‹ Discours sur les revolutions de la surface du globe et sur les changemens qu'elles ont produits dans le regne animalChapitre 24 sur 26 · G DISCOURS SUR LES RÉVOLUTIÜ.NS · texte numérisé non relu

G DISCOURS SUR LES RÉVOLUTIÜ.NS

rcs sèches el une végctalion aérienne , ne montrent point encore des os de quadrupèdes , pas même de quadrupèdes ovipares.

Ce n’est qu’un peu au dessus , dans le schiste cuivreux bitumineux, qu’on en voit la première trace ; et , ce qui est bien remarquable , les premiers quadrupèdes sont des reptiles de la famille des lézards , très-semblables aux grands monitors qui vivent aujourd’hui dans la zone torride. Il s’en est trouvé plusieurs individus dans les mines de Thuringc (1) , parmi d innombrables poissons d’un genre aujourd’hui inconnu, mais qui , d’après scs rapports avec les genres de nos jours , paraît avoir vécu dans l’eau douce. Chacun sait que les monitors sont aussi des animaux d’eau douce.

Un peu plus haut est le calcaire dit des Alpes , et sur lui ce calcaire coquillier riche en entroques et en encriniies, qui fait labase d’une grande partie de l’Allemagne et de la Lorraine.

Il a offert des ossemens d’une très-grande tortue de mer dont les carapaces pouvaient avoir de

(1) Voyez mes Recherches sur les osseiuens fossiles * \oin. Y, iu-4“, deuxieme partie, p^g. 30U.

Dlgijize^y Cîpogle

DE LA surface DU GLOBE. 207

six à huit pieds de longueur, et ceux d’un autre quadrupède ovipare de la famille des lézards de grande taille et à museau très-pointu (1).

Remontant encore au travers des grès qui n'offrent que des empreintes végétales de grandes arondinacées , de bambous , de palmiers et d’autres monocolylédones , on arrive aux différentes couches de ce calcaire qui a été nommé calcaire du Jura , parce qu’il forme le principal noyau de cette chaîne.

C'est là que la classe des reptiles prend tout son développement et déploie des formes varices et des tailles gigantesques.

La partie moyenne , composée d’oolithes et de lias , ou de calcaire gris à gryphées , a reçu en dépôt les restes de deux genres les plus extraordinaires de tous , qui unissaient les caractères de la classe des quadrupèdes ovipares avec des organes de mouvement semblables à ceux des cétacés.

h'ichthyosaurus (2), découvert par sir Éverard

(t) Voyez lues Bedieiches sur les ossemens fossiles loin. V, deuxième partie , pages 335 et 525.

(2) lOid,, luiii. V, deuxième partie, pag. 447.

Home , a la télé d'un lézard , mais prolongée en un museau effilé , armé de dénis coniques et pointues ; d’énormes yeux dont la sclérotique est renforcée d’un cadre de pièces osseuses; une épine composée de vertèbres plates comme des dames à jouer , et concaves par leurs deux faces comme celles des poissons ; des côtes grêles ; un sternum et des os d’épaule semblables à ceux des lézards et des ornitliorinques ; un bassin petit et faible , et quatre membres dont les humérus et les fémurs sont courts et gros , et dont les autres os , aplatis et rapprochés les uns des autres comme des pavés, composent, enveloppés de la peau , des nageoires d’une pièce , à peu près sans inflexions, analogues, en un mot, pour l’usage comme pour l’organisation, à celles des cétacés. Ces reptiles vivaient dans la mer; à terre ils ne pouvaient tout au plus que ramper à la manière des phoques ; toutefois -ils respiraient l’air élastique.'

On en a trouvé les débris de quatre espèces :

La plus répandue (/. communis, pl. 1, fig. 1) a des dents coniques mousses ; sa longueur va quelquefois ;i plus de vingt pieds.

La seconde (/. ptatyodon) ^ au moins aussi

DE LA SUnFACE DU GLOBE. 299

grande , a des dents comprimées , portées sur une racine ronde et renflée.

La troisième (/. tenuirosirîs) a des dents grêles et pointues , et le museau mince et alongé. • La quatrième (/. intermedius) lient le milieu, pour les dents , entre la précédente et la commune. Ces deux dernières n’atteignent pas à moitié de la taille des deux premières (d).

Le plesiosaurua, découvert par M. Conybeare, devait paraître encore plus monstrueux que richihyosaurus. Il en avait aussi les membres, mais déjà un peu plus alongés et plus flexibles; son épaule, son bassin étaient plus robustes ; ses vertèbres prenaient déjà davantage les formes et les articulations de celles des lézards ; mais ce qui le distinguait de tous les quadrupèdes ovipares et vivipares , c’était un cou grêle aussi lojpg que son corps , composé de trente et quelques vertèbres, nombre supérieur à celui du cou de tous les autres animaux , s’élevant sur le tronc comme pourrait faire un corps de serpent, et se terminant par une très-petite tête dans la-

(t) Vovfz mes Rcdiei'ches , loni. v, dcUktcme partie , pag. 456.

300 DISCOURS SUR LES RÉVOLUTIOiNS

quelle s’observent tous les caractères csseiiiiels de celle des lézards.

Si quelque chose pouvait justifier ces hydres et ces autres monstres dont les monumens du moyen-âge ont si souvent répété les figures , ce serait incontestablement ce plésiosaurus (1).

On en connaît déjà cinq espèces , dont la plus répnndue {P. dolichodeirns, pl. 1, fig. 2) arrive à plus de vingt pieds de longueur.

Une seconde (P. rcccntior) , trouvée dans des couches plus modernes , a les vertèbres plus plates.

Une troisième ( P. corinoiMs) montre une arête à la face inférieure de ses vertèbres.

Une quatrième et une cinquième enfin (P.

pentagonus et P. trigonus) les ont à cinq et à trois arêtes (2).

Ces deux genres sont répandus partout daus ^ le lias ; on les a découverts en Angleterre , o^ cette pierre est à nu sur de longues falaises'»

(1; Voyez nies Rc. hcrcliej sur les osscmetis fossiles , tom. V, deuxieme y.ulie , pages 475 et suivantes.

(2) Ibid., tom. V, deuxième partie , pages 4Sîj et 4S0.

mais on les a retrouvés en France et en Allemagne.

Avec eux vivaient deux espèces de crocodiles, dont les os sont aussi déposés dans le lias, parmi des ammonites , des térébralules et d’autres coquilles de celte ancienne mer. Nous en avons des ossemens dans nos falaises de Honfleur , où se sont trouvés les débris d’après lesquels j’en ai donné les caractères (1).

Une de ces espèces , le gat'ial à long hec^ avait le museau plus long et la tête plus étroite que le gavial ou crocodile à long bec du Gange ; le corps de ses vertèbres était convexe en avant , tandis que , dans nos crocodiles d’aujourd’hui , il l’est en arrière. On l’a retrouvée dans les lias de Franconie comme dans ceux de France.

Une seconde espèce , le gaulai à bec court , avait le museau de longueur médiocre , moins effilé que le gavial du Gange , plus que nos crocodiles de Saint-Domingue. Ses vertèbres étaient légèrement concaves à leurs deux extrémités.

Mais ces crocodiles ne sont pas les seuls

(4) Voyez mes Recherches sur tes ossemens fossiles toni V deuxième partie , pag. 443.

aO

qu'aient recueillis les bancs de ces calcaires secondaires.

