‹ Discours sur l'établissement et le plan d'une bibliothèque nosocomiale et de fastes épidémiquesChapitre 1 sur 6 · D’UNE · texte numérisé non relu

D’UNE

BIBLIOTHÈQUE NOSOCOMIALE

PRONONCÉ A LA DISTRIBUTION DES PRIX AUX ELEVES EN- MEDECINE ET EN CHIRURGIE DES ^HOSPICES CIVILS DE PARISj LE 3l DÉCEMBRE l8l8.

M ESSIEURS^

Organe du Jury chargé de Texamen des registres" pathologiques des Hôpitaux J je dois proclamer ses décisions , et faire connaître ses sentimens sur les instituteurs des flatteuses récompenses qui vont être distribuées *, je dis donc , Messieurs , au nom de Thumanité et de mes estimables collègues;.

îlonneur au Conseil général pour ses vues grandes et généreuses , et pour ses mesures bienfaisantes et paternelles dans ladminislration qui lui est confiée; j’ajoute en particulier reconnaissance pour ses efforts eontinuels à faire coopérer au service des Hôpitaux les étudians les plus capables d’en seconder les chefs, et de prendre part à l’exploitation de la mine | féconde des faits pratiques qui s'y accumulent chaque jour.

Au nom du Conseil général, je promets bien- i veillance et encouragement à tous ceux de MM. les i élèves dont l’exactitude , le zèle et la bonne conduite 1 ne se sont pas démentis ; mais j’annonce sur-tout les | honneurs du mérite couronné à ceux qui , par des | travaux quelquefois, fastidieux par leur monotonie, souvent pénibles par leur étendue , mais toujours |i honorables par leur motif et leur objet, se sont con- | formés aux intentions du Conseil avec une docilité et \ une émulation d’autant plus louables, que l’utilité l du travail demandé peut n’avoir pas été générale- I ment sentie. |

Je crois entrer dans les vues du Conseil en con- i sacrant quelques momens à examiner de quelle ira- I portance peut être ou devenir la bonne tenue des I registres des maladies dans les Hôpitaux , et les tableaux auxquels ils peuvent servir de base. Si je i réussis à faire bien comprendre les avantages gé- |

néraiix de ce travail , chaque collaborateur coiivaîncu y mettra plus de zèle, de sain , d’exactitude et de suite, et peut-être même trouvera du plaisir à fournir le tribut facile de son labeur particulier.

Pour mieux faire entendre ‘ma pensée, il ne sera pas inutile de jeter un coup d’œil rapide sur quelques causes d^erreur dans les sciences d’obser- Vation en général , et dans la science médicale en particulier.

Premier ePartie*

Les travaux des auteurs anciens et modernes ont tellement reculé les limites des connaissances, médicales , et leur étude embrasse aujourd’hui tant d’objets, que si l’on veut en rechercher les caractères, les rapports et les différences également variés, mobiles et difficiles a saisir, ou pénétrer dans l’obscurité des causes et du mécanisme accessible des maladies , ou qu’on essaie de prendre connaissance du nombre des agens thèrapeniiques , et de se faire la plus légère idée de la diversité de leurs effets selon les cnrconstances et les sujets , la' multitude des difEcultés devient accablante , et on na peut, dans les premiers momens , envisager la

science que comme un véritable chaos. D'autre part; rétendue actuelle de l’horizon littéraire en médecine place l’élève dans un labyrinthe inextricable, pour les routes duquel il est forcé de demander un fil à ceux qui l’ont devancé.

L’inexpérience des commençans, ainsi que les difficultés et les obscurités de la science, veulent donc des maîtres dans l’étude de la médecine. L’élève, avant de juger par lui-même, est. donc condamné à demander des avis , et sur-tout à recevoir des impressions étrangères. De qui les recevrat-il ? denx sortes de maîtres se présentent.

D’une part , avec Hippocrate, Duret , Bâillon et autres, on distingue les hommes sages et éclectiques, investigateurs patiens des lois de la nature, et justes appréciateurs du pouvoir de l’art , dont ils reculent les limites et tracent l’histoire fidèle. De l’autre part , on entend le bruit et les clameurs des enthousiastes sans discernement de tous les temps et de tous les pays , des Thessalus , des Vanhelmonts , des Paracelses , dont l’impatiente imagination veut deviner la marche de la nature qu’ils ignorent , comme les ressources de l’art qu’ils travestissent.

Les premiers , calmes défenseurs de la vérité depuis Hippocrate jusqu’à nos jours, conservent précieusement la tradition de la saine doctrine. Comme

leur pere, ils n’ont pas tout observé , et ne sauraient tout montrer; mais ils enseignent la meilleure manière d’étudier et de rapprocher les faits pour en tirer les conséquences-pratiques les plus certaines et les plus utiles. Les seconds, propagateurs bruyans de leurs illusions, confondant des aperçus isolés ou fugitifs, qui n’ont point subi l’éprenve on obtenu la sanction du temps ,. avec les résultats d’une expérience lentement mûrie dans la méditation, méconnaissent ce qu’ils doivent à leurs devanciers, et se persuadent follement que, seuls, ils ont tout et bien observé.

