Discours sur le budget prononcé par l'Hon. W.G. Mitchell, trésorier de la province, à l'Assemblée législative de Québec, 17 décembre 1919 [microforme]
En soumettant à cette Chambre notre état financier résultant de la dernière année fiscale, j'éprouve un double sentiment d'orgueil et de satisfaction de constater dans quelle splendide condition la province se retrouve, et la stabilité quelle a pu conserver durant les jours difficiles que nous avons vécus, La grande guerre est terminée. La paix sera bientôt faite avec nos ennemis: toais qu'en est-il des troubles, des difficultés et des perturbations sociales chez nous? La lutte des classes l'une contre l'autre, le conflit résultant de l'augmentation te.jours croissante du coût de la vie, et la sape travaillant les assises du gouvernement constitutionnel, voilà à mon avis, non «eulement autant d'entraves au développement de notre progrès, mais une menace et un danger des plus sérieux et des plus redoutables pour nétre pays.
Je ne crois pas que F'on puisse réellement remédier au mal ju la législation où aucune détermination fictive des prix, mais j'ai plus grande confianee dans le déploiement de out effort et de toute énergie possibles pour porter le rendement au niveau de la demande, de manière à établir un état de choses plus normal par toute la provinee et tout le pays. Car aussi longtemps que le produit manquer1, le coût de li vie restera élevé, justifiant la demande d'augmentation de gages, et par là même donnant lieu à ces agitations, ce malaise, cette perturbation sociale qui aboutissent trop souvent à des grèves, dont le résultat le plus elair est la diminution des produits et des approvis‘onnements, partant le coût plus élevé de la vie. Tout cela s'enchaine et reste inextricable, mais la cause et l'effet sont là, et le seul remède à y apporter se trouve dans ces mots: plus de travail, plus de production, plus 4” pprovisionnement. Quand l'approvisionnemen: sera plus considérable, la demande sera plus amnlement satisfaite, et à raesure que l'on satisfera à la demande, cesseront les troubles, l'agitation et le inalaise. Mais il nous faut être patients. Nous devons bien comprendre que nous ne pouvons restaurer dans un jour ce qui à été détruit au cours des années, et que ce n'est que lorsque toutes les #lasses uniront leurs efforts et leurs énergies, que l'état de choses pourra être amélioré et rétabli sur des bases normales.
Pendant cinq ans, on compte qu i y a eu 58,000,000 d'homnies sous les armes dans le monde entier. Non-seulement ceux-là n'ont pas contribué à la production, mais ils ont consommé et détruit. On a puisé
us À
largenient dans nos réserves de matériel et de choses nécessaires à la vie, qui se trouvent sinon épuisées du moins très séricusement diminuées. n'y a qu'un moyen d'y obvier, c'est de refaire pour le monde entier l'approvisionnement de Victuailles et de matériaux, de rétablir entin nos Iméthodes et notre mode d'existence,
Ce qui se fera par le travail, plus de travail et toujours plus de travail.
Nous avons remporté la victoire dans la guerre d'Europe. N'est-il pas possible maintenant d'assurer la paix et le contentement chez nous ? \ quoi bon les sacrifices énormes que nous avons faits, cos pertes de vies, ces souffrances sans précédent et la destruction qui S'ensuivit, si nous n'obtenons ni paix ni contentement! Est-ce que toutes ces souffrances et tous ces sacrifices auront été inutiles ?
Une orgie de dépenses semble s'être emparée du monde entier, les principes d'économie sont oubliés ou méprisés au moment précis où l'on devrait plutôt les appliquer avec rigueur. J'ai toujours conscillé de l'atiquer l'économie, et je le conseille aujourd'hui plus énergiquement Que Jamais, parceque si le monde doit reprebdre son état normal, ce ne sera qu'à l'aide du travail, de l'augmentation de ln production et de l'économie.
Notre province à eu moins à souffrir, de ces tristes conditions que plusieurs autres parties du monde, et je ne crains pas le contraire paresque Sa base économique est solide. Le gouvernement s'est toujours efforcé d'administrer les affaires de la province suivant les principes du commerce et, cette année, j'ai l'honneur et le plaisir d'annoncer qu'il poursuit sa coutume de déclarer des surplus. Pour l'année finissant le 30 juin 1919, il accuse un surplus du revenu ordinaire sur la dépense ordinaire et extrsordinaire de $295,221.02.
Les recettes ordinaires de l'année 1918-1919 indiquent que le revenu de la province augmente d'année en année, et le montnat en est le plus élevé que l'on trouve dans l'histoire de la province, à l'exception de l'ar née 1917-1918, le reveru considérable pour cette année-là étant dû au fait ae les droits sur les successions avaient donué ure somme anormate et excédaient de $3,336,547.S4, les prévisions pour 1917-1918, et de $3,277,532.82. la recette de l'an dernier. Nous nous guidons sur ce principe que lorsque nos recettes Sont plus considérables que nos prévisions, nous augmentons naturellement les dépenses pour les grands services publies de la colonisation, des bons chemins, de l'éducation et de l'agriculture, en avant soin de les maintenir toujours dans les limites de notre revenu,
La dépense pour les services susdits. pendant l'exercice finissant le 30 juin 1919, s'est élevée à S5,099,S52.19.
5,000,000 pour les fins de la colonisation, et l'on trouvera dans les estimations de très importantes augmentations dans les octrois pour l'agriculture
Nous demanderons aussi à la Chambre de nous autoriser à emprunter
et pour d'autres services publies, que nous avons l'intention d'augmenter de temps à autre, à mesure que le revenu le permettra,
I arrive parfois que le fait d'avoir augmenté la dette publique est un sujet de critique, A ce propos, je ferai remarquer que non-soulorment avons-nous dépensé des sommes considérables pour les services publies que je viens de mentionner, surtout la voirie, service pour lequel seulement, en vertu de la loi des bons chemins, 1912, n 2x avons dépensé un montant de SIS,SI3,208.74, mais nous avons dépensé des somraes très considérables pour le développement de nos forces aydrauliques, et toute cette dépense non-seulement 4 été autorisée par un vote unanime de ln législature, mais pur l'électorat à chaque élection générale depuis 1979,
Je crois que l'argent employé dans la construction des bons chemins et le développement de nos forces hydrauliques est de l'argent bien placé: rapporte de gros intérêts à la province: le placement dans les bons chomins procurant un bénéfice important et diet à ln population pour qui les transports deviennent plus faciles et moins dispendieux. Le placement de K2,894,057.S0 pour la retenue des eaux de In rivière Naimt Maurice et de la rivière Saint-François nous rapporte, sur des contrats déjà en exécution, une somme de $251,079.66 ir année, et d'année en année ce revenu augmentera avec la constructius de nouvelles fabriques et la vente des torces hydrauliques,
Ainsi done, avant longtemps, le gouvernement <cra complètement refait de son déboursé et en outre il retirera un bon revenu de ces travaux. Et comme ee revenu tombe au fonds censolidé, cela signifie, pour le peuple, moins de taxes à payer,
Toutefois, j'aimerais à faire remarquer que la chose nnportante n'est pas tant de savoir combien il a été préievé d'argent, pourvu que cela soit justifiable, mais que ce qu'il y a de plus essentiel c'est de voir à ce que cet argent soit judicieusement dépensé, Demandez-vous: cela * profite- 17 Faisons-nous un bon placement ? Retirons-nous In va, de notr argent ?
Je crois pouvoir dire avec confiance que la réponse du peuple de la province de Québec à ces questions serait affirmative.