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Discours sur la tombe de M. Bouriat

L’Académie impériale de médecine, l’École de pharmacie, la Société d’encouragement, la science et l’industrie viennent de faire une nouvelle perte en lapersonnede M. Denis-Placide BOURIAT, décédé le 10 décembre, à l’âge de quatre-vingtneuf ans.

Permettez à un de ses collègues, à l’homme qui lui a succédé à l’École de pharmacie, de vous faire connaître en quelques mots la vie de Bouriat, qui était le doyen des pharmaciens de Paris et peut-être de la France entière.

Denis-Placide Bouriat, dont vous avez tous pu apprécier les excellentes qualités, est né à Poitiers le 4 octobre 1764 ; son père, qui était pharmacien, lui fit faire ses premières études au collège de sa ville natale, et bientôt les succès de l’élève vinrent remplir de joie le cœur de sa famille.

Au sortir du collège, Bouriat, qui se destinait à la pharmacie, travailla d’abord dans l’officine de son père. Après avoir

fait son stage, il quitta Poitiers à l'âge de vingt et un ans, pour venir à Paris afin de se perfectionner, et surtout pour se livrer à l’étude des sciences qui se rattachent à l’exercice de la pharmacie.

Arrivé dans la capiiale, Bouriat, qui aimait passionnément l’étude, fit connaissance de Yauquelin, qui était de son âge, et devint son ami. Cette amitié, qui fut vive et sincère, ne fut interrompue que par la mort du célèbre chimiste.

Yauquelin, préparateur de Fourcroy, lui présenta Bouriat, et le savant accueillit l’ami de celui qui fut plus tard son collaborateur. C’est encore Vauquelin qui fit faire connaissance à Bouriat du célèbre Parmentier, qui jusqu’à sa mort conserva pour Bouriat une amitié constante.

L’ardeur qu’apportait Bouriat dans ses études , l’opiniâtreté avec laquelle il se livrait au travail, furent suivies de résultats faciles à prévoir : Bouriat put faire connaître à ses parents les succès qu’il obtenait. L’un de ces succès lui valut une médaille d’or du prix de cinq cent livres , comme on le disait alors (1).

Bouriat ayant terminé ses études, se présenta pour subir ses examens, et après les avoir soutenus d’une manière brillante, il obtint le diplôme de pharmacien.

Bouriat, dans l’exercice de celte profession, qui exige la probité la plus scrupuleuse, se distingua par la manière dont il dirigea son officine et bientôt il s’attira l’estime et l’amitié de tous ceux qui avaient des relations, avec lui.

(1) Nous avons eu entre les mains deux médailles qui ont en outre été décernées à Bouriat; Pune porte sur l’une de ses faces ; Chimie. Prix d’émulation, accordé à, Denis Bouriat, natif de Poitiers , 1789; Collège de pharmacie. Accessit fondé par la municipalité de Paris, 1789.

L’autre : Histoire naturelle. Prix décerné à TH. Bouriat , de Poitiers, département de la Vienne, en 1791. Prix fondé par le Collège de pharmacie en, faveur des élèves, en 178 %.

On voit que la municipalité de Paris portait un vif intérêt aux élèves du collège de pharmacie.

Bouriat avait succédé à Jacques-François Demachy, qui était l’un des trois prévôts en exercice du collège de pharmacie (1).

Il était difficile de remplacer dans une officine un homme comme Demachy; cependant celte lâche n’effraya pas Bouriat et l’on sait qu’il sut la remplir de manière à mériter la bienveillance et le respect de tous.

L’estime publique qui entourait Bouriat lui valut une haute preuve de confiance. En effet, il fut nommé en octobre 1803 professeur adjoint à l’Ecole de pharmacie de Paris, époque de la création de cette Ecole, et il resta attaché à cette Ecole pendant vingt-neuf ans. Là, il fit des leçons sur l’histoire naturelle et sur la pharmacie ; sa bienveillance pour les élèves lui avait mérité leur amitié, et l’un d’eux nous rapportait qu’après ses leçons, Bouriat, dans une conversation familière, continuait l’instruction des élèves, en leur donnant des explications sur ce qu’il avait dit dans ses leçons. En mars 1832, Bouriat, fatigué et voulant prendre du repos, donna sa démission de professeur.

Bouriat eut l’insigne honneur d’être l’un des fondateurs de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, société composée d’abord de soixante-cinq membres, parmi lesquels on comptait les hommes les plus célèbres de l’époque (2), de

(1) Demachy, né en 1728, s’occupait tout à la fois de pharmacie et de littérature; il partageait son temps entre le culte des muses et l’étude des sciences naturelles.