Les discours des premiers, dictés par un esprit de réserve et appuyés sur une logique sévère,, parlent à l’entendement par des dissertations savantes qui pliassent souvent le doute, mais aussi l’appellent quelquefois , et produisent toujours les. fruits d’une science modeste parce qu’elle est profonde : ils montrent les aspérités de l’art, mais ils les aplanissent par leurs découvertes qui l’étendent et le perfectionnent; ils exposent les difficultés de la science , mais ils apprennent à les résoudre par des méthodes ingénieuses propices à l’entendement et secourables à la mémoire. Chacun d’eux dit avec Klein (Præf. int. clin.): nec ah antiquîs sum j nec à novis; utrosque y uhi veritaîem coliint j sequor). Le verbiage des seconds, inspiré par la présomption et

rempli d^assertions sans preuves , s’adresse aux pas ' siens par des déclamations incohérentes , et ne dé- i veloppe.que les fruits pernicieux d’une déplorable i et arrogante ignorance. A les entendre , jusqu’à eux Tart est resté dans l’enfance, et la science attendait la venue decesénergumènespourparveniràsa maturité.

Ils parlent beaucoup de simplifier la pratique de l’art, quand ils l’exténuent en la réduisant à quelques procédés isolés : ils promettent sans cesse de faciliter l’étude d’une science qu’ils anéantissent en l’ensevelissant dans certaines idées exclusives qui les obsèdent, et qui , adoptées , ferment pour toujours les longues mais inévitables avenues d’une véritable instruction aux plus crédules de leurs auditeurs, dupes volontaires de ce protocole suranné du charlatanisme dogmatique. Ils ne rougissent même pas de transformer j les réunions de leurs adeptes en école d’exagération* |

salissent les oreilles délicates que la curiosité ou le j

hasard y conduisent. 1

Les ouvrages des premiers, sortis d’un esprit juste et sage, sont les résultats de l’observation, les remparts de la saine doctrine , l’honneur de leur âge , et la lumière des siècles suivans. Les principes solides sur lesquels ils reposent, fournissent euxmêmes les moyens d’effacer les taches qui peuvent j

rencontrer, comme dans tous les produits dèrintelligence humaine. Lorsqu’ils examinent et jugent les opinions des autres, ils le font avec réserve, sans offenser les personnes ; leur équité bienveillante et éclairée faisant la juste part aux vérités découvertes ou mieux développées, et aux erreurs échap^ pées à l’auteur ou relatives à son temps, guérit la plaie d’une critique mesurée et parfois nécessaire, par le baume consolant d’éloges mérités et volontiers distribués.

Les écrits des seconds, échappés de leurs cer-veaux échauffés , ressemblent plutôt a des diatribes ou à des libelles qu’à des ouvrages scientifiques , et deviennent tôt ou tard l’opprobre de leurs auteurs^ Ainsi Paracelse, dans son délire, s’écriait qu’il fallait brûler tous les livres de médecine excepté le sien, que la plupart d’entre vous ne connaîtront proba-i blement jamais. Imaginant s’agrandir de ce qu’ils enlèvent aux autres , rien n’est sacré pour eux ; des ouvrages profonds , d’un mérite et d’une utilité reconnus , des travaux et des services importans qui ont placé leurs aiateurs sur le glorieux piédestal d’une considération générale, ne sauraient trouver grâce devant ces fougueux aristarques. Se faisant d’unè satire injurieuse un fragile tréteau qui ne peut résister au souffle du bon goût , ils tombent lot ou tard dans l’oubli avec leurs opinions décriées

par leur exagération. S’il leur est échappé quelque I^eureuse idée , elle reste stérile au milieu des sophismes et des erreurs qui servent de bases à leurs productions littéraires , et ne devient féconde que sous la plume des bons esprits , qui l’apprécient à sa valeur, s’en emparent, se l’approprient, la mettent en œuvre d’une manière utile , et prenant dans l’estime de leurs contemporains la place qu’ils pouvaient occuper, les supplantent dans la célébrité qu’ils ont ambitionnée, mais dont ils n’ont pas connu les routes honorables.

Dans leurs rapports, ceux-là payent volontiers à leurs confrères le même tribut d’indulgence dont ils savent parfaitement avoir besoin pour eux*mêmes : ils n’ignorent pas qu’ils peuvent se tromper; en conséquence ils écoutent attentivement, ils pèsent avec sagesse, et utilisent tout avec bonne foi. Ceuxci au contraire , sur-tout occupés du triomphe de leurs idées favorites, se montrent, dans les conférences médicales , bien plus empressés à la défense obstinée de la méthode qu’ils préconisent, ou à la critique aisée de ce qui a été auparavant entrepris , qu’à la recherche souvent si difficile de ce qui reste à faire. Les disciples éclairés des premiers ont toujours été la sauve* garde de la société dans ses infirmités, comme les seconds en ont toujours été le fléau.

Tels sont les hommes que nous montre l’histoire

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