AU CONSEIL DES CINQ- CENTS
P A K J. - B. L O U V E T ( de la Haute^Vienne ).
Séance du 13 ventôse, an 4. ’
EPRESENTANS Dü PeI^PLE,
Jamais objet plus important ne commanda votre attention. Ceux qui combattront mon opinion, tâcheront de se prévaloir des principes généraux faussement appliqués : moi, je réclame ces principes eiix-m'éines*, et jé m’appuie encore de la nécessité cîes ciiconstaticesj, ei du vœu formel de la constitution.
^ En consacrant ce qti’on appelle yaguement de la presse , la constitution a-t-elle entendu que tous les tdéiits commis par celte voie, rest:^roient impunis 5 que îa proYocation au crime seroil permise ou même tolérée ? N’a-t elle pas voulu , au contraire , que le législateur , lorsque les circonstances Fexigeroient , ne se boinant pas à punir le crime, pût remetire aux mains du gouvernement tous les moyens de le prévenir ? De ces deux questions, la seconde, quoique délicate, est malheui eusement , dans les circonstances où nous sommes , dùine solution trop facile. La première ne peut offrir qiîelques doutes qu’à ceux qui sont bien décidés à douter de (ont. jVlais comme en ces derniers temps on s’est efforcé de brouiller à cet égard les notions du bon sens le plus ordinaire , quelques réflexions ne sont pas inutiles.
Qu’e t-ce qise la liberté de la presse, dans le sens Taisonnabie et juste (jue ces mots présentent à l’homme deiwjiinef /i ? C’est pour chacun la garantie de la faculté qu’il a de tout imprimer saps empéch ment piéaiab'e. En déduira-t on la faculté de n’ét»e jamais responsable de ce qu’on a écrit, et de })ouvoir conseiller encore les forfait» qu’on a déjà cent Ibis conseillés?
Quelques personnes ovent dire oui.
iNci^us leur demanderons pourquoi la pensée qu’on a imprimée auroil des droits que n’a pas la pensée qu’on a dite? E t-ce parce que celle ci offre beaucoup moins de dangers que l’autre? En effet, l’oratrur en révolte ne peut agder que son groupe ; l’écrivain séditieux a le même jour mille rasseniblemens , mille tribunes, un million d’éclios. Les impostures du premier frappent pair et s’envolent ; les mensonges du second demeurent et laissent une impression d’autant plus forte que Tijii*primerie leur donne un corps materiel. Quel harangueur assez puissant poprroit déterminer une émeute que le iibelliste n’auroit pas préparée ? Cependant , non contente de punir l’agitateur, à cause des médians propos qu’il a tenus, la loi prend des mesnrevS pour l’empêcher de se livrer à de nouvelles provocations. Pourquoi donc le Iibelliste pourroit-il dès le lendemain recommencer le# tiennes ?
La liberté de la presse ! dites-vous ; mais vous dites aussi : la liberté de la parole! et néau moins lois;|Lie, dans un rassemblement de citoyens, quelques majyeillans se sont fait entendre, vous ne demandez pas qu’on se borne à la répression de ceux-ci: vous trouvez bon qu’on em|)éche ceux-là de se rassembier. Vainqueurs des jacobins de Robespierre, le 9 lliermidor , vous ne vous coni entez pas de punir ceux d’en ire eux qui ont provoqué (a guerre civile et la tyrannie , vou^^ fermez les jacobins pour ne les plus rouvrir : c’est qu’alors vous revenez à cette considération judicieuse, qu’un gouver^ nemenl sage' doit s’appliquer à préserver les Ibibies de la séduction des méchans ; c’«^st qu’alors vous cédez à ce principe d éfernelle vérité, que le législateur doit s’attacher à prévenir le mal, plutôt qu’à le punir : alors vous êtes prévoyans et raisonnables. 11 vous reste seulement à in’expli(juf^r comment vous trouvez inique et détestable que la plume de Baboeuf, par exemple, et de Richer-Serizy cessé d’élre libre, lorsqu’il vous paroît si convenable et si juste que la tribune d’un club soit interdite*?
Où est, dans votre opinion , l’égalité des droits? D’où peut provenir cette préférence?
Je sais bien que des hommes auxquels on est convenu de trouver beaucoup de mérite, ont, dans ces derniers temjis, épuisé leur métaphysique pour dérriontrer la nécessité de ce qn’ils ont appelé la liberté illLmitée de la presse ; je sais qu’ils ont prouvé qu’il falloit qu’une jeuille du soir pût calomnier tout lé monde , et de préférence les représentans du peuple et tous les dépositaires de l’auto it ' : mais je n’ai point oublié que ces hommes avoient mis ou lais.sé mettre dans la l oyale constitution dé 1791 cet article qni liiniioit la presse y et qui disoit c\ui\ serait porté des peines contre quiconque oseroit essayer d"* avilir le gouvernement monarchique; et je me suis demandé s’il n’étoit pas tout vsimple qu’ils réclamassent aujourd’hui cette libeité indéfinie, si nécessaire à quicanque veut ift.stej* en état d’hosdlite , ou du moins prépare! des réserves contre . le gouvernement républicain. Ne doit-il pas trouver très-avantageux qu’on puisse, eu
179^, avilir les premiers magistrats de la République, celui qui, encore au commencement de 1792, trouvoit très-mauvais qu’on put songer à avilir les /ninislres du roi?
