‹ Discours sur l'historie universelleChapitre 82 sur 89 · XLIV XLV · texte numérisé non relu

XLIV XLV

LA SUIJE DE LA REUGION. 297

dont lesprédictioiisavoient été si précises, pour marquer à ce peuple ingrat sa perte certaine, lui ayoit promis son retour après soixante et d» ans de captivité ' . Durant ces années , cepeà* pie abattu étoit respecté dans ses prophètes-. ces caplii& pcononçoient aux rois et aœC peuples leurs terribles deétinées. Nabuchodonosor, qui "vbuloit se faire adorer, adore lui-même Datiiel^; étonné des secrets divins qu'il lui découvroit : il apjH^end de lui sa sentenee bientôt suivie de l%]oécution^. Ce prince victorieux triomphoit dans Babylcme, dont il^ fit la plus grande vitte, lapins forte, et la^ plus beMequè le soleil eût jamais vue^ Getoitlàque pieulattendoitpdur foudroyer son orgueil. Heur^x et invulnérable, poVlP ainsi parler^ àlatétedeses'armées, etdvH i^anSt toittt le cours de $es conquêtes ^^ il^devoit périr dans sa maison, selon Toracle d'Ézéebiel^i Lorscpieyadmirant sa grandeui^ et la beauté de Babylone', il s'élève au-dessus de Thumanité, JDîeu le iîrappe^ lui ôte Tesprit^ et le range parriiî le$ bêtes. Il revient au temps marqué par Daniel 7', et reconnoit le Dieu du ciel qui lui avoit

' Jer. XXV. II, 1 2 ; xxix. 10. — * Dan, 11. 46. — '■ ^ Van. iv. i et seq, — * Ibid. %6 et seq. -r- ^ Jerem. xxvii. — ^ ExechieL XXI. 3o. — ' Dan. iv» 3 1 .,

fait sentir sa puissance : mais ses successeurs ne profitent pas* de son exemple. Les affaires de Babylone se brouillent , et le temps marqué par les prophéties pour le rétablissement de Juda arrive parmi tous ces troubles. Cyrus paroît à la tête des Médes et des Perses' : tout cède à ce redoutable conquérant. Il s avance lentement vers les Ghaldéens , et sa marche est souvent interrompue. Les nouvelles de sa venue viennent de loin à loin, comme avoit prédit Jérémie '; enfin il se détermine. Babylone , souvent meiftcée par les prophètes , et toujours superbe et impénitente , voit arriver son vainqueur qu'elle méprise. Ses richesses , ses hautes murailles , son peuple innombrable^, sa prodigieuse enceinte , qui enfermoit tout un grand pays, conmielattestent tous les anciens^, et ses provisions infinies, lui enflent le cœur. Assiégée durant un long temps sans sentir aucune incommodité, elle se rit de ses ennemis et des fossés que Cyrus creu soit autour d'elle : on n y parle que de festins et de réjouissances. Son roi Baltasar, petit-fils de Nabuchodonosor, aussi superbe que lui ,

' Herod. lib. i, c. 177. Xenoph. Gyropaed. lib. n, m, etc. — * Jer. Li. 46. — ^ Herod. lib. i, c. 1 78 , etc. Xenoph. Gyropaed. lib. VII. Àrist. Polit, lib. m, cap. 3.

mais moins habile , fait une fête solennelle à tous les seigneurs ". Cette fête est célébrée avec des excès inouïs. Baltasar fait apporter les vaisseaux sacrés enlevés du temple de Jérusalem, et mêle la profanation avec le luxe. La colère de Dieu se déclare : une main céleste écrit des paroles terribles sur la muraille de la salle où se faisoit le festin : Daniel en interprète le sens ; et ce prophète ,^i avoit prédit la chute funeste de Faïeul, fait voir encore au petit-fils la foudre qui va partir pour Taccabler. En exécution du> décret de Dieu, Cyrus se fait tout-à-coup une ouverture dans Babylone. L'Euphrate, détourné dans les fossés qu'il lui préparoit depuis si long-temps , lui découvre son lit immense : il entre par ce passage imprévu. Ainsi fut livrée en proie aux Mèdes et aux Perses ^ et à Cyrus, comme avoient dit les prophètes, cette superbe Babylone^. Ainsi périt avec elle le royaume des Chaldéens, qui avoit détruit tant d'autres royaumes ^;etle marteau qui avoit brisé tout [univers fut brisé lui-même. Jérémie Favoit prédit ^. Le Seigneur rompit ta verge dont il avoit frappé tant de nations» Isaïe Favoit prévu ^. Les peuples, accoutumés

