des divers motifs précé

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dents, des cousidératioas encore plus puissantes détermineront surtout les intelligences populaires à seconder aujourd'hui l'action philosophique de l'école positive par leur ardeur continue pour l'universelle propagation des études réelles : elles se rapportent aux principaux besoins collectifs propres à la condition sociale des prolétaires. On peut les résumer en cet aperçu général : il n'a pu exister jusqu'ici une politique spécialement populaire, et la nouvelle philosoplfle peut seule la constituer.

Depuis le commencement de la grande crise moderne, le peuple n'est encore intervenu que comme simple auxiliaire dans les principales luttes politiques, avec l'espoir, sans doute, d'y obtenir quelques améliorations de sa situation générale, mais non d'après des vues et pour un but qui lui fussent réellement propres. Tous les débats habituels sont restés essentiellement concentrés entre les diverses classses supérieures ou moyennes, parce qu'ils se rapportaient surtout à la possession du pouvoir. Or, le peuple ne pouvait longtemps s'intéresser directement à de tels conflits, puisque la nature de notre civilisation empêche évidemment les prolétaires d'espérer, et môme de désirer, aucune importante participation à la puissance politique proprement dite. Aussi, après' avoir essentiellement réalisé tous les résultats sociaux qu ils pouvaient attendre de la substitution provisoire des métaphysiciens et des légistes à l'ancienne prépondérance politique des classes sacerdotales et féodales, deviennent-ils aujourd'hui de plus en plus indifférents à la stérile prolongation de ces luttes de plus en plus misérables,

désormais réduites presque à de vaines rivalités personnelles. Quels que soient les efforts journaliers de l'agitation métaphysique pour les faire intervenir dans ces frivoles débats, par l'appâVde ce qu'on nomme les droits politiques, l'instinct populaire a déjà c(5înpris, surtout en France, combien serait illusoire ou puérile la possession d'un tel privilège, qui, môme dans son degré actuel de dissémination, n'inspire habituellement aucun intérêt véritable à la plupart de ceux qui en jouissent exclusivement. Le peuple ne peut s'intéresser essentiellement qu'à l'usage effectif du pouvoir, en quelques mains qu'il réside, et non à sa conquête spéciale. Ausdtôt que les questions politiques, ou plutôt dès lors sociales, se rapporteront ordinairement à la manière dont le pouvoir doit être exercé pour mieux atteindre sa destination générale, principalement relative, chez les modernes, à la masse prolétaire, on ne tardera pas à reconnaître que le dédain actuel ne tient nullement à une dangereuse indifférence : jusque-là, l'opinion populaire restera étrangère à ces débats, qui, aux yeux des bons esprits, en augmentant l'instabilité de tous les pouvoirs, tendent spécialement à retarder cette indispensable transformation. En un mot, le peuple est naturellement disposé à désirer que la vaine et orageuse discussion des droits se trouve enfin remplacée par une féconde et salutaire appréciation des divers devoirs essentiels, soit généraux, soit spéciaux. Tel est le principe spontané de l'intime connexité qui, tôt ou tard sentie, ralliera nécessairement l'instinct populaire à l'action sociale de la philosophie positive ; car cette grande transformation équivaut évidemment à celle, ci-dessus motivée par les plus hautes considérations spéculatives, du mouvement politique actuel en

un simple mouvement philosophique, dont le premier et le principal résultat social consistera, en effet, à constituer solidement une active morale universelle, prescrivant à chaque agent, individuel ou collectif, les •règles de conduite les plus, conformes à l'harmonie fondamentale. Plus on méditera sur cette relation naturelle, mieux on reconnaîtra que cette mutation décisive, qui ne pouvait émaner que de i'esprit positif, ne peut aujourd'hui trouver un solide appui que chez le peuple proprem3nt dit, seul disposé à la bien comprendre et à s'y intéresser profondément. Les préjugés et les passions propres aux classes supérieures ou moyennes, s'opposent conjointement à ce qu'elle y soit d'abord suffisamment sentie, parce qu'on y doit être ordinairement plus touché des avantages inhérents à la possession du pouvoir que des dangers résultés de son vicieux exercice. Si le peuple est maintenant et doit rester désormais indifférent à la possession directe du pouvoir politique, il ne peut jamais renoncer à son indispensable participation continue au pouvoir moral, qui, seul vraiment accessible à tous, sans aucun danger pour l'ordre universel, et, au contraire, à son grand avantage journalier, autorise chacun, au nom d'une commune doctrine fondamentale, à rappeler convenablement les plus hautes puissances à leurs divers devoirs essentiels. A la vérité, les préjugés inhérents à l'état transitoire ou révolutionnaire ont dû trouver aussi quelque accès parmi nos prolétaires ; ils y entretiennent, en effet, de fâcheuses illusions sur la portée indéfinie des mesures, politiques proprement dites ; ils y empêchent d'apprécier combien la juste satisfaction des gvand» intérêts populakes dépend aujourd'hui davantage des opinions et d^s mœurs que des institu-

