‹ Discours sur l'utilité de l'histoire de la médecineChapitre 1 sur 1 · SUR L’UTILITÉ DE · texte numérisé non relu

SUR L’UTILITÉ DE

Messieurs

Il se présente de nos jours à l’observateur un fait aussi intéressant qu’incontestable; c’est la tendance générale des esprits vers les études historiques. Bientôt on possédera une bonne histoire non seulement de chaque peuple, mais de chaque branche des connaissances humaines. Généralement on comprend toute l’importance de ces études pour le progrès des arts et des sciences. On sent surtout bien vivement la nécessité des études historiques, en ce qui a rapport aux sciences d’observation. Ces sciences ne peuvent réellement étendre leur cercle que par l’acquisition de notions nouvelles en étudiant la nature, et par la comparaison des notions acquises avec les travaux de nos prédécesseurs.

Tout en applaudissant à cette disposition des esprits studieux, le praticien, ami de son art, ne doit-il pas être péniblement affecté, en s’appercevant que l’histoire de la médecine seule fait exception dans l’ensemble des etudes historiques auxquelles on se livre avec tant d’ardeur, et qu’elle semble totalement oubliée de nos jours? Et cependant la lacune n’est malheureusement que trop réelle !. Pour nous en convaincre nous n avons qu’à jeter les yeux autour de nous : vainement cherche-t-on chez nos médecins cette abondance , cette plénitude de savoir que nos pères estimaient si justement*

Vainement cherche-t-on chez nos médecins de savantes recherches de bibliographie médicale, l’étude approfondie des productions de nos devanciers, de savants commentaires sur leurs ouvrages , l’art de profiter de leurs travaux tout en leur rendant justice , l’histoire philosophique de la science et de l’art , tout cela est complètement négligé aujourd’hui.

En général , nous ne nous attachons qu’a la science actuelle, qu’à l’observation du jour; la science d’autrefois nous est inconnue , les observations de nos ancêtres nous i sont totalement étrangères. Y a-t-il lieu ensuite de s’étonner que nos ouvrages modernes soient enfantés sans travail? et s’ils obtiennent l’honneur de la lecture, qu’ils soient lus sans que l’on y attache le moindre interet, puis oubliés sans retour?

Il existe aujourd’hui une sorte d’apathie, ou plutôt d’anarchie parmi les praticiens. Un peu d’Humorisme, un peu de Vitalisme, un peu d’Eclectisme et dePhysiologisme, mais beaucoup d’Empyrisme, voilà toute la base de la médecine actuelle clinique ou non. L’influence de notre époque se fait vivement sentir sur notre art : point de croyances, point de convictions, aucun symbole universel. A quoi bon? vous répond on, tout ne change, tout ne passe-t-il pas? Nos médecins ne reconnaissent plus de point convergent. L’humorisme est repoussé , le Solidisme attaqué, le Brownisme délaissé, le Pbysiologisme oublié ou bafoué, l’Hippocratisme contesté. Ainsi la science médi • cale marche, si tant est qu’elle marche, sans guide, sans plan. Ne serait il pas plus exact de dire qu’elle flotte au gré du hasard et des éventualités?

Il y a plus , l’homme studieux qui oserait étaler quelques parcelles d’or intellectuel qu’il se serait donné la peine d’exhumer des catacombes des bibliothèques, en remuant l’héritage de ses ancêtres , ne se verrait-il pas exposé à la raillerie de ses collègues? Oui , Messieurs , celui qui consacrerait ses loisirs à d’utiles recherches dans les ouvrages des anciens, celui qui travaillerait à étendre l’horison des sciences médicales passerait pour fou, ou serait à jamais flétri de l’odieux sobriquet de médecin de cabinet.

Dans une pareille disposition des esprits, Messieurs, il ne sera pas entièrement sans interet d’indiquer ici les causes du discrédit qui frappe aujourd’hui l’histoire delà médecine, et d’exposer les avantages que la médecine pratique doit retirer de cette histoire étudiée telle que je la conçois. Le sujet, dont je vais avoir l’honneur de vous entretenir, me parait au plus haut degré intéresser l’avenir de la science et de l’art pour m’autoriser à entrer dans quelques détails.

Eaut-il en convenir, Messieurs? Parmi les causes du grand discrédit de l’histoire de la médecine se présente en premier lieu l’esprit inercantil d’un grand nombre d’enfants d’Hippocrate. Au lieu d’exercer leur art avec conscience, au lieu de chercher à diminuer le nombre des inconnus dans le problème obscur des maladies , ils croient vous mettre àcjuia en vous demandant gravement comment la connaissance de tout ce qui, dans les cas difficiles et compliqués, peut contribuer à soulager les malades augmentera leur clientelle, et combien cette connaissance leur rapportera

de plus sur leur grand livre à la fin de l’année ? La réfutation d’une pareille objection , que chacun de vous a été dans le cas en? faire mainte fors, ne doit pas nous arrêter. On se borne , en s’indignant à répondre à ces misérables qu’ils avilissent la profession honorable qu’ils paraissent avoir embrassée malgré eux.

