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Il n'en savait pas tout le secret : l'heure n'était pas encore venue où les empereurs devaient reconnaître Jésus- Christ. C'était le temps des humiliations et des persécutions de l'Église. C'est pourquoi Titus, assez éclairé pour connaître que la Judée périssait par un effet manifeste de la justice de Dieu, ne connut pas quel crime Dieu avait voulu punir si terriblement. C'était le plus grand de tous les crimes; crime jusqu'alors inouï, c'est-à-dire le déicide, qui aussi a donné lieu à une vengeance dont le monde n'avait vu encore aucun exemple.
Mais, si nous ouvrons un peu les y^ux et si nous considérons la suite des choses, ni ce crinde des Juifs ni son châtiment ne pourront nous être cachés.
Souvenons-nous seulement de ce que Jésus-Christ leur avait prédit. Il avait prédit la ruine entière de Jérusalem et du temple. « Il n'y restera pas, dit-il*, pierre sur pierre ». Il avait prédit la manière dont cette ville ingrate serait assiégée, et cette effroyable circonvallation qui la devait environner; il avait prédit cette faim horrible qui devait tourmenter ses citoyens, et n'avait pas oublié les faux prophètes par lesquels ils devaient être séduits. Il avait averti les Juifs que le temps de leur malheur était proche ; il avait donné les signes certains qui devaient en marquer l'heure précise ; il leur avait expliqué^ la longue suite de crimes qui devait leur attirer un tel châtiment : en un mot, il avait fait toute l'histoire du siège et de la désolation de Jérusalem.
Et remarquez. Monseigneur, qu'il leur fil ces prédictions vers le temps de sa passion, afin qu'ils connussent mieux la cause de tous leurs maux. Sa passion approchait quand il leur dit ^ : « La sagesse divine vous a envoyé des prophètes, des sages et des docteurs ; vous en tuerez les uns, vous en crucifierez les autres ; vous les flagellerez dans vos synagogues; vous les persécuterez de ville en ville, afin que tout le sang innocent qui a été répandu sur la terre retombe sur vous, depuis le sang d'Abel le juste jusqu'au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez massacré entre le temple et l'autel. Je vous dis en vérité, toutes ces choses viendront sur la race qui est à présent. Jérusalem, Jérusalem,
i. Matth., ïxiv.l, 2; Marc, xui, 1, 2; Luc, xxi, 5,6. 2. Expliqué, déroulé, du latin, explieare. S.Mattti.i xxm, :n, etc.
qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai- je voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses petits sous ses ailes ; et tu ne l'as pas voulu I Le temps approche que vos maisons demeureront désertes ».
Voilà l'histoire des Juifs. Us ont persécuté leur Messie et en sa personne et en celle des siens ; ils ont remué tout l'univers contre ses disciples, et ne les ont laissés en repos dans aucune ville ; ils ont armé les Romains et les empereurs contre l'Église naissante ; ils ont lapidé saint Etienne, tué les deux Jacques que leur sainteté rendait vénérables même parmi eux, immolé saint Pierre et saint Paul par l'épée et par les mains des gentils. Il faut qu'ils périssent. Tant de sang mêlé à celui des prophètes qu'ils ont massacrés crie vengeance devant Dieu : « Leurs maisons et leur ville va être déserte ^ » ; leur désolation ne sera pas moindre que leur crime ; Jésus-Christ les en avertit ; le temps est proche : « Toutes ces choses viendront sur la race qui est à présent»; et encore : « Cette génération ne passera pas sans que ces choses arrivent ^ », c'est-à-dire que les hommes qui vivaient alors en devaient être les témoins.
Mais écoutons la suite des prédictions de notre Sauveur. Comme il faisait son entrée dans Jérusalem quelques jours avant sa mort, touché des maux que cette mort devait attirer à cette malheureuse ville, il la regarde en pleurant : a Ah I dit-iP, ville infortunée, si tu connaissais du moins en ce jour qui t'est encore donné » pour te repentir, o ce qui te pourrait apporter la paix 1 Mais maintenant tout ceci est caché à tes yeux. Viendra le temps que tes ennemis t'environneront de tranchées, et t'enfermeront, et te serreront de toutes parts, et te détruiront entièrement, toi et tes enfants, et ne laisseront en toi pierre sur pierre, parce que tu n'as pas connu le temps auquel Dieu t'a visitée ».
C'était marquer assez clairement et la manière du siège et les derniers effets de la vengeance. Mais il ne fallait pas que Jésus allât ati supplice sans dénoncer à Jérusalem com-
d. Leurs maisons et leur ville va être déserte. On trouve souvent dans Bossuet le verbe au singulier avec deux ou plusieurs noms, chacun au singulier, mais rarement, comme ici, avec deux sujets, dont le premier soit au pluriel.