‹ Discours sur l'histoire universelleChapitre 333 sur 339 · Vétat mitoyen, la classe moyenne · texte numérisé non relu

Vétat mitoyen, la classe moyenne

2. Tient tout en bala/nce, maintient l'équilibre entre les différentes classes.

3. Dieu tient du plus haut des deux. Cf. l'exorde de l'Or. fun. de Henriette de France.

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a tous les cœurs en sa main: tantôt il retient les passions, tantôt il leur lâche la bride, et par là il remue tout le genre humain. Veut-il faire des conquérants ? 11 fait marcher l'épouvante devant eux, et il inspire à eux et à leurs soldats une hardiesse invincible. Veut-il faire des législateurs ? Il leur envoie son esprit de sagesse et de prévoyance ; il leur fait prévenir les maux qui menacent les États, et poser Its fondements de la tranquillité publique. Il connaît la sagesse humaine toujours courte par quelque endroit; il l'éclairé, il étend ses vues, et puis il l'abandonne à ses ignorances; il l'aveugle, il la précipite, il la confond par elle-même ; elle s'enveloppe, elle s'embarrasse dans se:? propres subtilités, et ses précautions lui sont un piège. Dieu exerce par ce moyen ses redoutables jugements selon les règles de sa justice toujour> infaillible. C'est lui qui prépare les effets dans les causes les plu^ éloignées, et qui frappe ces grands coups dont le coni'-e-coup porte si loin. Quand il veut lâcher le dernier et Fou verser les empires, tout est faible et irrégulier dans les conseils. L'Egypte, autrefois si sage, marche enivrée, étourdi ! chancelante, parce que le Seigneur a répandu l'esprit u<; vertige dans ses conseils; elle ne sait plus ce qii"o.ie lait, elle est perdue. Mais que les hommes ne s'y trompent pas : Dieu redresse quand il lui plaît le ser - égaré, et celui qui insultait à l'aveuglement des autres liunbe luimême dans des ténèbres plus épaisses, sans qu'il faille souvent autre chose pour lui renverser le sens que ses longues prospérités.

C'ebt ainsi que Dieu règne sur tous les peuples. Ne parlons plus de hasard ni de fortune, ou parlons-en seulement comme d'un nom dont nous couvrons notre ignorance. Ce qui est hasard à l'égard de nos conseils incertains est un dessein concerté dans un conseil plus haut, c'est-à-dire dans ce conseil éternel qui renferme toutes les causes et tous les effets dans un même ordre. De cette sorte tout concourt à la même (in, et c'est faute d'entendre le tout que nous trouvons du hasard ou de IMrrégularité dans les rencontres* particulières.

Par là se vérifie ce que dit l'Apôtre, que « Dieu est heureux et le seul puissant, Roi des rois et Seigneur des sei-

1 RtncoiHi-c'i, coiijdUîturcs

gneurs * ». Heureux, dont le repos est inaltérable, qui voii tout changer sans changer rui-même, et qui fait tous les changements par un conseil immuable; qui donne et qui ôte la puissance ; qui la transporte d'un homme à un autre, d'une maison à une autre, d'un peuple à un autre, pour montrer qu'ils ne l'ont tous que par emprunt, et qu'il est le seul en qui elle réside naturellement.

C'est pourquoi tous ceux qui gouvernent se sentent assujettis à une force majeure. Ils font plus ou moins qu'ils ne pen%ent, et leurs conseils - n'ont jamais manqué d'avoir des effets imprévus. Ni ils ne sont maîtres des dispositions que les siècles passés ont mises dans les affaires, ni ils ne peuvent prévoir le cours que prendra l'avenir, loin qu'ils le puissent forcer. Celui-là seul tient tout en sa main, qui sait le nom de ce qui est et de ce qui n'est pas encore, qui préside à tous les temps et prévient tous les conseils^.

Alexandre ne croyait pas travailler pour ses capitaines, ni ruiner sa ràaison par ses conquêtes. Quand Brutus inspirait au peuple romain un amour immense de la liberté, il ne songeait pas qu'il jetait dans les esprits le principe de cette licence effrénée, par laquelle la tyrannie qu'il voulait détruire devait être un jour rétablie plus dure que sous les Tarquins. Quand les Césars flattaient les soldats, ils n'avaient pas dessein de donner des maîtres à leurs successeurs et à l'empire. En un mot, il n'y a point de puissance humaine qui ne serve malgré elle à d'autres desseins que les siens. Dieu seul sait tout réduire* à sa volonté. C'est pourquoi tout est surprenant a né regarder que les causes particulières, et néanmoins tout s'avance avec une suite réglée. Ce discours vous le fait entendre.; et, pour ne plus parler des autres empires,' vous voyez phc combien de conseils imprévus, mais toutefois suivis en eux-mêmes, la fortune de Rome a été menée depuis Roraulus jusqu'à Charlemagne.

Vous croirez peut-être. Monseigneur, qu'il aurait fallu vous dire quelque chose de plus de vos Français^ et de

i. 1 Tim., VI, 15.

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