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Légitimes, autorisés par la loi

ménager pour les faire entrer dans leurs rlesscins malgré l'autorité du sénat.

Par ce dernier État la guerre était nécessaire dans Rome; et par le génie de la guerre le commandement venait naturellement entre les mains d'un seul chef; mais, parce que dans la guerre, oîi les lois ne peuvent plus rien, la seule force décide, il fallait que le plus fort demeurât le maître, par conséquent que l'empire retournât en la puissance d'un seul.

Et les choses s'y disposaient tellement par elles-mêmes que Polybe, qui a vécu dans le temps le plus florissant de la république, a prévu par la seule disposition des aifaires que l'Etat de Rome à la longue reviendrait à la monarchie *.

La raison de ce changement est que la division entre les ordres n'a pu cesser parmi les Romains que par l'autorité d'un maître absolu, et que d'ailleurs la liberté était trop aimée pour être abandonnée volontairement. Il fallait donc peu à peu l'aflaiblir par des prétextes spécieux, et faire par ce moyen qu'elle put être ruinée par la force ouverte.

La tromperie, selon Aristote^, devait commencer en flattant le peuple, et devait naturellement être suivie de la violence.

Mais de là on devait tomber dans un autre inconvénient par la puissance des gens de guerre, mal inévitable à cet Etat.

En effet, celte monarchie que formèrent les Césars s'étant érigée par les armes, il fallait qu'elle fût toute militaire; et c'est pourquoi elle s'établit sous le nom d'empereur, titre propre et naturel du commandement des armées.

Par là vous avez pu voir que, comme la république avait son faible inévitable, c'est-à-dire la jalousie entre le peuple et Is séiiat, la monarchie des Césais avait aussi le sien, et ce faible était la licence des soldats qui Ls avaient faits.

Car il n'était pas possible que les gens de guerre, qui avaient changé le gouvernement et établi les empereurs, fussent longtemps sans s'apcicovoir que c'étaient eux qui •disposaient de l'empire.

Vous poLVcîz maintenant ajouter aux terrps que vous venez d'observer ceux qui vous marquent l'État et le change-

i. Polyb., VI, I et seq. -, xu et seq. 2. Polit., V, IV.

ment de la milice ; celui où elle est soumise et attachée au sénat et au peuple romain ; celui où elle s'attache à ses généraux ; celui où elle les élève à la puissance absolue sous le titre militaire d'empereurs; celui où, maîtresse en quelque façon de ses [to ^res empereurs qu'elle créait, elle les fait et les déTait à sa fantaisie. De là le relâchement, de \ii les séditions et les- guerres que vous avez vues; de là enfin la ruine de la milice avec celle de l'empire.

Tels sont les temps remarquables qui nous marquent les changements de l'état de Rome considérée en elle-même. Ceux qui nous la font connaître par rapport aux autres peuples ne sont pas moins aisés à discerner.

Il y a le temps où elle combat contre ses égaux, et oîi elle est en péril. 11 dure un peu plus de cinq cents ans, et finit à la ruine des Gaulois en Italie et de l'empire des Carthaginois.

Celui où elle combat, toujours plus forte et sans péril, quelque grandes que soient les guerres qu'elle entreprenne. Il dure deux cents ans, et va jusqu'à l'établissement de l'empire des Césars.

Celui où elle conserve son empire et sa majesté. Il dure quatre cents ans, et finit au règne de Théodose le Grand.

Celui enfin où son empire, entamé de toutes parts, tombe peu à peu. Cet état, qui dure aussi quatre cents ans, commence aux enfants de Théodose, et se termine enfin àCharlemagne.

Je n'ignore pas, Monseigneur, qu'on pourrait ajouter aux causes de la ruine de Rome beaucoup d'incidents particuliers. Les rigueurs des créanciers sur leurs débiteurs ont excité de grandes et de fréquentes révoltes. La prodigieuse quantité de gladiateurs et d'esclaves dont Rome et l'Italie était surchargée, ont causé d'effroyables violences, et même des guerres sanglantes. Rome, épuisée par tant de guerres civiles et étrangères, se fit tant de nouveaux citoyens ou par brigue ou par raison qu'à peine pouvait-elle se reconnaître elle-même parmi tant d'étrangers qu'elle avait naturalisés. Le sénat se remplissait de barbares ; le sang romain se mêlait* ; l'amour de la patrie, par lequel Rome s'était élevée au-dessus de tous les peuples du monde, n'était pas naturel

A. Sous-ent.-ndu : « an sang des nations étrangères », et, par cette raison, devenait moins pur.

à ces citoyens venus de dehors ; et les autres se gâtaient par le mélange. Les partialités se multipliaient avec "cette prodigieuse multiplicité de citoyens nouveaux ; et les esprits turbulents y trouvaient de nouveaux moyens de brouiller et d'entreprendre.

Cependant le nombre des pauvres s'augmentait sans fin par le luxe, par les débauches et par la fainéantise qui s'introduisait. Ceux qui se voyaient ruinés n'avaient de ressource que dans les séditions, et en tout cas se souciaient peu que tout pérît après eux. On sait que c'est ce qui fit la (Conjuration de Catilina. Les grands ambitieux et les misérables qui n'ont rien à perdre aiment toujours le changement. Ces deux genres de citoyens prévalaient dans Rome; et, l'état mitoyen*, qui seul tient tout en balance' dans les États populaires, étant le plus faible, il fallait que la République tombât.

On peut joindre encore à ceci l'humeur et le génie particulier de ceux qui ont causé les grands mouvements, je veux dire des Gracques, de Marins, de Sylla, de Pompée, de Jules César, d'Antoine et d'Auguste. J'en ai marqué quelque chose ; mais je me suis attaché principalement à vous découvrir les causes universelles et la vraie racine du mal, c'est-à-dire cette jalousie entre les deux ordres dont il vou« était important de considérer toutes les suites.

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