Les belles carrières d’oolithe de Caen en ont offert un très-remarquable , dont le museau , aussi long et plus pointu que celui du gavial à long bec , est suivi d’une tête plus dilatée en arrière , à fosses temporales plus larges ; c’était , par ses écailles pierreuses et creusées de fossettes rondes, le mieux cuirassé de tous les crocodiles (1). Ses dents de la mâchoire inférieure sont alternativement plus longues et plus courtes.

Il y en a encore un autre dans l’oolithe d’Angleterre , mais que l’on ne connaît que par quelques portions de son crâne , qui ne suffisent pas pour en donner une idée complète (2).

Un autre genre de reptiles bien remarquable, et dont les dépouilles , déjà existantes lors de la concrétion du lias , abondent surtout dans l’oolillie et dans les sables supérieurs, c’est le megalosiurua , ainsi nommé à juste titre ; car, avec

(1) Vovcz mes Recherches sur les ossemens fossiles , toni. V, deuxième pnrlie, pag. 127.

(2) Nous eu alteudons une plus ample connaissance des recherches de M. Conj hcare.

les formes des lézards , et particulièrement des monitors , dont il a aussi les dents tranchantes et dentelées , il était d’une taille si énorme qu’en lui supposant les proportions des monitors , il devait passer soixante-dix pieds de longueur : c’était un lézard grand comme une baleine (i).

M. Buckland l’a découvert en Angleterre ; mais \ nous en avons aussi en France , et il s’en est trouvé en Allemagne des os , sinon de la même espèce , du moins d’une espèce qu’on ne peut rapporter à un autre genre. C’est à M. de Sœmmerring qu’on en doit la première description.

Il les a découverts dans des couches supérieures à l’oolithe , dans ces schistes calcaires de Franconie , depuis long-temps célèbres par les nombreux fossiles qu’ils fournissaient aux cabinets des curieux , et qui vont le devenir bien davantage par les services que rend aux arts et aux sciences leur emploi dans la lithographie.

Les crocodiles continuent à se montrer dans ces schistes , et toujours des crocodiles à long museau. M. de .Sœmmerring en a décrit un (le C.

(1) Voyez mes Recherches sur les ossemeiis fossiles , toiu. V, deuxième partie , pag 3i3*

priscu»), dont le squelette entier d’un peiit individu est conservé presque comme il pourrait l’étre dans nos cabinets (1). C’est un de ceux qui ressemblent le plus au gavial actuel du Gange ; néanmoins , la partie symphysée de sa mâchoire inférieure est moins longue ; ses dents inférieures sont alternalivement et régulièrement plus longues et plus courtes ; il y a dix vertèbres de plus à la queue.

Mais des animaux beaucoup plus remarquables que recèlent ces mêmes schistes , ce sont les lézards volans que j’ai aommés ptérodactjles (pl.2).

Ce sont des reptiles à queue très-courte, à cou très-long, à museau fort allongé et armé de dents aiguës, portés sur de hautes jambes, et dont l’extrémité antérieure a un doigt excessivement alongé , qui portait vraisemblablement une membrane propre à les soutenir en l’air, accompagné de quatre autres doigts de dimension ordinaire terminés par des ongles crochus. L’un de ces animaux étranges , et dont l’aspect serait effrayant si on les voyait aujourd’hui , pouvait

(1) Voyez mes Recherches sur les ossemens fossiles, lom. V, deuxième parlie , pag, 120.

être de la taille d’une grive (1) ; l’autre, de celle d’une chauve-souris commune (2) ; mais il paraît , par quelques fragmens , qu’il en existait des espèces plus grandes (3) ; et M. Buckland vient tout récemmentd’en découvrir de nouvelles. .

Un peu au dessus des schistes calcaires est le calcaire presque homogène des crêtes du Jura.

11 contient aussi des os , mais toujoui s de reptiles ; des crocodiles et des tortues d'eau douce , dont il offre surtout une grande abondance aux environs de Soleure. Ils y ont été recherchés avec beaucoup de soin par M. Hugi ; et, d’après les fragmens qu’il a déjà recueillis, il est aisé de reconnaître un nombre considérable d’espèces de tortues d’eau douce OU émydes , que des découvertes ultérieures pourront seules faire déterminer, mais dont plusieurs se distinguent déjà par leur grandeur et par leurs formes , de toutes les émydes connues (4).

(1) Voyez mes Recherches sur les ossemens fossiles y toin. V, deuxième partie , pages 35S et suivantes.

(2) Ibid., pag. 376.

(3) Ibid., pag. 380. ' •

(4) Ibid., pag. 225. ' ' •

C’est parmi ces innombrables quadrupèdes ovipares, de toutes les tailles et de toutes les formes ; au milieu de ces crocodiles, de ces tortues , de ces reptiles volans , de ces immenses mégalosaurus , de ces monstrueux plésiosaurus , que se seraient montrés, dit-on, pour la première fois , quelques petits mammifères ; il est certain que des mâchoires et quelques autres os découverts en Angleterre appartiennent à cette classe , et spécialement à la famille des didel • phes ou à celle des insectivores.

Plusieurs géologistes ont soupçonné cependant que les pierres qui les incrustent sont dues à quelque recomposition locale et postérieure à l’époque de la formation primitive des bancs. Quoi qu’il en soit , pendant long-temps encore on trouve que la classe des reptiles dominait exclusivement.

Les sables ferrugineux placés , en Angleterre, au dessous de la craie, contiennent en abondance des crocodiles , des tortues , des mégalosaurus , et surtout un reptile qui offrait encore un caractère tout particulier, celui d’user ses dents comme nos mammifères herbivores.

C’est à M. Manlell , de Lewes en Sussex, que

PigilîT. ^

Von doit la découverte de ce dernier animal , ainsi que des autres grands reptiles de ces sables inférieurs à la craie (1). Il l’a nommé iguanodon.

Dans la craie même il n’y a que des reptiles ; on y voit des restes de tortues , de crocodiles. Les fameuses carrières de tuffau de la montagne de Saint-Pierre, près de Maëslricht, qui appartiennent à la formation de la craie, ont donné, à côté de très-grandes tortues de mer et d’une infinité de coquilles et de zoopliytes marins , un genre de lézards non moins gigantesques que le négalosaurus, qui est devenu célèbre par les recherches de Camper et par les figures que Faujas a données de ses os , dans son histoire de cette montagne.

11 était long de vingt-cinq pieds et plus -, ses grandes mâchoires étaient armées de dents trèsfortes , coniques, un peu arquées et relevées d’une arête , et il portait aussi quelques unes de ces dents dans le 'palais. On comptait plus de cent trente vertèbres dans son épine , convexes en avant , concaves en arrière. Sa queue était

(i) Vojcz mes Recherches sur les ossemeus fossiles , tom. V, deuxième partie, -pages 101, 232 et 350.

haute et plate , et formait une large rame verticale (d). M. Conybeare a proposé récemment de l’appeler mosasaurus.

Les argiles et les lignites qui recouvrent le dessus de la craie ne m’ont encore ofl’ert que des crocodiles (2). J’ai tout lieu de croire que les ligniies, qui ont donné, en Suisse, des os de castor et des tortues du genre appelé trionyx , et qui est comme le crocodile propre aux rivières des pays chauds (3), appartiennent à un âge plus récent. Ce n’est même que dans le calcaire grossier qui repose sur ces argiles , que j’ai commencé à trouver des os de mammifères ; encore appartiennent-ils tous à des mammifères marins, à des dauphins inconnus, à des lamantins , à des morses.