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lions elles-mêmes, dont la vraie régénération, actuellement impossible, exige, avant tout, une réorganisation spirituelle. Mais on peut assurer que l'école positive aura beaucoup plus de facilité à faire pénétrer ce salutaire enseignement chez les esprits populaires que partout ailleurs, soit parce que la métaphysique négative n'a pu s'y enraciner autant, soit surtout par l'impulsion constante des besoins sociaux inhérents à leur situation nécessaire. Ces besoins se rapportent essentiellement à deux conditions fondamrjatales, l'une spirituelle, l'autre temporelle, de nature profondément connexe : il s'agit, en effet, d'assurer convenablement à tous, d'abord l'éducation normale, ensuite le travail régulier ; tel est, au fond, le vrai programme social des prolétaires. Il ne peut plus exister de véritable popularité que pour la politique qui tendra nécessairement vers cette double destination. Or, tel est, évidemment, le caractère spontané de la doctrine sociale propre à la nouvelle école philosophique ; nos explications antérieures doivent ici dispenser, à cet égard, de tout autre éclaircissement, d'ailleurs réservé à l'ouvrage si souvent indiqué dans ce Discours. Il importe seulement d'ajouter, à ce sujet, que la concentration nécesudiie de nos pensées et de notre activité sur la vie réelle de l'Humanité, en écartant toute vaine illusion, tendra spécialement à fortifier beaucoup l'adhésion morale et politique du peuple proprement dit à la vraie philosophie moderne. En effet, son judicieux instinct y sentira bientôt un puissant motif nouveau de diriger surtout la pratique sociale vers la sage amélioration continue de sa propre condition générale. Les chimériques espérances inhérentes à l'ancienne philosophie ont trop souvent conduit^, au contraire, à négliger avec

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dédain de tels progrès, ou à les écarter par une sorte d'ajournement continu, d'après la minime importance relative que devait naturellement leur laisser cette éternelle perspective, immense compensation spontanée de toutes les misères quelconques.

Cette somfnaire appréciation suffît maintenant à signaler, sous les divers aspects essentiels, l'affinité nécessaire des classes inférieures pour la philosophie positive, qui, aussitôt que le contact aura pu pleinement s'établir, trouvera là son principal appui naturel, à la fois mental et social ; tandis que la philosophie théologique ne convient plus qu'aux classes supérieures, dont elle tend à éterniser la prépondérance politique, comme la philosophie métaphysique s'adresse surtout aux classes moyennes, dont elle seconde l'active ambition. Tout esprit méditatif doit ainsi comprendre enfin l'importance vraiment fondamentale que présente aujourd'hui une sage vulgarisation systématique des études positives, essentiellement destinée aux prolétaires, afin d'y préparer une saine doctrine sociale. Les divers observateurs qui peuvent s'affranchir, même momentanément, du tourbillon journalier s'accordent maintenant à déplorer, et certes avec beaucoup de raison, l'anarchique influence qu'exercent, de nos jours, les sophistes et les rhéteurs. Mais ces justes plaintes resteront inévitablement vaines tant qu'on n'aura pas mieux senti la nécessité de sortir enfin d'une situation mentale, où l'éducation officielle ne peut aboutir, d'ordinaire, qu'à former des rhéteurs et des sophistes, qui tendent ensuite spontanément à propager le même esprit, par le triple enseignement émané des journaux, des romans, ^ des drames, parmi les classes inférieures, qu'aucune instruction régulière ne garantit de la

