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« et les paroles que j'ai mises en ta bouche demeureront « éternellement non seulement dans ta bouche, mais encore « dans la bouche de tes enfants, et des enfants de tes en- K fants, maintenant et à jamais, dit le Seigneur' ».
Il nous fait donc voir clairement qu'après la conversion des gentils, le Sauveur que Sion avait méconnu, et que les enfants de Jacob avaient rejeté, se tournera vers eux, effacera leurs péchés, et leur rendra l'intelligence des prophéties qu'ils auront perdue durant un long temps, pour passer successivement et de main en main dans toute la postérité, et n'être plus oubliée jusqu'à la fin du monde, et autant de temps qu'il plaira à Dieu le faire durer après ce merveilleux événement.
Ainsi les Juifs reviendront un jour, et ils reviendront pour ne s'égarer jamais; mais ils ne reviendront qu'après e que l'Orient et l'Occident », c'est-à-dire tout l'univers, auront été remplis de la crainte et de la connaissance de Dieu.
Le Saint-Esprit fait voir à saint Paul que ce bienheureux retour des Juifs sera l'effet de l'amour que Dieu a eu pour leurs pères. C'est pourquoi il achève ainsi son raisonnement. « Quant àl'Evangile », dit-iP, que nous vous prêchons maintenant, les Juifs sont ennemis pour l'amour de vous» :si Dieu les a réprouvés, c'a été, à gentiFs, pour vous appeler; « mais, quant à l'élection » par laquelle ils étaient choisis dès le temps de l'alliance jurée avec Abraham, t ils lui demeurent toujours chers, à cause de leurs pères : car les dons et la vocation de Dieu sont sans repentance. Et, comme vous ne croyiez point autrefois, et que vous avez maintenant obtenu miséricorde à cause de l'incrédulité dos Juifs », Dieu ayant voulu vous choisir pour les remplacer, c ainsi les Juifs n'ont point cru que Dieu vous ait voulu faire miséricorde, afin qu'un jour ils la reçoivent : car Dieu a tout renfermé dans l'incrédulité, pour faire miséricorde à tous », et afin que tous connussent le besoin qu'ils ont de sa grâce, t 0 profondeur des trésors de la sagesse et de la science de Dieu ! que ses jugements sont incompréhensibles et que ses voies sont impénétrables! Car qui a connu les desseins de Dieu, ou qui est entré dans ses conseils? Qui lui a donné le premier pour en tirer récompense, puisque c'est de
i. Rom., XI, 28, etc.
lui, et par lui, et en lui, que sont toutes choses? La gloire lui en soit rendue durant tous les siècles » !
Voilà ce que dit saint Paul sur l'élection des Juifs, sur leur chute, sur leur retour, et enfin sur la conversion des gentils, qui sont appelés pour tenir leur place, et pour les ramener à la fin des siècles à la bénédiction promise à leurs pères, c'est-à-dire au Christ qu'ils ont renié. Ce grand apôtre nous fait voir la grâce qui passe de peuple en peuple pour tenir les peuples dans la crainte de la perdre, et nous en montre la force invincible, en ce qu'après avoir converti les idolâtres elle se réserve pour dernier ouvrage de convaincre l'endurcissement et la perfidie judaïque.
Par ce profond conseil de Dieu les Juifs subsistent encore au milieu des nations, où ils sont dispersés et captifs; mais ils subsistent avec le caractère de leur réprobation, déchus visiblement par leur infidélité des promesses faites à leurs pères, bannis de la terre promise, n'ayant même aucune terre à cultiver, esclaves partout où ils sont, sans honneur, sans liberté, sans aucune figure de peuple.
Ils sont tombés en cet état trente-huit ans après qu'ils ont eu crucifié Jésus-Christ, et après avoir employé à persécuter ses disciples le temps qui leur avait . été laissé pour se reconnaître. Mais, pendant que l'ancien peuple est réprouvé pour son infidélité, le nouveau peuple s'augmente tous les jours parmi les gentils ; l'alliance faite autrefois avec Abraham s'étend -selon la promesse à tous les peuples du monde qui avaient oublié Dieu ; l'Église chrétienne appelle à lui tous les hommes; et, tranquille durant plusieurs siècles, parmi des persécutions inouïes, elle leur montre à ne point attendre leur félicité sur la terre.
C'était là. Monseigneur, le plus digne fruit de la connaissance de Dieu, et l'effet de cette grande bénédiction que le monde devait attendre par Jésus-Christ. Elle allait se répandant tous les jours de famille en famille et de peuple en peuple ; les hommes ouvraient les yeux de plus en plus pour connaître l'aveuglement où l'idolâtrie les avait plongés; et malgré toute la puissance romaine on voyait les chrétiens sans révolte, sans faire aucun trouble, et seulement en souffrant toute sorte d'inhumanités, changer la face du monde et s'étendre par tout l'univers.
La promptitude inouïe avec laquelle se fit ce grand changement est un miracle visible. Jésus-Christ avait prédit que
son Evangile serait bientôt prêché par toute la terre : cette merveille devait arriver incontinent après sa mort, et il avait dit « qu'après qu'on l'aurait élevé de terre », c'est-àdire qu'on l'aurait attaché à la croix, « il attirerait à lui toutes choses* s. Ses apôtres n'avaient pas encore, achevé leur course, et saint Paul disait déjà aux Romains « que leur foi était annoncée dans tout le raonde^ ». U disait aux Colossiens que l'uivangile était ouï « de toute créature qui était sous le ciel; qu'il était prêché, qu'il fructifiait, qu'il croissait par tout l'univers^ ». Une tradition constante nous apprend que saint Thomas le porta aux Indes*, et les autres en d'autres pays éloignés. Mais on n'a pas besoin des histoires pour confirmer cette vérité : l'effet parle, et on voit assez avec combien de raison saint Paul applique aux apôtres ce passage duPsalmiste^ : a Leur voix s'est fait entendre par toute la terre, et leur parole a été portée jusqu'aux extrémités du monde ». Sous leurs disciples il n'y avait presque plus de pays si reculé et si inconnu où l'Évangile n'eût pénétré. Cent ans après Jésus-Christ, saint Justin comptait déjà parmi les fidèles beaucoup de nations sauvages, et jusqu'à ces peuples vagabonds qui erraient de çà et de là sur des chariots sans avoir de demeure fixe^. Ce n'était point une vaine exagération; c'était un fait constant et notoire qu'il avançait en présence des empereurs et à la face de tout l'univers. Saint Irénée vient un peu après, et on voit croître le dénombrement qui se faisait des églises. Leur concorde était admirable : ce qu'on croyait dans les Gaules, dans les Espagnes, dans la Germanie, on le croyait dans l'Egypte et dans l'Orient; et comme « il n'y avait qu'un même soleil dans tout l'univers, on voyait dans toute l'Église depuis une extrémité du monde à l'autre la même lumière de la vérité^ ».
Si peu qu'on avance, on est étonné des progrès qu'on voit.