Parmi les dauphins , il en est un dont le museau , plus allongé que dans aucune espèce con-

(4) Voyez mes Recherches sur les ossemens fossiles tom. V, deuxième partie , pages 310 et suivantes.

(2) Ibid,, pag. 163.

(3) Tout récemment M. Graves a envoyé au Muséum d’histoire naturelle une grande carapace de trionyx , trouvée dans les terres noires des euvirous de Beauvais.

DE LA SURFACE Du GLOBE. 309

nue , avait la mâchoire inférieure symphysée sur une bonne partie de sa longueur presque comme dans un ^vial. Il a été trouvé près de Dax par feu le prjîsident de Borda (1).

Un autre, des faluns du département de l’Orne, avait aussi le museau long , mais un peu autrement conformé (2).

Le genre entier des lamantins est aujourd’hui habitant des mers de la zone torride -, et celui des morses , dont on ne connaît qu’une espèce vivante , est confiné dans la mer Glaciale. Ccpendant nous trouvons des ossemens de ces deux genres réunis dans les couches de calcaire grossier du milieu de la France; et cette réunion d’espèces , dont les plus semblables sont aujourd'hui dans des zones opposées , se reproduira plus d’une fois.

Nos lamantins fossiles sont différons des lamantins connus par une tête plus alongée et autrement configurée (3). Leurs côtes, irès-recon-

(1) Voyez mes Recherches sur les ossemens fossiles , tom. V, première partie , pag. 31C.

(2 pag. 317.

l3) Ibid,, pag. 266.

naissables à leur épaisseur arrondie et à la densité de leur tissu , ne sont pas rares dans nos différentes provinces.

Quant au morse fossile , on n'en a encore (jue de petits fra{jmens insuflisans pour en caractériser l'espèce (1).

Ce n’est que dans les couches qui ont succédé au calcaire grossier , ou tout au plus dans celles qui auraient pu se former en même temps que lui, mais dans les lacs d'eau douce , que la classe des mammifères terrestres commence à se montrer dans une certaine abondance.

Je regarde comme appartenant au même êge, et comme ayant vécu ensemble , mais peut-être sur différens points , les animaux dont les ossemens sont ensevelis dans les mollasses et des couches anciennes de gravier du midi de la France ; dans les gypses mêlés de calcaire, tels que ceux des environs de Paris et d’Aix, et dans les bancs marneux d’eau douce recouverts de bancs marins de l’Alsace , de l’Orléanais et du Berry.

(1) Voyez mes Recherches sur les ossemens fossiles , première partie, pag. 234 ; et deuxième partie, pag. 521.

Celte population animale porte un caracière très-remarquable dans l'abondance et la variété de certains genfes de pachydermes , qui manquent entièrement parmi les quadrupèdes de nos jours, et dont les caractères se rapprochent plus ou moins des tapirs , des rhinocéros et des chameaux.

Ces genres , dont la découverte entière m’est due , sont : les palceotheriums , les lophiodons , les anoplotheriums , les anthracotheriums , les ’ cheropotames , les adapta.

Les palæotheriums ressemblaient aux tapirs par la forme générale , par celle de la tête , notamment par la brièveté des os du nez , qui annonce qu’ils avaient , comme les tapirs , une petite trompe ; enfin par les six dents incisives et les deux canines à chaque mâchoire ; mais ils ressemblaient aux rhinocéros par leurs dents rnâchelières , dont les supérieures étaient carrées, avec des crêtes saillantes diversement configurées , et les inférieures en forme de doubles croissans , et par leurs pieds , tous les quatre divisés en trois doigts , tandis (pie dans les tapirs ceux de devant en ont quatre.

C’est un des genres les plus répandus et les

3i2 DISCOURS SUR LES RÉVOLUTIONS

plus nombreux en espèces dans les terrains de cet âge.

Nos plâtrières des environs de Paris en fourmillent : on y en trouve des os de sept espèces. La première (P. magnum^ pl. 3, fig. 1 ) , grande comme un cheval -, trois autres de la taille d’un cochon, maisune (P. werfiwfn) avec des pieds étroits ei longs ; une (P. crassum) avec des pieds plus larges ; une (P. latum) avec des pieds encore plus larges et surtout plus courts ; la cinquième espèce (P. cur/aw),'de la taille d’un mouton, est bien plus basse et a les pieds encore plus larges et plus courts à proportion que la précédente ; une sixième (P. minus) est de la taille d’un agneau , et a des pieds grêles dont les doigts latéraux sont plus courts que les autres ; enfin il y en a une (P. minimum) qui n’est pas plus grande qu’un lièvre : elle a aussi les pieds grêles (1).

Ona trouvé aussi des dans d’autres contrées de la France : au Puy en Vêlai , dans des lits de marne gypseuse , une espèce

(t ) Voyez mes Rcdicii lies sur les osscniciis fossücs , in-4“, dans tout le loin, m, et spécialemenl pag. 230-, et luni. V, doiix'iiue pai lie , pag. 505.

DE LA surface DU CLORE. 313

(P. velaunum) (1) irès-semblable au P. medium, roais qui en diirèrc par quelques details de sa mâchoire inférieure ; aux environs d’Orléans , dans des oouches de pierre marneuse , une es- * pèce (P. aurelianense) (2) qui se distingue des autres, parce que ses molaires inférieures ont l’angle rentrant de leur croissant fendu en une double pointe , et par quelques différences dans les collines des molaires supérieures ; auprès d’Issel, dans une couche de gravier ou de mollasse , le long des pentes de la Montagne-Noire, une espèce ( P. isselanum ) (3) , qui a le môme caractère que celle d'Orléans , et dont la taille est plus petite ; mais c’est surtout dans les mollasses du département de la Dordogne que le palæotherium s'est retrouvé non moins abondamment que dans nos plâtrières de Paris.

M. le duc Dccaze en a découvert dans les carrières d’un seul parc , des os de trois espèces

(1) Voyez, nies Ilcciierclies sur les osscinens fussiles tom. V, deuxième partie, pag. 505.

(2) /ii'd., loin. III, pag. 254; et lom. iv, pages 493 et 4‘J9,

(3) Ibid., (oni. III, pag. 258

qui paraissent différentes de toutes celles ae nos environs (1).

Les lophiodons se rapprochent encore un peu • plus des tapirs que ne font les palæoiheriums , en ce que leurs niâclielières inférieures ont des collines transverses comme celles des tapirs.

Ils diffèrent cependant de ces derniers, parce que celles de devant sont plus simples, que la dernière de toutes a trois collines, et que les supérieures sont rliomboïdales et relevées d'arêtes fort semblables à celle des rhinocéros.

Ün ijjuore encore quelle est la forme de leur museau et le nombre de leurs doims. J'en ai découvert jus(ju’à douze espèces , toutes de France , ensevelies dans des pierres marneuses formées dans l’eau douce , et remplies de limnces et de planorbes qui sont des coquilles d’étang et de marais.

La plus grande se trouve près d'Orléans dans la même carrière que les palæotheriums ; elle approche du rhinocéros.

. 11 y en a dans le même lieu une autre plus

(1) Voyez nies Recherches sur les osscniens fossiles « loin. deuxième partie, png. 5U3.

petite ; une troisième se trouve ù Montpellier; une quatrième près de Laon ; deux près de Buchsweiler en Alsace ; cinq près d’Arjjenion , en Berry ; et l’une des trois se retrouve pi ès d’Issel , où il y eu a encore deux autres. Il y en a aussi une très-grande près de Gannal (1).