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Contagion métaphysique, repoussée seulement par leur raison naturelle. Quoique l'on doive espérer, à ce titre, que les gouvernements actuels sentiront bientôt combien l'universelle propagation des connaissances réelles peut seconder de plus en plus leurs efforts continus pour le difficile maintien d'un ordre indispensable, il ne faut pas encore attendre d'eux, ni même en désirer, une coopération vraiment active à cette grande préparation rationnelle, qui doit longtemps résulter surtout d'un libre zèle privé, inspiré et soutenu par de véritables convictions philosophiques. L'imparfaite conservation d'une grossière harmonie politique, sans cesse compromise au milieu de notre désordre mental et moral, absorbe trop justement leur sollicitude journalière, et les tient même placés à un point de vue trop inférieur, pour qu'ils puissent dignement comprendre la nature et les conditions d'un tel travail, dont il faut seulement leur demander d'entrevoir l'importance. Si, par un zèle intempestif, ils tentaient aujourd'hui de le diriger, ils ne pourraient aboutir qu'à l'altérer profondément, de manière à compromettre beaucoup sa principale efficac-'^té, en ne le rattachant pas à une philosophie assez décisive, ce qui le ferait bientôt dégénérer en une incohérente accumulation de spécialités superficielles. Ainsi, l'école positive, résultée d'un actif concours volontaire des esprits vraiment philosophiques, n'aura longtemps à demander à nos gouvernements occidentaux, pour accomplir convenablement son grand office social, qu'une pleine liberté d'exposition et de discussion, équivalente à celle dont jouissent déjà l'école théologique et l'école métaphysique. L'une peut, chaque jour, dans ses mill^ tribunes sacrées, préconiser, à son gré, l'excellence absolue de

soû éternelle doctrine, et vôùer to\is ses adversaires quelconques à une irrévocable damnation ; l'autre, dans les nombreuses chaires que lui entretient la munificence nationale, peut journellement développer, devant d'immenses auditoires, l'universelle efficacité de ses conceptions ontologiques et la prééminence indéfinie de ses études littéraires. Sans prétendre à de tels avantages, que le temps doit seul procurer, l'école positive ne demande essentiellement aujourd'hui qu'un simple droit d'asile régulier iians les locaux municipaux, pour y faire directement apprécier son aptitude finale à la satisfaction simultanée de tous nos grands besoins sociaux, en propageant avec sagesse la seule instruction systématique qui puisse désormais préparer une véritable réorganisation, d'abord mentale, puis morale, et enfin politique. Pourvu que ce libre accès lui reste toujours ouvert, le zèle volontaire et gratuit de ses rares promoteurs, secondé par le bon sens universel, et sous l'impulsion croissante de la situation fondamentale, ne redoutera jamais de soutenir, même dès ce moment, une active concurrence philosophique envers les nombreux et puissants organes, même réunis, des deux écoles anciennes. Or, il n'est plus à craindre que désormais les hommes d'Etat s'écartent gravement, à cet égard, de l'impartiale modération de plus en plus inhérente à leur propre indifférence spéculative : l'école positive a même lieu de compter, sous ce rapport, sur la bienveillance habituelle des plus intelligents d'entre eux, non seulement en France, mais aussi dans tout notre Occident. Leur surveillance continue de ce libre enseignement populaire se bornera bientôt à y prescrire seulement la condition permanente d'une vraie positivité ; en y écartant, avec

Une inflexible sévérité, l'introduction, trop imminente encore, des spéculations vagues ou sophistiques. Mais, à ce sujet, les besoins essentiels de l'école positive concourent directement avec les devoirs naturels des gouvernements : car, si ceux-ci doivent repousser un tel abus en vertu de sa tendance anarchique, celle-là, outre ce juste motif, le juge pleinement contraire à la destination fondamentale d'un tel enseignement, comme ranimant ce même esprit métaphysique oti elle voit aujourd'hui le principal obstacle à l'avènement social de la nouvelle philosophie. Sous cet aspect, ainsi qu'à tout autre titre, les philosophes positifs se sentiront toujours presque aussi intéressés que les pouvoirs actuels, au double maintien continu de l'ordre intérieur et de la paix intérieure, parce qu'ils y voient la condition la plus favorable à une vraie rénovation mentale et morale : seulement, du point de vue qui leur est propre, ils doivent apercevoir de plus loin ce qui pourrait compromettre ou consolider ce grand résultat politique de l'ensemble de notre situation transitoire.