Après avoir professé sur la matière médicale pendant vingt-cinq ans, il mourut, en 1803, chef de ta pharmacie centrale qu’il avait pour ainsi dire créée en 1797.

(2) La Société d’encouragement date du 12 vendémiaire et dn 27 brumaire an X (1801). Ses fondateurs furent : MM. Allard, membre du Corps législatif. — Arnoud aîné, tribun. — Arnoud jeune, chef du bureau de commerce du ministère de l’intérieur. — Baillet, professeur et inspecteur des mines. — Bardel, membre dn Conseil général d’agriculture, arts et commerce. — Bertrand, directeur de la Compagnie d’Afri-

cette Société, qui, présidée d’abord par Chaptal, puis par MM. Thénard et Dumas, exerce une si grande influence sur notre industrie nationale; de cette réunion, qui depuis sa création a décerné aux industriels pour plus de 500,000 francs de prix ou de médailles; de cette association qui va chercher dans les ateliers les ouvriers qui ont une bonne conduite pour leur

que. — Bertbollet, membre de l’Institut national, sénateur. — Bosc, tribun. — Bouriat, pharmacien et membre de la Société de médecine de Paris. — Brillat-Savarin, membre du Tribunal de cassation. — Cadet de Vaux, membre du Conseil général d’agriculture, arts et commerce.

— Gels, membre de l’Institut. — Chaptal, membre de l’Institut, ministre de l’intérieur (président de la Société).— Chassiron, tribun (censeur de la Société). — Collet-Descostils, ingénieur des mines. — Conté, démonstrateur au Conservatoire des arts et métiers. — Costaz aîné, tribun (vice-président de la Société),— Costaz jeune, chef du bureau des arts et manufactures au ministère de l’intérieur (secrétaire adjoint de la Société). — Coulomb, membre du Conseil général d’agriculture, arts et commerce. — De Candolle, membre de la Société philomathique.

— De Gérando, membre de l’Institut (secrétaire de la Société). — Delaroehe, notaire (trésorier de la Société). — Delessert (Benjamin). — Delessert (François). — Descroisilles aîné, chimiste-manufacturier. — Fourcroy, membre de l’Institut, conseiller d’État. — François (de Neufchâteau), membre de l’Institut, sénateur. — Fréville, tribun. — Frochot, préfet du département de la Seine, (vice-président de la Société). — Guyton-Morveau, membre de l’Institut, directeur de l’école polytechnique. — Hennequin, secrétaire du conseil général d’agriculture, arts et commerce. — Huzard, membre de l’Institut. — Journu-Aubert, sénateur. — Lasteyrie, membre de la Société d’agriculture du département de la Seine. — Laville-Leroux, sénateur. — Magnien, administrateur des douanes. — Mérimée, peintre. — Molard aîné, démonstrateur au Conservatoire des arts et métiers. — Monge (Gaspard), membre de l’Institut, sénateur. — Montgolôer, démonstrateur au Conservatoire des arts et métiers. — Montmorency (Mathieu), administrateur des Sourds-Muets et des Quinze-Vingts (secrétaire adjoint de la Société).— Parmentier, membre de l’Institut— Pastoret, membre du Conseil d’administration des hospices (censeur de la Société), — Périer, membre de l’Institut. — Périer (Scipion), membre du Conseil général d’agriculture, arts et commerce. — Pernon (Camille). — Perregaux, sénateur, président de la banque de France. — Petit, membre du Conseil général du département de la Seine. —Pictet-Diodati, membre du Corps législatif. — Prony, membre de l’Institut, directeur de l’école des ponts et chaussées. — Récamier, banquier. — Regnaud (de Saint-Jean-d’Angely>,

donner des récompenses destinées à entretenir dans les classes ouvrières l’amour de l’ordre et du travail.

Pendant plus de trente années, nous avons vu notre vénérable collègue, qui faisait partie du comité des arts économiques, assister aux séances de la Société, prendre part à ses travaux, enfin faire des rapports qui ont été imprimés dans le bulletin de la Société (1).

conseiller d’Êtat. — Richard d’Aubigny. — Rouillé de l’Étang, membre du Conseil général du département de la Seine. — Saint-Aubin, tribun.

— Savoye-Rollin, tribun. — Sers, sénateur. — Silvestre, secrétaire de la Société d’agriculture du département de la Seine. — Swediaur,médecin.

— Ternaux aîné, manufacturier. — Teissier, membre de, l’Institut. — Vauquelin, membre de l’In3titut et du conseil des mines. — Vilmorin, membre dn Conseil général d’agriculture, arts et commerce, — Vitry, membre du Conseil général d’agriculture et commerce. — Yvart, cultivateur et membre de la Société d’agriculture du département de la SeiDe.