' Dan. V. — * /s. xiii. 17;' xxi. 2; xlv, xtvi, xlvii. Jer. li. 1 1, a8. — ' /s. XIV. 16,17. — * ^^^' "" '^' — * ^^' *'^* ^» ^-

3oO SECONDE PikRTlE.

au joug des rois chaldéens, les voient etucmémes sous le joug : Fous voiià^ dîpeiit-ils \ Messes comme nous; vous êtes devenus semblables à nous y vous qui disiez dans voire coeur : J'ééà^ verûi mon trône au-dessus des astres, et je serai semblable au Très-^Haut: C'est ce qu avoit pn>iicmcé le même Isaïe. Elle tombe ^ elle tombe y comme lavoit dit ce prophète*, cette grande Babytone, et ses idoles sont brisées. Bel est ren^ versé, et Naba, soo grand Dieu , d'où les rois prenmentleumom^ tom^e^^ârtérre^: car lesPerses, leurs :«miemis, adorateiHfs du soleil , ne Muniraient point les idoles ni les roîs ^u'on avott faits dieux* Mais conmient périt dette Babylone? comme les prophètes i'avoient déclaré. Ses eaux jurent desséchées , comme avoit prédit'^Jér^aie^, pour donner passage à son vainqueur : enivrée , euddrmie, trdiie par sa propre joie , sek^ le même prophète, elle se trouva au pouvoir dç ses ennemis, et prise comme dans un filet sans le savoir ^. On passe tous seshabitants au fU de Té* pée : Cûri^ Mèdes; ses vainqueurs, comme aVoît dit Isaïe ^, necherchoient ni Cor ni Cargent^mm

' Is. XIV. lo. — " Ibid. XXI. 9. — ^ Jbid. xlvi. i . — * Jer, i. 38 ; Lï. 36. — ' Ihid. l. a^î "• ^9, S;. — ^ /s. xiii. i5, 16,

17, 18. Jer. L. 35, 36, 37, 42-

LA SUITE DE LA RELIGION. 3oi

la vengeance, mais à assouvir leur haine par la perte d'un peuple criiel, que son orgueil faisoit } eonepû de tous les peuple^ du monde. Les courriers venoient l'un sur [autre annoncer au roi que t ennemi entroit dans la ville : Jérémieravoit ainsi marqué '. Ses astrologues, en qui elle croyoit, et;<qiu Itiipromettoient un. empire étemel^ ne purentla sauver de son vainqueur, Gest Isaïeet iévénàe qui TsMinoncent d'un commun accord f^>. Dans cet ^royaMe carnage, les Juifs, avertis xle loin^ échappèrent seuls au glaive du victorieux^,. GyruS) devenu par cette con^éte le, maître die tant rOrienty recoimoit dans ce peuple, tant de fois vaineu, je ne sais quoi de divin. Ravi des oracles qui avoiofit prédit 9es> victoires ^> il avoue>qu'il doit^son ^empire au Dieudu cte/ que les Juifs servoient>, et signale la première année de son rigide par le rétablissement de son tem*ple et de son peuple "^^

Jer. Li. 3i. — * /s. XLVIL 12, i3, 14, i5. Jet. l. 36. — ' /$. XLViil. 20. Jer. L. 8, 28; M. 6, 10, 5o, etc. — * //. Par, XXXVI. 23. /. Esd. I. 2.

3o2 SECONDE PAM^IE.

^ CHAPITRE Vil*.

