Diod., I, sect. u
pait*. C'est une consolation en mourant de laisser son nom en estime parmi les hommes, et, de tous les biens humains, c'est le seul que la mort ne nous peut ravir. Mais il n'était pas permis en Egypte de louer indifféremment tous les morts: il fallait avoir cet honneur par un jugement public^. Aussitôt qu'un homme était mort, on l'amenait en jugement. L'accusateur public était écouté. S'il prouvait que la conduite du mort eût été mauvaise, on en condamnait la mémoire ^, et il était privé de la sépulture. Le peuple admirait le pouvoir des lois, qui s'étendait jusqu'après la mort, et chacun, touché de l'exemple, craignait de déshonorer sa mémoire et sa famille. Que si le mort n'était convaincu d'aucune faute, on l'ensevelissait honorablement; on faisait son panégyrique, mais sans y rien mêler de sa naissance. Toute l'Egypte était noble, et d'ailleurs on n'y goûtait de louanges que celles qu'on s'attirait par son mérite.
Chacun sait combien curieusement* les Égyptiens conservaient les corps morts. Leurs momies se voient encore. Ainsi leur reconnaissance envers leurs parents était immortelle ; les enfants, en voyant les corps de leurs ancêtres, se souvenaient de leurs vertus que le public avait reconnues, et s'excitaient à aimer les lois qu'ils leur avaient laissées.
Pour empêcher les emprunts ^, d'où naissent la fainéantise, les fraudes et la chicane, l'ordonnance du roi Asychis ne permettait d'emprunter qu'à condition d'engager le corps de son père à celui dont on empruntait ^. C'était une impiété et une infamie tout ensemble de ne pas retirer assez promptement un gage si précieux, et celui qui mourait sans s'être acquitté de ce devoir était privé de la sépulture.
Le royaume était héréditaire ; mais les rois étaient obli-
i. [Jugement) dont personne n'échappait. On dirait aujourd'hui c auquel >.