Aa moins, disent-ils, à cause des grands services qu’elle rend, cette lihculé de la' presse, il faut supporter les inconvéniens qu’e lle a ÿ mais le canon, le fusil et la baïonnette ont aussi , depuis trois ans^ rendu d’immenses services à la liberté. Que feriez-v-ous néanmoins d’un soldat qui, trop pénétré de la doctrine des partisans des libertés illimitées , iroit dans les rues proclamant la liberté entière , i’impunité absolue de la baïonnette , et se fondant sur les services que la sienne auroit oifn’auroit pas rendus , en frapperait à tort ou à travers le premier journaliste («ul viendroit à passer ? Vous borneriezvous a arrêter cet liomme, pour lui rendre quelques jours après sa liberté et sa baïonnette ? Je ne le pense pas. . ---
Lorsque^ le i4 juillet, et sur-tout le 10 août, nous avons reconquis pour tous l’exercice de toute espèce de facultés , c’a été à cette condition sans laquelle point de liberté ; c’est que l’usage pour tous n’autorisèra pas l’abus pour quelques-uns 5 c’est que le droit de cliacisn sera limité de maniéré à ce que le droit de personne ne soit blessé. Permis k tous de tout écrire , de tout dire, de porter des armes, d’aller, d’agir, de se promener quand et comment il leur plaît. CLq^endant ne vous paroîtroit-il pas trop semblable à l’étrange soldat dont je viens de parler , l’individu qui sortant de chez lui , et vous trouvant sur son chemin , au lieu de se détourner ,
< vous passeroit sur le corps ; qui , se jetant dans vos caînpagnes , fouleroit aux pieds vos jnoissons 5 qui, venant à tomber au milieu de vos troupeaux , les écarteroit à grands coups de gaule ;'et eniln , traduit devant l’officier de police , réclameroit gravement la liberté illimitée des bras , des jambes , de la promenade et du bâton ?
Que si c’étoit un furieux , on Fenverroit aux hôpitaux Jusqu^d parfaite guérison ; mais si l’on venoit à cc^stater que ce n’est pas un insensé 5 qu’il y a plus de méchanceté que de folie 3 qu’il s’est fait nombre de disciples 3
qno là ?ecte est nombrv?às,e et s’pfen^l ; qne sur nn va^ife tcriiloire, elle atbcîie U s méraes prcteu'îious ; que la coali icn existe; que les prit de corps est bien détenniné; qn’on ne réprime point un iiîdiviciu , sans qu’aiissilôt la fouie des afîîlics ne ])reniie fait et cause pour lui législateurs, vous ne vous borneriez pius^ à vouloir que le délit conniiis > oit cliâtié ; vous lerie>: conlre l’association même des lois prohibitives.
Eh ! quel est donc cette éternelle domination des écrivains sur les guerriers, sur les orateurs, sur les magistrats , sur lès représentans du peuple, sur les premiers fond ion lia ires publics ? Quelle e.t cetîe association qui préieiivi à des statuts particuliers, à des réglemens de son choix, ou plutôt qui se prétend au-dessus de toute espèce de régies? Quelle est celte puissance qui veut disposer soiiveraiiie nient du repos, de riionneur, et par suite de la vie des citoyens ? Quelle est enfin cette corporation menaçante qui ne reconnpît de liberté nulle part^ dès qu’il a plus licence dans son sein ?
Représentans du peuple, il faut le dire : à travers les orages et dans le grand travail do cette révolution, au sein meme dqs destructions si féconde , des débris de toutes les aristocraties succes>ivement écrasées , une aristocratie nouvelle s’est composée, et s’élève, et se fortiiie. Les piiviléges de liberté et d’impunité absolue qu’avoient, les deux ordres oppresseurs, cette caste nouvelle les a revendiqués : les journalisîes sont devenus à-ia-fois nos prêtres et nos nobles ; comme les premiers , dirigeant en maiti es l’opinion qu’ils dépravent ; comme les seconds, menaça.nt de renverser le gouvernement qui ne tolérera pas leurs usurpations. D’abord ils se sont cru tout permis ; maintenant ils en sont venus au point de soutenir que le premier devoir de l’autorité éloit éteViiellement de tout leur pcniictlre.
Que quelques bons es]:>rils aient pensé qu’alors qu’un Etat en révolution travaille à se constituer , la presse ne doit avoir aucune espèce d’entraves , encore le puisje concevoir. Mais aujourd’hui que les. limites des pouvoirs sont constitutionnellement q^sés , il devient indispensable qu’auprès de vos lois naissantes , environnéi^s
de faut d’ennemis, la presse aussi, cet élément perpétuel de réyolution, soit contenue dans des bornes étroites. Ce ne sont plus des changemens qu’il nous faut ; il faut que les cliangemens ordonnés par la volonté nationale -s’accomplissent ^ il faut que les écrivains de Robespierre , comme ceux de Louis XVIll , courbent leurs plumes faclieuses sous le joug honorable des lois. Du moment qu’un peuple s’est . librement donné une forme de gouvernement, l’Etat devient une personne moi ale , à la sûreté de laquelle on ne doit pas plus porter atteinte qu’à celle des. individus qui le composent j il y a meme celtd dillérence , que l’intérêt général doit passer avant l’intérêt individuel : car , pour que les droits du citoyen soient protégés et respectés , il faut que l’action tutélaire des lois et du gouvernement le soit de préférence à tout. Le premier droit du corps . social est d’exister sous la forme qui a été choisie parla majorité: la République est cette forme ; la constitution nationale est celle de l’an 5 ; il faut donc qu'elle soit garantie par tous les moyens que la volonté générale a entendu remettre aux mains du nouveau gouvernement qu’elle rient' de fonder.
