CHAPITRE XV
Attente du Messie : sur quoi fondée ; préparation à son règne et à la conversion des Gentils.
[Sommaire. — Après l'exposé historique des chapitres précédents , qui différent i'une histoire proprement dite en ce que l'auteur considère moins les faits en particulier que leur ensemble et leur suite, l'auteur revient à des considérations de philosophie religieuse, et établit la concordance des faits avec les prophéties : la raison de l'absence de prophéties nouvelles tirée de la foi bien établie aux anciennes, et à l'avènement au Messie. • Ce qui se passoit même parmi les Grecs éloit une espèce
1 Ezech., xvi, 53, 53, 61 ; Jcrcm., xxxi,5; / Mach., x, 50. B.— a Joseph., Ant. Jud. lib. xui, c- vin, xvn, xvm, al. iv, ix, x. B.— 3 Zach., IX, 1, 2 et sqq. B.
de préparation à la connoissance de la vérité. » Cette pensée est développée ea quelques mots sur la philosophie grecque et la notion de Dieu.]
Mais, en quelque état qu'il fût, il vivoit toujours en attente des temps du Messie, où il espéroit 1 de nouvelles grâces plus grandes crue toutes celles qu'il avoit reçues ; et il n'y a personne qui ne voie que cette foi du Messie et de ses merveilles, qui dure encore aujourd'hui parmi les Juifs, leur est venue de leurs patriarches et de leurs prophètes dès l'origine de leur nation2. Car dans cette longue suite d'années, où eux-mêmes reconnoissoient que, par un conseil de la Providence, il ne s'éîevoit plus parmi eux aucun prophète, et que Dieu ne leur faisoit point de nouvelles prédictions ni de nouvelles promesses, cette foi du Messie qui devoit venir étoit plus vive que jamais. Ette se trouva si hien établie, quand le second temple fut bâti, qu'il n'a plus fallu de prophète pour y confirmer le peuple. Ils vivoient scus la foi des anciennes prophéties qu'ils avoient'vues s'accomplir si précisément à leurs yeux en tant de chefs : le reste, depuis ce temps, ne leur a jamais paru douteux, et ils n'avoieni point de peine à croire que Dieu, si fidèle en tout , n'accomplît3 encore en son temps ce qui regardoit le Messie, c'est-à-dire la principale de ses promesses et le fondement de toutes les autres.
En effet, toute leur histoire, tout ce qui leur arrivoit de jour en jour, n'étoit qu'un perpétuel développement4 des oracles que le Saint-Esprit leur avoit laissés. Si, rétablis dans leur terre après la captivité, ils jouirent durant trois cents ans d'une paix profonde ; si leur temple fut révéré, et leur religion honorée dans tout l'Orient ; si enlin leur paix fut troublée par leurs dissensions ; si ce superbe roi de Syrie fit des efforts inouïs pour les détruire; s'il prévalut quelque temps ; si un peu après il fut puni ; si la religion judaïque et tout le peuple de Dieu fut relevé5 avec un éclat plus merveilleux que jamais, et le royaume de Juda accru sur la fin des temps par de nouvelles conquêtes, on a vu 6 que tout cela se trouvoit écrit dans leurs prophètes. Oui, tout y étoit marqué, jusqu'au temps7 que de
1 Var. « Où il allendoit. » Attendait était trop rapproché d'attente. D'ailleurs espérer dit plus qu'attendre.— 2 Joseph., lib. i cont. Apion. B — 3 In
correction pour, que Dieu accomplirait.— ** Un accomplissement suc
cessif. — » Il faudrait : furent relevés. ?tïais si dans la pensée de l'historieD, la religion judaïque et le peuple de Dieu ne devaient faire cp'one seule et même chose, il aurait alors fallu supprimer la conjonction et.— 6 Var. « Vous •îvez vu, Monseigneur. » — 7 Et même le temps.
voient durer les persécutions, jusqu'aux lieux où se donnèrent les combats, jusqu'aux terres qui dévoient être conquises.
Je vous ai rapporté en gros quelque chose de ces prophéties, le détail seroit la matière d'un plus long discours : mais vous en voyez assez pour demeurer convaincu de ces fameuses prédictions qui font le fondement de notre croyance : plus on les approfondit, plus on y trouve de vérité ; et les prophéties ' du peuple de Dieu ont eu, durant tout ces temps, un accomplissement si manifeste, que depuis, quand les païens mêmes, quand un Porphyre, quand un Julien2 l'Apostat3, ennemis d'ailleurs des Ecritures, ont voulu donner des exemples de prédictions prophétiques, ils les ont été chercher parmi les Juifs.
Et je puis même vous dire avec vérité, que si durant cinq cents ans le peuple de Dieu fut sans prophète, tout l'éiat de ces temps étoit prophétique. L'œuvre de Dieu s'acheminoit, et les voies se préparoient insensiblement à l'entier accomplissement des anciens oracles.
Le retour de la captivité de Babylone n étoit qu'une ombre de la liberté, et plus grande et plus nécessaire, que le Messie devoit apporter aux hommes captifs du péché. Le peuple dispersé en divers endroits dans la haute Asie, dans l'Asie Mineure, dans l'Egypte, dans la Grèce même, commençoità faire éclater parmi les Gentils le nom et la gloire du Dieu d'Israël. Les Ecritures, qui dévoient un jour être ia lumière du monde, furent mises dans la langue la plus connue de l'univers : leur antiquité est reconnue *. Pendant que le temple est révéré et les Ecritures répandues parmi les Gentils, Dieu donne quelque idée de leur conversion future et en jette de loin les fondements.
Ce qui se passoit même parmi les Grecs, étoit une espèce de préparation à la connoissance de la vérité. Leurs philosophes connurent5 que le monde étoit régi 6 par un Dieu bien différent de ceux que le vulgaire adoroit, et qu'ils servoient eux-mêmes avec le vulgaire. Les histoires grecques font foi que cette belle philosophie venoit d'Orient, et des endroits où les Juifs avoient
1 f ar. « Je ne veux donner ici qu'une première teinture de ces vérités importantes, qu'on reconnoît d'autant plus qu'on entre plus avant dans le particulier. Je remarquerai seulement ici que les prophéties, etc. » — 'Dans cette phrase, un n'est pas employé pour exprimer l'indétermination, mais par emphase ou dédain.— 3 Porph. de Abslin., lib. iv, g 13; Id. Porph. et Jul. apud Cyril., lib. v et vi in Julian.K.— * 11 fallait, fut reconnue, parce qu'il s'agit d'un temps passé. — 5 Reconnurent , c'est le sens du latin cognoverunt.—* Il fallait, est régi, parce que le fait énoncé existe toujours.
LA SUITE DE LA RELIGION. \o^
été dispersés : mais, de quelque endroit qu'elle soit venue, une vérité si importante répandue parmi les Gentils, quoique combattue, quoique mal suivie, même par ceux qui l'enseignoient, commençoit à réveiller le genre humain, et fournissoit par avance des preuves certaines à ceux qui dévoient un jour le tirer de son ignorance.