Diversité des jugements de Dieu. Jugement de H gueur sur Babylone : jugement de miséricorde sur Jérusalem,

Qui n admireroit ici la Providence divine, si évidemment déclarée sm* les Juifs et sur les Gh^déens, sur Jérusalem' et sur Babylone? Dieu les veut punir toutes deux; et afin quon n'ignore pas que c'est lui seul qui le fait , il se plaît à le déclarer par cent prophéties. Jérusalem et Babylone , toutes deux menacées dans le même temps et par les mêmes prophètes , tombent Tune après l'autre dans le temps marqué. Mais Dieu découvre ici le grand secret des deux châf îrv. o^^j; d pi y f?^^ ' «p châtiment ie r»^ •

p, "^ ^v;.'!^ at'ses enfants. L'ol'gaeil des bhâicus ( c'étoit le caractère de la nation et l'esprit de tout cet empire ) est abattu sans retour. Le superbe est tombée et ne se relèvera pas, disoit Jérémie ' ; et Isaïe devant lui . Babylone la glorieuse , dont les Chaldéens insolents s enorgueillis-

* Le titre du chapitre a été ajouté dans la troisième édition. ' Jer. L. 3i, 3a , 4^.

LA SUITE DE LA RELIGION. 3o3

jnt^ a été faite comme Sodome et comme Gomorrhe ', à (JiûDieun a laissé aucune ressource Il n'en est pas ainsi des Juifs : Dieu les a châtiés comme des enfants désobéissants qu'il remet da^ leur devoir par le châtiment; et puis, touché de lem^ larmes, il oublie leurs fautes. « Ne crains u point, ô Jacob, dit le Seigneur', parceque i< je suis avec toi. Je te châtierai avec justice , ^gfX ne te pardonnerai paa cofnme si tu étois in- « nocent : mais je ne te détruirai pas comme je « détruirai les nations parmi lesquelles je t'ai w dispersé. »> C'est pourquoi Babylone,ôtée pour jamais aux Chaldéens, est livrée à un autre peuple ; et Jérusalem , rétablie par un changement merveilleux , voit revenir ses enfants de tous côtés.

âittuur du peuple sous Zorobabel , * hémias.

Ce fiit Zorobabel, de la tribu de Juda et du sang des rois , qui les ramena de captivité. Ceux de Juda reviennent en foule, etremplissent tout

' Js. XIII. 19. — * Jer. XLVi. 23.

* Le titre du chapitre a été ajouté dans la troisième édition.

' ^ éuo:

tiiTiiin.

l'jrj?.

^ ^jt;

3o4 SECONDE PARTIE.

le pays. Les dix tribus dispersées se perdent parmi les Gentils , à la réserve de ceux qui , sous le nom de Juda , et réunis sous ses étendards , rentrait dans la terre de leurs pères.

Cependant lautel se redresse^. le teii^le »se rebâtit , les murailles de Jérusalem seoit rele^ yées. .La jalousie des peuples voisins est répri* mée par le& xois.de Perse devenus les protecteurs du peuple de Dieu.. Le pontife rei^e.^ exercice avec tous les prêtres qui prouvèrent leur descendance par les registres. publics ; les autres sont rejetés '. Esdras , .prêtre, lui-même et .docteur de la loi, et Néhémias, gouverneur, réforment tous les abus que la' captivité avoit introduits , et font garder la loi dans sa pur^eté. Le peuple pleure avec eux les transgressions qui lui avoient attiré ces grands châtiments, et reconnoît que Moïse les avoit prédits. Tous ensemble lisent dans lç3 saints livres l^s qiçnaces de rhomme de Dieu ^ : ils en voient Taccomplissement : l'oracle de Jérémie^, et le retour tant promis après les soixanterdix. ans de captivité ,.les étpnne et les console p ils adoreni les jugements de Dieu, et, réconciliés avec lui, ik vivent en paix.

• /. Esdr. II. 6a.— ' //. Esdr. i. 8; vin, ix. — ' /. Esdr. i. i.

LA SCITE DE LA RELIGION. 3o5

Page 1