Nous avons maintenant assez caractérisé, à tous égards, l'importance capitale que présente aujourd'hui l'universelle propagation des études positives, surtout parmi les prolétaires, pour constituer désormais un indispensable point d'appui, à la fois mental et social, à l'élaboration philosophique qui doit déterminer graduellement la réorganisation spirituelle des sociétés modernes. Mais une telle appréciation resterait encore incomplète, et même insuffisante, si la fin de ce Discours n'était pas directement consacrée à établir l'ordre fondamental qui convient à cette série d'études, de

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manière à fixer la vraie position que doit occuper, dans leur ensemble, celle dont ce Traité s'occupera ensuite exclusivement. Loin que cet arrangement didactique soit presque indifférent, comme notre vicieux régime scientifique le fait trop souvent supposer, on peut assurer, au contraire, que c'est de lui surtout que dépend la principale efficacité, intellectuelle ou sociale, de cette grande préparation. Il existe d'ailleurs une intime solidarité entre la conception encyclopédique d'oi^ il résulte et la loi fondamentale d'évolution qui sert de base à la nouvelle philosophie générale.

Un tel ordre doit, par sa nature, remplir deux conditions essentielles, l'une dogmatique, l'autre historique, dont il faut d'abord reconnaître la convergence nécessaire : la première consiste à ranger les sciences suivant leur dépendance successive, en sorte que chacune repose sur la précédente et prépare la suivante ; la seconde prescrit de les disposer d'après la marche de leur formation effective, en passant toujours des plus anciennes aux plus* récentes. Or, l'équivalence spontanée de cgs deux voies encyclopédiques tient, en général, à l'identité fondamentale qui existe inévitablement entre l'évolution individuelle et l'évolution collective, lesquelles ayant une pareille origine, une semblable destination, et un même agent, doivent toujours offrir des phases correspondantes, sauf les seules diversités de durée, d'intensité et de vitesse, inhérentes à l'inégalité des deux organismes. Ce concours nécessaire permet donc de concevoir ces deux modes comme deux aspects corrélatifs d'un unique principe encyclopédique, de manière à pouvoir habituellement employer celui qui, en chaque cas, manifestera le mieux les relations considérées, et avec la précieuse faculté

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de pouvoir constamment vérifier par l'un ce qui sera résulté de l'autre.

La loi fondamentale de cet ordre commun, de dépendance dogmatique et de succession historique, a été complètement établie dans le grand ouvrage cidessus indiqué, et dont elle détermine le plan général. Elle consiste à classer les différentes sciences, d'après la nature des phénomènes étudiés, selon leur généralité et leur indépendance décroissantes ou leur complication croissante, d'oij résultent des spéculations de moins en moins abstraites et de plus en plus difficiles, mais aussi de plus en plus éminentes et complètes, en vertu de leur relation plus intime à l'homme, ou plutôt à l'Humanité, objet final de tout le système théorique. Ce classement tire sa principale valeur philosophique, soit scientifique, soit logique, de l'identité constante et nécessaire qui existe entre tous ces divers modes de comparaison spéculative des phénomènes naturels, et d'oii résultent autant de théorèmes encyclopédiques, dont rexpliôatfon et l'usage appartiennent à l'ouvrage cité, qui, en outre, §ous le rapport actif, y ajoute cette importante relation générale, que les phénomènes deviennent ainsi de plus en plus modifiables, de façon à offrir un domaine de plus en plus vaste à l'intervention humaine. Il suffit ici d'indiquer sommairement l'application de ce grand principe à la détermination rationnelle de la vraie hiérarchie des études fondamentales, directement conçues désormais comme les différents éléments essentiels d'une science unique, celle dé l'Humanité.

Cet objet final de toutes nos spéculations réelles exige, évidemment, par sa nature, à la fois scientifique et logique, un double préambule indispensable, relatif,