Une autre cause, qui empêche plusieurs médecins de défricher le vaste champ de l’histoire de la médecine, réside dans un sentiment qui ne se justifie pas mieux que celui que nous venons de stigmatiser. C’est la peur de paraître pédants et pas assez praticiens. Au lieu de vivre avec les livres, de les méditer , d’y puiser de bons principes, et parfois des germes d’importantes découvertes, ils préfèrent se lancer dans les plaisirs de la société , tombent dans l’ignorance , dans la nullité, dans le charlatanisme. Dans la crainte de passer pour pédants, c’est avec ostentation que ces ignorants répudient tout le passé et ses génies colossaux , comme si les Drivère , les Vésale, les Dodoens, les Van lom, les Wyer, les Rega, les Eloy et tant d autres n existaient pas pour la Belgique. Semblables aux démagogues français qui supprimèrent Dieu et tous ses Saints à la fin du dixhuitième siècle , ils dédaignent toute la science du passé et ne commencent l’ère médicale qu’à dater de leur appaiition gloiieuse dans la pratique médicale. L’histoire de Paracelse , qui brûla publiquement les ou vrages des anciens, est ainsi journellement renouvelée sous nos yeux! Un de mes amis en faisant, il y a quelque temps, une excursion dans la province, étonna bien un de ces routiniers qui combat victorieusement toutes les maladies meme tous les cas e manie , par l’eau de gomme, les saignées et les exutoires, lorsqu’il lui fit lire dans plusieurs écrits de nos prédécesseurs que cette méthode était extrêmement nuisible, meurtrière même, et surtout lorsqu’il lui apprit par la statistique de plusieurs etablissements d’Aliénés que tous les malheureux , qui avaient été traités par les moyens antiphlogistiques, arrivent dans les hospices dans un état si non incurable du moins difficile à guérir. ,

Une autre cause de cet abandon qui mérite d’être signalée , se trouve dans la trop grande vogue donnée à l’étude de l’anatomie pathologique. On s est imaginé , il y a juelque temps, qu’en faisant des autopsies on trouvait nécessairement et la cause et le siège de toutes les affections morbides. Il va sans dire que dèslors on dédaigna les travaux de nos prédécesseurs et qu’on crut que l’expérience d hier n était qu un piide infidèle. Le célèbre nonsens médical de Bicuat qu'est l’observation si Von ignore le siège du mal ( 1) , a été cause de cette vogue extraordinaire. Aussi bon nombre de

f 1 ). Cette proposition interrogative de Bichat fait voir que lui et ses admirateurs ne se sont occupés que des maladies chirurgicales. Chaque praticien a été obligé de dire souvent : qu est ce que le 8ièae d une ma a . » •i l’on ne connaît pas l’affection qui la cause. Il y a plusieurs maladies qu’on attaque directement sans faire attention à leur siège. Ainsi une vive douleur, dont le caractère exclut 1 inflammation , sera efficacemen c battue par l’opium et ses préparations, quelqu’en soit le siège.Avei vous besoin d’imaginer un siégé pour a syp ilis et le génie intermittent pour que vous puissiez l’attaquer avec succès? « La question de Bichat, dit e pro e33e Lordat « me parait tout à fait semblable à celle-ci : comment peut-on espérer de corriger les vices un en an 9 •i l’on ne sait pas quels sont les points du cerveau qui sont les organes de ces vices, con ormemen a a trine de Gau.. On est généralement persuadé que Fénélon a contribué au changement avantageux du caractère de son élève , quoiqu’il ait ignoré le siège réel ou prétendu du mal, et il me semble qu’on n’a pas encore renoue* à des moyens moraux d’éducation qui n’ont aucun rapport avec la supposition dVne maladie locale, »

médecins entraînés parla mode ne s’attachaient plus qu’aux lésions cadavériques et étudiaient la médecine comme ils étudieraient l’histoire naturelle, en négligeant presque les symptômes et la thérapeutique. Mais l’anatomie pathologique n’a pu remplir les belles promesses qui avaient été données en son nom. Les hommes de bonne foi se sont aperçus que le scalpel ne pouvait pas découvrir toute la maladie. L’évidence des faits les a forcés d’admettre que primitivement la cause des affections morbides peut exister soit dans l’action moléculaire des organes , soit dans les impondérables. Tout en admettant que l’action organique influe grandement sur le jeu harmonique des fonctions , ils se sont convaincus que l’anatomie pathologique n’était que la science des effets et de l’influence des maladies sur les organes. Aussi aujourd’hui , on n’attache plus à cette science la grande importance qu’y attachaient naguère les anatomopathologistes. Nous la regardons comme un élément de l’indication médicale, mais nous ne croyons nullement que l’anatomie soit le principe sur lequel doit être appliqué le raisonnement médical, puisque l’étude des symptômes est d’une importance au moins égale et que l’action des médicaments est peut être plus grande encore, sans que nous admettions cependant l’axiome morborum nalurani ostendit curatio. La nouvelle direction imprimée aux études thérapeutiques prouve que l’anatomie pathologique a perdu , même en France , de cet intérêt exagéré qu’on y attachait d’abord.

