‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 139 sur 143 · Il, le cardinal · texte numérisé non relu

Il, le cardinal

ne mit pied dans Marsaut, tant la vangeance est douce ! Et nul grand ne peut-il dire, s'il a un ennemy, quel que soit-il, petit et non semblable à luy, que ce soit un ennemy petit.

Et, pour dernier exemple, je n'allegueray que cestuy du duc de Milan, Galeas-Marie, fils du duc Sforce, qui devint si tyran et vicieux qu'il ne s'attaqua pas seulement aux biens de ses subjects, mais à leurs femmes et filles ; si qu'un segnor André Lempugnan, impatient du tort qu'il faisoit à son frère d'une abbaye, se résolut, avecqucs d'autres conjurateurs, de le tuer ; ce qu'il fit dans une église, feignant de vouloir parler à luy ; et luy donna dans le corps et ventre deux ou trois coups d'une dague. Mais, avant qu'entreprendre ce meurtre, n'osant approcher ny offenser la personne du prince, duquel la grande beauté le rejettoit et estonnoit (voyez quelle vertu porte une beauté!), s'advisa d'un moyen pour s'asseurer; de manière qu'il le fit peindre dans un tableau fort au vif, contre lequel il donnoit de la dague à toutes fois qu'il y pensoit, et s'essayoit ainsy; et tant continua ces coups et ceste façon de faire qu'un jour, se voyant tout accoustumé et asseuré de l'approcher et frapper, luy donna sept coups à bon escient, dont en tumba mort par terre tout estendu. Quel essay ! Je croy que le sieur de Montaigne ' n'en a jamais faict ny escrit de pareil parmy les siens.

I . On est quelque peu surpris de voir Brantôme faire ici une sorte de calembour à propos d'un homme de la valeur de Montaigne.

Or je fais fin, espérant de faire un second livre ' pour y descrire encor force particulières façons qui se sont observées, s'observent et se peuvent observer pour faire les desfîs et appels. Je diray aussy force diverses sortes d'accords et satisfactions de querelles qui se sont practiquées, lesquelles j'ay veu, et desquelles je m'en puis souvenir.

) . On n*a point c« second livre que promettait Brantôme.

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