‹ Discours sur l'historie universelleChapitre 80 sur 89 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La vie et le ministère prophétique ; les jugements de Dieu déclarés par les prophéties.

Il n'y a rien de plus remarquable , dans Thistoire du peuple de Dieu , que ce ministère des prophètes. On voit des hommes séparés du reste du peuple par une vie retirée, et par un habit particulier ' : ils ont des demeures où on les voit vivre dans une espèce de communauté, sous un supérieur que Dieu leur donnoit ^. Leur vie pauvre et pénitente étoit la figure de la mortification, qui devoit être annoncée sous rÉvangile. Dieu se communiquoit à eux d'une façon particulière, et faisoit éclater aux yeux du peuple cette merveilleuse communication :

mais jamais elle n'éclatoit avec tant de force que durant les temps de désordre où il sembloit que Fidolâtrie alloit abolir la loi de Dieu. Durant ces temps malheureux , les prophètes

// ny a ni division ni titre de chapitre dans la premièie édition.

' I. Reg. xxviii. 14. ///. Beg. xix. 19. IF. Reg. i. 8. Is. xx. a. Zach. XIII. 4. — ■ /. Reg. x. 10; xix. 19, 20. ///. Reg. xviii. IV, Reg. II. 3, i5, 18, 19, aS; iv. 10; 38. vi. i, 2.

LA SUITE US, lA KSXIGION. 2Ç9

faisoient retentir de ;tou3 côtés, et de vive voix, ^>par écrit, les menaces de Diep et le témoin» g^oage.quils rendoient là sa vérité. Lc(s écrits qu'ils faisoient étoiaijt entreJes mains de tout le peuple y et soigneusementxsonse^vés^n mémoire peirpétuelle aux siècles futurs/v Ceux du peuple qui demeurQ^nt fidék» à Dieu.$^uQissoient à eux; et.nous voyons même qu'enlsràël^oùré-* gaoit L'idolâtrie, ce cju'ily avoit.de fidèles ,célÂ* brçitiàvectles prophètes le sabbat et les fêtes établies. par la loi de Moïses G'étoit eux cpn eofiofuageoient les gens. de .bien à demeurer fermes dans l!alliance. Plusieurs d eux ont souf^ feit la mort; et on a vu à leur exemple, dans les temps les plus mai^vaisyc!est<4rdîre'dans le régne méme;de Manassès^^^ une infiEuté de fidéks ré* pandre leur sang pour la vérité y en sorte qu'elle napas été u» seul moment sjan&t^oignage* ; Ain^i U «société du peuple de Dieu^ubsistoît toujours : les prophètes y demeuroient unis* : xm grand nombre de fidèles persistoit hautement dans la loi de Dieu avec eux, et avec les

' Exod. XVII. 14. /s. XXX. 8; xxxiv. 16. Jer. xxii. 3o; xxvi. 2,11; xxxvi. //. Par. xxxvi. 22. /. Esd. i. i. Dan. ix. 2. — » IF. Reg. iv. 23. — ' Ibid. xxi. 16.

* Var. Première édition: demeuroknt : un grand, etc. I. 19

2gO SECONDE PARTIE.

pieux sacrificateurs *, qui persistoient dans les observances que leurs prédécesseurs, à remonter jusqu'à Aaroa, leur avoient laissées. Dans les régnes les plus impies, tels que furent ceux d'Achaz et de Manassès , Isaïe et les autres prophètes ne se plaîgnoient pas qu'on eût inter^ rompu Fusage de la circoncision , qui étoit le sceau de l'alliance , et dans laquelle étoit renfermée , selon la doctrine de saint Paul , toute Fobservance de la loi. On ne voit pas non plus que les sabbats et les autres fêtes fussent abolis : et si Achaz ferma durant quelque temps la porte du temple % et qu'il y ait eu quelque interruption dans les sacrifices, c'étoit une violence qui ne fermoit pas pour cela la bouche de ceux qui louoient et confessoient publiquement le nom de Dieu ; car Dieu n'a jamais permis que cette voix fût éteinte parmi son peuple : et quand Aman entreprit de détruire l'héritage du Seigneur, changer ses promesses et faire cesser ses

* .... et avec les pieux sacrificateurs.... /us^ue ;>ay« 393, tig, 6 : du sanctuaire. Addition nouvelle^ au lieu de iaqueUe les autres éditions portent : « et avec les prêtres enfants de M Sadoc, c[ui, comine dit Ézéchiel, dans les temps d*égare- M ment , avoient toujours observé les cérémonies du sanc- « tuaire. »

* //. Parai, xxvni. 24.

louanges \ on sait ce que Dieu fit potu* lampe <^r. Sa puiasance ne parut pas moins ior^ que Antiocbus voulut abolir la religion^ Que ne dirent point les prophètes à Achaz et à Manassès, pour soutenir la vérité de la religion et la pureté du culte? Les paroles des Voyants qui . leur parloient au nom du Dieu d^ Israël étoient écrites, comme remarque le texte sacré, dans S histoire de ces rois ^. Si Manassès en fut touché, .s'il fit pénitence, on ne peut douter que leur doctrine ne tînt un grand nombre de fidèles dans robéissance de la loi; et le bon parti étoit si fart que , dans le jugement qu on portoit des rois après leur mort, on déclaroit ces rois impies indignes du sépulcre deDavid et de leurs pieux prédécesseurs. Car encore qu'il soit écrit qu'Achaz fut enterré dans la cité de David, TÉcriture 'marque expressément (jfu on ne le reçut pas dans le sépulcre des rois d'Israël^. On n'excepta pas Manassès de la rigueur de ce jugement, encore .qu'il eût fait pénitence, pour laisser un monument étemel de Thorreur qu'on avoit eue de sa conduite. Et afin qu'on ne pense pas que la multitude de ceux qui adhéroient publiquement au .culte de Dieu avec les prophètes fût destituée de

