NOÉ, OU LE DÉLUGE
Deuxième âge du monde.
1656 2348 Près du délugc se rangent le décroissement
1657 2347 dc la vlc humainc ; le changement dans le vi-
vre , et une nouvelle nourriture substituée aux fruits de la terre ; quelques préceptes donnés à Noé de vive voix seulement ; la confusion des 1757 2247 laugucs , arrlvéc à la tour de Babel, premier monument de l'orgueil et de la faiblesse des hommes; le partage des trois enfants de Noé , et la première distribution des terres.
La mémoire de ces trois premiers auteurs des nations et des peuples s'est conservée parmi les hommes. Japhet, qui a peuplé la plus grande partie de l'Occident, y est demeuré célèbre sous le nom fameux d'Iapet. Gham et son fils Chanaan n'ont pas été moins connus parmi les Égyptiens et les Phéniciens ; et la mémoire de Sem a toujours duré dans le peuple hébreu, qui en est sorti.
Un peu après ce premier partage du genre humain, Nemrod , homme farouche, devient
^ Beros. Chald. Hist. Chald. Hieron. ^Egypt. Phaen. Hist. Mnas. Nie. Damasc. lib. xcvi. Abyd. de Med. et Assyr. apud Jos. Antiq. Jud., 1. i , c. 4 , al, 5 , et 1. I, coiit. Apion : et Euseb. Praep. Ev. lib. ix , c 11 , 12. Plutarc. opusc. Plusneso lert. terr. an aquab. Lu^ian. de Dea Syr.
Ans dev.
par son humeur violente le premier des conque- ^"^ rants; et telle est Torigine des conquêtes. Il monde, j.t établit son royaume à Babylone^^ au même lieu où la tour avait été commencée, et déjà élevée fort haut , mais non pas autant que le souhaitait la vanité humaine. Environ dans le même temps Ninive fut bâtie, et quelques anciens royaumes établis. Ils étaient petits dans ces premiers temps ; et on trouve dans la seule Egypte quatre dynasties ou principautés, celle de Thèbes, celle de Thin, celle de Memphis, et celle de Tanis : c'était la capitale de la basse Egypte. On peut aussi rapporter à ce temps le commencement des lois et de la police des Égyptiens; celui de leurs pyramides, qui durent encore, et celui des observations astronomiques^ 1771 2923 tant de ces peuples que des Ghaldéens. Aussi voit-on remonter jusqu'à ce temps, et pas plus haut^ les observations que les Ghaldéens , c'està-dire, sans contestation, les premiers observateurs des astres, donnèrent dans Babylone à Cal~ listhène pour Aristote ^.
Tout commence : il n'y a point d'histoire ancienne où il ne paraisse, non-seulement dans ces premiers temps, mais encore longtemps après % des vestiges manifestes de la nouveauté du monde. On voit les lois s'établir, les mœurs se polir, et les empires se former. Le genre humain sort peu à peu de l'ignorance; Fexpé- '^ience l'instruit , et les arts sont inventés ou
* Gen. X, 8, 9, 10, 11. — '■ Porphyr. apud Simpl. in libr. Il Aristot. de Cœlo. — ^ Var. Édition de 1681 : mais longtemps.
Ans Ans
du dev.
monde. J. C.
perfectionnés. A mesure que les hommes se multiplient, la terre se peuple de proche en proche : on passe les montagnes et les précipices; on traverse les fleuves, et enfin les mers; et on établit de nouvelles habitations. La terre, qui n'était au commencement qu'une forêt immense, prend une autre forme; les bois abattus font place aux champs, aux pâturages , aux hameaux, aux bourgades, et enfin aux villes. On s'instruit à prendre certains animaux, à apprivoiser les autres, et à les accoutumer au service. On eut d'abord à combattre les bêtes farouches. Les premiers héros se signalèrent dans ces guerres. Elles firent inventer les armes, que les hommes tournèrent après contre leurs semblables : Nemrod, le premier guerrier et le premier conquérant, est appelé dans l'Écriture sainte un fort chasseur ^ Avec les animaux, l'homme sut encore adoucir les fruits elles plantes; il pliajusqu'aux métaux àson usage, et peu à peu il y fit servir toute la nature. Comme il était naturel que le temps fit inventer beaucoup de choses, il devait aussi en faire oublier d'autres, du moins à la plupart des hommes. Ces premiers arts que Noé avait conservés, et qu'on voit aussi toujours en vigueur dans les contrées où se fit le premier établissement du genre humain, se perdirent à mesure qu'on s'éloigna de ce pays . Il fallut, ou les rapprendre avec le temps, ou que ceux qui les avaient conservés les reportassent aux autres. C'est pourquoi on voit tout venir de ces terres toujours habitées, où les fon-
' Gen. X - 9.
SUR L HISTOIRE UNIVERSELLE. 29 déments des arts demeurèrent en leur entier; et ^"^ ^"'
-' du dcv.
là même on apprenait tous les jours beaucoup "^«"^« •'• ^• de choses importantes. La connaissance de Dieu et la mémoire de la création s'y conserva; mais elle allait s'affaiblissant peu à peu. Les anciennes traditions s'oubliaient et s'obscurcissaient ; les fables, qui leur succédèrent, n'en retenaient plus que de grossières idées ; les fausses divinités se multipliaient : et c'est ce qui donna lieu à la vocation d'Abraham.