Ecrire en ce moment pour la royauté ou pour l’anarchie , c’est éciire pour la guerre civile.
Laisser aux écrivains anarchistes ou royaux ( ce qui est la meme cliose ) pleine licence d’écrire , et souffrir que le gouvernement iai-méme colporte leurs manifestes périodiques, c’est se constituer complice et responsable du boulevei sement qui tôt ou tard auroit lieu.
Remarquez que c’est précisément lorsqu’un gouvernement libre est établi , qu’il faut se hâter de ramener la lib rfé de la presse à sa juste mesure, et cela, p mr qu’elle ne dévore pas toutes les auti es libertés. Quand le gouvernement est tyrannique , il ne s’amuse point à faite des lois prohibitives de la presse; il n’en a pas besoin. Il dit aux écrivains : Vous êtes libres ; les écrivains répètent complaisamment , nous sommes libres. Loin d’avoir la licence , ils n’ont pas même la liberté ; mais , en général , flatteurs , souples et lâches , ils sont aux genoux de rusurpaleur. Voilà ce qu’on a vu sous RobespieaTe.
Si , devenus libres^ vous-mêmes , et rendant a la presse sa liberté , vous ne vous hâtez pas de lui assigner ^ses limiles y que pour l’intérêt général elle ne dépa-sesa point, et que , pour Tintérêt général, vous tiaceies étroites 5 si vous ne le faites, L s factions ennemies s’ ta emparent , et la jettent bientôt dans la licence : alors elle outrage le pouvoir qui l’a protégée^ le gouvernement assez aveuglé pour tolérer ses excès , elle travaille sans relâche à le renverser. Voilà ce qu’oi; a pu voir avant le 9 thermidor et après le 3i mai.
Représentans du peuple, quoi que vous disent les par*tisans de la licence, souvenez- vous bien de ce i :1a liberté sans limites a fait infiniment de mal, et n’a fait aucoii bien. Cèri’est pasla liberté sans UtnHes(\\x\ nous a donne io i4 juillet; elle étoit loin d exister alors : ce n est pas la li»berté sans limites qui a fait le lo août; avant le jq août , quand nous dénoncions une cour contre révolutionnai e, nous étions devant elleresponsables de nos écrits.. Gequ il y a de remarquable, c’est que nous l’étions devant des hommes, aujoui d’hui partisans delà liberté sans limites^ nous en avons été responsables , nous le serons Constamment devant toutes les tyrannies ; et loin de nous la lâche pensée de cesser de l’être. Ce n’est pas la liberté sans limites qui a fait le g thermidor , c’est l’épée y ce n’est qu’après la victoire que la presse est devenue libre , et bientôt elle s’est faite licencieuse au profit des factions et elle a déterminé cette longue réaction qui a fait couler des flots de sang innocent , et qui , sans le canon de vendémiaire , achevoit l’œuvre si desirée de la contrerévolution. La liberté sans limites f Oubliez-vous qui , le premier , la proclama avec audace , s’en empara avec impudeur , la réduisit en maximes , et la mit en pratique ? ce fut , dans les premiers jours de la Convention, Marat. La liberté sans limites f elle a frappé votre malheureux pays de plus de fléaux ! — mais je n’aurai que trop de sujets de vous les retracer.
Représentans, il n’y a point de liberté illimitée dan# la nature ; dans le corps social , la liberté sans limites ^ c’est la licence. Au reste , je ne suis point du tout étonné que les louruaiistes soient en général très~amoureux de
ces petites libertés ; c'est pour leur profession un privilège , c’est pour leurs personnes IWoIabilité. Slsis , J ciToue que je doute fort qu'une République naissante puisse résister six mois aux efforts de cinquante inviolables^ de cette espece j et ] etranger sernit bien inaî lia^ bile si , avec ses trésors il ne parvenoit pas à en acliefer une ciHquanlaine dans celte tourbe où le plus grand nombre est toujours prêt à se vendre. ^ °
En vérité, ces gens-là doivent nous admirer : nous leur laissons fan e. paisiblement le plus agréable métier du monde, mais aussi le plus extra oïdinaire dans un état libre. Le peuple né les connoît pas, et ils se constituent magistrats du peuple. Magistiats ! c’est mie magistrature qu’iis exercent, lune des plus importantes et qui a le plus d'inüuence sur la chose publique. Au jiioins le Directoire peut destituer un administrateur infidèle : ceux-ci^ quoique le peuple ne les ait pas nommas , ne peuvent être destitués par personne j ils n’ont la charge d’aucun devoir^ et ils ont le bénéfice de l’irresponsabilité. En vérité si j'étois chouan , je ne serois pas assez dépourvu de bon sens pour aller, en lirant sur vos soldats, ni’pipoper à tâter de leurs baïonnettes j je viendrois vite à Paris^ vite je taillerois une plume; je me dirois raini, le défenseur, le gardien de la coiisütutioo ; je distillerois les poisons de la calomnie ; je mattacherois à tontes les vertus pour les décrier, à toutes les auloriléfi pour les, avilir ; je calomnierois tous vos actes ; je traîneroi.s le gouverneihent dans le mépris : je vous ferois cent fois pins de inal que Charefte, et, grâces à mes libertés sar/^ limites^ je le ferois impunément. Quoi de plus commode et de mieux inventé ?