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'd'une part, à l'homme proprement dit, d'une autre part, au monde extérieur. On ne saurait, en effet, étudier rationnellement les phénomènes, statiques ou dynamiques, de la sociabilité, si d'abord on ne connaît suffisamment l'agent spécial qui les opère, et le milieu général où ils s'accomplissent. De là résulte donc la division nécessaire de la philosophie naturelle, destinée à préparer la philosophie sociale, en deux grandes branches, l'une organique, l'autre inorganique. Quant à la disposition relative de ces deux études également fondamentales, tous les motifs essentiels, soit scientifiques, soit logiques, concourent à prescrire, dans l'éducation individuelle et dans l'évolution collective, de commencer par la seconde, dont les phénomènes, plus simples et plus indépendants, à raison de leur généralité supérieure, comportent seuls d'abord une appréciation vraiment positive, tandis que leurs lois, directement relatives à l'existence universelle, exercent ensuite une influence nécessaire sur l'existence spéciale des corps vivants. L'astronomie constitue nécessairement, à tous égards, l'élément le plus décisif de cette théorie préalable du monde extérieur, soit comme mieux susceptible d'une pleine positivité, soit en tant que caractérisant le milieu général de tous nos phénomènes quelconques, et manifestant, sans aucune autre complication, la simple existence mathématique, c'està-dire géométrique ou mécanique, commune à tous les êtres réels. Mais, même quand on condense le plus possible les vraies conceptions encyclopédiques, on ne saurait réduire la philosophie inorganique à cet élément principal, parce qu'elle resterait alors complètement isolée de la philosophie organique. Leur lien fondamental, scientifique et logique, consiste surtout dans

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la branche la plus complexe de la première, l'étude des phénomènes de composition et de décomposition, les plus éminents de ceux que comporte l'existence universelle, et les plus rapprochés du mode vital proprement dit. C'est ainsi que la philosophie naturelle, envisagée comme le préambule nécessaire de la philosophie sociale, se décomposant d'abord en deux études extrêmes et une étude intermédiaire, comprend successivement ces trois grandes sciences, l'astronomie, la chimie et la biologie, dont la première touche immédiatement à l'origine spontanée du véritable esprit scientifique, et la dernière à sa destination essentielle. Leur essor initial respectif se rapporte, historiquement, à l'antiquité grecque, au moyen âge, et à l'époque moderne.

Une telle appréciation encyclopédique ne remplirait pas encore suffisamment les conditions indispensables de continuité et de spontanéité propres à un tel sujet : d'une part, elle laisse une lacune capitale entre l'astronomie et la chimie, dont la liaison ne saurait être directe ; d'une autre part, elle n'indique pas assez la vraie source de ce système spéculatif, comme un simple prolongement abstrait de la raison commune, dont le point de départ scientifique ne pouvait être directement astronomique. Mais, pour compléter la formule fondamentale, il suffit, en premier lieu, d'y insérer, entre l'astronomie et la chimie, la physique proprement dite, qui n'a pris, en effet, une existence distincte que sous Galilée ; en second lieu, de placer, au début de ce vaste ensemble, la science mathématique, seul berceau nécessaire de la positivité rationnelle, aussi bien pour l'individu que pour l'espèce. Si, par une application plus spéciale de notre principe encyclopédi-

que, on décompose, à son tour, cette science initiale dans ses trois grandes branches, le calcul, la géométrie, et la mécanique, on détermine enfin, avec la dernière précision philosophique, la véritable origine de tout le système scientifique, d'abord issu, en effet, des spéculations purement numériques, qui étant, de toutes, les plus générales, les plus simples, les plus abstraites, et les plus indépendantes, se confondent presque avec l'élan spontané de l'esprit positif chez les plus vulgaires intelligences, comme le confirme encore, sous nos yeux, l'observation journalière de l'essor individuel.

On parvient ainsi graduellement à découvrir l'invariable hiérarchie, à la fois historique et dogmatique, également scientifique et logique, des six sciences fondamentales, la mathématique, l'astronomie, la physique, la chimie, la biologie et la sociologie, dont la première constitue nécessairement le point de départ exclusif et la dernière le seul but essentiel de toute philosophie positive, envisagée désormais comme formant, par sa nature, un système vraiment indivisible, où toute décomposition est radicalement artificielle, sans être d'ailleurs nullement arbitraire, tout s'y rapportant finalement à l'Humanité, unique conception pleinement universelle. L'ensemble de cette formule encyclopédique, exactement conforme aux vraies affinités des études correspondantes, et qui d'ailleurs comprend évidemment tous les éléments de nos spéculations réelles, permet enfin à chaque intelligence de renouveler à son gré rhistoiic générale de l'esprit positif, en passapt, d'une manière prrsque insensible, des moindres idées mathématiques aux plus hautes pensées sociales. Il est clair, en effet, que cha-

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cune de quatre sciences intermédiaires se confond, pour ainsi dire, avec la précédente quant à ses plus simples phénomènes, et avec la suivante quant aux plus éminents. Cette parfaite continuité spontanée deviendra surtout irrécusable à tous ceux qui reconnaîtront, dans l'ouvrage ci-dessus indiqué, que le même principe encyclopédique fournit aussi le classement rationnel des diverses parties constituantes de chaque étude fondamentale, en sorte que les degrés dogmatiques et les phases historiques peuvent se rapprocher autant que l'exige la précision des comparaisons ou la facilité des transitions.