Ces espèces difierent entre elles par la taille , qui dans les plus petites devait égaler à peine celle d'un agneau de trois mois , et par des détails dans les formes de leurs dents qu’il serait trop long et trop minutieux d’exposer ici.

Ce sont surtout des os de Idphiodon qui se sont trouvés près de Paris dans les couches supérieures du calcaire grossier.

Les anoplotheriums ne se sont trouvés jusqu’à présent que dans les seules plàtrières des environs de Paris et dans quelques endroits du calcaire grossier du même canton. Ils ont deux caractères qui ne s’observent dans aucun autre animal ; des pieds à deux doigts dont les métacarpes et les métatarses demeurent distincts et

(d) Voyez mes Recherches sur les osseinens fossiles , toiii. Il , première partie , pages 177 et 21S ; tom. ni > page 394 ; et tem. iv, pag. 498.

ne se soudent pas en canons comme ceux des ruminans, et des dents en série continue , et que n’interrompt aucune lacune. L’homme seul a les dents ainsi conii{;uës les unes aux autres sans intervalle vide ; celles des anoplotheriums consistent en six incisives a chaque mâchoire , une canine et sept molaires de chaque côté , tant en haut qu’en bas ; leurs canines sont courtes et semblables aux incisives externes. Les trois premières molaires sont comprimées; les quatre autres sont , à la mâchoire supérieure , carrées avec des crêtes transverses et un petit cône entre elles ; et à la mâchoire inférieure en double croissant , mais sans collet à la base. La dernière a trois croissans. Leur tête est de forme oblongue , et n’annonce pas que le museau se soit terminé ni en trompe ni en boutoir.

Ce genre extraordinaire , qui ne peut se comparer à rien dans la nature vivante, se subdivise en trois sous-genres : les anoplotheriums proprement dits , dont les molaires antérieures sont encore assez épaisses, et dont les postérieures d’en bas ont leurs croissans à crête simple ; les xifhodons , dont les molaires antérieures sont minces et tranchantes , et dont les postérieures d’en

bas ont vis-à-vis la concavité de chacun de leurs croissans une pointe qui prend aussi en s’usant la forme d’un croissant , en sorte qu’alors les croissans sont doubles comme dans les ruminans; les dichobunes , dont les croissans extérieurs sont pointus dans le commencement , et qui ont ninsi sur leurs arrière-molaires inférieures des pointes disposées par paires.

L'anoplotherium le plus commun dans nos plà- ^ trières {An. commune, pl. 3, fig. 2) est un animal haut comme un sanglier, mais bien plus alongé , et portant une queue très-longue et très-grosse , en sorte qu’au total il a à peu près les proportions de la loutre, mais plus en grand. Il est prodable qn’il nageait bien et fréquentait les lacs , dans le fond desquels ses os ont été incrustés par le gypse qui s'y déposait. Nous en avons un un peu plus petit , mais d’ailleurs assez semblable {An. aecundarium ) .

Nous ne connaissons encore qu’un xiphodon , mais très -remarquable , celui que je nomme An. gracile. Il est svelte et léger comme la plus jolie gazelle.

11 y a un dichobune à peu près de la taille du * lièvre , que j’appelle An, leporinum. Outre ses

318 Discouns sur les'révolutions

caractères sou8-{ïénériques , il diffère dos anoploilioriiims cl dos xiphodons par deux doijqis petits et grêles qu’il a à chaque pied aux côtés des deux grands doigts.

Nous ne savons pas si ces doigts latéraux existent dans les deux autres dichobunes , qui sont petits et surpassent à peine le cochon d’Inde (1).

Le genre des anthracotheriums est à peu près intermediaire entre les palæoiheriums, les anoplolheriuins et les cochons. Je l ai nommé ainsi ^ parce que deux de ces espèces ont été trouvées dans les lignites de Cadibona , près de Savone. La première approçhait du rhinocéros pour la taille ; la seconde était beaucoup moindre. On en trouve aussi en Alsace et dans le Vêlai. Leurs mâchelières ont des rapports avec celles des anoplotheriums ; mais iis ont des canines saillantes (2).

Le genre cheropotame vient de nos plâtrièrcs,

(1) Sur les anoplotlieriums , voyez tout le tome ni de mes Reclicrches, cl particulièrement les pages 250 et 396.

(2) Voyez'mes Recherches sur les ossemens fossiles, toiii. III, pag. 398 et 404 ; tom. tv , pag. 501 i tora. T , deuxième partie , pag. 50G.

OÙ il accompagne les palæolheriums et les anoplollicriiuns ; mais où il est beaucoup plus rare, jses molaires postérieures sont carrées en haut , rectangulaires en bas , et ont quatre fortes émineuccs coniques entourées d’éminences plus petites. Les antérieures sont des cônes courts , légèrement comprimées et à deux racines. Ses canines sont petites. On ne connaît pas encore ses incisives ni ses pieds. Je n’en ai qu'une espèce de la taille d’un cochon de Siam (4).

Le genre adapU n'a également qu’une espèce, au plus de la taille d'un lapin : il vient aussi de nos plàtrières, et devait tenir de près aux anoplothériums (2).

Ainsi voilà près de quarante espèces de pachydermes de genres entièrement éteints, et dans des tailles et des formes auxquelles le règne animal actuel n’offre de comparables que trois tapirs et un daman.

Ce grand nombre de pachydermes est d’autant plus remarquable , que les ruminans , au-

(1) Voyez mes Recherches sur les ossemeus fossiles, tom. III, pag. 260.

^2) pag. 265.

jourd’hui si nombreux dans les genres des cerfs et des gazelles , et qui arrivent à une si grande taille dans ceux des bœufs, des girafes et des chameaux , ne se montrent pi-esque pas dans les terrains dont nous parlons maintenant.

Je n’en ai pas vu le moindre reste dans i\ps plàtrières , et tout ce qui m’en est parvenu consiste en quelques fragmens d’un cerf de la taille du chevreuil , mais d’une autre espèce , recueillis avec les palæotheriums d'Orléans (1), et dans un ou deux autres petits morceaux de Suisse, et peut-être d’origine équivoque.

Mais nos pachydermes n’étaient pas pour cela les seuls babitans des pays où ils vivaient. Dans nos plàtrières, du moins, nous trouvons avec eux des carnassiers , des rongeurs , plusieurs sortes d’oiseaux , des crocodiles et des tortues ; et ces deux derniers genres les accompagnent aussi dans les mollasses et les pierres marneuses du milieu et du midi de la France.

A la tête des carnassiers je place une chauvesouris tout récemment découverte à Montmartre,

(d) Voyez mes Recherches sur les ossemens fossiles , toin. lY, [lag. 103.

et (lu propre genre des vespertilions (1 ) . L’exisloncc de ce genre à une époque si reculée, est d’autant plus surprenante, que ni dans ce terrain, ni dans ceux ([ui lui ont succédé , je n’ai pas vu d’autre trace ni des chéiroptères ni des quadrumanes. Aucun os , aucune dent dé singe ni de maki ne se sont jamais présentés à moi dans mes longues recherches.