' Esth. XIV. 9. — ' //. Parai, xxxiii, 1 8. — ^ Ihid. xxviii. 27. ^

292 SECON^DE PARTIE.

la snccessioD légitime àe sespasteurs ordinaires, Ézéchiel .marque expressément, ea deux &^ droits S les sacrificateurs elles lévites enfants de SadoCy ifm, dans les temps dégarementy avaient persisté dans Inobservance des cérémonies du sanetuaire.

Cependant , malgré les prophètes , malgré les prêtres fidèles , et le peuple uni avec eux dans la pratique de la loi, Tidolâtrie qui avoit ruiné Isràâ entrainoit souvent , dans Juda même ,.et les princes et le gros du peuple. Quoique les vms oubliassent le Dieu de Ipurs pères, il «ipporta loog«-temps.leur& iniquités^ à cause de Darvid son serviteur. Davidiest toujours, p^eirtà^ses yeux. Quaad les rois 'enfants, de «David suivent les bons ^exemples de leur père, Dieu» fait des miracles surprenants en leur faveur; mais ils sentent, qnand ik dégénèrent, la foree<mvincible;de sa maid, qui slappesanlit sur .eux^ Les nois d'Egypte, les rois dq Syrie, et sur-touties i?oîs d'A^ syrieetde Babylone, servent d'ipstrument à^ vengeance* Uimpiété s augmente, et Di^i^ suscite en Orient un roi plus superbe et plusvredoutableque tous ceux qui avoient paru jusqu'alors : c'est Nabuchodonosor, roi de Babylone , le

' Ezech. XLiv. 1 5 ; xlviii. i i .

LA SUITE DE LA RELIGION. 2g3

pjus terrible des conquérants. Il le montre de loin aux peuples et aux rois comme le vengeur destiné è les punir ^ Il approche, et la frayeur marcbe devant lui. Il prend une première fois Jérusalem , ^ transporte à Babylone une partie de ses^ habitimts ^. Ni ôeux quiv restent dans Je payé , ni c^eux ^ui sont trailsportés , quoicfue avertis les uns par Jérémie , et les autres- 'par Êeécbiel, ne font pénitence. Ils préfèrent à ces 9»nts prt^hètes des prophètes ^iit leur prêchaient des illusions \ et lès flattoient dans leurs crimes. Le v^^igeur revient en Judée, et le joug de Jérusalem' est aggravé ; mais^ elle nest pas tout*^à-'fait détruite; Enfin. rini(|uïté vi^Eit à son comble; lorgueil <;roit avec la foiblesse , (sï Nsh buchodonosorHiet tout ien poudre^;

« Dieu ti'épai^a pas- son sanctuaire. Ce beau temple, Tomement du monde; qui [devoit> être éternels les enfants- dlsraël eussent persév^é dans la piété \ tiÉt consumé par le feu des Assyriens.^ Cetoité£k vain que les Juifs^ditoient sans eesse : Leten^lede Dieu, le terHphde &i0a;:ie temple de Dieu est parmi nous^; comme si ee

' Jer, XXV, etc. Ezech. xxvi , etc. — ^ IF. Reg. xxiv. i.//. Par. XXXVI. 5,6.— ' Jer. xiv. 1 4. — * /r. Reg. xxv. — ' ///. Reg. IX. 3. IV, Reg. xxi. 7, 8. — ® Jer. vu. 4.

294 SECONDE PABTIE.

temple sacré eût dû le§ protéger tont seul. Dieu avoit résolu de leur faire voir qu'il n etoit point attaché à un édifice de pierre, mais qu'il vouloit trouver des cœurs fidèles. Ainsi il détruisit le temple de Jérusalem, il en donna le trésor au pillage; et tant de riches vaisseaux, consacrés par des rois pieux, furent abandonnés à un roi impie.

Mais la chute du peuple de Dieu devoit être Finstruction de tout l'univers. Nous voyons en la personne de ce roi impie, et ensemble victorieux, ce que c'est que les conquérants. Ils ne sont pour la plupart que des instruments de la vengeance divine. Dieu exerce par eux sa justice, et puis il l'exerce sur eux-mêmes. Nabuchodonosor revêtu de la puissance divine, et rendu invincible par ce ministère, punit tous les ennemis du peuple de Dieu. Il ravage les Iduméens, les Ammonites, et les Moabites; il renverse les rois de Syrie : l'Egypte, sous le pouvoir de laquelle la Judée avoit tant de fois gémi, est la proie de ce roi superbe, et lui devient tributaire ' : sa puissance n'est pas moins fatale à la Judée même , qui ne sait pas profiter des délais que Dieu lui donne. Tout tombe , tout est abattu

' IV. Reg. XXIV. 7.

LA SUITE DE LA REUGION. SgS

par la justice divine , dont Nàbuchodonosor est le ministre : il tombera à son tour; et Dieu, qui emploie la main de ce prince pour châtier ses enfants et abattre ses ennemis, le réserve à sa main"^ toute puissante.

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