PRÉLIMINAIRE. XLIX
s’y joint, d’après le caractère propre à chacun de ces ordres, les raisons de ces conditions subordonnées commencent à paroïtre moins claires. On conçoit bien encore en gros la nécessité d'un système digestif plus compliqué dans les espèces où le système dentaire est plus imparfait; ainsi l’on peut se dire que ceux-là devoient être plutôt des animaux ruminans, où il manque tel ou tel ordre de dents; on peut en déduire une certaine forme d’œsophage, et des formes correspondantes des vertèbres du cou , etc. Mais je doute qu'on eüt deviné, si l'observation ne l’avoit appris, que les ruminans auroient tous le pied fourchu, et qu’ils seroient les seuls qui l’auroient; Je doute qu’on eût deviné qu’il n’y auroit des cornes au front que dans cette seule classe; que ceux d’entre eux qui auroient des canines aigués seroient les seuls qui manqueroiïent de cornes, etc.
Cependant, puisque ces rapports sont constans, il faut bien qu’ils aient une cause suffisante; mais comme nous ne la connoissons pas, nous devons suppléer par l’observation au défaut de la théorie; nous établissons par son moyen des lois empiriques qui deviennent presque aussi certaines que les lois rationnelles, quand elles reposent sur des observations suffisamment répétées, en sorte qu'aujourd'hui quelqu'un qui voitseulement la piste d’un pied fourchu, peut en conclure que l’animal qui a laissé cette empreinte ruminoit, et cette conclusion est tout aussi certaine qu'aucune autre en physique ou en morale. Cette seule piste donne donc à celui qui l’observe, et la forme des dents, et la forme desmâchoires, et la forme des vertèbres, et la forme de tous les os des jambes, des cuisses, des épaules et du bassin de l’animal qui vient de passer. C’est une marque plus sûre que toutes celles de Zadig.
Qu'il y ait cependant des raisons secrètes de tous ces rapports, c’est ce que l’observation même fait entrevoir, indépendamment de la philosophie générale.
En effet quand on forme un tableau de ces rapports, on y re-