Deut., xxvn
3. Garizim. Les Samaritains soutenaient que Dieu avait établi le culte public sur la montagne de Garizim, près de Samarie.
290 PARTIE n, CHAPITRE XXVIII
indépendant de celui des Juifs. Loin qu'on puisse s'imaginer que ces schismatiques aient pris quelque chose des Juifs et d'Esdras, nous avons vu au contraire que c'est en haine des Juifs et d'Esdras, et en haine du premier et du second temple, qu'ils ont inventé leur chimère de Garizim. Qui ne voit donc qu'ils auraient plutôt accusé les impostures des Juifs que de les suivre ? Ces rebelles qui ont méprisé Esdras et tous les prophètes des Juifs, avec leur temple et Salomon qui l'avait bâti, aussi bien que David qui en avait désigné le lieu, qu'ont-ils respecté dans leur Pentateuque, sinon une antiquité supérieure non seulement à celle d'Esdras et des prophètes, mais encore à celle de Salomon et de David, en un mot l'antiquité de Moïse dont les deux peuples conviennent ? Combien donc est incontestable l'autorité de Moïse et du Pentateuque, que toutes les objections ne font qu'affermir !
Mais d'où viennent ces variétés des textes et des versions? D'où viennent-elles en effet, sinon de l'antiquité du livre même qui a passé par les mains de tant de copistes depuis tant de siècles que la langue dans laquelle il est écrit a cessé d'être commune ? Mais laissons les vaines disputes, et tranchons en un mot la difficulté par le fond. Qu'on me dise s'il n'est pas constant que de toutes les versions, et de tout le texte quel qu'il soit, il en reviendra toujours les mêmes lois *, les mêmes miracles, les mêmes prédictions, la même suite d'histoire, le même corps de doctrine, et enfln la même substance. En quoi nuisent après cela les diversités des textes ? Que nous fallait-il davantage que- ce fond inaltérable des livres sacrés, et que pouvions-nous demander de plus à la divine providence? Et, pour ce qui est des versions, est-ce une marque de supposition ou de nouveauté, que la langue de l'Ecriture soit si ancienne qu'on en ait perdu les délicatesses, et qu'on se trouve empêché à en rendre toute l'élégance ou toute la force dans la dernière rigueur? N'est-ce pas plutôt une preuve de la plus grande antiquité ? Et, si on veut s'attacher aux petites choses, qu'on me dise si de tant d'endroits où il y a de
1. Il en reviendra toujours les 'mêmes lois, il en sortira, il s'en dégagera...
2. Davantage que. Cette tournure, qui a vieilli, se retrouve dans tous les grands écrivains du XVll* siècle.
l'embarras, on en a jamais rétabli* un seul par raisonnement ou par conjecture. On a suivi la foi des exemplaires ; et, comme la tradition n'a jamais permis que la saine doctrine pût être altérée, on a cru que les autres fautes, s'il y en restait, ne serviraient qu'à prouver qu'on n'a rien ici innové par son propre esprit.
Mais enfin, et voici le fort de l'objection, n'y a-t-il pas des choses ajoutées dans le texte de Moïse, et d'oii vient qu'on trouve sa mort à la fin du livre qu'on lui attribue ? Quelle merveille que ceux qui ont continué son histoire aient ajouté sa fm bienheureuse au reste de ses actions, afin de faire du tout un même corps ? Pour les autres' additions, voyons ce que c'est. Est-ce quelque loi nouvelle, ou quelque nouvelle cérémonie, quelque dogme, quelque miracle, quelque prédiction? On n'y songe seulement pas; il n'y en a pas le moindre soupçon ni le moindre indice; c'eût été ajoutera l'œuvre de Dieu : la loi l'avait défendu ^, et le scandale qu'on eût causé eût été horrible. Quoi donc I on aura continué peut-être une généalogie commencée; on aura peut-être expliqué un nom de ville changé par le temps; à l'occasion de la manne dont le peuple a été nourri durant quarante ans, on aura marqué le temps où cessa cette nourriture céleste, et ce fait, écrit depuis dans un autre livre ^, sera demeuré par remarque* dans celui de Moïse ^ comme un fait constant et public dont tout le peuple était témoin ; quatre ou cinq remarques de cette nature faites par Josué, ou par Samuel, ou par quelque autre prophète d'une pareille antiquité, parce qu'elles ne regardaient que des faits notoires et où constamment il n'y avait point de difficulté, auront naturellement passé dans le texte; et la même tradition nous les aura apportées avec tout le reste : aussitôt tout sera perdu? Esdras sera accusé, quoique le samaritain, où ces remarques se trouvent, nous montre qu'elles ont une antiquité non seulement au-dessus d'Esdras, mais encore au-dessus du schisme des dix tribus ? N'importe ; il faut que tout retombe