La fabrication continuelle de nouveaux systèmes n’est pas une moindre cause du dédain de l’histoire de notre art. En effet, nous voyons journellement surgir des novateurs qui proclament hautement que la véritable médecine n’a pas existé avant leur apparition , que dans leur doctrine seule se trouvent la voie, la vie et la vérité, et qu’en dehors de leur système il n’y a plus d’espoir de salut pour le genre humain. Et le vulgaire des médecins d’encenser chaque systématique adroit et subtil , eût-ii égorgé la vérité avec le glaive du sophisme. — Parlez d’érudition à des gens qui s’imaginent qu’il n’y a qu’à ouvrir les quelques pages du maitre pour savoir l’alpha et l’oméga de la science et de l’art ! Parlez d’érudition aux homéopathes qui disputèrent jadis à prendre place dans le panthéon médical et qui assurent sang rire qu’on guérit de graves maladies par un trillionième de grain d’Aconit! Parlez d’érudition aux ontoîogophobes qui affirment gravement qu’on ne peut obtenir de succès en thérapeu* tique que par les antiphlogistiques! N’est ce pas là frapper au cœur l’érudition et l’observation clinique? Ces niveleurs qui érigent ainsi l’ignorance en système, mettent leur conscience à couvert, en faisant de bon cœur le sacrifice d’une partie importantè de la médecine , de cette partie de la science qui n’existe que par le rapprochement des faits et dont l’étendue et le degré de certitude se mesurent en général sur le nom-* bre de ces faits, comme sur leur constance à se reproduire avec les mêmes caractères.

Telles sont. Messieurs, les principales causes du discrédit dont est frappée au-* jourd’hui l’histoire de la médecine. Et cependant l’étude de cette histoire est d’une Utilité, d'une nécessité si incontestables, que le praticien ne saurait la négliger sans manquer à ses devoirs. D’ailleurs les nombreux avantages qui doivent résulter, non..

seulement pour la théorie , mais aussi pour la pratique de l’art de guérir, compenseront amplement les peines et les veilles du médecin studieux qui s’y adonne.

S’il est vrai que la médecine est une science d’observation comme l’a dit Baglïvi ars medica tota in obsercatione , il én résulte qu’elle dérive de la connaissance et du rapprochement sjstématique de tous les faits et de tous les objets qui forment son domaine. Mais ces objets et ces faits sont de deux espèces. Tantôt nous pouvons les observer et les étudier à toute heure , nous pouvons les reproduire par l’expérience aussi souvent que nous le désirons. Tantôt la nature s’en réserve momentanément le secret, et nous ne pouvons connaître les faits scientifiques que par l’intermédiaire de ceux qui ont eu l’occasion de les observer directement. Dans le premier cas on conçoit que l’observation directe est la véritable méthode d’études*, dans le second cas , au contraire , où les faits scientifiques qu’on peut constater actuellement par l’observation sont l'es moins nombreux , et où l’expérimentation est interdite parla nature meme du sujet des études, les faits constatés par nos prédécesseurs acquièrent nécessairement une grande prépodérance , et ici la connaissance de l’histoire devient nécessaire , devient indispensable. En effet , si nous jetons un coup d’œil sur les différentes branches dont l’ensemble constitue la science médicale et l’art de guérir , nous sommes obligés de convenir qu’en exceptant l’anatomie , la clinique et les opérations chirurgicales pratiquées sur le cadavre , tout le reste se compose presqu’exclusivement de l’histoire de la médecine, c’est à dire de ce que les grands hommes, nos devanciers, ont observé sur des faits fugitifs qu’on ne peut reproduire à volonté, qu’on ne rencontre que de loin en loin et par hasard, dont la nature est trop avare pour qu’on puisse les étudier à fond , ou les multiplier suffisamment devant le praticien inexpérimenté. Certes, ce défaut d’expérimentation tourne au grand détriment des malades si le médecin ne s’est pas donné la peine de suppléer par la connaissance de l’histoire à l’absence de l’observation.

D’après cela l’art de guérir n’a, en grande partie, d’autre base que l’histoire. Ne serait ce donc pas anéantir de gaieté uecœur une portion importante de notre art que de négliger l’histoire de la médecine ?

Chacun de vous, Messieurs , croit au progrès des sciences et de l’esprit humain. •Chaque siècle peut reculer l’horison scientifique. Si nous le voulons, il nous est réservé de voir ce que nos ancêtres ne pouvaient apercevoir, mais à condition pour nous de monter sur leurs épaules. Celui qui ne veut pas se donner cette peine, contemplera moins d’objets que ses prédécesseurs. Il serait absurde de prétendre de voir plus et mieux en vingt ans qu’on n’avait vu en deux mille, en dédaignant le secours de la superposition. Proclamer qu’oa est dans le progrès , dans l’avancement, quand on refuse de profiter des travaux de nos devanciers , de l’histoire en un mot , c’est une outrecuidance qui n’impose à personne. Interrompre la succession du passé au présent, c’est vouloir former une science nouvelle qui n’ait rien de commun avec la précédente. Dans le vrai progrès. il n’y a pas .de saut. L’actuel doit être la continua^ tion du passé 3 comme le futur sera la continuation du présent. La seule voie

progressive c’est de lier les découvertes du présent à celles du passé , de manière quJ la chaine scientifique ne soit jamais interrompue.

Pour quiconque a réfléchi , la tradition médicale est incontestable. Les observations naissent trop directement les unes des autres, et les théories paraissent si intimémenl liées, qu’il y aurait au moins de l’extravagance à établir sciemment des lacunes dans une science qui ne peut réellement avancer qu’en se continuant, et où il faut toujours, tôt ou tard, de gré ou de force, rétablir les anneaux rompus. Ainsi l’on ne saurail posséder parfaitement la médecine , si l’on ignorait son histoire qui en est le compté* ment si ce n’est la base.