Dans l'état présent des intelligences, l'application logique de cette grande formule est encore plus importante que son usage scientifique, la méthode étant, de nos jours, plus essentielle que la doctrine elle-même, et d'ailleurs seule immédiatement susceptible d'une pleine régénération. Sa printipale utilité consiste donc aujourd'hui à déterminer rigoureusement la marche invariable de toute éducation vraiment positive, au milieu des préjugés irrationnels et des vicieuses habitudes propres à l'essor préliminaire du système écientifique, ainsi graduellement formé de théories paiitielles et incohérentes, dont les relations mutuelles devaient jusqu'ici rester inaperçues de leurs fondateurs successifs. Toutes les classes actuelles de savants violent maintenant, avec une égale gravité, quoiqu*à divers titres, cette obligation fondamentale. En se bornant ici à indiquer les deux cas extrêmes, les géomètres, justement fiers d'être placés à la vraie som^e de la positivité rationnelle, s'obstinent aveuglément à retenir l'esprit humain dans ce degré purement initial du véritable essor spéculatif, l.... jamais considérer s .i

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unique but nécessaire ; au contraire, les biologistes, préconisant, à bon droit, la dignité supérieure de leur sujet, immédiatement voisin de cette grande destination, persistent à tenir leurs études dans un irrationnel isolement, en s'affranchissant arbitrairement de la difficile préparation qu'exige leur nature. Ces dispositions opposées, mais également empiriques, conduisent trop souvent aujourd'hui, chez les uns, à une vaine déperdition d'efforts intellectuels, désormais consumés, en majeure partie, en recherches de plus en plus puériles ; chez les autres, à une instabilité continue des diverses nations essentielles, faute d une marche vraiment positive. Sous ce dernier aspect surtout, on doit remarquer, en effet, que les études sociales ne sont pas maintenant les seules restées encore extérieures au système pleinement positif, sous la stérile domination de l'esprit théologico-métaphysique ; au fond, les études biologiques elles-mêmes, surtout dynamiques, quoiqu'elles soient académiquemeht constituées, n'ont pas non plus atteint jusqu'ici à une vraie positîvité, puisque aucune doctrine capitale n'y est aujourd'hui suffisamment ébauchée, en sorte que le champ des illusions et des jongleries y demeure encore presque indéfini. Or, la déplorable prolongation d'une telle situation tient "essentiellement, en l'un et l'autre oas„ à l'insuffisant accomplissement des grandes conditions logiques déterminées par notre loi encyclopédique : car, personne n'y conteste plus, depuis longtemps, la nécessité d'une marche positive ; mai^tous en méconnaissent la nature et les obligations, que peut seule caractériser la vraie hiérarchie scientifique. Qu'attendre, en effet, 8oit envers les phénomènes sociaux, soit même envers l'étude, plus siniple,'de4a-\nè indivi-

duelle, d'une culture qui aborde directement des spéculations aussi complexes, sans s'y être dignement préparée par une saine appréciation des méthodes et des doctrines relatives aux divers phénomènes moins compliqués et plus généraux, de manière à ne pouvoir suffisamment connaître ni la logique inductive, principalement caractérisée, à l'état rudimentaire, par la chimie, la physique, et d'abord l'astronomie, ni même la pure logique déductive, ou l'art élémentaire du raisonnement décisif, que l'initiation mathématique peut seule développer convenablement ?

