CHAPITRE XVIII
Suite des corruptions parmi les Juifs : signal de leur décadence, selon que Zacharie l'avait prédit.
Encore que ces sentiments n'eussent point passé par dé-
{. Allait a s'attribuer. — Aller à, mis devant un veibo à l'infinitif, pour exprimer la fin, le résultat, était plus en usage alors qu'aujourd'hui. — « Il y a entre ces deux chutes de Jérusalem de mémorables différences, mais qui toutes vont à faire voir...» P. II, c. \xi. Uai3 sa fureur ne va qu'à briser nos autels.
COnNEILLE, Pol., I, 3.
2. Ce portrait des Pharisiens et du pharisaïsme, tracé avec une précision souveraine, est un modèle de l'art de caractériser un esprit et une école. La sévérité n'y exclut pas l'impartialité.
Aucun des mérites par lesquels avait pu se recommander cette secte, n'y est oublié.
cret public en dogme de la Synagogue, ils se coulaient ' insensiblement parmi le peuple, qui devenait inquiet, turbulent et séditieux. Enfin les divisions, qui devaient être, selon leurs prophètes ^, le commencement de leur décadence, éclatèrent à l'occasion des brouilleries survenues dans la maison des Asmonéens. Il y avait à peine soixante ans jusqu'à Jésus-Christ, quand Hyrcan et Aristobule, enfants d'Alexandre Jannée, entrèrent en guerre pour le sacerdoce, auquel la royauté était annexée. C'est ici le moment fatal ^ où l'histoire marque la première cause de la ruine des Juifs \ Pompée, que les deux frères appelèrent pour les régler % les assujettit tous deux, en même temps qu'il déposséda Antiochus surnommé l'Asiatique, dernier roi de Syrie. Ces trois princes dégradés ensemble, et comme par un seul coup, furent le signal de la décadence marquée en termes précis par le prophète Zacharie ^ Il est certain, par l'histoire, que ce changement des aflaires de la Syrie et de la Judée fut fait en môme temps par Pompée, lorsqu'après avoir achevé la guerre de Mithridate, prêt à retourner à Rome, il régla les affaires d'Orient. Le prophète a exprimé ce qui faisait à la ruine '^ des Juifs, qui, de deux frères qu'ils avaient vus rois, en * virent l'un prisonnier servir au triomphe de Pompée, et l'autre (c'est le faible Hyrcan), à qui le même
1. Se coulaient. Se répandaient, s'in- tout dans un cas pareil, avec un com- EÏnuaient. • Toutes sortes d'erreurs se plément de personne^ coulaient insensiblement dans TAngle- 6. Zacli.,xi, 8. V. ci-ilessus, c. x. B. terre. » Hist. des var,, 1. VII. — j 7. Faisait a. — Nombreux exemples ■ Cette disposition se coule si imper- au ivik siècle de faire à, faire pour, cepliblcmcnt dans les esprits. » Retz, ; au sens de favoriser, servir à. — « Tout Mémoires. j ce <^ue vous dites fait à un des desseins,
Un faiii bruil s'y coula louchant la mort du • et rien contre l'autre. » Pascal, Pensées, [roi. l éd. Havet, T. II, p. 10:i.— « Cette doc- CoBMEiLLE, lioùogune, 1, 1. i trine, outre qu'elle fait beaucoup à
î. Zach., XI, 6, 7, S, etc. B. j éclaircir la vérité que je traite... »
Bossuot, Ile s. sur la compassion de la Stc Vierge, 2» p. — « Est-ce donc faire pour le progrès d'une langue, que de... » La Bruyère, xiv. De quelques usages.
8. Cet usage explétif de la particule relative, dont on trouve encore des exemples chez les écrivains de cet âge, a disparu depuis.
3. Fatal. Même sens, que celui de l'adjectif latin, fatalis, mais rattaché à l'idée de loi divine, de providence.
4. Jos., Aiit., lib. XIY, c. S, al. 4 ; lib. XX, c. 8, al. 9 ; De beUoJud., lib. l, c. -5, 5, 6 ; Appiuu., Bell. Syr., Mithrid., et Civil., lib. Y. B.
5. Lbsdégler. — C.-à-d., leurs dilTéiciids. Régler %t dit peu ou point, sur-
Pompée ôta avec le diadème une grande partie de son domaine, ne retenir plus qu'un vain titre d'autorité, qu'il perdit bientôt. Ce fut alors que les Juifs furent faits tributaires des Romains ; et la ruine de la Syrie attira la leur, parce que ce grand royaume, réduit en province dans leur voisinage, y augmenta tellement la puissance des Romains, qu'il n'y avait plus de salut qu'à leur obéir '. Les gouverneurs de Syrie firent de continuelles entreprises sur la Judée : les Romains s'y rendirent maîtres absolus;, et en affaiblirent le gouvernement en beaucoup de choses. Par eux enfin le royaume de Juda passa des mains des Asmonéens, à qui il s'était soumis, en celles d'Hérode, étranger et Iduméen. La politique cruelle et ambitieuse de ce roi, qui ne professait qu'en apparence la religion judaïque, changea les maximes du gouvernement ancien. Ce ne sont plus ces Juifs maîtres de leur sort sous le vaste empire des Perses et des premiers Séleucides, oh ils n'avaient qu'à vivre en paix. Hérode, qui les tient de près asservis sous sa puissance, brouille * toutes choses ; confond à son gré la succession des pontifes ; affaiblit le pontificat, qu'il rend arbitraire *; énerve l'autorité du conseil de la nation, qui ne peut plus rien : toute la puissance publique passe entre les mains d'Hérode et des Romains dont il est l'esclave, et il ébranle les fondements de la république judaïque.
Les Pharisiens, et le peuple qui n'écoutait que leurs sentiments, «ouffraient cet état avec impatience. Plus ils se sentaient pressés* du joug des Gentils, plus ils conçurent pour eux de dédain et de haine. Ils ne voulurent plus
1 . Qo'a lEun OBÉIR. — Cet emploi de à, devant un verbe, avec le sens de en (répondant au gérondif latin en do], n'est pas particulier à Bossuet ; mais parmi les écrivains du xvu" siècle, il est de ceux qui usent le plus volontiers de ce tour.