Pour vous faire sentir toute l’importance de l’histoire de notre art , je me permettrai de vous exposer la manière dont je la comprends, bien qu’en cela je ne ferai que résumer les idées de plusieurs historiens de la médecine. ( 1 ).

Pour moi 1 histoire de la médecine , n’est rien autre que la médecine elle même présentée historiquement, c’est à dire, dans l’ensemble des vicessitudes qu’elle a éprouvées depuis son berceau jusqu’à l’époque actuelle. Cette définition est complexe, vous avez déjà compris, Messieurs, que je veux diviser l’histoire de la médecine en histoire extrinsèque et intrinsèque. Celle-ci est l’art elle même, dont l’utilité est toute pratique.

L’histoire extrinsèque de la médecine fait connaitre toutes les circonstances, de quelque nature qu’elles soient, qui ont influé sur les vicissitudes de la science et de l’art. Elle trace l’histoire des systèmes et des doctrines. Car la médecine et la pratique d’un siècle et les systèmes de l’époque sont choses fort différentes. Prétendre que l’histoire de la médecine ne soit que l’histoire des systèmes , ce serait tomber dans le défaut qu’on reproche généralement aux histoires politiques des peuples, ce serait la réduire à faire connaitre seulement les rois et les héros, sans dire un mot de T histoire réelle de cette science.

Comme la marche de la civilisation peut expliquer quelquefois les progrès et la décadence des sciences en général , il est nécessaire , si l’on veut rendre l’histoire extrinsèque de la médecine réellement utile et instructive , d’observer attentivement l’état de la civilisation, les progrès ou la décadence du perfectionnement social et ses causes, afin de bien concevoir les différentes doctrines médicales et de pénétrer le but des tentatives, même inutiles , faites pour parvenir à la vérité. La connaissance de l’iiistoire de la civilisation, qui parait être la base des sciences en général et de la médecine en particulier , nous explique souvent pourquoi une révolution médicale s’est faite de telle manière plutôt que de telle autre.

( 1 ). Je me plais à citer ici les noms des auteurs dans les écrits desquels j’ai puisé pour composer ce discours. Ce sont MM. Dezeimeris , Lordat , Friedlænder, Lessing, Cayol , Reveil lé- Parise , Kuhnholtz j le chancelier Bacon, Baglivi, Fr. Hoffmann, Boerhaave . Rega , Haller, Sprengel.

pour bien étudier l’histoire de la médecine il faut indispensablement se former une bonne idée de 1 état de la philosophie de chaque époque. C’est en combinant l’histoire de ces deux sciences que nous apprenons quels furent , dans chaque siècle, l’étendue des connaissances, les opinions dominantes et le génie de l’art les

médecins ayant presque toujours emprunté leurs théories aux philosophes. Il en est

de même de l’état des lettres et des sciences, et plus spécialement des sciences d’observation , ainsi que de celui de chaque branche spéciale de la médecine, en tant qu’elle est capable d’influer sur les autres.

L’histoire extrinsèque mentionnera tous les encouragements que les études médicales ont reçus , comme aussi les divers obstacles que la science a du surmonter Ainsi on fera connaître les diverses institutions médicales, la condition civile la Vie des médecins , mais seulement par manière d’incident.

Quiconque a concouru d’une manière notable au mouvement progressif de la science et de l’art, a sa plaçe marquée dans l’histoire ; par contre on aura soin d’en écarter la foule qui n’a fait que suivre servilement les pas du chef de l’école.

L’historien delà médecine doit prendre garde de montrer delà préférence ni pour

les anciens ni pour les modernes ; il doit exposer la médecine de chaque époque avec une entière impartialité. u

les sources de l’histoire de notre art sont les productions médicales de tous les siècles. Nous ferons remarquer toutefois que la bibliographie médicale nous apprendra d en user avec discernement et discrétion.

L histoire extrinsèque signale aussi les écrivains qui ont apporté un tribut à la science, et fait mention des livres utiles; delà la nécessité de la bibliographie médicale. Car qu on ne s imagine pas que la connaissance des livres soit chose aisée et que ion puisse puiser aux sources quand on voudra. C’est une erreur, Messieurs. Désabusez-vous si, en ouvrant au hasard un livre ancien, quelque bon qu’il fût vous croyez en pouvoir extraire aussitôt la substance et la moelle. Non certes ; bien’ saisir lespnt de l’époque où ce livre a été écrit , le genre de talent de son auteur , le point dou il est parti, le cercle qu’il a parcouru, ce qu’il a fait, ce qu’il a dit, comment il la tait et dit, les résultats auxquels il est parvenu, s’ils ont été confirmés ou rejetés par le temps , tout cela n’est pas la science de quelques instants. C’est la bibliographie medicale qui dans cette masse effrayante de livres, dont se compose la littérature medicale , vous signale ceux qui méritent d’arrêter particuliérement votre attention trace la route à suivre dans vos études , et vous mène droit aux sources où vous pouvez, le plus facilement et le plus sûrement puiser la connaissance la plus complexe de 1 °M de vos recherches. 1

Nous ajouterons encore que l’histoire extrinsèque doit savoir rassembler les dimnements de son domaine de manière à en former un enchaînement qui

réunisse la clarté à la véracité; elle doit les effets qui en sont résultés.

en développer les causes et mentionner t

Qu’on ne s’imagine pas qu’en étudiant l’histoire extrinsèque seule d’après les t règles que, je viens de tracer, on ait fait une bonne histoire de notre art; non certes, celui qui se bornerait à celle-là ne pourrait pas se flatter d’avoir donné même le premier mot de l’histoire réelle de la médecine.

