‹ Discours sur l'histoire universelleChapitre 292 sur 339 · Conduite, suite dans les desseins · texte numérisé non relu

Conduite, suite dans les desseins

non seulement de ce qui était nécessaire pour la vie, mais encore de ce qui servait au plaisir, consumait tout en peu de temps, et on a peine à comprendre d'où il pouvait tirer sa subsistance.

Cependant, avec ce grand appareil, les Perses étonnaient les peuples qui ne savaient pas mieux la guerre qu'eux. Ceux mêmes qui la savaient se trouvèrent ou affaiblis par leurs propres divisions, ou accablés par la multitude de leurs ennemis ; et c'est par là que l'Egypte, toute superbe qu'elle était et de son antiquité et de ses sages institutions et des conquêtes de son Sésosiris *, devint sujette des Perses. Il ne leur fut pas malaisé de dompter l'Asie Mineure, et même les colonies grecques, que la mollesse de l'Asie avait corrompues. Mais, quand ils vinrent à la Grèce même, ils trouvèrent ce qu'ils n'avaient jamais vu, une milice réglée ^, des chefs entendus, des soldats accoutumés à vivre de peu, des corps endurcis au travail, que la lutte et les autres exercices ordinaires dans ce pays rendaient adroits ; des armées médiocres^ à la vérité, mais semblables à ces corps vigoureux où il .semble que tout soit nerf, et où tout est plein d'esprits*; au reste si bien commandées et si souples aux ordres de leurs généraux qu'on eût cru que les soldats n'avaient tous qu'une même àme, tant on voyait de concert dans leurs mouvements.

Mais ce que la Grèce avait de plus grand était une politique ferme et prévoyante, qui savait abandonner, hasarder et défendre ce qu'il fallait; et, ce qui est plus grand encore, un courage que l'amour de la liberté et celui de la patrie rendait invincible.

Les Grecs, naturellement pleins d'esprit et de courage, avaient été cultivés de bonne heure par des rois et des colonies venues d'Egypte, qui, s'étant établies dès les premiers temps en divers endroits du pays, avaient répandu partout cette excellente police des Elgyptiens. C'est de là qu'ils avaient appris les exercices du corps, la lutte, la course à

i.Son Sésosiris. 11 y a de l'ironie dans ce possessif.

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