^ Mais on ns pourra donc écrire que pour votre constitution, disent-iisj et si elle est vicieuse, qui en montrera les défauts ? Je vous entends : et quoiquQ les temps ne vous paroissent plus assez opjjortans pour la réj.>éter, je ne fai pas oubliée cette autre phrase que 1 un des vôtres eut faudaee d’imprimer dans fim de ses numéros de vendémiame. Cette constitution de 3 79/> est im passage où il faut se reposer un inspc^iix arriver à un ordre de choses meilleur»
vous entends : c’est le gouvernement que vous voulez renverser ; c’est la République qu’à tout prix vous brûlez de détruire.
Encore si nous étions dans des temps de force et de tranquillité^ peut-être ser oit-il permis de mépriser cette coalition, quelque puissante qu’elle soit déjà 5 mais ces jours sont-ils ceux du calme et de la paix? et les circonstances périlleuses que la constitution prévoit, ne nous environnent-elles pas ?
Qu’il nous seroit doux, représentans du peuple, de. n’avoir à vous olFrir que des tableaux enchanteurs ! qu’avec plaisir nous ferions à la patrie les sacrifices réputés les plus pénibles , pour qu’il nous fût donné de pouvoir annoncer- aux fondateurs de la République qu’il y a dans son sein paix profonde , harmonie complète , unanimité de senliniens et de volontés !
Mais en vain, depuis une année , les législateurs se sont efforcés de fermer les plaies et de sécher les larmes ; en vain quelques voix citoyennes et philantropiques se sont réunies pour implorer l’oubli des erreurs, le pardon des injures, l’obéissance aux lois, la réunion sincère à la constitution de l’an 5 : inutiles efforts î l’affreux génie du ministère anglais prédomine : vainqueurs de l’étranger qu’il faut pourtant combattre encore, nous sommes de nous-mêmes les plus implacables ennemis ; nous nous déchirons de nos propres mains.
S’ils ne meltoierit dans nos dissentions intérieures leurs forces principales, ces tigres qui dévoient déchirer la France , puisque la France les a nourris , ces bourreaux des nations, les émigrés et leurs dignes princes Condé , d’Artois , Monsieur , pourroient-ils étendre encore sur ce territoire vainqueur leurs mains menaçantes ^ tenter de s’ouvrir à travers les montagnes du Jura un sanglant passage, ordonner dans Lyon des hécatombes, des noyades à Tarascon, des imtraihades au fort Jean de Marseille 5 dans l’Ardèche , la Drôme et l’Aveyron , relever , sous les auspices de Dusaillant , le glaive exterminateur d’une religion éminemment intolérante et dominatrice ; des débris mêmes de nos armées , s’efforcer de former, au sein de la Haute-Loire et de Yauçluse, des Discours de Louvet, A 5
lO
Vendéesà peine éteintes ; sur-tout aux Lords de l'Océan , domaine infortuné de nos guerres civiles, appesantir le sceptre sanglant de la terreur papiste et royale ; ainsi de Fest à l’ouest, et du nord au midi, nous enfermer, en quelque sorte, dans le cercle de la conlre i évolution, pousser Jusqu’à vingt lieues de nous les avant-postes de la hideuse chouannerie : que dis- je ! ici meme venir assiéger le sanctuaire de la République; jusqu’eiî son enceinte, tantôt sous les hciillons menteurs de prairial, tantôt sous les habits dorés de vendémiaire , essayer le massacre général des républicains et la ruine complète de la liberté ? Si les voies ne leur étoient sans cesse préparées ; si leurs a gens ne leur tenoieut constamment ouverte la carrière des séditions , du carnage et des incendies , le pourroienhils ?
Mais ces agens d’un si grand pouvoir, oii sont-ils, et quels sont les moyens de leur colossale iulluence?
