LA RECULADE DU GOUVERNE- MENT
Le gouvernement actuel sanctionua cette résolution par un airêté du 13 septembre 1897. Et le bill présenté par de gouvernement l'an dernier, l'eproduisant en €e point le projet de refonte préparé par le conseil, contenait cette clause : ‘208.—Le lieutewant-gouverneur en Conseil pourra tixer le minimum des traitements qui devront être payés aux instituteurs dans des diverses municipalités scolaires. ” Cette disposition provoqua uue explosion de joie dans le corps enseignant. C'était une ère mouveile qui s'ouvrait pour nos instituteurs.
Mais hélas ! catte joie fut de courte durée. Quelques semaines s'étaient à peine écoulées et l’on apprenait que de gouvernement, reculant devant la peur de l'impopularité, avait rescinde son arrêté du 13 septembre et que, la tixation du minimum n'était pas sanctionnée par le Conseil Exécutif.
Vainement le comité du conseil de l'instruction publique revint à la chaige dans sa séance du 11 mai dernier.
Vainement il adoPiu les résoiutions suivantes, proposées encore par L'ho--uorabie M. Masson : ‘ Que ce comité recommande de fixer un minimum de traitement pour les instituteurs et institutrices et que da subvention scolaire soit retranchée à toute municipalité qui ne se conformerait pas au dèglement qui sera adopté à ce sujet.
Que ce minimum soit tixé à ÿ100, tu sus de toutes charges et avantages attchées à leurs écoles, Que ce règlement me soit pas appliqué aux écoles pauvres et réputées telles par
ce comité, ’’ La dernière pattie de cet:
te résolution avait pour objet de faire disparaître une objection raisonnable, ut d'exempter les municipalités trop pauvres pour payer ÿ100 à leurs mai-res et maîtresses d'école, Tout cela fut inutile, Cette résolution ne fut pus sanctionnée par le gouvernement, elle resta lettre morte et à l'heure qu'il est, dans notre province, I y à de riches municipalités qui reçoivent des subventions ofticielles et qui payent impunément à leurs maheureu- £es instiutrices un salaire moins GClevé que celui d'une cuisinière de bonne maison,
Voilà comment le gouvernement qui veut décréter la gratuité des livres.
traite le corps ‘enseignant de notre province, Et l'on parle de réforme, d'avancement et de progrès ! C’est une indigne moquerie, La première ré-forme à opérer, c'est la réforme de in condition misérable des instituteurs et institutrices, Et le gouverpement actuel n'a pas eu le courage de la poursuivre. 11 a eu peur des prêéjugés, il à cu peur des récriminations, il a eu peur de l'égoïsmey et de la purcimonie révoltéés de certaines muuicipalités scolaires, et il à honteusement battu en retraite, lntre l'amélicration du corps enseignant qui est d'importance primordiale et de mnécessité urgente, et la distribution gratuite de livres "uniformes, qui est antiprogressive et anti-économique, mais qui peut tiatter la, foule, il a choisi la uesure populaire et sacritié la mesure salutaire, Ce n'est pas de cette wanière que le progrès peut s'’accompair, ce n’est pas ainsi que l'on enseignera au peuple ses devoirs eu luatière d'éducation.
Et muintenant, Messieurs, j'ai termiué l'examen de ce projet de loi. Le gouvernement s'y montre sous deux aspects : tendance à empiéter, et impuissance à réformer. Tendance à empiéter manifestée la main mise du miuistère sur l’'inspectorat, par l'uniformité décrétée contrairement au progrès, à la justice et à la liberté, par la gratuité des livres qui est une vioiation des vrais principes et une exagération anti-économique des fonctions de l'Etat. Impuissance à réformer revdue visible et éclatante par la pitoyable reculade du gouvernemeut dans la question du minimum de sulaire.
La tendance à empléter est grave, elle constitue un symptôme alarmant et que l’on ne doit pas mépriser, En matière d'éducation, l'Etat moderne a été trop souvent un usurpateur et un despote. Non content d'aider et de suppléer, il a voulu envahir et absorber. 11 importe de réagir contre cet esprit dominateur et de contenir l'Etat dans les limites de son action légitime et rationnelle.
L'impuissance à réformer est instructive : elle démontre quel danger il y aurait à mettre l'éducation sous le contrôle absolu d'un ministère toujours prêt à faiblir, à tergiverser, à vaciller, à lâcher pied, et à faire volteface au premier souffle d'impopulurité ?
Après avoir examiné les vices et les lacunes du projet qui nous est soumis, une seule chose, me rassure, au moins dans un certain sens : si ce bill est adopté dans sou intégrité, le gouvernement, d'ici à un an, aura été forcé de reconnaître lui-même la, stérilité de son oeuvre, En effet, cette loi rétrograde, cette loi injuste, cette ioi oppressive, est aussi, heureusement,
une loi boîteuse et inapplicable, Le
gouvernement va s'apercevoir qu'au lieu de se laisser guider par la pure lumière des principes, il s'est laissé égurer par les feux follets trompeurs des expédients. 11 va constater que ce qu'il poursuit en ce moment, ce n'est pas ‘in progrès, mais une chimère, et que les utupies, si elles peuvent avoir quelque fortune dans un discours, sont fataiement vouées à l'avortement duns les faits, Quant à ceux qui out juütté pour maintenir cette grande cause, cette cause sainte de l’instruction populaire en dehors du choc des passious et du conflit des intérêts, ils v'ont pas à regretter leurs efforts. Au contraire, encouragés par un premier succès ils continueront à pousser le cri: “la politique hors l'instruction prhualre, la politique hors l'école,” et à ecmhattre les combats du progrès dans l'éducation, avec ce mot d'ordre et sous les plis de ce drapeau.
Avant de reprendre mon siège, je dois déclarer que je ne m'opposerai pas à la deuxième lecture du bill.
Que le gouvernement fasse passer sa loi, au’il l’inscrive dans les statuts et qu’il terte de l'appliquer. C’est là que je l’aitende.
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