Ses nécessités. Ce pluriel désigae
et à chaque coup il répondait, sans jamais se plaindre: « Malheur à Jérusalem ! » Renvoyé comme un insensé, il courait tout le pays en répétant sans cesse sa triste prédiction. Il continua durant sept ans à crier de cette sorte, sans se relâcher, et sans que sa voix s'affaiblît. Au temps du dernier siège de Jérusalem, il se renferma dans la ville, tournant infatigablement autour des murailles, et criant de toute sa force : « Malheur au temple ! mal- « heur à la ville 1 malheur à tout le peuple 1 » A la fin il ajouta : « Malheur à moi- môme 1 » et en même temps il fut emporté d'un coup de pierre lancé par une machine '.
Ne dirait-on pas. Monseigneur, que la vengeance divine s'était comme rendue visible en cet homme, qui ne subsistait que pour prononcer ses arrêts ; qu'elle l'avait rempli de sa force, afin qu'il pût égaler les malheurs du peuple par ses cris*; et qu'enfin il devait périr par un effet de cette vengeance qu'il avait si longtemps annoncée, afin de la rendre plus sensible et plus présente, quand il en serait non-seulement le prophète et le témoin, mais encore la victime ^ ?
Ce prophète des malheurs de Jérusalem s'appelait Jésus. Il semblait que le nom de Jésus, nom de salut et de paix, devait tourner aux Juifs, qui le méprisaient en la personne de notre Sauveur, à un funeste présage * ; et que ces ingrats ayant rejeté un Jésus qui leur annonçait la grâce, la miséricorde et la vie, Dieu leur envoyait un autre Jésus qui n'avait à leur annoncer que des
souvent dans notre langue les premiers et les plus pressants besoins de la vie : il sigiiilie aussi, comme en cet endroit, les choses mêmes qui sont nécessaires pour vivre.
1. Le récit, fort dramatique pourtant, de Joscphe est bien surpassé par cette page, d'une concision émouvante et terrible, dans laquelle le cri même du Juif, fréquemment et si à propos répété, retentit comme un glas funèbre.
2. Egaler, etc. C'est-à-dire, ne mettre aucun répit dans la plainte ni dans la menace, comme il n'y en avait aucun dans les maux.
3. Prophète, TÉMOIN, victime. Energique résumé, en trois mots, du caractère et de la mission du personnage dont l'étrange histoire vient d'être racontée.
4. Tourner aux Juifs Les exemples sont fréquents chez Oossuet do ce verbe ainsi construit avec deux compléments, comme verlere l'i^sl souvent en latin. V. plus haut, p. 188.— « Venez contempler les mystères du Sauveur :
regardez l'endroit par où ils vom peuvent tourner à ruine. ..t S. sur la Nativité. — • Nous sommes si dépravés, que tout nous tourne à scamlale...»
S. sur la divinité de la Relicioo.
maux irrémédiables, et l'inévitable décret de leur ruine prochaine.
Pénétrons plus avant dans les jugements de Dieu, sous la conduite de ses Écritures. Jérusalem et son temple ont été deux fois détruits; l'une par Nabuchodonosor, l'autre par Tite. Mais, en chacun de ces deux temps, la justice de Dieu s'est déclarée par les mêmes voies, quoique plus à découvert dans le dernier.
Pour mieux entendre cet ordre des conseils de Dieu, posons,- avant toutes choses, cette vérité si souvent établie dans les saintes Lettres : que l'un des plus terribles effets de la vengeance divine est lorsqu'en punition de nos péchés précédents, elle nous livre à notre sens réprouvé, en sorte que nous sommes sourds à tous les sages avertissements, aveugles aux voies' de salut qui nous sont montrées, prompts à croire tout ce qui nous perd pourvu qu'il nous flatte*, et hardis à tout entreprendre, sans jamais mesurer nos forces avec celles des ennemis ' que nous irritons.
Ainsi périrent la première fois, sous la main de Nabuchodonosor, roi de Babylone, Jérusalem et ses princes. Faibles et toujours battus par ce roi victorieux, ils avaient souvent éprouvé qu'ils ne faisaient contre lui que de vains efforts *, et avaient été obligés à lui jurer fidélité. Le prophète Jérémie leur déclarait, de la part de Dieu, que Dieu même les avait livrés à ce prince, et qu'il n'y avait de salut pour eux qu'à subir le joug ^ 11 disait à Sédécias, roi de Judée, et à tout son peuple^ : a Soumettez-vous à Nabuchodonosor, roi de Babylone,
1.ATBD6LB9 A... Façon de parler vive et concise,que l'usage n'a point consacrée.
ï. Qd'il nous flatte. Le pronom personnel est, en quelque sorte, neutre ici, et répond à iilud. Ainsi ailleurs : «... Accordez-vous, ô docteurs; et il vous sera bien aisé, pourvu que vous écoutiez le docteur céleste. » 0. F. de Nicolas Cornet. — • Cela n'est pas plaisaut à écrire, mais t7 le fut à enleodre. » Sévigué.