‹ Discours sur la théorie de la terreChapitre 52 sur 86 · PRÉLIMINAIRE. XCI · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRE. XCI

Ce que nous voyons aux Indes, nous devons donc nous attendre à le retrouver partout où des races sacerdotales, constituées comme celle des Bramines, établies dans des pays semblables, s’arrogeoient le même empire sur la masse du peuple. Les mêmes causes amènent les mêmes résultats; et en effet, pour peu que l’on réfléchisse sur les fragmens qui nous restent des traditions égyptiennes et chaldéennes, on s'aperçoit qu’elles n’étoient pas plus historiques que celles des Indiens.

Pour juger de la nature des chroniques que les prêtres égyptiens prétendoient posséder , il suflit de rappeler les extraits qu'ils en ont donnés eux-mêmes en différens temps, et à des personnes différentes.

Ceux de Sais, par exemple, disoient à Solon, environ 550 ans avant J. C., que l'Egypte n'étant point sujette aux déluges, ils avoient conservé, non-seulement leurs propres annales, mais celles des autres peuples; que la ville d'Athènes et celle de Saÿs avoient été construites par Minerve; la première depuis 9000 ans, la seconde seulement depuis 8000 ; et à ces dates ils ajoutoient les fables si connues sur les Atlantes, sur la résistance que les anciens Athéniens opposèrent à leurs conquêtes, ainsi que toute la description romanesque de l’Atlantide (1); description où se trouvent des faits et des généalogies semblables à celles de tous les romans mythologiques.

Un siècle plus tard, vers 450, les prêtres de Memphis firent à Hérodote des récits tout différens (2). Menès, premier roi d'Egypte, avoit construit selon eux Memplus, et renfermé le Nil dans des digues, comme si de pareilles opérations étoient possibles au premier

roi d’un pays. Depuis lors ils avoient eu 330 autres rois jusqu’à

"a Voyez le Timée et le Critias de Platon.

(2) ÆEuterpe, chap. XCIX et suiv.

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XCII DISCOURS Moœris, qui régnoit selon eux 900 ans avant l’époque où ils parloient {1350 ans avant J. C.).

Après:ces rois vint Sésoséris, qui poussa ses conquêtes jusqu’à la Colchide (1); et au total il y eut, jusqu’à Seshos, 341 rois et 341 grands prètres, en 341 générations, pendant 11340 ans, et dans cet intervalle, comme pour servir de garant à leur chronologie, ces prètres assuroïent que le soleil s’étoit levé deux fois où il se couche, sans que rien eüt changé dans le climat ou dans les productions du pays, et sans qu’alors ni auparavant aucun dieu se fût montré et eùt régné en Egypte.

À ce trait qui, malgré toutes les explications que l’on a prétendu en donner, prouvoit une si grossière ignorance en astronomie, ils ajoutoient sur Sésostris, sur Pheron, sur Hélène, sur Rhampsinite, sur les auteurs des pyramides, sur un conquérant éthiopien, nommé Sabacos , des contes tout-à-fait dignes du cadre où ils étoient enchässés.

Les prêtres de Thèbes firent mieux ; ils montrèrent à Hérodote, et auparavant ils avoient montré à Hécatée 345 colosses de bois, représentant 345 grands-prêtres qui s’étoient succédés de père en fils, tous hommes, tous nés l’un de l’autre, mais qui avoient été précédés par des dieux (2).

D’autres Egyptiens lui dirent avoir des registres exacts, nonseulement du règne des hommes, mais de celui des dieux. Ils comptoient 17,000 ans depuis Hercule jusqu’à Æmasrs , et 15,000 depuis Bacchus. Pan avoit encore précédé Hercule (3).

(1) Hérodote croyoit avoir reconnu des rapports de figure et de couleur entre les Colchidiens et les Égyptiens ; mais il est infiniment plus probable que ces Colchidiens noirs dont il parle étoient une colonie indienne , attirée par le cominerce anciennement établi entre l’Inde et l’Europe, par l’Oxus, la mer Caspienne et le Phase. Voyez Ritter, Vestibule de l'Hist ancienne avant Hérodote, chap. I.

(2) Euterpe, chap. CXLIHIT.

(3) Ibid., CXLIV.

PRÉLIMINAIRE. XCIIT.

Ce n’est qu'à Sefhos que commence, dans Hérodote, une histoire un peu raisonnable, et, ce qui est. important à remarquer, cette histoire commence par un fait concordant avec les annales hébraïques, par la destruction de l’armée du roi d’'Assyrie , Seznacherib (1); et cet accord continue sous Vecho (2) et sous Hophra ou Apriès.

Deux siècles après Hérodote (vers 260 ans avant J. C.), Prolomée Philadelphe , prince d’une race étrangère, voulut connoître l’histoire du pays que les événemens l’avoient appelé à gouverner. Un prêtre encore, Manéthon, se chargea de l'écrire pour lui. Ce ne fut plus dans des registres, dans des archives qu’il prétendit l’avoir puisée, mais dans les livres sacrés d’ÆAgathodæmon, fils du second Herrnès et père de T'ät, lequel l’avoit copiée sur des colonnes érigées avant le déluge, par 764 ou le premier Æermès , dans la terre sérradique (3); et ce second Hermès, cet Agathodæmon, ce Z'ät sont des personnages dont qui que ce soit n’avoit parlé auparavant, non plus que de cette ferre sériadique ni de ses colonnes (4). Ce déluge est lui-même un fait entièrement inconnu aux Egyptiens des temps antérieurs.

Le produit ressemble à la source ; non-seulement tout est plein d'absurdités, mais ce sont des absurdités propres, et impossibles à concilier avec celles que des prètres plus anciens avoient racontées à Solon et à Hérodote.

C'est Vulcain qui commence la série des rois divins; il règne 9000 ans; les dieux et les demi-dieux règnent 1985 ans. Ni les noms, ui les successions, ni les dates de Manéthon ne ressemblent à ce

(1) Euterpe, CXLI.

(2) Tbid., CLIX , et dans le 4°. livre des Rois, chap. 19, ou dans le 2°. des Paral. ch. 32.

(3) Syncell., p. 40.

(4) Agathodæmon paroîit être le nom grec d’une divinité égyptienne, qui étoit honorée sous la figure d’un serpent. Voyez Jablonsky, Panth. Æg., t. 1, p.03, ett. TITI, p. 147 et 148.

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