Pour faciliter l'usage habituel de notre formule hiérarchique, il convient beaucoup, quand on n'a pas besoin d'une grande précision encyclopédique, d'y grouper les termes deux à deux, de façon à la réduire à trois couples, l'un initial, mathématico-astronomique, l'autre final, biologico-sociologique, séparés et réunis par le couple intermédiaire, physico-chimique. Cette heureuse condensation résulte d'une irrécusable appréciation, puisqu'il existe, en effet, une plus grande affinité naturelle, soit scientifique, soit logique, entre les deux éléments de chaque couple qu'entre les couples consécutifs eux-mêmes ; comme le confirme souvent la difficulté qu'on éprouve à séparer nettement la mathématique de l'astronomie, et la physique de la chimie, par suite des habitudes vagues qui dominent encore envers toutes les pensées d'ensemble ; la biologie et la sociologie surtout continuent à se confondre presque, chez la plupart des penseurs actuels. Sans aller jamais jusqu'à ces vicieuses confusions, qui altéreraient radicalement les transitions encyclopédiques, il sera fréquemment utile de réduire ain^i la hiérarchie élémentaire des spéculations réelles à trois couples essentiels, dont chacun

pourra d'ailleurs être brièvement désigné d'après son élément le plus spécial, qui est toujours effectivement le plus caractéristique, et le plus propre à définir les grandes phases de l'évolution positive, individuelle ou collective.

Cette sommaire appréciation suffît ici pour indiquer la destination et signaler l'importance d'une telle loi encyclopédique, oii réside fin?ilement l'une des deux idées mères dont l'intime combinaison spontanée constitue nécessairement la base systématique de la nouvelle philosophie générale. La terminaison de ce long Discours, où le véritable esprit positif a été caractérisé sous tous les aspects essentiels, se rapproche ainsi de son début, puisque cette théorie de classement doit être envisagée, en dernier lieu, comme naturellement inséparable de la théorie d'évolution exposée d'abord ; en sorte que le discours actuel forme lui-même un véritable ensemble, image fidèle, quoique très contractée, d'un vaste système. Il est aisé de comprendre, en effet, que la considération habituelle d'une telle hiérarchie doit devenir indispensable, soit pour appliquer convenablement notre loi initiale des trois états, soit pour dissiper suffisamment ies seules objections sérieuses qu'elle puisse comporter ; car, la fréquente simultanéité historique des trois grandes phases mentales envers des spéculations différentes constituerait, de toute autre manière, une inexplicable anomalie, que résout, au contraire, spontanément, notre loi hiérarchique, aussi relative à la succession qu'à la dépendance des diverses études positives. On conçoit pareillement, en gens inverse, que la règle du classement suppose celle de l'évolution, puisque tous lea motifs essentiels de l'ordre ainsi établi résultent, au fond, de l'inégale rapi-

dite d'un tel développement chez les différentes sciences fondamentales.

La combinaison rationnelle de ces deux idées mères, en constituant l'unité nécessaire du système scientifique, dont toutes les parties concourent de plus en plus à une même fin, assure aussi, d'une autre part, la juste indépendance des divers éléments principaux, trop souvent altérée encore par de vicieux rapprochements. Dans son essor préliminaire, seul accompli jiMqu'ici, l'esprit positif ayajit dû ainsi s'étendre graduellement des études inférieures aux études supérieures celles-ci ont été inévitablement exposées à l'oppressive invasion des premières, contre l'ascendant desquelles leur indispensable originalité ne trouvait d'abord de garantie que d'après une prolongation exagérée de la tutelle théologico-métaphysique. Cette déplorable fluctuation, très sensible encore envers la science des corps vivants, caractérise aujourd'hui ce que contiennent de réel, au fond, les longues controverses, d*ailleut*s si vaines à tout autre égard, entre le m(ttériaUsme et le spiritualisme, représentant, d'une manière provisoire, sous des formes également vicieuses, les besoins, également graves, quoique malhetireusement opposés jusqu'ici, de la réalité et de la dignité de nos spéculations quelconques. Parvenu désormais à sa maturité systématique, l'esprit positif dissipe à la fois ces deux ordres d'aberrations en terminant ces stériles conflits, par la satisfaction simultanée de ces deux conditions vicieusement contraires, comme l'indique aussitôt notre hiérarchie scientifique combinée avec notre loi d'évoli' tion, puisque chaque science ne peut parvenir à uv vraie positivité qu'autant que l'oi'iginalilé de son cara tère propre est pleinement consolidée.