Montmartre a aussi donné les os d’un renard différent du nôtre , et ejui diffère également des chacals , des isatis et des différentes espèces de renards que nous connaissons en Amérique (2) ; ceux d’un carnassier voisin des ratons et des coatis , mais plus grand que ceux qui sont connus (3) ; ceux d’une espèce particulière de genette (4), et de deux ou trois carnassiers impossibles à déterminer, faute d’en avoir des portions assez complètes.

(4) J’en dois la connaissance à M. le comte de Bour. non. Voyez Recherches sur les ossemens fossiles , toni, i , planche ii, figures 1 et 2.

(2) Voyez mes Recherches sur les ossemens •’ossiles-

tom. III, pag. 267. ■ ' ^

(3) Ibid., pag. 269.

(4; /4ic/., pag. 272. • ' ' '

322 DISCOURS sur'Xes révolutions

Ce qui est bien plus notable encore , il y a des squelettes d'un petit sarigue , voisin de la marniose , mais dilTërent , et par conséquent d’un animal dont le genre est aujourd’hui confiné dans le Nouveau-Monde (1) , et celui d’une espèce beaucoup plus grande de la même famille, d’un ihylacine , genre qui ne s'est retrouvé vivant qu’à la Nouvelle-Hollande (2). On y a recueilli aussi des squelettes de deux petits rongeurs du genre des loirs (3) et une tête du genre des écureuils (4).

Nos plûtrières sont plus fécondes en os d’oiseaux qu’aucuns des autres bancs antérieurs et postérieurs on y en trouve des squelettes entiers et des parties d’au moins dix espèces de tous les ordres (6) .

(1) Voyez mes Recherches sur les osseiiiens fossiles , tom. III, pag. 284.

(2) Je donnerai la description de ses débris dans un volume de supplément à mes Recherches sur les os fossiles, qui paraîtra dans quelque temps.

(3) Voyez mes Recherches sur les ossemens fossiles , tom. III, pages 297 et 300.

(4) i6td., tom. V, deuxième partie, page 606.

(5) Ihid.^ tom. in, pages 304 et suivantes.

Les crocodiles de l'ûge dont nous parlons sc rapprochent de nos crocodiles vulgaires par la forme de la tête , tandis que dans les bancs de l'ûge du Jura on ne voit que des espèces voisines du gavial.

Il y en avait à Argenton une espèce remarquable par des dents comprimées , tranchantes, et à tranchant dentelé comme celles de certains monitors (1). On en voit aussi quelques restes dans nos plàtrîères (2).

Les tortues de cet âge sont toutes d’eau douce; les unes appartiennent au sous-genre des eniydes ; et il y en a , soit à Montmartre (3) , soit surtout dans les molasses de la Dordogne (4), de plus grandes que toutes celles que l’on connaît vivantes ; les autres sont des trionyx ou tortues molles (5). Ce genre , que l’on distingue aisé-

(1) Voyez mes Recherches sur les ossemens fossiles , lotu. V, deuxième partie, pag. 166.

(2) Ihid., tom. III, pag. 335; tom. v, deuxième partie, pag. 166.

(.3) Ibid.^ lom III, pag. 338.

(1) Ibid., tom. V, deuxième partie , pag. 232.

(5) Ibid., tom, III, pag 32i); tom. v, deuxième p-iilie,

Digilized by Goc^le

ment à la surface vermiculée des os de sa cara- , pacc , et qui n’existe aujourd’hui que dans les rivières des pays chauds , telles que le Nil , le Gan{je, l’Orénoque , était très-abondant sur les, terrains qu’habitaient les palæotheriums. Il y en a une infinité de débris à Montmartre (1) , et dans les mollasses de la Dordogne et autres dépôts de graviers du midi de la France (2).

Lés lacs d’eau douce autour desquels vivaient ces divers animaux , et qui recevaient leurs ossernens , nourrissaient , outre les tortues et les • crocodiles, quelques poissons et quelques coquillages. Tous ceux que l’on a recueillis sont aussi étrangers à notre climat , et même aussi inconnus dans les eaux actuelles , que les palæotheriums et les autres quadrupèdes leurs contemporains (3).

(t) Voyez mes Becherrlirs sur les osseniens fossili S, tnni. V, deuxième partie, piges 22.3 cl 227.

(2) M. Graves vient de me communiquer la carapace bien entière d’un très-grand Irionyx des terres noires de ficanvais.

(3) Voyez mes Recherches sur les ossemenr, fossiles ,

loni. III, pag. 33S ,

bt L\ siiU ACii DU ULODf;. 325

Les poissons appariietinent même en partie à des genres inconnus.

Ainsi l’on ne peut douter que cette population, que l’on pourrait appeler d’âge moyen, cette première grande production de mammifères , n'ait été entièrement détruite ; et , en effet, partout où l’on en découvre les débris , il y a au dessus de grands dépôts de formation marine , en sorte que la mer a envahi les pays que ces races habitaient , et s’est reposée sur eux pendant un temps assez long.

Les pays inondés par elle à cette époque étaient-ils considérables en étendue? c’est ce que l’étude de ces anciens bancs, formés dans leurs lacs , ne permet pas encore de décider.

J’y rapporte nos plâtrières et celles d’Aix , plusieurs carrières de pierres marneuses et les mollasses, du moins celles du midi de la France. Je crois pouvoir y rapporter aussi les portions des mollasses de Suisse, et des lignites de Ligurie et d’Alsace, où l’on trouve des quadrupèdes des familles que je viens de faire connaître ; mais je ne sache pas qu’aucuns de ces animaux se soient encore retrouvés en d’autres pays. Les os fossiles de l’Allemagne, de rAngicterre et de 11-

talie , que je connais , sont ou plus anciens ou plus nouveaux que ceux dont nous venons de parler, et appartiennent ou à ces antiques races de reptiles des terrains jurassiques et des schistes cuivreux, ou aux dépôts de la dernière inondation universelle, aux terrains diluviaux.

Il est donc permis de croire, jusqu'à ce que l’on ait la preuve du contraire , qu’à l’époque où vivaient ces nombreux pachydermes, le globe ne leur offrait pour habitations qu'un petit nombre de plaines assez fécondes pour qu'ils s’y mullipliasseut , et que peut-être ces plaines étaient des régions insulaires , séparées par d’assez grands espaces des chaînes plus élevées, où nous ne voyons pas que nos animaux aient laissé des traces.

Grâces aux recherches de M. À.dolphe Brongniart , nous connaissons aussi la nature des végétaux qui couvraient ces terres peu nombreuses. On recueille , dans les mêmes couches que nos palœotheriums , des troncs de palmiers et beaucoup d’autres de ces belles plantes dont les genres ne croissent plus que dans les pays chauds j les palmiers , les crocodiles , les trionyx , se retrouvent totyours en plus ou moins grand nombre

Digilized by

là OÙ se trouvent nos anciens pachydermes (1).

>Iais la mer , qui avait recouvert ces terrains et détruit leurs animaux, laissa de grands dépôts qui forment encore aujourd’hui , à peu de profondeur , la base de nos grandes plaines ; ensuite elle se retira de nouveau, et livra d’immenses surfaces à une population nouvelle , à celle dont les débris remplissent les couches sablonneuses et limoneuses de tous les pays connus.

