ADAM, OU LA CRÉATION
Premier âge du monde.
La première époque vous présente d'abord un grand spectacle : Dieu qui crée le ciel et la terre par sa parole, et qui fait rhomme à son image (1 — 4004^). C'est par où commence Moïse, le plus ancien des historiens, le plus sublime des philosophes et le plus sage des législateurs.
Il pose ce fondement tant de son histoire que de sa doctrine et de ses lois. Après il nous fait voir tous les hommes renfermés en un seul homme, et sa femme même tirée de lui; la concorde des mariages et la société du genre humain établie sur ce fondement; la perfection et la puissance de l'homme, tant qu'il porte l'image de Dieu en son entier; son empire sur les animaus; son innocence tout ensemble et sa félicité dans le paradis, dont la mémoire s'est conservée dans l'âge d'or des poètes; le précepte divin donné à nos premiers parents ; la malice de l'esprit tentateur, et son apparition sous la forme du serpent ; la chute d'Adam et d'Eve, funeste à toute leur postérité; le premier homme nistement puni dans tous ses enfants, et le genre humain maudit de Dieu ; la première promesse de la rédemption, et la victoire future des hommes sur le démon qui les a perdus.
1. Le premier nombre indique l'âge du monde, et le second l'année avant Jésus-Christ. (Note de l'éditeur).
La terre commence à se remplir, et les crimes s'augmentent. Gain, le premier enfant d'Adam et d'Eve, fait voir au monde noissant la première action tragique (129—3875); ut la vertu commence dès lors à être persécutée par le vice'. Là paraissent les mœurs contraires des deux frères : l'innocence d'Abel, sa vie pastorale et ses olfrandes agréables; celles de Gain rejetées, son avarice, son impiété, son parricide, et la jalousie mère des meurtres; le châtiment de ce crime, la conscience du parricide agitée de continuelles frayeurs; la première ville bâtie par ce méchant qui se cherchait un asile contre la haine et l'horreur du genre humain; l'invention de quelques arts par ses enfants; la tyrannie des passions, et la prodigieuse malignité du cœur humain toujours porté à faire le mal; la postérité de Seth, fidèle à Dieu malgré cette dépravation; le pieux Hénoch miraculeusement tiré du monde qui n'étaitpas dignede leposséder(987 — 3017); la distinction des enfants de Dieu d'avec les enfants des hommes, c'est-à-dire de ceux qui vivaient selon l'esprit d'avec ceux qui vivaient selon la chair; leur mélange et la corruption universelle du monde; la ruine des hommes résolue par un juste jugement de Dieu; sa colère dénoncée aux pécheurs par son serviteur Noé (1536 — 2468) ; leur imr pénitence et leur endurcissement punis enfin par le déluge (1656—2348); Noé et sa famille réservés pour la réparation du genre humain.
Voilà ce qui s'est passé en 1656 ans. Tel est le commencement de toutes les histoires, où se découvre la toute-puissance, la sagesse et la bonté de Dieu : l'innocence heureuse sous sa protection; sa justice à venger les crimes, et en même temps sa patience à attendre la conversion des pécheurs; la grandeur et la dignité de l'homme dans sa première institution; le génie du genre humain * depuis qu'il fut corrompu; le naturel de la jalousie et les causes secrètes des violences et des guerres, c'est-à-dire tous les fondements de la religion et de la morale.
Avec le genre humain, Noé conserva les arts, tant ceux qui servaient de fondement à la vie humaine et que les