Ordre) mitoyen, tenant le milieu, intermédiaire
les conseils publics, qui sans ce tempérament* eussent été trop tumultueux. Mais, au fond, c'était au peuple à donner les commandements, à établir les lois, à décider de la paix et de la guerre. Un peuple qui jouissait des droits les plus essentiels de la royauté entrait en quelque sorte dans l'humeur des rois. Il voulait bien être conseillé, mais non pas forcé par le sénat. Tout ce qui paraissait trop impérieux, tout ce qui s'élevait au-dessus des autres, en un mot tout ce qui blessait ou semblait blesser l'égalité que demande un Etat libre devenait suspect à ce peuple délicat^. L'amour de la liberté, celui de la gloire et des conquêtes rendait de tels esprits difficiles à manier i et cette audace qui leur faisait tout entreprendre au dehors ne pouvait manquer de porter la division au dedans.
Ainsi Rome, si jalouse de sa liberté, par cet amour de la liberté qui était le fondement de son État, a vu la division se jeter entre tous lesordresdont elle était composée. De laces jalousies furieuses entre le sénat et le peuple, entre les patriciens elles plébéiens; les uns alléguant toujours que la liberté excessive se détruit enfin elle-même, et les autres craignant, au contraire, que l'autorité, qui de sa nature croît toujours, dégénérât enfin en tyrannie.
Entre ces deux extrémités, un peuple d'ailleurs si sage ne put trouver le milieu. L'intérêt particulier, qui fait que de part ou d'autre on pousse plus loin qu'il ne faut même ce qu'on a commencé pour le bien public, ne permettait pas qu'on demeurât dans des conseils modérés. Les esprits ambitieux et remuants excitaient les jalousies pour s'en prévaloir ; et ces jalousies, tantôt plus couvertes et tantôt plus déclarées selon les temps, mais toujours vivantes dans le fond des cœurs, ont enfin causé ce grand changement qui arriva du temps de César et les autres qui ont suivi.
1. Conseils publics, les assemblées du peuple. — Sont ce tempérament, sans ce moyen d'apaiser les esprits. a. Délicat, ombrageux.