C’est à ce dépôt paisible de la mer que je crois devoir rapporter quelques cétacés fort semblables à ceux de nos jours : un dauphin, voisin de noire épaulard (2), et une baleine (3) très-semblable à nos ror(|uals , déterrés l’un et l’autre en Lombardie par M. Cortesi ; une grande tète lie baleine trouvée dans l’enceinte même de Paris (ô) , et décrite par Lamanon et par Daubenlon ; et un genre entièrement nouveau, que j'ai

(t) Voyez mes Recherches sur les osseniens fossiles tom. III , pag. 351 et suivantes. ^

(2) y&tii.,. loin. V, première partie , pag. 309. j

(3) //-ici., pag. 390. 1

(4) Ibid.^ pag. 393. i

découvert et nommé ziphius^ et qui se compose déjà de trois espèces. Il se rapproche des cachalots et des hypérodons (1 ).

Dans la population qui remplit nos couches meubles et superficielles , et qui a vécu sur le dépôt dont nous venons de parler , il n’y a plus ni palæotheriums , ni anoplotheriums , ni aucun de ces genres singuliers. Les pachydermes cependant y dominaient encore ; mais des pachydermes gigantesques , des éléphans, des rhinocéros, des hippopotames, accompagnés d’innombrables chevaux etde plusieurs grands ruminans. Des carnassiers de la taille du lion , du tigre, de l’hyène , désolaient ce nouveau règne animal. En général , son caractère , même dans l'extrême nord et sur les bords de la mer Glaciale d’aujourd’hui, ressemblait à celui que la seule zone torride nous offre maintenant , et toutefois aucune espèce n’y était absolument la même. î

Parmi ces animaux se montrait surtout l’éléphant appelé mammouth par les Russes (Elephas

(1 ) Voyez nies Recherches sur les osseniens fossiles , tome V, première partie , pages 352 et 357.

Digilized by GoogI

DE LA SLIU ACE DU CLOBE. 329

primigenius. Blumemb.)» haut de quinze el dixhuit pieds , couvert d’une laine grossière et rousse, et de longs poils roides et noirs qui lui formaient une crinière le long du dos ; ses énormes défenses étaient implantées dans des alvéoles plus longs que ceux des éléphans de nos jours ; mais du reste il ressemblait assez à l’éléphant des Indes (1). 11 a laissé des milliers de ses cadavres , depuis l’Espagne jusqu’aux rivages de la Sibérie et l’on en retrouve dans toute l’Amérique septentrionale; en sorte qu’il était répandu des deux côtés de l'Océan , si toutefois l'Océan existait de son temps à la place où il est aujourd’hui. Chacun sait que ses défenses sont encore si bien conservées dans les pays froids , qu’on les emploie aux mômes usages que l’ivoire frais ; et , comme nous l’avons fait remarquer précédemment , on en a trouvé des individus avec leur chair , leur peau et leurs poils , qui étaient demeurés gelés depuis la dernière cata-

{<) Voyez mes Recherrhes sur les ossemens fossiles , toni. I, pag. 76 à 195 et 335 ; toni. iii, pag. 374 et 405 ; loni. IV, pag. 491.

330 DISCOURS SUll LES RÉVOLUTIONS

Strophe du globe. LesTartares et les Chinois ont imaginé que c'est un animal qui vit sous terre , et qui périt sitôt qu’il aperçoit le jour.

Après lui , et presque son égal, venait aussi dans les pays qui forment les deux continens actuels , le mastodonte à dents étroites^ semblable à l'éléphant, armé comme lui d’énormes défenses , mais de défenses revêtues d’émail, plus bas sur jambes, et dont les mûchelières, mamelonnées et revêtues d’un émail épais et brillant , ont fourni pendant long-temps ce que l'on appelait turquoises occidentales (1).

Ses débris, assez communs dans l’Europe tempérée , ne le sont pas autant vers le nord ; mais on en retrouve dans les montagnes de l’Amérique du sud avec deux espèces voisines.

L’Amérique du nord possède en nombre immense les débris du grand mastodonte , espèce plus grande que la précédente , aussi haute à proportion que l’éléphant, à défenses non moins énormes , et que ses mûchelières , hérissées de

(1) Voyez mes Recherches sur les ossemens fossiles , toni, t, pog, 250 à 2Co et pag. 336 } (oiu. ir, pag. 493.

DE LA SUREACE DU GLODE. 331

pointes , ont fait prendre lon^-teinps pour un animal carnivore (1).

Ses os étaient d’une grande épaisseur et de beaucoup de solidité -, on prétend avoir retrouvé jusqu’à ses sabots et son estomac , encore conservés et reconnaissables, et l’on assure que l’estomac était rempli de branches d’arbre concassées. Les sauvages croient que cette race a été détruite par les dieux, de peur qu’elle ne détruisît l’espèce humaine.

Avec ces énormes pachydermes vivaient les deux genres un peu inférieurs des rhinocéros . et des hippopotames.

L'hippopotame de cette époque était assez commun dans les pays qui forment aujourd'hui la Fi^ince , l’Allemagne , l’Angleterre ; il l’était surtout.en Italie. Sa re.ssemblance avec l’espèce actuelle d’Afrique était telle, qu’il faut une comparaison attentive pour en saisir les distinctions (2).

(t) Voyez mes Redierclies sur les osseiiiens fossiles , tome »,-pag. 2üG à 249; tom. iii, p.ng. 37C.

t'2) pag, 3U4 À 322 ; (oui. iii, png. 3.S0) toiu. tVy

332 Discouns sun les uévolltions

Il y avait aussi , dans ce temps-là , une petite espèce d’hippopotame de la taille du sanglier, à laquelle on ne peut rien comparer maintenant.

Les rhinocéros de grande taille étaient au moins au nombre de trois , tous bicornes.

L’espèce la plus répandue en Allemagne , en Angleterre (mon Rh. tichorhinus)^ et qui, comme l’éléphant , se retrouve jusque près des bords de la mer Glaciale, où elle a aussi laissé des individus entiers , avait la tète alongée , les os du nei U'ès-robustes , soutenus par une cloison des narines osseuse et non simplement cartilagineuse , et manquait d’incisives (1).

Une autre espèce plus rare et de pays plus tempérés {Rk. inoisivus) (2), avait des incisives

pag. 493. Tout nouvellement je viens de receveur de Sicile, par M. le comte de Ratli Menton , des os d'iin hippopotame un peu plus petit que l’ordinaire , trouvé» en abondance dans une caverne du voisinage de Palerme.

(1) Voyez mes Recherclies sur les ossemens fossiles, tom. n, première partie , pag. 64 : et toni. iv, png. 496

(2) Ihid.^ tom. n, première partie, pag. 89; toin. ni, ]pag. 399 ; et tom. v, deuxième partie, pag. 501.

DE LA SURFACE DU GLOBeI 333

comme nos rhinocéros actuels des Indes Orientales, et ressemblait surtout à celui de Sumatra (1) ; ses caractères distinctifs dépendaient des formes un peu différentes de sa tète.

La troisième {Rh. leptorhinus) manquait d’in cisives , comme la première et comme le rhinocéros du Cap d’aujourd’hui ; mais elle se distinguait par un museau plus pointu et des membres plus grêles (2). C’est siirloul en Italie que ses os sont enfouis , dans les mêmes couches que ceux d’éléphans , de masiodouies et d'hippopotames.

Il y a ensuite une quatrième espèce {Rh. mi~ nutus) munie , comme la deuxième , de dents in cisives , mais de titille beaucoup moindre , et à peine supérieure au cochon (3). Elle était rare , sans doute, car on n’en a encore recueilli les débris que dans quelques endroits de France.

