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qui estlemaitre de la vie humaine^ y règne partout, et qu'on ne voit nulle part une plus belle application des principes de l'équité naturelle.
Malgré cette grandeur du nom romain , malgré la politique profonde et toutes les belles institutions de cette fameuse république , elle portait en son sein la cause de sa ruine^ dans la jalousie perpétuelle du peuple contre le sénat, ou plutôt des plébéiens contre les patriciens. Romulus avait établi cette distinction ^ Il fallait bien que les rois eussent des gens distingués qu'ils attachassent à leur personne par des liens particuliers ;, et par lesquels ils gouvernassent le reste du peuple. C'est pour cela que Romulus choisit les Pères, dont il forma le corps du sénat. On les appelait ainsi à cause de leur dignité et de leur âge; et c'est d'eux que sont sorties* les familles patriciennes. Au reste, quelque autorité que Romulus eût réservée au peuple, il avait mis les plébéiens en plusieurs manières dans la dépendance des patriciens; et cette subordination nécessaire à la royauté avait été conservée non-seulement sous les rois^ mais encore dans la république. C'était parmi les patriciens qu'on prenait toujours les sénateurs : aux patriciens appartenaient les emplois , les commandements , les dignités , même celle du sacerdoce ; et les Pères , qui avaient été les auteurs de la liberté, n'abandonnèrent pas leurs prérogatives. Mais la jalousie se mit bientôt entre les deux ordres : car je n'ai pas besoin de parler ici des chevaliers romains, troisième ordre comme mitoyen entre les patriciens et le simple peuple, qui prenait tantôt un parti et tantôt l'autre. Ce fut donc entre ces deux ordres que se mit la jalousie : elle se réveillait en diverses occasions; mais
' Dion. Hal., lib. ii, c. 4.
* Var. ÈdW'xon de 1681 : sont sorties dans la suite les familles patriciennes.
la cause profonde qui Teniretenait était l'amour de la liberté.
La maxime fondamentale de la république était de regarder la liberté comme une chose inséparable du nom romain. Un peuple nourri dans cet esprit, disons plus, un peuple qui se croyait né pour commander aux autres peuples, et que Virgile, pour cette raison, appelle si noblement un peuple-roi , ne voulait recevoir de loi que de lui-même.
L'autorité du sénat était jugée nécessaire pour modérer les conseils publics, qui , sans ce tempérament , eussent été trop tumultueux. Mais, au fond, c'était au peuple à donner les commandements , à établir les lois , à décider de la paix et de la guerre. Un peuple qui jouissait des droits les plus essentiels de la royauté entrait en quelque sorte dans Thumeur des rois. Il voulait bien être conseillé, mais non pas forcé par le sénat. Tout ce qui paraissait trop impérieux, tout ce qui s'élevait audessus des autres , en un mot tout ce qui blessait ou semblait blesser l'égalité que demande un État libre , devenait suspect à ce peuple délicat. L'amour de la liberté, celui de la gloire et des conquêtes, rendait de tels esprits difficiles à manier; et cette audace, qui leur faisait tout entreprendre au dehors, ne pouvait manquer de porter la division au dedans.
Ainsi Rome, si jalouse de sa liberté, par cet amour de la liberté qui était le fondement de son État, a vu la division se jeter entre tous les ordres doni elle était composée. De là ces jalousies furieuses entre le sénat et le peuple , entre les patriciens et les plébéiens ; les uns alléguant toujours que la liberté excessive se détruit enfin elle-même; et les autres craignant, au contraire , que l'autorité , qui de sa nature croît toujours, ne dégénérât enfin en tyrannie.
Entre ces deux extrémités, un peuple d'ailleurs si sage ne put trouver le milieu. L'intérêt particulier/ qui fait que de part ou d'autre on pousse plus loin qu'il ne faut même ce qu'on a commencé pour le bien public , ne permettait pas qu'on demeurât dans des conseils modérés. Les esprits ambitieux et remuants excitaient les jalousies pour s'en prévaloir; et ces jalousies, tantôt plus couvertes et tantôt plus déclarées , selon les temps, mais toujours vivantes dans le fond des cœurs, ont enfin causé ce grand changement qui arriva du temps de César, et les autres qui ont suivi.