Représentans du peuple, igimrez-vous tout ce que peut l’opinion? Pouvez-vous vous dissimuler quels sont ses directeurs suprêmes ? C’est Fopinion viciée par des écrivains mercenaires , qui depuis tant de siècles tenait appesanti sur le front de vos pères le triple joug de la féodalité despotique, d’une religion dominante et de la tyrannique royauté. Hommes du tiers-état si long- temps opprimés, c’étoient les écrivains des seigneurs , des prêtres et des rois qui vous faisaient esclaves ! Enfin , apparut la philosopliie , non pas avec la liberté sans limites : elle n’avoit pas même la liberté. Feu à peu elle 'se lit jour , elle éclaira l’opinion , elle fit la révolution , elle proclama la République ; elle alloit enfantant des prodiges ! les gens des nobles sont revenus ; iis ont dit : Nous l’arrêterons dans son cours. Et nous, législateur^ trop confians, tandis qu’à côté du gouvernement que nous venons de fonder, il devient incontestable qu’un gouvernement étranger existe, qui a ses groupes, scs clubs, ses libelfistes que Wickam salarie ; tandis qu’entj e les enfans de la pati ie et les vils esclaves des rois , le long et terrible combat dure encore , nous laissons à ceux-ci tous les moyens de s’emparer de l’opinion î
Avec quelle adresse ils l’égarent ! avec quelle iinpu-
deiir ils la dépravent î avec quelle constante fureur chaque jour ils la frapent de mille coups ! que de lâches mensonges ! que d’atroces calomnies ! que de provocations ali oces 1
Vous voulez grossir vos armées républicaines: ils vont -sonie vaut des réquisitioimaires pour Cliaretle ; vous voulez rétablir le crédit yjublic , ils proclament les victoires de Taglotage ; vous voulez que les secrets protecteurs des émigrés soient atteints ; ils ne parlent que de l’intérêt que doivent inspirer leurs entours ; que les cultes soient libres, ils rallument le fanatisme religieux;; que les Français se pardonnent et s’embrassent , ils réalisent le feu de la discorde; que l’Autriche soit forcée à la paix, ils ne parlent que des succès de l’Autriche et nous dictent ses conditions ; que le ministère anglais , ennemi des nations et des Anglais mêmes , cesse une guerre uniquement profitable à son ambition , c’est le rainisière anglais qu’ils préconisent ; vous voulez que hes autorités soient respectées , iis les traînent dans l’avilisseaient ; vous voulez pour les représentans du peuple confiance, amour et respect , depuis long-temps ils vous peignent connue une bande d imbécilles menés par quelques scélérats ; \ous voulez un gouvernement enfin , et sans cesse ils lui jettent le sang et la boue dont ils sont chargés.
Nos victoires , ils nous les conte.'- teiit , ils nous disputent nos conqtiéles ; ils ont flétri jusqu’à ces chants de gloire par qui les soldats de la patrie furent invincibles, et que le satellite de.s tyrans soupire à irn-voix lorsqu’il se sent trop chargé du poids de ses cliaînes.
Les barbares ! leur souflle impur a tout corrompu : ils ont éteint toute idée de morale publique ; ils ont confondu toutes les notions du juste et de l’injuste : la liberté , dans ses premiers beaux jours ils l’appeloient licence; leur licence de ces derniers temps, ils l’appellent liber lé Au lieu de celte douce fraternité qui serroit les liens de la grande fa mi 1 le , ils ont soulevé parmi nous les passions haineuses ; cliaque fois que vous avez imploré la paix, iis ont commandé la discorde ; à notre hymne triomphal iis ont substitué le ciiant de la mort; ils ont allumé dans tous les coeurs l’implacable désir des vengeances, la soif inextinguible ciu sang. ‘
L’esprit public , par lequel vous frasiez tant de miracles, ils Font assassiné ! Cet enthousiasme sacré , ce saint amour de la patrie , père de toutes les vertus , fécond reproducteur de toutes les £ictions immortelles^ ils Fattaquent dans les cités , ils Féîouirent dans les campagnes; jusques dans le sanctuaire des lois ils l’attaquent ; 'ils le poursuivent meme au milieu de ces années si dignes de la République.... Hélas ! il y a peu de temps eueore , vous vous en souvenez tous , et j’en atteste le i5 vendémiaire , nous Je cherchions par-tout et ne le trouvions
presque nulle part ! Repréientans du peuple , si vous
ne volez à son secours , si vous ns Farracliez à. leurs fureurs, bientôt il n’est joins.
Eh! quelle jmissance résisteroit aux efforts de tant de plumes conjurées ? Qu’x>ppcser à leur action de tous les jours, à la lente et siue iniluence d’un mauvais livre dont on médite une feuille chaque matin? Observez ces citoyens paisibles et coniians. lis voyaient la constitution s’établir et marclier; les autorités piiiicipales se balancer parfaitement d’accerd. L’vsspérance les soulenoit ; car elle a bescin de repos, cette nation : la joie étoit dans tous les coeurs. Arrive le couriqr. J^ouveile boite de Pandore, la malle est ouverte : sous des noms ^diÜérens la calomnie en sort. C’est la Quotidienne ^ U Eclair , le Véridique , le Postillon y le Messager : que sais- je? une foule. On lit : le découragement s’empare de tous les esprits ; on ne croit j^Ius la liberté possible ; on est las de combattre : on se replie sur Fégoisme. Quoi qu’il doive arriver , on attendra l’événement, sans y vouloir prendre paid ; on se relire : le chamj) de bedailie reste aux médians. A cet homme d’un caractère non moins crédule et plus impétueux, c’est Ponceiin , c’est Jolivet , c’est Richer-Sérisy qu’on adresse. On rétablit la terreur, s’écî ie-t-il. Son œil s’enfïannhe , son sang bouillonne ; il saisit son arme , fredonne le Réveil du peu- JD le , et corn t à l’assassinat.
