PRÉLIMINAIRE. LXVII
sont des broches que les ouvriers emploient pour mettre la poudre, et qui cassent quelquefois dans la pierre.
Cependant les os humains se conservent aussi bien que ceux des animaux, quand ils sont dans les mèmes circonstances; on ne remarque en Egypte nulle différence entre les momies humaines et celles de quadrupèdes ; j’ai recueilli dans des fouilles faites il y a quelques années dans l’ancienne église de Sainte-Geneviève, des os humains enterrés sous la première race, qui pouvoient même appartenir à quelques princes de la famille de Clovis, et qui ont encore trèsbien conservé leurs formes (1). On ne voit pas dans les champs de bataille, que les squelettes des hommes soient plus altérés que ceux des chevaux, si l’on défalque l'influence de la grandeur ; et nous trouvons, parmi les fossiles, des animaux aussi petits que le rat encore parfaitement conservés.
Tout porte donc à croire que l’espèce humaine n’existoit point dans les pays où se découvrent les os fossiles, à l’époque des révolutions qui ont enfoui ces os, car il n’y auroit eu aucune raison pour qu'elle échappèt toute entière à des catastrophes aussi générales, et pour que ses restes ne se retrouvassent pas aujourd’hui comme ceux des autres animaux ; mais je n’en veux pas conclure que l’homme n’existoit point du tout avant cette époque. Il pouvoit habiter quelques contrées peu étendues, d’où il a repeuplé la terre après ces événemens terribles ; peut-être aussi les lieux où il se tenoit ont-ils été entièrement abimés, et ses os ensevelis au fond des mers actuelles, à l'exception du petit nombre d'individus qui ont continué son espèce. Quoi qu'il en soit, l’établissement de l’homme dans les pays où nous avons dit que se trouvent les fossiles d’animaux terrestres, c’est-à-dire, dans la plus grande partie de l'Europe,
de l'Asie et de l'Amérique, est nécessairement postérieur, non-seu-
(1) Feu Fourcroy en a donné une analyse. (Ann. du Mus., t. X, p. 1.)
Preuves physiques de la nouveauté de l’état actuel des conti-
neuns.
LXVII | DISCOURS lement aux révolutions qui ont enfoui ces os, mais encore à celles qui ont remis à découvert les couches quiles enveloppent, révolutions qui sont les dernières que le globe ait subies: d’où il est clair que l’on ne peut tirer ni de ces os eux-mêmes, ni des amas plus ou moins considérables de pierres ou de terre qui les recouvrent, aucun argument en faveur de l’ancienneté de l’espèce humaine dans ces divers pays.
Au contraire, en examinant bien ce qui s’est passé à la surface du globe, depuis qu’elle a été mise à sec pour la dernière fois , et que les continens ont pris leur forme actuelle au moins dans leurs parties un peu élevées, l’on voit clairement que cette dernière révolution, et par conséquent l'établissement de nos sociétés actuelles ne peuvent pas être très-anciens. C’est un des résultats à la fois les mieux prouvés et les moins attendus de la saine géologie, résultat d'autant plus précieux qu'il lie d’une chaîne non interrompue l’histoire naturelle et l’histoire civile. |
En mesurant les effets produits dans un temps donné par les causes aujourd’hui agissantes, et en les comparant avec ceux qu’elles ont produits depuis qu’elles ont commencé d'agir, l’on parvient à déterminer à peu près l'instant où leur action a commencé, lequel est nécessairement le même que celui où nos continens ont pris leur forme actuelle, ou que celui de la dernière retraïte subite des eaux.
C’est en effet à compter de cette retraite que nos escarpemens actuels ont commencé à s’ébouler, et à former à leur pied des collines de débris ; que nos fleuves actuels ont commencé à couler et à déposer leurs alluvions ; que notre végétation actuelle a commencé à s'étendre et à produire du terreau; que nos falaises actuelles ont commencé à être rongées par la mer; que nos dunes actuelles ont commencé à être rejetées par le vent; tout comme c'est de cette même époque que des colonies humaines ont commencé ou recommencé à se répandre , et à faire des établissemens dans les lieux dont la nature la permis. Je ne parle point de