A ces quatre genres de grands pachydermes , s’en joignait un qui les égalait pour la taille, dont

(t) Voyez mes Recherches sur les ossemens fossiles, toni. III , pag. 385.

(2) Ibid., toni. III, première partie, pag. 7i.

(3) Ibid., pag. 89.

les mâdielières ressemblaient à celles du tapir , mais dont la mâchoire inférieure portait deux énoimes défenses, presque égales à celles d'un éléphant. Ceux qui ont complété, par ce dernier caractère , la connaissance de cet animal, lui ont imposé le nom de deinotherium. Il était au moins double de l'iiippopolame pour la longueur (1).

On en trouve les mûchelières en plusieurs lieux de France et d’Allemagne ; et presque toujours accompagnant celles de rhinocéros , de mastodontes ou d’éléphans.

Il s’y joignait encore, mais, à ce qu’il parait, en un très-petit nombre de lieux, un grand pachyderme dont on ne connaît que la mâchoire inférieure, et dont les dents étaient en doubles croissans et ondulées. M, Fischer, qui l’a découvert

(1) Voyez mes Reclicrchcs sur les ossemens fossiles , totu.ii, première pailie,pag 465. C’est loulnmivellemeiit que la mâchoire inférieure de cet animal a été découverte, portant encore ses défenses, dans une sablonniére trèsriche en ossemens , située à Eppcisheim , dans l’ancien Palatinat. Voyez le Méni. de M. Kaiip , dans l’Isis de 4829, p.409. J’en parlerai en détail dans mon Sup|)lénient.

parmi des os de Sibérie, l'a nommé Elatmotherium (1).

Le genre du cheval existait aussi dès ce tempslà (2). Ses dents accompagnent par milliers celles que nous venons de nommer dans presque tous leurs dépôts; mais il n’est pas possible de dire si c’était ou non une des especes aujourd'hui existantes , parce que les squelettes de ces espèces se ressemblent tellement , (ju’on ne peut les distinguer d’après des fragmens isolés.

Lesruminaus étaient infiniment plus nombreux qu’à l’époque des palæotheriums ; leur proportion numérique devait même assez peu dill'érer de ce qu’elle est aujourd'hui ; mais on s’est assuré pour plusieurs espèces qu’elles étaient différentes.

C’est ce que l’on peut dire surtout avec beaucoup de certitude d’un cerf de taille supérieure même à l'élan , qui est commun dans les marnières et les tourbières de l'Irlande et de l’An-

(t) VoYPz mes Bedierchea «iir les ossemens fossiles, loin. Il, piemière pirtie , pag. 9S.

(2) pag, 1Ü!>.

336 DISCOURS SUR LUS RÙVOl.üTlONS

gleierre , et dont on a aussi déterré des restes en France, en Allemagne et en Italie dans les mêmes lits qui recèlent des os d’éléphant : ses bois, élargis et branchus, ont jusqu’à douze et quatorze pieds d’une pointe à l’autre en suivant les courbures (pl. 5) (I).

La distinction n’est pas aussi claire pour les os de cerfs et de bœufs que l'on a recueillis dans certaines cavernes et dans les fentes de certains rochers ; ils y sont quelquefois , et surtout dans les cavernes de l’Angleterre , accompagnés d’os d’éléphant , de rhinocéros , d’hippopotame , et de ceux d’une hyène qui se rencontre aussi dans plusieurs couches meubles avec ces mêmes pachydermes ; par conséquent ils sont du même âge ; mais il n’en reste pas moins diflicile de dire en quoi ils diffèrent des bœufs et des cerfs d’aujourd’hui (2).

Les fentes des rochers de Gibraltar, de Celle ,

(d, Vojez mes Reclieiclics sur les ossomrns fossiles, loin. lY, pag. 70.

(2) JVn parti rai dans le volume de Supplément à mes Ilcclicrclies sur les fossiles.

DE LA SURFACE DU GLOBE. 33t

de Nice , d’Uliveto près de Pise , et d’aulres lieux des bords de la Méditerranée , sont remplies d’un ciment rouge et dur qui enveloppe des fragmens de rocher et des coquilles d'eau douce avec beaucoup d’os de quadrupèdes , la plupart fracturés : c’est ce que l’on a nommé des brèclies osseuses. Les os qui les remplissent offrent quelquefois des caractères suffîsans pour prouver qu’ils viennent d’animaux inconnus au moins en Europe. On y trouve , par exemple, quatre espèces de cerfs , dont trois ont à leurs dents des caractères qui ne s’observent que dans les cerfs de l’archipel des Indes.

Il y en a près de Vérone une cinquième dont les bois surpassent en volume ceux des cerfs du Canada (I). MM. Jobert et Croiset ont découvert beaucoup d’autres nouvelles espèces de cerfs dans la montagne de Perrierou de Boulade, près d’Issoire, en Auvergne (2).

(1) Vnypz nios Bcdirrches sur les ossciiicns fossiles,

toin. IV, piig;. d<iS à 225. »

(2) Redicrdics sur les ossemens fossiles du départe> nient (lu riiy-de-Dôiiie (Cicrinonl , 4S29).

On trouve aussi dans certains lieux , avec des os de rhinocéros et d’autres quadrupèdes de cette époque , ceux d’un cerf tellement semblable au renne , qu’il serait très-difficile de lui assigner des caractères distinctifs ; ce qui est d'autant plus extraordinaire, que les rennes sont aujourd’hui. confinés dans les climats les plus glacés du nord, tandis que tout le genre des rhinocéros appartient à la zone torride (1).

11 existe dans les couches dont nous parlons des restes d’une espèce fort semblable au daim , mais d’un tiers plus grande (2) , et des quantités innombrables de bois très-ressemblans à ceux des cerfs d'aujourd’hui (3), ainsi que des os très-analogues à ceux de l’aurochs (4) et à ceux du bœuf domestique (5) , deux espèces fort dis-

(1) Voyez mes Recherches sur les osscmens fossiles , loin. IV, pag. 89.

(2) Ibii.^ psg. 94.

(3) Ibid.^ pag. 98.

(4) Ibid.^ pag. 140; et toni. v, deuxième paiTic ,

pag. Bü9. ^

(B) Hid , pag. ISO ; luni. v , deuxième partie , pag. SiO.

rE LA SURFACE DU GLOLE. 339

tinctes que les naturalistes qui nous ont précédés avaient mal à propos confondues. Cependant les iêtes entières , semblables à celles de ces deux animaux, ainsi qu'à celle du bœuf musqué du Canada (1) , que l’on a souvent retirées de la terre , ne viennent pas de positions assez bien constatées pour qu’on puisse assurer que ces espèces aient été contemporaines des grands pachydermes que nous venons de mentionner.

Les brèches osseuses des bords de la Méditerranée ont aussi donné deux espèces de lago^ mys (2) , animaux dont le genre n’existe aujourd’hui qu’en Sibérie ; deux espèces de lapins (3), des campagnols , et des rats de la taille du rat d’eau et de celle de la souris (4) . Les cavernes de l’Angleterre en ont donné également (5).

(1) Voyez mes Recherches sur les ossemens fossiles , tom. IV. pag, 455.

(2) Ibid., pages 199 à 201.

(3) Ibid . , pages 474 , 177 et 196 ; tom. v, première partie , pag. 55.

(4) Ibid., pages 178, 202 et 206 i tom. v , première partie , pag. 54.

(5) Ibid., tom. V, première partie , pag. 55.

