Assemblées légalement convoquées
LES EMPIRES 38b
Pompée et lui s'unissent par intérêt, et puis se brouillent par jalousie. La guerre civile s'allume. Pompée croit que son seul nom soutiendra tout, et se néglige. César, actif et prévoyant, remporte la victoire et se rend le maîlre.
Il fait diverses tentatives pour voir si les Romains pourraient s'accoutumer au nom de roi. Elles ne servent qu'à le rendre odieux. Pour augmenter la haine publique, le sénat lui décerne d es honneurs jusqu'alors inouïs dans Rome ; de sorte qu'il est tué en plein sénat comme un tyran.
Antoine, sa créature, qui se trouva consul au temps de sa mort, émut le peuple contre ceux qui l'avaient tué, et tâcha de profiter des brouilleries pour usurper l'autorité souveraine. Lépide, qui avait aussi un grand commandement sous César, tâcha de le maintenir ^ Enfin le jeune César, à l'âge de dix-neuf ans, entreprit de venger la mort de son père, et chercha l'occasion de succédera sa puissance.
Il sut se servir pour ses intérêts des ennemis de sa maison et même de ses concurrents.
Les troupes de son père se donnèrent cà lui, touchées du nom de César et des largesses prodigieuses qu'il leur fit.
Le sénat ne peut plus rien : tout se fait par la force et par les soldats, qui se livrent h qui plus leur donne.
Dans cette funeste conjoncture le triumvirat abattit tout ce que Rome nourrissait de plus courageux et de plus opposé à la tyrannie. César et Antoine défirent Brutus et Cassius ; la liberté expira avec eux. Les vainqueurs, après s'être défaits du faible Lépide, firent divers accords et divers partages où César, comme plus habile, trouvant toujours le moyen d'avoir la meilleure part, mit Rome dans ses intérêts et prit le dessus, Antoine entreprend en vain de se relever, et la bataille Actiaque soumet tout l'empire à la puissance d'Auguste César.
Rome, fatiguée et épuisée par tant de guerres civiles, pour avoir du repos, est contrainte de renoncer à sa liberté.
La maison des Césars, s'attachant sous le grand nom d'empereur le commandement des armées, exerce une puissance absolue.
Rome sous les Césars, plus soigneuse de se conserver
i. De le 'maintenir, de le conserver. •
que de s'étendre, ne fait presque plus de conquêtes que pour éloigner les barbares qui voulaient entrer dans l'empire.
A la mort de Caligula, le sénat, sur le point de rétablir la liberté et la puissance consulaire, en est empêché par les gens de guerre qui veulent unchefperpétuel,etqueleurchef soit le maître.
Dans les réYoltes causées par les violences de Néron, chaque armée élit un empereur ; et les gens de guerre connaissent qu'ils sont maîtres de donner l'empire.
Us s'emportent jusqu'à le vendre publiquement au plus offrant, et s'accoutument à secouer le joug. Avec l'obéissance, la discipline se perd. Les bons princes s'obstinent en vain à la conserver, et leur zèle pour maintenir l'ancien ordre de la milice romaine ne sert^u'à les exposer à la fureur des soldats.
Dans les changements d'empereur, chaque armée entreprenant de faire le sien, il arrive des guerres civiles et des massacres effroyables.
Ainsi l'empire s'énerve par le relâchement de la discipline, et tout ensemble il s'épuise par tant de guerres intestines.
Au milieu de tant de désordres, la crainte et la majesté du nom romain diminue. Les Parthes, souvent vaincus, deviennent redoutables du côté de l'Orient sous l'ancien nom de Perses qu'ils reprennent. Les nations septentrionales, qui habitaient des terres froides et incultes, attirées par la beauté et par la richesse de celles de l'empire, en tentent l'entrée de loutes parts.
Un seul humme ne suffit plus à soutenir le fardeau d'un empire si vaste et si fortement attaqué.
La prodigieuse multitude des guerres, et l'humeur des soldats qui voulaient voira leur tête des empereurs et des Césars, oblige à les multiplier.
L'empire même étant regardé comme un bien héréditaire, les empereurs se multiplient naturellement par la multitude des enfants des princes.
Marc-Aurèle associe son frère à l'empire. Sévère fait ses enfants empereurs. La nécessité des affaires oblige Dioclétien à partager l'Orient et l'Occident entre lui et Maiimien : chacun d'eux, surchargé, se soulage en élisant deux Césars.
Par celte multitude d'empereurs et de Césars, l'État est accablé d'une dépense excessive, le corps de l'empire est désuni, et les gueft es civiles se multiplient.
Constantin, fils de l'empereur Constance Chlore, partage l'empire comme un héritage entre ses enfants : la postérité suit ces exemples, et on ne voit presque plus un seul empereur.
La mollesse d'Honorius,et celle de Valentinien III, empereurs d'Occident, fait tout périr.
L'Italie et Rome même sont saccagées à diverses fois, et deviennent la proie des barbares.
Tout l'Occident est à l'abandon. L'Afrique est occupée par les Vandales, l'Espagne par les Visigoths, la Gaule par les Francs, la Grande-Bretagne par les Saxons, Rome et l'Italie même par les Hérules, et ensuite par les Ostrogoths. Les empereurs romains se renferment dans l'Orient, et abandonnent le reste, même Rome et l'Italie.
L'empire reprend quelque force sous Justinien par la valeur de Bélisaire et de Narsès. Rome, souvent prise et reprise, demeure enfin aux empereurs. Les Sarrasins, devenus puissants parla division de leurs voisins et par la nonchalance des empereurs, leur enlèvent la plus grande partie de l'Orient, et les tourmentent tellement de ce côté-là qu'ils ne songent plus à l'Italie. Les Lombards y occupent les plus belles et les plus riches provinces. Rome, réduite à l'extrémité par leurs entreprises continuelles, et demeurée sans défense du côté de ses empereurs, est contrainte de se jeter dans les bras des Français. Pépin, roi de France, passe les monts et réduit les Lombards. Charlemagne, après en avoir éteint la domination, se fait couronner roi d'Italie, où sa seule modération conserve quelques petits restes aux successeurs des Césars; et, en l'an 800 de Notre-Seigneur, élu empereur par les Romains, il fonde le nouvel empire.
Il est maintenant aisé de connaître les causes de. l'élévation et de la chute de Rome.
Vous voyez que cet État, fondé sur la guerre, et par là naturellement disposé à empiéter sur ses voisins, a mis tout l'univers sous le joug pour avoir porté au plus haut point la politique et l'art militaire.
Vous voyez les causes des divisions de la république, et finalement de sa chute, dans les jalousies de ses citoyens, et dans l'amour de la liberté poussé jusqu'à un excès et une délicatesse' insupportalale.