Par l’histoire intrinsèque ou réelle de la science et de l’art, j’entends le meil- | leur traite de médecine, dans lequel on aura eu soin de considérer chaque ob- I servation , chaque expérience, chaque notion, chaque hypothèse dans l’ordre de : leur apparition dans monde scientifique, et en suivant les phases et les vicis- j siludes de leur développement. L’histoire intrinsèque rapporte tout à son époque . et à son auteur, elle fait connaître les grandes découvertes et les grandes erreurs afin d’en déduire, d’après les leçons de l’expérience, leur influence avantageuse \ ou funeste sur l’avenir de la science, elle enregistre soigneusement tout ce que I l’étude de la marche de la médecine à travers les siècles nous enseigne sur la nécessité i de suivre la méthode expérimentale.

Dans l’histoire intrinsèque on voit la médecine s’avancer avec les siècles, au milieu de la foule des auteurs qui la cultivèrent , recevant un tribut de chacun d’eux. Elle s’avance sans se laisser distraire, ni offusquer par l’énorme fatras de matériaux de toute espèce qui encombrent sa route.

On aurait tort de supposer que l’histoire de la médecine rédigée d’après ces bases doit avoir une étendue démesurée. Qu’on veuille bien prendre en considération les remarques qui suivent et l’on comprendra qu’une telle histoire peut etre plus complette que les histoires que nous possédons, sans avoir l’étendue d’aucune d’elles. En effet, 1 histoire intrinsèque n’enregistre que les faits réellement progressifs. Elle se soucie fort peu que mille auteurs se soient occupés d’un même sujet, depuis le premier auteur qui l’introduisit dans la science, s’il n’y en a que deux ou trois qui aient sensiblement modifié les opinions de celui-ci. L’histoire intrinsèque procédant par ordre de matières, sans aucun effort de mémoire , voit à l’instant dans chaque ouvrage ce qui n’est que la répétition de l’ouvrage examiné un moment auparavant , et choisit à coup sûr le fait original qu’elle veut enregistrer.

Pour avoir une histoire complette de la médecine, on doit écrire à la fois l’histoire extrinsèque et intrinsèque de la science et de l’art. Celui qui ne s’occuperait que de l’histoire intrinsèque, aurait bien l’histoire complette de l’art qui serait même suffisante pour la médecine pratique et les praticiens, mais une pareille histoire serait sans vie, parce qu’on n’y trouverait pas le secret et les lois des causes de ses vicissitudes et de ses progrès. D’un autre côté, si l’on n’étudiait que l’histoire extrinsèque, ce serait ne pas donner même le premier mot de l’histoire réelle de la médecine, puisqu’elle ne s’occupe que des choses extérieures à la science qui, plaçces dans des rapports plus ou moins directs avec elle, ont pu f influencer d’une manière quelconque.

L’histoire intrinsèque de notre art ne doit pas s’étendre également sur toutes les parties des sciences médicales. L’histoire qui s’étendrait sur tous les sujets, manquerait le véritable but, le domaine de l’histoire intrinsèque ne se composant essentiellement que des parties dans lesquelles il reste encore quelques découvertes à faire, quelques faits obscurs à éclaircir, quelque incertitude à lever , quelque erreur à détruire, de celles en un mot, qui n’ont pas encore atteint toute la perfection désirable; et personne n’ignore que ce domaine n’est malheureusement que trop étendu. Tout n’est pas également important pour l’historien de la médecine, ou plutôt l’histoire n’est pas également utile à tout, et c’est toujours son utilité qui sera la mesure des développements qu’on doit lui donner. Faites la revue des différentes branches de l’art de guérir, et vous vous aperçevrez, Messieurs, que quelques unes se composant de faits , de détails et de notions tellement positifs, indubitables que leur ensemble constitue un tout approchant de la perfection. Bien que l’histoire conserve encore ici son intérêt, elle y perd naturellement une grande partie de son importance , et en traitant de pareils sujets , l’historien doit être très concis. Il en est dé même quand il expose des phénomènes observables à chaque instant et que l’expérience est à même de reproduire à volonté. Alors l’histoire doit se borner à fournir des indices à nos propres investigations, et les travaux de nos devanciers n’ont qu’une importance limitée.

Mais , par contre , en certaines circonstances il est permis à l’historien de se développer, quelquefois même il y est tenu. Ceci aura lieu tantôt pour des faits propres à certains temps, à certains pays, pour des faits accidentels, que le hasard présente trop rarement pour fournir à chacun le moyen de les étudier; tantôt pour des phénomènes variables dont la loi ne pourra se déduire que du rapprochement d’un nombre immense de cas particuliers. Ici l’histoire constitue le fondement principal de la science, elle exige des développements qui égalent son importance.

