‹ Discours sur l'histoire universelleChapitre 42 sur 55 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Les ié> ululions des niipircs sont réglées par la Providence, et servenl à luunilicr les primes.

Quoiqu'il n'y ait rien de comparable à celte suite de la vraie Eglise que je vous ai représentée, la suite des empires, (|u'il faut maintenant vous remettre devant les yeux, n'est guère moins |)rolitabk\ j(^ ne dirai pas seulenient aux grands

' Pkiv., \x, m.

jirinces comme vous, mais encore aux particuliers qui coiilenjplent dans ces grands objets les secrets de la divine Providence.

Premièrement, ces empires ont pour la plupart une liaison nécessaire avec l'histoire du peuple de Dieu. Dieu s'est servi des Assyriens et des Babyloniens, pour châtier ce peuple; des Perses, pour le rétablir; d'Alexandre et de ses i)remiers successeurs , pour le protéger ; d'Antiochus l'illustre et de ses successeurs, pour l'exercer; desPiomains, pour soutenir sa liberté contrôles rois de Syrie, qui ne songeaient qu'à le détruire. Les Juifs ont duré jusqu'à Jésus- Christ sous la puissance des mêmes Romains. Quand ils l'ont méconnu et crucitié, ces mêmes Romains ont prêté leurs mains, sans y penser, à la vengeance divine, et ont exterminé ce peuple ingrat. Dieu qui avait résolu de rassembler dans le même temps le peuple nouveau, de toutes les nations , a premièrement réuni les terres et les mers sous ce même empire. Le commerce de tant de peuples di\ers, autrefois étrangers les uns aux autres, et depuis réunis sous la domination romaine , a été un des plus puissants moyens dont la Providence se soit servie pour donnei" cours à l'Évangile. Si le même empire romain a persécuté durant trois cents ans ce peuple nouveau qui naissait de tous côtés dans son enceinte, cette persécution a confirmé l'Église chrétienne, et a fait éclater sa gloire avec sa foi et sa patience. Enfin l'empire romain a cédé; et ayant trouvé quelque chose de plus invincible que lui, il a reçu paisiblement dans son sein cette Église à laquelle il avait fait une si longue et si cruelle guerre. Les empereurs ont employé leur pouvoir à faire obéir l'Église* ; et Rome a été le chef de lempire spirituel que Jésus- Christ a voulu étendre pai" toute la terre.

Quand le temps a été venu que la puissance roumaine devait

' A Caire que l'on obéit à TÉglise.

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tomber, et que ce grand empire, qui s'était vainement promis l'éternité, devait subir la destinée de tous les autres , Rome , devenu la proie des Barbares , a conservé par la religion son ancienne majesté. Les nations qui ont envahi l'empire romain y ont appris peu à peu la piété chrétienne, qui a adouci leur barbarie; et leurs rois, en se mettant chacun dans sa nation à la place des empereurs, n'ont trouvé aucun de leurs titres plus glorieux que celui de protecteurs de l'Église.

Mais il faut ici vous découvrir les secrets jugements de Dieu sui' l'empire romain et sur Rome même : mystère que le Saint-Esprit a révélé à saint Jean, et que ce grand homme, apôtre, évangéliste et prophète, a expliqué dans l'Apocalypse. Rome, qui avait vieilli dans le culte des idoles, avait une peine extrême à s'en défaire, même sous les empereurs chrétiens, et le sénat se faisait un honneur de défendre les dieux de Romulus, auxquels il attribuait toutes les victoires de l'ancienne république k Les empereurs étaient fatigués des députations de ce grand corps, qui demandait le rétablissement de ses idoles, et (jui croyait cpie corriger Rome de ses vieilles superstitions était faire injure au nom lomain. Ainsi cette compagnie, composée de ce (|ue feinpirc avait de j)lus grand, et une immense mullitude de peuple où se trouvaient presque tous les plus puissants de Rome, ne pouvaient être retirées de leurs erreurs, ni par la prédication de l'Évangile, ni par un si visible accomplissement des anciennes prophéties, ni par la conversion presque de tout U\ reste de l'empire, ni entin par celles des princes dont tous les décrets autorisaient le christianisme. Au contraire, ils continuaient à charger d'opprobres l'Église de Jésus-Christ , qu'ils accusaient encore, à l'exeniple de leurs pères, de