L’infortuné ! et c’e^L la poste y tous les jours, lui apjiorte sa dose de poison. Oui , la faveur d’une circulation plus facile , plus prompte et moins coriteuse , ces inoyeDS que îe gouyernenient destinoit à Finstriiction
pz^jlique , on les emploie pour la dépravation générale : ciétoient les seuls apôtres de Ja vériïé , du patriotisme , de ] a révolution qui en dévoient user 5 ce sont les prédicateurs du nienscngc , du rÔ3^alisme'et de l’anarchie qui s en servent. La Républipie chai ie elle- même , et a ses dépens, les immondices dont le gouvernement anglais ^ dont le conseil des émigrés entravent J obstruent et rongent tous les ressorts cle notre, gouvernement. Quel est donc cet esprit de vertige, et ne devez- vous pas metlre un terme à tant d^iveuglernent ?
Que si les funestes conscquriices de cette inconcevable üicibté du gouvernement sont conteslées, il nous sera trop facile de prouver qu'il idy a point , dans Thistoire de notre révolution, soiiiliée de tant de forfaits par ceux qui la voLiloient rendre liéiissable , qu’il a point tie grand incendie, poirt de désastre général, auquel ne soit intimement attaché le nom cle quelque libelliste , ennemi secret ou déclaré de la République, et fameux préparateur de uos troubles civils 5 facile de démontrer, leurs feuilles à la main, qu’il n’y eut point d’époque, si fatale que vous la veuillez reconnoître à la liberté française et à l’alfranGhissement du mende 5 pas une , depuis le 2 septembre jusqu’au 5i mai 3 depuis le premier prairial jusqu’au i3 vendémiaire 3 pas une qui n’ait été principalement déterminée par l’influence de ces écii vains exécrables, qui , tantôt se plaçant devant les républicains, sur le terrein de l’exageration, et tantôt aflectant un modérantisme hypocrite; hier laissant toniber de sales cheveux hoirs , et maintencuiL re]e\rint avec art une tresse élégante 3 marchant lîier, coëlfcs du bonnet rouge, avec les compagnies Ivxarat , et maintenant du chapeau à gances blanclies , avec les compagnies Jésus, ont prêché , suivant les temps, les doctrines les plus opposées, en observant seulement de s’attacher à celle qu’ils cro^^oient actuellement la plus essentîeflement mortelle à 1^ République, et destructive du genre humain.
Le témoignage des vivans vous seroit-jî à cet égard suspect, et vous faut-il de ces témoins qu’on ne récuse pas ? Osez me suivre. Ensemble , sur la vaste étendue
de notre tèrritoîre , ouvrons ces mille tombeaux que la; rage des décemvirs a peuplés. Venez j traînons - nous dans cette Vendée que Louis XV II a couverte d’ossemens. Dans La commune même où nous sommes, parcourons Taffreux empire des affreux municipaux de Pa^ ris; osons, jusqu’en ses vastes profondeurs sonder le cimetière de la 'Madeleine ,* interrogez toit de mânes plaintifs , ils vous crient : Moi , accoutumé à nourrir de mes mains une honnête famille , je croyois les propriétés sacrées; Marat m’est venu prêcher qu’e les étoient communes ; je me suis fait brigand : j’ai péri. Moi, je ne me mêlois poini de discussions poliliqu^s ; un réfractaire m’a donné R 05^11 : Roy ou m’a dit que je me devois tout entier aux prêtres, et que d ailleurs je ne pouvoir mourir en combattant pour le roi de Véi onne et pour le dieu du pape. Je me suis cru invulnérable j Pai pris un bâton , j’ai voulu enlever un canon aux répu- Dircain.s : j’ai péri. Moi , le sentiment d’une providence rémunératrice étoit le seul frein qui pût contenir mes passions naturellement violpntes ; Hébert est venu mettre l’athéisme dans mon codur : j’ai commis des forfaits sans nombre , j’ai fait des miliiers de victimes ; j’ai péri. Ici J vingt- cjeux victinies magnanimes ensemble immolées troupe auguste et sacrée ! elle vous dit : C’est
la licence des écrivains qui nous enleva la confiance d’une multitude abusée; c’est elle qui dégrada pa calomnie de ^ous les jours notre caractère augus elle égara ce peuple crédule; elle le disposa à recevoir les impulsions que lui vouloieut donner les brigxands qui ne pouvoierit asservir et désoler la Fiance qu’après nous avoir égorgés : nous avons péri , la conscience tranquille î et du moins nous emportions cette consolante pensée, qu’au milieu de tant de malheurs pourtant la liberté survivroit ; qu’un jour, vous, nos
collègues 5, nos amis, vous pourriez nous venger non
ar des sacrifices de sang humain , non par d’bon ibl es écatombes ,.••• mais de la seule manière qui fût digne et de nous, en fondant, à travers de nouveaux eriis, cette liberté républicaine, objet de tous nos voeux, rraces vous soient rendues ! vous ayez rempli nos plus
douces espérances ; continuez , continuez vos travaux , libérateurs du monde. Mais , ô légisîaleurs , gardez-vous de vous ég.rej’ sur tes dangers de votre, iituation présente. An milieu de ces factions turbulentes, il n’est pas inoiïi' difficile de cen^^^rver que de conquérir. Ne craignez pas de trop fortifier la liberté ; craignez plutôt do ne pas metb e assez vite un terme à toutes les licences. Sur-tout veillez sur la représentation nationale que toutes les tyrannies veulent anéantir ,* défendez-la contre ces libelli>tes vendus à toutes les tyrannies : que nos malheurs vous soient un avertissement utiles c’est le dernier prix que nous vous demandons de nos travaux qui ont préparé votre Répubîicjue , et de notre sang qui l’a cimentée Représentans du peuple, un objet en-