L’histoire de la médecine telle que je la conçois, est encore un œuvre à faire, vers la création duquel les hommes studieux devraient diriger leurs constans travaux. J’entends vous récrier, Messieurs, contre cette sentence qui pourrait même vous paraître paradoxale ; j’entends m’objecter que dans le grand nombre d’histoires de la médecine que nous possédons, il faut bien qu’il en existe qui la traitent d’après la définition que j’en ai donnée. Nous possédons sans doute des productions remarquables sur l’histoire de notre art ; mais tous les auteurs paraissent s’être attachés à nous donner l’histoire littéraire et la biographie des médecins célèbres plutôt que l’histoire réelle de l’art. Pour nous en convaincre , examinons les plus remarquables d’entre elles ; les bibliothèques de Haller, le dictionnaire historique de la médecine ancienne et moderne d’ELOY, l’histoire pragmatique de la médecine de K. Sprengel , le dictionnaire historique de la médecine ancienne et moderne de Mr. Dezeühehis, et nous verrons que tous ces savants et laborieux écrivains, au lieu de donner l’histoire de notre art, n’ont tracé que celle des hommes qui le cultivèrent, ou des ouvrages

qui Teurenl pour objet. Qu’on choisisse en effet l’un ou l’autre sujet important,

qu’on en cherche l’histoire réelle dans les auteurs que je viens de nommer , et dans tous les autres; vous serez obligés d’avouer que vos recherches ont été vaines et qu’il n’existe pas d’ouvrage où l’on donne la véritable histoire de la médecine.

On peut encore m’objecter que, si tant de grands hommes n’ont pas réussi à produire une bonne histoire, on doit désespérer de la posséder jamais. Ne serait ce pas présomptueux de ma part, me demanderez- vous, de vouloir y travailler, d’engager nos confrères à y travailler au risque de perdre un temps précieux à poursuivre un but insaisissable? Je suis d’un avis contraire, Messieurs, j’ai la conviction que, si quelques grands hommes n’ont pu réussir à produire une bonne histoire, nos faibles efforts pourront quelquefois réussir là où ils ont échoué, et que pour cela il ne faut peut être qu’une bonne méthode. Celle que j’ai définie plus haut, celle que le chancelier Bxcon de Yerulam préconise dans l’étude des sciences d’observation , doit être notre guide. Nous avons d’autant plus de chance de réussir, que nous pouvons profiter des travaux de nos prédécesseurs. Bien que les matériaux qu’ils nous ont laissés soient insuffisants , ils peuvent cependant nous être d’une grande utilité pour former les fondements de notre ouvrage.

Ensuite en travaillant nous devons éviter les défauts que nous reprochons à nos devanciers; nous devons surtout nous attacher à l’idée de ne donner que l’histoire réelle de la science. Pour atteindre ce but on n’est pas obligé de consulter tous les ouvrages indistinctement, la vie de l’homme n’y suffirait pas, vita brevis , ars longa a dit Hippocrate. Plusieurs de nos laborieux prédécesseurs, qui ont sacrifié leur vie à fouiller dans le chaos de la littérature médicale, nous ont heureusement appris qu’un grand nombre d’auteurs ne valent pas la peine d’être lus , ne méritent pas qu’on en fasse mention. Mais ils nous ont par contre indiqué ceux dont les productions peuvent être favorablement employées dans la composition de l’histoire de la médecine.

Certains écrivains , il faut en convenir, ont parfaitement possédé leur matière , et entre autre l’illustre Sprekgel. D’après «lui l’histoire de la médecine embrasse tout l’ensemble des changements survenus à différentes époques dans cette science. Il dit avec nous qu elle ne se borne point à retracer la vie des médecins célèbres, ni a énumérer et à critiquer les ouvrages qui ont paru sur l’art de guérir en général, et sur chacune de ses branches en particulier. Delà la nécessité, trop souvent méconnue, d’établir une distinction entre l’histoire proprement dite et la littérature de la médecine. La première examine d’une manière plus particulière les systèmes qui ont régné successivement, les méthodes sur lesquelles on a basé le traitement des maladies, et les révolutions que la théorie a éprouvées aussi bien que la pratique. » Mais si ce grand homme joint l’exemple au précepte dans quelques endroits de son ouvrage , il se distingue à peine de ses devanciers dans la plus grande partie de son histoire, et sort rarement du plan que lui prescrivait la méthode historique reçue de son temps. Parmi nos contemporains qui cultivent l’histoire de la médecine selon la plan dont je vous ai entretenu , nous n’avons à citer que quelques médecins Allemands et le seul

M.r Dezedieris en France. Ce dernier a parfaitement indiqué dans la Presse Médicale la manière de rendre l’étude de l’histoire de la médecine réellement utile et profitable. Mais jusqu’à ce jour aucun n’a encore publié une histoire faite d’après la bonne méthode, bien que ce dernier ait annoncé dans plusieurs de ses écrits qu’il y consacre tous ses loisirs.

Il est vraiment remarquable que les historiens qui nous ont précédé, ont recueilli indifféremment sur chaque auteur et les découvertes dont il a enrichi la science et les erreurs dans lesquelles il est tombé. N’estce pas là méconnaître évidemment le but et l’esprit de l’histoire? Nous croyons qu’on ne doit faire connaître l’erreur que pour autant qu’elle ait sensiblement influé sur la marche de la science , et qu’elle serve à expliquer ses vicissitudes ultérieures. Inutile de vous dire ensuite que l’application seule de ces deux principes suffit déjà pour déblayer le terrain d’un tas énorme d’inutilités. En ne rassemblant que des matériaux qui méritent d’être employés, le premier coup d’œil les saisit d’une manière bien plus nette , et l’esprit les apprécie d’une manière bien plus juste.

