‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 87 sur 143 · Orlando innamorato, de Boiardo · texte numérisé non relu

Orlando innamorato, de Boiardo

qu'après que le jour fut failly ils deslaisserent , par honte, de se combattre et frapper, pour autant que de se battre en ténèbres n'estoit faict d'un chevallier asseuré , mais plustost d'un brigand; si bien que Rolland dit à Renaud : « Tu dois rendre grâce au jour, lequel s'est desparty de nous, pour te donner espace d'obvier à la mort pour un peu, qui me cause un grand deuil.» Auquel Renaud respondit : « Je veux qu'ainsy soit, comme celuy lequel veut estre en parolles vaincu de ioy ; mais au faict tu n'as aucun advantage sur moy, ny n'auras jamais, et suis content que tu n'ayes aucun respect au jour failly : car je ne fais d'estime de toy non plus le jour que la nuict. » Auquel le comte Rolland replicqua que c'estoit un vray larron, et qu'il monstroit bien son naturel, qui estoit de faire guerre en lieu ténébreux et obscur, parmy des bois, comme un brigand. Mais Renaud, ne voulant endurer telle injure, luy paracheva de parler et dire qu'il sçavoit combattre estant caché parmy les bois, et semblablement sur la sumité des montaignes, et au milieu de campaignes et plaines rases, et sçavoit faire battaille en plein jour, matin et soir et minuict; mais qu'ail estoit le seul glorieux au monde qui iaisoit de son honneur tant grande estime et compte, et tant avoit presumption de soy, que, pour estre veu, ne vouloit combattre sinon à plein jour, croyant le rendre estonnant par sa braveté. Telle estoit donc l'humeur du comte Rolland , ainsy qu'il se monstrk encor à l'endroit d'Agrican, lesquels s'estans entrebattus tout le long d'un jour, la nuict survint, dont Rolland pria Agrican de cesser le combat et le remettre au lendemain, disant que la nuict estoit ennemye des chevalliers généreux ; à quoy Agrican condescendit; et passèrent la nuict moictié en devisant.

moictié en dormant; et le lendemain, le jour venu, recommencèrent leur combat.

Je croj que feu M. de Bussy voulut en cela un jour imiter Rolland, comme il Timitoit en sa vaillance. M. de Bussj doncques, estant un soir au bal au Louvre, prit question ' contre feu M. de Grantmont, brave certes et vaillant jeune homme, et qui ne degeneroit nullement à ses vaillans prédécesseurs de ceste noble race de Grantmont, et qui promettoit beaucoup s'il ne fust esté tué à la La Fere* d'une canonnade, dont ce fut très-grand dommage. Voylà pourquoy M. de Bussy s'attaqua à luy : car il en vouloit à ceux-là; et ce fut parce que M. de Bussy se mit au devant de M. de Grantmont, tenant sa dame en la main, et l'autre ayant desjà pris sa place, et marchant en son rang au grand bal ; ce qui n'cstoit pas bien faict à M. de Bussy. Mais quoy! Un homme chatouilleux faut qu'il se chatouille si un autre ne le chatouille. Le bal estant finy et le roy couché, ainsy que M. de Bussy se vouloit retirer, voicy venir M. de Mauléon, jeune gentilhomme et de valeur aussy, qui vint de la part de M. de Grantmont, son cousin, appeller M. de Bussy, et luy dire que son cousin l'attendoit sur le gué 3, qui luy vouloit dire un mot. M. de Bussy, qui estoit haut à la main et le plus desdaigneux homme du monde, luy dit : a Jeune homme, Bussy ne se bat jamais la nuict, et n'a jamais appris de monstrer sa valeur aux estoilles, ny à la lune, qui n'est

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