1 Zosim., lil). iv: Onit. Synim., apiid Vinhr., t. v, lih. ^; \iy. wx, mmc XVII, l. 11, col. 8t.>8 ol soq.; Aii^., de Civit. Dei , lih. i. c. i. vh., loin. Ml.

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lous les malheurs de l'empire, toujours préls à renouveler les anciennes persécutions, s'ils n'eussent été réprimés par les empereurs. Les choses étaient encore en cet état au (juatrième siècle de l'Église , et cent ans après Constantin , quand Dieu enfin se ressouvint de tant de sanglants décrets du sénat contre les tidèles , et tout ensemble des cris furieux dont tout le peuple romain, avide du sang chrétien, avait si souvent fait retentir l'amphithéâtre. Il livra donc aux Bai'bares cette ville cuivrée du sang des martyrs^ comme |)arle saint Jean *. Dieu renouvela sur elle les terribles châtiments qu'il avait exercés sur Babylone : Rome même est appelée de ce nom. Cette nouvelle Babylone, imitatrice de l'ancienne, comme elle enflée de ses victoires, triom- |)hante dans ses délices et dans ses richesses, souillée de sjs idolâtries, et persécutrice du peuple de Dieu, tombe aussi comme elle d'une grande chute, et saint Jean chante sa ruine '\ La gloire de ses conquêtes, qu'elle attribuait à ses dieux, lui est ôtée : elle est en proie aux lîarbares, prise trois et quatre fois, pillée, saccagée, détruite. Le glaive des Baibares ne pardonne (ju'aux chrétiens. Une autre Rome toute chrétienne sort des cendres de la prenïière; et c'est seulement après l'inondation des Barbares que s'achève entièrement la victoire de Jésus-Christ sur les dieux romains, qu'on voit non-seulement détruits, mais encore oubliés.

(]'est ainsi que les empires du monde ont servi à la religion et à la conservation du peuple de Dieu : c'est pouiquoi ce même Dieu, qui a fait prédire à ses prophètes les divers états de son peuple, leur a fait prédire aussi la succession des empires. Vous avez vu les endroits où Nabuchodonosor a été marqué comme celui qui devait venir pour punir les peuples superbes, et surtout le peuple juif, ingrat envers son auteur. Vous avez entendu nommer Cyrus deux cents ans avant sa naissance, comme celui qui devait rétablir le

1 A[)OC., XVÎl , <«. — 2 |l)if|^ XVU. XVllî

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peuple de Dieu, et punir l'orgueil de Babyloue. La ruine de Ninive n'a pas été prédite moins clairement. Daniel, dans ses admirables visions, a fait passer en un instant devant vos yeux Tempiie de Babylone, celui des Mèdes et des Perses, celui d'Alexandie et des Grecs. Les blasphèmes et les cruautés d'un Antiochus rilluslre y ont été prophétisés, aussi bien ({ue les victoires miiaculeuses du peuple de Dieu sur un si violent persécuteur. On y voit ces fameux empires tomber les uns après les autres -, et le nouvel empire que Jésus- Christ devait établir y est marqué si expressément par ses propres caractères, qu'il n'y a pas moyen de le méconnaître. C'est l'empire des saints du Très-Haut; c'est l'empire du Fils de l'Homme: empire qui doit subsister au milieu de la ruine de tous les autres, elau(juel seul Téternité est promise.

