M. de Chateaubriand a lui-même
Je ne parlerais pas de ce beau palais qu'on appelait le Labyrinthe *, si Hérodote, qui l'a vu, ne nous assurait qu'il était plus surprenant que les pyramides. On l'avait bâti sur le bord du lac de Myris, et on lui avait donné une vue proportionnée à sa grandeur ^. Au reste, ce n'était pas tant un seul palais qu'un magnifique amas de douze palais disposés régulièrement, et qui communiquaient ensemble. Quinze cents chambres mêlées de terrasses s'arrangeaient autour de douze salles, et ne laissaient point de sortie à ceux qui s'engageaient à les visiter '. Il y avait autant de bâtiments par-dessous terre. Ces bâtiments souterrains étaient destinés à la sépulture des rois; et encore (qui le pourrait dire sans honte et sans déplorer l'aveuglemenl de l'esprit humain ?) à nourrir les crocodiles sacrés *, dont une nation d'ailleurs si sage faisait ses dieux.
Vous vous étonnez de voir tant de magnificence dans les sépulcres de l'Egypte. C'est qu 'outre qu'on les érigeait comme des monuments sacrés, pour porter aux siècles futurs la mémoire des grands princes, on les regardait encore comme des demeures éternelles ^. Les maisons étaient appelées des hôtelleries, où l'on n'était qu'en passant, et pendant une vie trop courte pour terminer tous nos desseins ® : mais les maisons véritables étaient les tombeaux, que nous devions habiter durant des siècles infinis '.
ainsi commenté ce Irait célèbre : « On ne sait ce qui l'emporte ici, de la grandeur de la pensée ou de la hardiesse de l'expression. Ce mot jouir, appliqué à un sépulcre, déclare à la fois la magniGcenee de ce sépulcre, la vanité des Pharaons qui l'élevèrent, la rapidité de no'.re existence, enfin l'incroyable néant de rhomme, qui, ne pouvant posséder pour bien réel ici-bas qu'un tombeau, est encore privé quelquefois de ce stérile patrimoine. » G. du christ., III, 8.
1. Herod., lib. II, c. 148; Diod. , lib. II, sect. 2, n. 13. B.
2. C'est-à-dire, on avait ménagé l'espace autour de cet édifice, en raison de sa grandeur.