I. Plat., deLeg., lib. VI
ment blâmé toutes les images malhonnêtes, en excepte celles des dieux qui voulaient être honorés par ces infamies ^ On ne peut lire sans étonnement les honneurs qu'il fallait rendre à Vénus, et les prostitutions qui étaient établies pour l'adorer ^ La Grèce, toute polie et toute sage qu'elle était, avait reçu ces mystères abominables. Dans les affaires pressantes, les particuliers et les républiques vouaient à Vénus des courtisanes ^, et la Grèce ne rougissait pas d'attribuer son salut aux prières qu'elles faisaient à leur déesse. Après la défaite de Xerxès et de ses formidables armées, on mit dans le temple un tableau où étaient représentés leurs vœux et leurs processions avec cette inscription de Simonide, poète fameux ; « Celles-ci ont prié la déesse Vénus, qui pour l'amour d'elles a sauvé la Grèce ».
S'il fallait adorer l'amour, ce devait être du moins l'amour honnête ; mais il n'en était pas ainsi. Solon, qui le pourrait croire, et qui attendrait d'un si grand nom une si grande infamie? Solon, dis-je, établit à Athènes le temple de Vénus la Prostituée*, ou de l'amour impudique. Toute la Grèce était pleine de temples consacrés à ce dieu, et l'amour conjugal n'en avait pas un dans tout le pays.
Cependant ils détestaient l'adultère dans les hommes et dans les femmes ; la société conjugale était sacrée parmi eux. Mais quand ils s'appliquaient à la religion, ils paraissaient comme possédés par un esprit étranger, et leur lumière naturelle les abandonnait.
La gravité romaine n'a pas traité la religion plus sérieusement, puisqu'elle consacrait à l'honneur des dieux les impuretés du théâtre et les sanglants spectacles des gladiateurs, c'est-à-dire, tout ce qu'on pouvait imaginer de plus corrompu et de plus barbare.
Mais je ne sais si les folies ridicules qu'on mêlait dans la religion n'étaient pas encore plus pernicieuses, puisqu'elles lui attiraient tant de mépris. Pouvait-on garder le respect qui est dû aux choses divines, au milieu des impertinences^
i. Arist., lib. VU, Polit.
2. Baruch, vi, 10, 42, 43 ; Hérodot., lib. I ; Strab., lib. XV.