Les jugements de Dieu sur le plus giand de tous les empires de ce monde, c'est-à-dire, sur l'empire romain, ne nous ont pas été cachés. Vous les venez d'apprendre de la bouche de saint Jean. Rome a senti la main de Dieu, et a été comme les autres un exemple de sa justice. Mais son sort était plus heureux que celui des autres villes. Purgée par ses désastres des restes de Fidolàtrie, elle ne subsiste plus que par le christianisme qu'elle annonce à tout Punivers.

Ainsi tous les grands empires que nous avons vus sur la terre ont concouru par divers moyens au bien de la religion et à la gloire de Dieu, comme Dieu même Ta déclaré par ses prophètes.

Quand vous lisez si souvent dans leurs écrits que les rois entieront en foule dans TEglise, et qu'ils en seront les protecteurs et les nourriciers, vous reconnaissez à ces paroles les empereurs et les autres princes chrétiens; et comme les l'ois vos ancêtres se sont signalés j)lus que tous les autre-s, on protégeant et en étendant ITiglise de Dieu, je ne craindrai point (le vous assurei' (jue c'osl ou\ i\\\\ de tous les rois

?onl prédits le plus clairement dans ces illustres prophéties.

Dieu donc, qui avait dessein de se servir des divers empires pour châtier, ou pour exercer, ou pour étendre, ou pour protéger son peuple, voulant se faire connaître pour l'auteur d'un si admirable conseil , en a découvert le secret à ses prophètes, et leur a fait prédire ce qu'il avait résolu d'exécuter. C'est pourquoi, comme les empires entraient dans l'ordre des desseins de Dieu sur le peuple qu'il avait choisi, la fortune de ces empires se trouve annoncée par les mêmes oracles du Saint-Esprit qui prédisent la succession du peuple fidèle.

Plus vous vous accoutumerez 5 suivre les grandes choses et à les rappeler à leurs principes, plus vous serez en admiration de ces conseils de la Providence. Il importe que vous en preniez de bonne heure les idées, qui s'éclairciront tous les jours de plus en plus dans votre esprit, et que vous appreniez à rapporter les choses humaines aux ordres de cette sagesse éternelle dentelles dépendent.

Dieu ne déclare pas tous les jours ses volontés par ses prophètes touchant les rois et les monarchies qu'il élève ou qu'il détruit. Mais l'ayant fait tant de fois dans ces grands empires dont nous venons de parler-, il nous montre, par ces exemples fameux, ce qu'il fait dans tous les autres ; et il apprend aux rois ces deux vérités fondamentales: premièrement, que c'est lui qui forme les royaumes pour les donner à qui il lui plaît; et secondement, qu'il sait les faire servir, dans les temps et dans Tordre qu'il a résolu, a^ix desseins qu'il a sur son peuple.

C'est ce qui doit tenir tous les princes dans une entière dépendance, et les rendre toujours attentifs aux ordres de Dieu, atin de prêter la main à ce qu'il médite pour sa gloire dans toutes les occasions qu'il leur en présente.

Mais cette suite des empires, même à la considérer plus humainement, a de grandes utilités, principaleiiient pour les princes; puisque l'arrogance, compagne ordinaire d'une

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condition siéminente, est sifortennont raballue par cospoctacle. Car si les hommes apprennent à se modérer en voyant mourir les rois, combien pins seront-ils frappés en voyant mourir les royaumes mômes; et où peut-on recevoir une plus belle leçon de la vanité des grandeurs humaines?

Ainsi, quand votis voyez passer comme en un instant devant vos yeux, je ne dis pas les rois et les empereurs, mais ces grands empires qui ont fait trembler tout l'univers ; quand vous voyez les Assyriens anciens et nouveaux, les Mèdes, les Perses, les Grecs, les Romains, se présenter devant vous successivement, et tomber, pour ainsi dire, les uns sur les autres : ce fracas effroyable vous fait sentir qu'il n'y a rien de solide parmi les hommes, et que l'inconstance et l'agitation est le propre partage des choses humaines.

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