‹ Discours sur l'histoire universelle (volume 2)Chapitre 505 sur 583 · Diod., lib. XVII, sect. 1, n. 5. B · texte numérisé non relu

Diod., lib. XVII, sect. 1, n. 5. B

4. De cet embarras. Mot fort. De ce sérieux obstacle. V. p. 505, n. 4.

Ce prince fît son entrée dans Babylone avec un éclat qui surpassait tout ce que l'univers avait jamais vu ; et après avoir vengé la Grèce, après avoir subjugué avec une promptitude incroyable toutes les terres de la domination persienne, pour assurer de tous côtés son nouvel empire, ou plutôt pour contenter son ambition, et rendre son nom plus fameux que celui de Bacchus, il entra dans les Indes, où il poussa ses conquêtes plus loin que ce célèbre vainqueur. Mais celui que les déserts, les fleuves et les montagnes n'étaient pas capables d'arrêter, fut contraint de céder à ses soldats rebutés ', qui lui demandaient du repos. Réduit à se contenter des superbes ^ monuments qu'il laissa sur le bord de l'Araspe, il ramena son armée par une autre route que celle qu'il avait tenue, et dompta tous les pays qu'il trouva sur son passage.

Il revint à Babylone craint et respecté, non pas comme un conquérant, mais comme un dieu. Mais cet empire formidable qu'il avait conquis ne dura pas plus longtemps que sa vie, qui fut fort courte. A l'âge de trentetrois ans, au milieu des plus vastes desseins qu'un homme eût jamais conçus, et avec les plus justes espérances d'un heureux succès, il mourut ^ sans avoir eu le loisir d'établir solidement ses affaires, laissant un frère imbécile et des enfants en bas âge, incapables de sou-

1. Tout l'essor de ce superbe et triomphant récit (relisez lcpuis,Ce j3?'î)îce fit son entrée) vient échouer, expirer, en quelque sorte, sur ces trois mois : ses soldats rebutés ! — /?e6uie.s, dégoûtés, à bout de patience et de courage : mot énergique et familier, qui, sous la main de Bossuet, fait merveille (Cf. p. 243 : 0 Rebuté de leur ingratitude, Dieu s'émeut, etc. •). — Ainsi le conquéi-ant devant qui tout cédait, se trouve arrêté court par un obstacle insurmontable; et c'est celui qu'il avait le moins prévu !

2. SupcauEs. Fiers. C'étaient des autels d'une grande hauteur, avec des inscriptions, par lesquelles, suivant Diodore (XC, 17), il s'égalait aux dieux.

3. Il mourut. On peut encore observer ici l'incalculable effet du nijt le

plus simple, mis en sa filace. — Au reste, la mélancolique et sublime opposition de gloire et de néant, que présente ce passage, n'appartient pas à Bossuet seul. L'éloquence du livre des Machabées est de moitié dans la grandeur du contraste. « Après qu'Alexandre, roi de Macédoine, fut sorti du pays de Cethim, et qu'il eut vaincu Darius, roi des Perses et des Mèdcs ; — II donna plusieurs batailles, il prit les villes les plus fortes de toutes les nations, il tua les rois de la terre : — Il passa jusqu'à l'extrémilé du monde, il s enrichit des dépouilles des nations, et toute la terre se tut devant lui : — 11 assembla de grandes troupes, etc.: — Après cela, il tomba malade, et il connut qu'il devait bientôt mourir... » Début du liv. I.

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tenir un si grand poids. Mais ce qu'il y avait de plus funeste pour sa maison et pour son empire, est qu'il laissait des capitaines à qui il avait appris à ne respirer que l'ambition et la guerre*. Il prévit à quels excès ils se porteraient, quand il ne serait plus au monde: pour les retenir *, et de peur d'en être dédit, il n'osa nommer ni son successeur, ni le tuteur de ses enfants. Il prédit seulement que ses amis célébreraient ses funérailles avec des batailles sanglantes ; et il expira dans la fleur de son âge, plein des tristes images ^ de la confusion qui devait suivre sa mort.

En effet, vous avez vu le partage de son empire et la ruine affreuse de sa maison. La Macédoine, son ancien roj'aume, tenu par ses ancêtres depuis tant de siècles, fut envahi de tous côtés comme une succession vacante ; et, après avoir été longtemps la proie du plus fort, il passa enfin à une autre famille. Ainsi ce grand conquérant, le plus renommé et le plus illustre qui fut jamais, a été le dernier roi de sa race. S'il fût demeuré paisible dans la Macédoine, la grandeur de son empire n'aurait pas tenté ses capitaines, et il eût pu laisser à ses enfants le royaume de ses pères. Mais parce qu'il avait été trop puissant, il fut cause de la perte de tous les siens; et voilà le fruit glorieux de tant de conquêtes '.

Sa mort fut la seule cause de cette grande révolution. Car il faut dire, à sa gloire, que si jamais homme a été capable de soutenir un si vaste empire, quoique nouvel-

1. Ne respirer que... la guerre. Sur ( d'en être dédit, il n'osa nommer, etc. ?

cette expression, v. p. 3S4, n

2. Pour les retemr, etc. On ne Toit pas bien comment le silence gardé par Alexandre mourant sur ce grand intérêt de sa succession, pouvait retenir ces capitaines qui ne respiraient que l'ambition et la guerre. La phrase suivante donne à entendre que lui-même n'attendait rien de bon de sa r'isolution de mourir intestat. — Faudrait-il lire, sans respect pour la ponctuation des éditions originales, suivie dans toutes les

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