st'R l'esprit positif isS*

Une application directe de cette théorie encyclopédique, à la fois scientifique et logique, nous conduit enfin à définir exactement la nature et la destination de l'enseignement spécial auquel ce Traité est consacré. Il résulte, en effet, des explications précédentes, que la principale efficacité, d'abord mentale, puis sociale, que nous devons aujourd'hui chercher dans une sage propagation universelle des études positives, dépend nécessairement d'une stricte observance didactique de la loi hiérarchique. Pour chaque rapide initiation individuelle, comme pour la lente initiation collective, il restera toujours indispensable que l'esprit positif , développant son régime à mesure qu'il agrandit son domaine, &' élève peu à peu de l'état mathématique initial à l'état sociologique final, en parcourant successivementales quatre degrés intermédiaires, astronomique, physique, chimique et biologique. Aucune supériorité personnelle ne peut vraiment dispenser de cette gradation fondamentale, au sujet de laquelle on n'a que trop l'occasion de constater au joux^d'hui; chez de hautes intelligences, une irréparable îàcunfe, qtii a quelquefois neutralisé d'émineiits efforts philosophiques. Une telle marche doit donc devenir encore plus indispensable dans Téducation universelle, oii les spécialités ont peu d'importance, et dont la principale utilité, plus logique que scientifique, exige essentiellement une pleine rationalité, surtout quand il s'agit de constituer enfin le vrai régime mental. Ainsi, cet enseignement populaire doit aujourd'hui se rapporter principalement au couple scientifique initial, jusqu'à ce qu'il se trouve convenablement vulgarisé. C'est là que tous doivent d'abord puiser les vraies notions élémentaires de sa'' pbsitivité générale, en 'âtqûérânl les

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connaissances qui servent de base à toutes les autres spéculations réelles. Quoique cette stricte obligation conduise nécessairement à placer au début les études purement mathématiques, il faut pourtant considérer qu'il ne s'agit pas encore d'établir une systématisation directe et complète de l'instruction populaire, mais seulement d'imprimer convenablement l'impulsion philosophique qui doit y conduire. Dès lors, on reconnaît aisément qu'un tel mouvement doit surtout dépendre des études astronomiques, qui, par leur nature, offrent nécessairement la pleine manifestation du véritable esprit mathématique, dont elles constituent, au fond, la principale destination. Il y a d'autant moins d'inconvénients actuels à caractériser ainsi le couple initial par la seule astronomie, que les connaissances mathématiques vraiment indispensables à sa judicieuse vulgarisation sont déjà assez répandues ou assez faciles à acquérir pour qu'on puisse aujourd'hui se borner à les supposer résultées d'une préparation spontanée.

Cette prépondérance nécessaire de la science astronomique dans la première propagation systématique de l'initiation positive est pleinement conforme à l'influence historique d'une telle étude, principal moteur jusqu'ici des grandes révolutions intellectuelles. Le sentiment fondamental de l'invariabilité des lois naturelles devait, en effet, se développer d'abord envers les phénomènes les plus simples et les plus généraux, dont la régularité et la grandeur supérieures nous manifestent le seul ordre réel qui soit complètement indépendant de toute modification humaine. Avant même de comporter encore aucun caractère vraiment scientifique, cette classe de conceptions a surtout déterminé le passage décisif du fétichisme au polythéisme, par-

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tout résulté du culte des astres. Sa première ébauche mathématique, dans les écoles de Thaïes et de Pythagore, a constitué ensuite la principale source mentale de la décadence du polythéisme et de l'ascendant du monothéisme. Enfin, l'essor systématique de la positivité moderne, tendant ouvertement à un nouveau régime philosophique, est essentiellement résulté de la grande rénovation astronomique commencée par Copernic, Kepler et Galilée. Il faut donc peu s'étonner que l'universelle initiation positive, sur laquelle doit s'appuyer l'avènement direct de la philosophie définitive, se trouve aussi dépendre d'abord d'une telle étude, d'après là conformité nécessaire de l'éducation individuelle à l'évolution collective. C'est là, sans doute, le dernier office fondamental qui doive lui être propre dans le développement général de la raison humaine, jui, une fois parvenue chez tous à une vraie positîvité, devra marcher ensuite sous une nouvelle impulsion philosophique, directement émanée de la science finale, iès lors investie à jamais de sa présidence normale. Felle est l'éminente utilité, non moins sociale que Tientale, qu'il s'agit ici de retirer enfin d'une judicieuse xposition populaire du système actuel des saines études istronomiques.

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