Si l’on étudie l’histoire d’après la méthode que je viens d’indiquer, son utilité est incontestable*, et c’est surtout à une époque d’anarchie scientifique comme la nôtre, où les jeunes praticiens ne trouvent pas de guide pour les conduire à travers les différentes doctrines , où le défaut d’érudition fait souvent tourner la science sur elle même, que la nécessité de passer en revue les siècles passés et de comparer les anciennes idées aux nouvelles devient urgente. Que d’incertitudes l’histoire aurait elle déjà épargnées à la médecine pratique en démontrant que les agents thérapeutiques inventés et préconisés par les modernes ont depuis longtemps déjà été inventés, préconisés et rejetés !

Aussi l’utilité et la nécessité de l’histoire de la médecine ont été reconnues par tous les grands médecins. Je me contenterai de donner l’opinion de quelques uns Je citerai en première ligne Frédéric Hoffmann, qui croyait que les praticiens devaient combiner les résultats des recherches du passé avec les découvertes contemporaines, si l’on désirait obtenir des résultats heureux en médecine. Le grand Boerhaave était tellement convaincu de la nécessité de cette étude qu’il a consacré une partie de sa vie à plonger dans la grande mer de l’érudition médicale , pour ressaisir les richesses contenues dans son vaste sein et les féconder par de nouvelles applications. Il commençait toujours ses cours par l’histoire de la partie qui devait en faire le sujet. On a mêmedelui, sur cet objet, un ouvrage ex professo que le savant Haller ne dédaigna pas de commenter. Baglivi, en différents endroits de sa Médecine Pratique, enseigne que la médecine étant la fille du temps , on doit tâcher de lier les résultats de la pratique de nos prédécesseurs à ceux des modernes ainsi qu’à ceux qui nous sont propres. Il recommande de ne pas séparer ces résultats afin de rendre la pratique aussi positive et aussi parfaite que possible. Le Baglivi Belge, l’illustre professeur Rega , ce grand promoteur des études historiques dans notre pays, signale la grave erreur que commettent les modernes en détruisant tous les trésors du passé et en ne voulant faire

dater la science que de leur époque. Partout dans ses ouvrages, qui plaisent en général par une érudition utile et agréable, il joint l’exemple au précepte. Le savant Sprengel dit que « l’histoire de la médecine est le véritable flambeau de la vérité et la source la plus féconde d’instruction , il ajoute que la gloire qu’on acquiert en la cultivant est infinement supérieure et préférable à celle toujours équivoque et précaire des fondateurs de systèmes nouveaux. »

D’après ce témoignage des plus grands médecins , l’histoire de la médecine est donc pour nous de la plus haute utilité. Elle nous prémunit contre tout jugement injuste, elle nous apprend à ne pas avoir une confiance aveugle dans nos propres opinions et à prendre toujours , comme le recommande si souvent Rega , les faits pour guide. En effet, Messieurs, quand vous voyez combien on a nui aux progrès des sciences en préférant les hypothèses aux faits, vous devez convenir que l’étude de ceux-ci est de la plus haute importance. En nous faisant connaitre les fautes de nos devanciers l’histoire nous indique la route à suivre pour les éviter. Elle contribue à former et à orner notre esprit. Quel enseignement plus philosophique, que celui qui nous fait apprécier la valeur des systèmes passés? que celui qui nous fait voir les défauts de certains systèmes auxquels nous étions peut-être sur le point d'adhérer ?.

Tout le monde est d’accord que l’histoire est la meilleure source où l’on puisse recueillir les notions les plus sûres sur la plupart des sciences, et particulièrement à l’égard de celles qui reposent sur l’expérience. La vie quelque longue qu’elle soit, est beaucoup trop courte pour que l’homme puisse se dispenser de mettre les travaux de ses prédécesseurs à profit. C’est envain qu’on se flatterait de perfectionner les sciences d’observation , si l’orx se contentait toujours de recueillir des faits nouveaux , sans avoir égard à ceux qui sont déjà connus , à l’enchainement de toutes les vérités dont la science se compose dans son état actuel, aux vicissitudes qu’elle a subies, à l'influence que les opinions dominantes de chaque siècle ont exercée sur elle, enfin aux théories sans nombre nées de la passion de généraliser les idées particulières.

L’histoire nous fait voir le ridicule des prétentions de ces observateurs qui croient avoir assez vu pour se faire une médecine à eux, et pour se dispenser d’apprendre ce qu’ont observé leurs prédécesseurs. Elle nous apprend à déterminer les époques auxquelles de nouveaux procédés opératoires, des méthodes de thérapeutique tant internes qu’externes, et surtout des remèdes spécifiques ont été inventés où observés pour la première fois. Elle conserve aux inventeurs non seulement leur propriété ( 1 ) et une place immuable dans son cadre , s’opposant ainsi à ce qu’on n’en perde pas le souvenir , mais en outre , elle règle leur rang, de manière à maintenir invariablement l’ordre chronologique suivi par la marche de l’esprit humain.