core appelle votre attention, et je regrette de la fatiguer. Prés de vous une terre toute récemment remuée ! un infortuné moissonné avant le temps ! Il vous crie : J’admirois ce sénat victorieux de tous les préjugés et de' tous les roi'i. Victorieux de ses propres tyrans après le 9 thermidor, il ne s’occupoit plus qu’à réparer des ruines immenses ; je raimois. Je l’aimois sur-tout parce qu’il vcnoit d’acquitter glorieusement sa dette, en présent tant à la France une constitution toute républicaine : je l’aimois. Di*s journalistes alors me sont venus dire : Tu te trompes , ce n’ed qu’un ramas de brigands ; c’est la terreur qu’ils veulent rétablir. Ils me l’ont dit pendant six mois consécutifs ; ils ont accumulé les sophismes adroits, les noires impostures, les calomnies atroces; enfin, dans les* premiers jours de vendémiaire, ils m’ont écrit chaque matin : Tuez-les ! tuez-les ! Je ne sais quelle fureur s’est emparée de moi 5 j’ai sonné le tocsin sur la représentation nationale; le sabre à la main, j’ai marché sur elle. Ce que l’Anglois et l’Autrichien réunis n’a voient pu* faire, moi Je l’ai tenté : j’ai voulu détruire la Convention. Les défenseurs de la patrie, immobiles sous leuîs armes, long temps immobiles! je les ai immolés; j’ai fait feu sur les représentans du peuple, par les fenêtres des maisons que les représentans du peuple in’avoient fait rendre..... J’ai péri ; et cependant ceux qui de sang-froid m’ont jeté dans le ceux qui
scleîTimeiit, au profit de la contre révolution toute prête, m’ont conseillé Fingratitiide , l’assassinat et le parricide , O vanité des lois liumainos ! ils vivent î un mot magique, /a liberté de la presse ^ lei^ a sauvés ! ils vivent ! et rien id empêchera (|ue demain ils ne reprennent leurs plumes leirites de mon sang, et qui menace le sang des miens J’ai laissé sur la terre un jeime ami, deux iVères à peine adolescens, un père désolé. Comme il s’étoit emparé de moi, Poncelin va s’emparer d’etix. Imposteur habile, il va les brûler de ce fanatisme dont il me consuma ! Peut-être il obtiendra cet ailreux succès de les entraîner à leur tour dans ceüe tombe où il m’a précipité. Que si ce malheur arrive , je n’en accuserai plus que vous , législateurs impré vo^^ans et foi blés 5 vous à qui l’expérience du passé ne peut proHter jamais ; vous qui, pi’éposés pour défenrlre ce poùple et l’éclairer, laissez ses ennemis corrompre >sa jeunesse , altérer la morale publique, et faire circuler au sein du corps politique des poisons rongeurs ; vous seuls désormais , vous qui, forts d’un article constitutionnel, pouvez enchaîner ces écrivains boun eaux aux gages de la royauté dévorante; vous qui, le pouvant, ne le faites pas, vous seuls demeurez à jamais responsables des flots de sang innocent cpie leurs nouvelles fureurs feront couler.
Représeutans du peuple, je crois qu’en .effet il est temps d’opposer d’insurmonfables digues à ce torrent nui va tout renversaj*ft sur son passage. En des temps ordinaires , on peut se boimer à punir le crime commis ; il faut , clans les jours de, péi il , emijecher que le crime se commette. Quand un vaste plan d’assassinat fut exécuté, on ne so borne point à punir les assassins en chef ; on met aussi les complices hors d’état de nuire : trompés ou tîompeurs , on les désarme tous; la sûreté publique n’est qu’à ce prix.
Et d’a illeurs une révolution est-elle donc consolidée parce qu’^Line constitution vient de s’établir ? n’est-ce pas dans son berceau que ses plus grands dangers l’attendent ? avezvous déjà pris c|uelfjues-unes de ces grandes mesures qui ferment, pour ainsi dire, une révoiuîion? eivez-vous, comme les Américains, déporté tous les royalistes? ]Non :
la loi dii 3 bruniaîre est encore la seule fortification extérieure dont vous ayez appuyé Fédifice de vos lois nouvelles , place forte , il est vrai , mais devant laquelle plusieurs armées trop nombreuses ont déjà ouvert la tranchée , et que des perfides ou 4©^ insensés vous conseillent de laisser ouverte à toutes les attaques.
C’est la constiîution qui vous ordonne au jour d’iiii une mesure prohibitive. Je dis qu’elle l’ordonne 5 en eSét, elle en a prévu la nécessité , et elle Fautorise quand les circonstances l’exigent : c’est assez vous dire qu’e le vous en fait , pour le moment où nous sommes , un indispensable devoir. '
On a osé dire qu’une mesure prohibitive seroit tyrannique : c’est avancer en d^autres termes qu’il y a dans l’acte constitnlionnel tyrannie. Ai-je besoin de relever ce blasphème? Quant à moi , je n’ai pas l’ambition de montrer plus de républicanisme qu’il n’y en a dans la constitution même j mais je n’entends pas non plus être moins qu’elle , prévoyant et fort contre ses ennemis. Ce n’est pas quand je marche avec la con.vtitution que je crains de m’égarer 5 ce n’est pas quand je fais la volonté du peuple , sa volonté écrite et clairement exprimée 5 que je crains d’entrer dans le chemin de la tyrannie. Mais ce que je redouterois , je l’avoue, ce seroit, si de fatales circonstances , peut-être trop prochaines, et déterminées aussi par la foiblesse des législateurs, venoient à arracher de leurs mains le dépôt de la félicité nationale j ce seroit qu’on pùt m’imputer de ne lavoir pas voulu défendre par tous les moyens que m’avoit remis la volonté du souverain dont j’ai Fhon-^ neur d’être le représentant.