Bouriat a fait partie du comité des arts économiques de la Société depuis 1802.

(1) Les principaux travaux faits à la Société d’encouragement par Bouriat sont les suivants : t°ün rapport sur les fourneaux économiques de M. Seauve (1803, p. 80); 2° une notice sur la construction des fourneaux économiques (1804, p. 14); 3 0 une description d’uu fourneau potager(1806,p. 145); 4° un rapport sur un mémoire de M. Iséngard relatif à quelques propriétés de Vhypnum cryspum (mousse propre à la fabrication économique des matelas) (1808, p, 15); 5° un rapport sur la cuisinepoêle deMM. Meiia(1808, p. 184); 6° des rapports sur les substances animales et végétales conservées d’après le procédé d’Appert (1809, p. 109) (1819, p. 88) 1824, p. 342); 7° un rapport sur une cheminée présentée par M. Mella (1809, p. 343); 8° un rapport sur la cuisine pour les vaisseaux, par M. Lelouis (1810, p. 183); 9° un rapport sur la fécule de pomme de terre préparée par M. Chauveau (1811, p. 15); .■— 10° un rapport sur les fourneaux de M. Remy (1811, p. 274); ll° un rapport sur un mémoire adressé à la Société, par M. le comte Rœderer, relatif à l’extraction du sucre des raisins rouges des bords du Rhin (1811, p. 283); 12° un rapport sur la veilleuse et la lampe présentées par M. Damouceau (1812, p. 121); 13° un rapport sur les mémoires adressés au concours, pour le prix sur la salaison des viandes (1812, p. 287), 14° un rapport sur la fabrication, dans le grand duché de Berg, du sirop de sucre d’amidon et de pommes de terre (1813, p. 14); 15° un rapport sur la purification du tartrate acidulé de potasse parM. Maria (1813, p- 162); 16° un rapport sur

La douceur du caractère de Bouriat, son aménité, sa bienveillance, le faisaient estimer et chérir de tous ses collègues.

Bouriat, qui aimait à faire le bien, était encore l’un des fondateurs de la Société philanthropique, de cette association éminemment utile, dont le but est de mettre en pratique tout ce qui peut concourir à soulager les besoins du pauvre et à lui préparer des ressources pour l’avenir; le zèle et l’assiduité de

tes dessins et appareils de chauffage, de M. Fournier (1813, p, 288); 17° un rapport sur le sirop de pommes de terre, de M. Flashoff (1814, p. 15); 18° un rapport sur le sucre d’amidon et de pommes de terre, de M. Thorin (1814, p. 16); 19“ une notice sur les substances alimentaires conservées, par M. Appert (1814, p. 218); 20° des observations sur la méthode de fumer les viandes (1815, p. 163); 21° un rapport sur un poêle et fourneau cuisine de M. Picard (1815, p. 190); 22° un rapport sur la cheminée grotte de M. de la Chabeaùssière, (1816, p. 6) ; 23° ntt rapport sur la cheminée de Bruynes (1816, p. 112); 24° une notice explicative (programme) du prix pour la conservation des viandes (1816); 25° plusieurs rapports sur les mémoires adressés au concours sur la question dè la conservation des viandes (1817, p. 210^ (1819. p. 548); 26° un rapport sur la dessiccation des viandes, par M. Rejoux (1818, p, 157) (1820, p. 270); 27° un rapport sur la fabrication de la farine dë pommes de terre, par M. Grillon de Villeclair (1818, p. 246); 28° un rapport sur les fosses mobiles et inodores, de M. Cazeneuve (1819, p. 55); 29° deux rapports Sur les procédés [à mettre en pratique pour reconnaître la falsification des huiles d’olives par les huiles de graines, par M. Poutet (1819, p. 255) (1820, p. 167), 30’ un rapport sur la pâte de M. Pradier pour faire couper les rasoirs (1821, p. 13); 31° un rapport sur la fabrication des chapeaux d’osier, par M. Debernardière (1822, p. 249); 32° un rapport sur la marmite èvasinop tique, de M. Fortin (1822, p. 280); 33° un rapport sur les tuyaux de cheminée, de M. Gourlier (1824, p. 173); 34° un rapport sur les cheminées, dites parisiennes, de M. Lhomond (1815, p. 14); 35° un rapport sur les bassinoires dites sanitaires , de M. Delbœuf (1826, p. 17); 36“ un rapport sur un poêle en fonte de ferâ circulation d’air chaud, par M. Forïier (1826, p. 305)^37° un rapport sur les matelas élastiques, de M. Molinard (1827, p. 56); 38° un rapport sur la fonte du suif, par M. Delunel (1830, p. 23); 39° un rapport sur des échantillons de bois conservés, par M. de Marolles (1830, p. 118); 40° un rapport sur un vase en bois offert àla Société par M. le baron Coquebert de Montbray (1830, p. 132 et 227); 41° un rapport sur un mémoire de M. Appert, sur la nécessité d’employer des vases solides pour la conservation des suhstances alimentaires (1830, p. 175); 42° un rapport sur un appa-

Bouriat lui avaient mérité la présidence du cinquième dispensaire.