( 1 ), L’histoire préviendrait ainsi les vols littéraires qui sont aujourd’hui si fréquents. Elle aurait ainsi empêché ceux de Bboüssais à l’égard de Rega, celui de M. Velpeau â l'égard de M. Seutis, celui de MM. Faubaïtiek et Bouegougmok à l’égard de M. Sotteac et tant d’autres que nous aurons soin de signaler en temps et lieu.

Par la connaissance de l’histoire de la médecine , on apprécie les révolutions médicales passées et présentes. On voit que les novateurs rebâtissent avec lenteur ce qu’ils ont démoli d’un seul coup et que, s’ils avaient été moins pressés, ils auraient épargné à la république médicale ces secousses qui distraient les esprits laborieux , déconcertent les nouveaux venus , et scandalisent la philosophie et l’humanité.

Bien plus, les connaissances historiques préviennent les révolutions générales qu’il faut bien se garder de confondre avec le véritable progrès. Elles nous préservent de cet enthousiasme si nuisible aux progrès de la science et à la propagation de la vérité.

L’histoire de la médecine détruit les préventions que l’on pourrait avoir contre ’étude des doctrines hypothétiques , leur étude comparée étant des plus utiles par cela même que l’établissement de la doctrine normale en découle comme une conséquence rigoureuse.

L’histoire de notre art qui fait le triage des faits vrais, des faits douteux et des faits non authentiques , nous apprend jusqu’à quel point nous devons avoir foi dans les systématiques qui tous affirment ne parler qu’au nom des faits , ne s’appuyer que sur des faits démontrés. Elle nous signale les auteurs qui méritent toute notre confiance, comme autorités à alléguer ou à citer , après nous avoir désigné les conditions générales qu’ils doivent présenter.

Loin de décourager dans l’étude des nombreux faux systèmes qui se sont succédé, soit en se détruisant les uns les autres, soit en se heurtant à la médecine hippocratique, l’élève studieux, cherchant la vérité de bonne foi et sans prévention aucune en prenant l’histoire de la médecine pour guide, sera toujours à même défaire le départ si important dont la bonne direction des études de toute sa vie sera la conséquence immanquable.

Dans l’état actuel des sciences médicales vu leur immense développement, l’histoire qui ne serait qu’agréable et curieuse, sans présenter une utilité directe et positive, ne mériterait pas qu’on s’en occupât. Elle ne doit pas nous procurer les délices de l’antiquaire, ou les plaisirs du roman , mais une instruction médicale solide et profitable. Il faut qu’elle se montre à tout le monde non comme une etude de luxe et d’ornement pour l’esprit, mais comme une étude de nécessité et une source de lumières pour la pratique.

De ce qui précède, vous ne devez pas conclure. Messieurs, que l’étude historique doive être la seule étude nécessaire au médecin. Non certes, ce serait retomber dans les erreurs dans lesquelles les écrivains du quinziéme et seizième siècles sont tombés.

Ces médecins faisaient abnégation de toutes les facultés de leur entendement au profit le leur mémoire, et ne voulaient pas aller au délà de la limite que les anciens avaient posée. C’était condamner leurs travaux à la stérilité, c’était sacrifier tout à fait ^ observation à l’histoire. Le médecin digne de ce nom, tâchera d’éviter cet écueil lYec le même soin qu’il met à se prémunir contre le défaut opposé.

Je viens de résumer, Messieurs, les principaux avantages que l’histoire de la médecine, étudiée comme je la conçois, doit nécessairement procurer à ceux qui s’y adonnent. S’il y a des médecins qui la dédaignent ou qui feignent de la dédaigner , soyez sûrs que c’est parcequ’ils l’ignorent. Car les arguments de ceux qui la contestent décèlent ou leur profonde ignorance du sujet ou font peu d’honneur à leur intelligence. Etudions la avec ardeur , nous pouvons être sûrs de rencontrer à toutes les époques des hommes supérieurs qui ont su observer la nature, qui ont su découvrir la vérité. Et puisque la vérité ne vieillit pas, nous verrons que la médecine est une science arrêtée mais non fermée , et qu’il existe un corps de doctrine médicale à la fois pérenne et progressive qui dure depuis Hippocrate jusqu’à nos jours. Ne craignez pas de vous constituer les défenseurs de la sainte cause de la vérité. Heureusement pour notre art, il se fait ressentir déjà dans notre pays une réaction incontestable, plusieurs hommes laborieux s’en occupent activement et bientôt nous verrons l’histoire de la médecine étudiée comme elle doit l’être, prodiquer ses trésors à la médecine pratique. Imitons ces hommes laborieux, nous y sommes plus intéressés que jamais, puisque tous les échos ne cessent de nous crier : progrès, avenir. Songeons au progrès mais il ne peut être sauvé que par la loi de la continuité. Songeons à l’avenir, mais il ne peut être atteint que par l’enchainement des faits, puisque le présent est gros de l’avenir.

Messieurs, je n’ai pas eu la prétention de prononcer un discours solennel, dont les périodes sonores, les figures de rhétorique scintillantes et les élans oratoires dussent faire les frais. J’ai tout simplement voulu signaler une lacune qui existe dans les études médicales et indiquer le moyen d’y porter remède. Si je ne réussis pas , la faute n’en sera pas imputée à ma bonne volonté. Ayant fait de mon mieux pour atteindre le but , il ne me reste, Messieurs, qu’à invoquer votre indulgence.

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