Qu’il me soit permis de le dire , ô mes collègues , elle est courte la renommée qu’on se fait dans les salions ou dans les fauxboiirgs : les fausses douceurs et la trompeuse popularité qu’on y poursuit passent en un jour; et s’effacent 5 il n’y a que le sentiment d’un grand devoir courageusement rempli , qui demeure ; il n’y a que la postérité qui soit étérneHe , et c’est devant elle que se rega.rderont toujours, je n’en doute pas, les amans de la république ^ et ses dépositaires et ses fondateurs.
Ne le voyons -nous pas, qu^après des efforts qiii paroîtront fabuleux parce qu’ils ont passé tout ce qu’il y a de forces connues dans la nâtuie, ce grand peuple, nouvel Atlas qui porte le monde , ce peuple - géant , chargé du poids de ses travaux immen -es , peut les ter miner sans doute , mais ne sauroit les recommencer ? Qui ne frémit de la pensée d’une révolution nouvelle? Qui ne reconnoît les deux écueils vers Fun desquels nous serions irrésistiblement pousi és ? Oh ! que de généreux sang a déjà coulé î comme il s’est éclairci , le premier bataillon des patriotes ! qu’elles ont été mo! telles aux républicains la terreur de 1793 et celle de 1796 î terreurs toujours royales sous quelques aspects diveis qu’on non* les ait voulu présenter; car il fact le pio iamer sans cesse: elle est incompatible avec la république , la terreur ; elle est inséparable de la ro3^aiité. '
/ Il est temps que chacun se dégageant des liens de cet amour-propre qui nous reporte sans cesse à nos petites conceptions, à nos demi succ ès de la veille, se livre uniquement , et follement s’attache au régime ac tuel , hors duquel il n'y a plus lien que la contre-révolution. Je J’ai dit ailleurs , et ne la crois point indigne d’élre répétée à la tribune nationale , cette véiité : il n’y a plus en France de demi- changement possible. Si vous ne .savez, par les moyens qui lui sont propres, conserver la constitution de l’an 5 , ils auront celle de 1790 pour une heure, peut-être celle de 1791 pour un jour, et le despotisme absolu pour jamais. Alors vous la verriez se dé- Telopf er dans toute son horreur, la terreur des rois. O vous tous qui chérissez la liberté, qui depuis 17<S9 l’avez quelquefois servie, qui ne vous seriez divisés que sur les moyens de l’établir , les rois vous réuniroient dans leurs vengeances, veng ances indéhnies, sans mesni e et sans terme ; vengeances sanctifiées par les historiens et bénies du ciel ! Alors, sur les vastes ruines de la liberté qui verroit par-tout des victimes, pa> ce qu’elle a par- tout des amis ; enveloppé dans ce voile d’esclavage et de sang qui couvriroit l’univers; prés des membres encore palpitans de ses proches , de ses amis , de ses frères, de sa femme , de ses enfans , de tous les
objets chers â son ,cœur, seul dans îe monde et pour un in tant, le dernier des patriotes, au milieu des supplices, à son heure supi éme, s’écrieroit : Il est donc yrai que Robespierre , Fouquier-Tinville et Carrier ne furent pas plus cruels, plus implacables , plus atroces que ne le sont, que ne le seront éternellemenl les nobles, les prêtres et les rois ! . .
Alors, après le dernier des Brutus, il faudroit répéter : O humanité ! ô justice I ô liberté! vous êtes dd vains noms ! -
Républicains, j’y ai pensé, repensé, mûrement réfléchi ç je vous en appoite ici la conviction intime : si vous n’adoptez la mesure prohibitive, que l’article constitutionnel autorise , vous n’aurez en ces jours de péril que des moyens insufïisans contre la licence de ia presse; sa licence vous jetera dans des agitations toujours renaissantes ; et je ne vois pas que, dans un état perpétuel de troubles et de c ombats , vous puissiez conserver longtemps la constitution de Fan 3.
Je demande l’établissement de deux commissions : Tune, chargée de préparer un code penal , applicable à tous les temps; code où tous les délits de ia presse seroient classés , où des peines seroient déterminées contre les calomniateurs , contre les provocations au pillage , au meurtre , à la révolte , à la désobéi^sance aux lois ; provocations toujours punissables , mais seulement dans des proportions différentes , soit qu’elles aient été ou qu’elles n'aieiit pas été suivies de l’exécution du crime.
La seconde Ci)mmission sera chargée de préparer, à cause des circonstances critiques où nous sommes , et aux termes de l’article 555 de la constitution , un projet de résolution contenant des mesures prohibitives et essentiellement provisoires sur la presse.
DE ^imprimerie NATIONALE.
, Tan IV.