Bouriat était aussi l’un des membres fondateurs de la Société pour l’instruction élémentaire, et l’un des créateurs de la première école d’enseignement mutuel qui fut ouverte rue Saint- Jean-de-Beauvais, école qui a eu tant de succès, et qui a servi de modèle à celles de la France et de l’étranger.

Bouriat a fait, dès l’origine, partie de la Société de géographie, dont les utiles travaux ont tant fait pour l’étude du globe.

Bouriat a encore été utile au pays en remplissant pendant vingt-huit ans dans le 10 e arrondissement, les fonctions de membre du bureau de bienfaisance.

Bouriat, par ordonnance du 20 décembre 1820, fut nommé membre honoraire de l’Académie de médecine, avec Boudet oncle, Cadet de Vaux, Charlard, Bouillon-Lagrange et Cheradame. Plus tard , le 18 octobre 1829, il fut nommé membre titulaire : il a donc pendant 33 ans fait partie de celte savante compagnie.

Bouriat, qui était l’un des fondateurs de la Société d’encouragement., des Sociétés philanthropique et de l’instruction élémentaire, s’était laissé oublier ; il n’avait pas fait valoir les

reil culinaire, présenté par M. Laroche (1830, p, 230); 43® un rapport sur un calefacteur militaire de M. Lemare (1831, p, 175); 44° rapport sur un appareil pour chauffer l'intérieur des voitures, par M. Eaignel (1831, p. 360), 45° un rapport sur un ouvrage intitulé : le Livre de tous les ménages » ou l’art de conserver les substances alimentaires , par M. Appert (1831, p. 470); 46° un rapport sur le concours pour l’établissement de sucreries de betteraves sur des exploitations rurales (1831, p. 586); 48° note sur un appareil pour réduire la pomme de terre en gruau (1833, p. 25); 49° un rapport sur l'appareil de M. Lépine, pour chauffer l’intérieur des voitures (1834, p. 114 et 243); 50° un rapport sur les procédés de tannage des peaux de lapin et de chat, de M. Renou (1836, p. 316); 54° un rapport sur un appareil de M. Delacoux pour torréfier et infuser le café (1837, p- 449); 52 e un rapport sur la lampe à couronne de M. Charbonnière (1838, p. 430); 53° un rapport sur le café indigène de M. Demouy-Périn (1839, p. 380).

titres qu’il avait à une distinction qui, en France, est accordée à ceux qui font progresser l’industrie, à ceux qui honorent le pays; mais cet oubli fut réparé, et en 1850, sur la proposition de MM. Dumas et Boulay de la Meurthe, il fut nommé membre de la Légion-d’Honneur.

Bouriat, déjà affaibli par l’âge, vivait le plus habituellement à sa campagne de Villeneuve-Saint-Georges (Seine-et-Oise). Quoiqu’il eût besoin de repos, il avait encore eu le courage d’accepter le titre de maire et de remplir une de ces fonctions non rétribuées, où l’homme sage, ferme, indépendant peut rendre d’immenses services à ses concitoyens et au pays.

Bouriat était un de ces hommes, et la commune de Villeneuve-Saint-Georges regrettera pendant longtemps celui qui pendant douze années fut chargé de représenter et de défendre ses intérêts.

La vie de notre vénérable collègue, comme vous le voyez, ne présente aucun de ces faits brillants qui font retentir le nom d’un homme, mais elle a été constamment consacrée à la science et à tout ce qui peut pratiquement conduire au soulagement de la misère et à l’amélioration des classes pauvres etouvrières.

Le nom de M. Bouriat ne s’éteindra pas; ce vénérable patriarche laisse un fils et des petits-fils qui perpétueront, nous en sommes convaincu, le nom honorable qui leur a été transmis par leur père et grand-père.

{Extrait du Journal de Chimie médicale, numéro de janvier 1854 .)

Paris. - Typographie de E. et V. PENAUD frères, rue du Faub.-Montmartre, 10.

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