Diyiîi.^èfd by Càooglc

340 DISCOURS SUR LES RÉVOLUTIOi\S

Les brèclies osseuses contiennent jusqu’à des os de musarai{^es et de petits lézards (1).

Il y a dans certaines couches sableuses de la Toscane des dents d’un porc-épic (2) , et dans celles de la Russie des têtes d’une espèce de castor plus grande que les nôtres , que M. Fischer a nommée trogontherium (3).

Mais c’est surtout dans la classe des édentés que ces races d’animaux de l’avant-dernière époque reprennent une taille bien supérieure à celle de leurs congénères actuels , et s’élèvent même à une grandeur toirt-à- fait gigantesque.

Le mégathérium (pl. 4) réunit une partie des caractères génériques des tatous avec une partie de ceux des paresseux, et pour la taille il égale les plus grands rhinocéros. Ses ongles devaient être d’une longueur et d’une force monstrueuses toute sa charpente est d’une solidité excessive.

(t) Voyez mes Recherches sur les ossemens fossiles, lom. iT, pag. 20G.

(2) Ibid.^ lom. V, deuxième p.irtie , pag. 517.

(3) Ibid., preiiiitTe partie, |tag. 59.

Digilized by GcuJgle

On n’en a déterré encore que dans les couches sableuses de l’Amérique septentrionale (1).

Le mégalonjx lui ressemblait beaucoup pour les caractères , mais était un peu moindre ; ses ongles étaient plus longs et plus tranchans. On en a trouvé quelques os et des doigts entiers dans certaines cavernes de la Virginie et dans une île de la côte de la Géorgie (2).

Ces deux énormes édentés n’ont encore donné de leurs restes qu’en Amérique ; mais l’Europe en possédait un qui ne leur cédait point pour la force. On ne le connaît que par une seule phalange onguéale ; mais cette phalange suflit pour nous assurer qu'il était fort semblable à un pangolin , mais à un pangolin de près de vingtquatre pieds de longueur. Il vivait dans les mêmes cantons que les éléphans , les rhinocéros et les deinotheriums ; car on en a trouvé les os avec

(1) Voyez mes Recherclins sur les ossemens fossiles , tom. Y, première partie , pag 17/i i et <louxièiiie partie , pag. 519.

(2) /èttf . première partie , pag. lOü.

342 DISCOURS SUR LUS RKVüUUTlONS

les leurs dans une sablonnière du pays de Darmstadt, non loin du Rhin (1).

Les brèches osseuses contiennent aussi , mais très-rarement, des os de carnassiers (2), qui sont beaucoup plus nombreux dans les cavernes, c’està-dire dans des cavités plus larges et plus compliquées que les fentes ou filons à brèches osseuses. Le Jura en a surtout de célèbres dans sa paYtie qui s’étend en Allemagne , où depuis des siècles on en a enlevé et détruit des quantités incroyables , parce qu’on leur attribuait des vertus médicales particulières , et néanmoins il en reste encore de quoi étonner l’imagination ; ce ’ sont principalement des os d’une espèce d’ours très-grande ( ursus spelœus ) , caractérisée par un front plus bombé que celui d’aucun de nos ours vivans (3) ; avec ces os se mêlent ceux de deux autres espèces d’ours ( (J. arctoidens et U,

(1) Voyez mes Recherches sur les ossemens fossiles , toni. V, première paitie , pag. 493.

(2) Ibid., tom. IV, pag. 193.

^3) Ibid,, p. 361.

priscus) (1); ceux d’une hyène {H. fostilis) voisine de l’hyène tachetée du Cap , mais différente par quelques détails de ses dents et des formes de sa tète (2) ; ceux de deux tigres ou panthères (3) , ceux d’un loup (4) , ceux d’un renard (5) , ceux d’un glouton (6) , ceux de belettes , de genettes et d’autres petits carnassiers (7).

On peut remarquer encore ici cet alliage singulier d’animaux dontles semblables vivent maintenant dans des climats aussi éloignés que le Cap , pays des hyènes tachetées , et la Laponie , pays des gloutons actuels : c’est ainsi que nous avons vu dans une caverne de France un rhinocéros et un renne à côté l’un de l’autre.

(1) Voyez mes Recherches sur les ossemens fbssües ' tom. IV, pages 356 et3o7.

(2) Ibid., pages 392 et 507.

(3) Ibid., pag. 452.

(4) Ibid., pag. 168.

(5) Ibid., pag. 461.

(6) Ibid., p,.g. 475.

t7) Ibid., pag. 167.

Les ours sont rares dans les couches meubles. On dit cependant en avoir trouvé en Autriche et en Hainaut de la grande espèce des cavernes; et il y en a en Toscane d'une espèce particulière, ■ remarquable par ses canines comprimées ( U. cultridens) (1). Les hyènes s’y voient plus fréquemment : nous en avons , en France , trouvé avec des os d’éléphant et de rhinocéros, On a découvert depuis peu en Angleterre une caverne qui en recélait des quantités prodigieuses , où il y en avait de tout âge , dont le sol offrait même de leurs excrémens bien reconnaissables. II paraît qu’elles y ont vécu long-temps , et que ce sont elles qui y ont entraîné les os d'éléphans , de rhinocéros , d’hippopotames, de chevaux, de bœuis , de cerfs , et de divers rongeurs qui y sont avec les leurs , et portent des marques sensibles de la dent des hyènes. Mais que devait être le sol de r.4.ngleterre lorsque ces énormes

(t) Voyez nies Reciierchcs sur les ossemens fossiles , tom. IV, pag. 378 cl 507 ; el toni. v, deuxième partie , pag. 5tG.

animaux y servaient de proie à des bêtes féroces? Ces cavernes recèlent aussi des os de tigres, de loups, de renards ; mais ceux d'ours y sont d’une rareté excessive (1).

Quoi qu’il en soit , on voit qu’à l’époque dont nous passons en revue la population animale , la classe des carnassiers était nombreuse et puissante ; elle comptait trois ours à canines rondes, un ours à canines comprimées , un grand tigre ou lion, un autre felis de la taille de la panthère, deux hyènes , un loup , un renard , un glouton , une marte ou mouffette, une belette.

La classe des rongeurs , composée en général d’espèces faibles et petites, a été peu remarquée par les collecteurs de fossiles -, et toutefois ses débris, dans les couches et dépôts dont nous parlons , ont aussi offert des espèces inconnues. Telle est surtout une espèce de lagomys des brèches osseuses de Corse et de Sardaigne, un peu semblable au lagomys alpinus des hautes

(1) Voyer l'excellent ouvrage de M. Buckland , intitulé lidiquiœ diluvianw.

montagnes de la Sibérie ; tant il est vrai que ce n’est pas, à beaucoup près , toujours dans la zone torride qu'il faut chercher les animaux semblables à ceux de celte avant-dernière époque.

Ce sont là les principaux animaux dont on ait recueilli les restes dans cet amas de terres , de sables et de limons , dans ce diluvium qui recouvre partout nos grandes plaines, qui remplit nos cavernes , et qui obstrue les fentes de plusieurs de nos rochers : ils formaient incontestablement la population des continens à l’époque de la grande cataslrophequi a détruit leurs races, et qui a préparé le sol sur lequel subsistent les snimaux d’aujourd’hui.

Quelque ressemblance qu’offrent certaines de ces espèces avec celles de nos jours, on ne peut disconvenir que l’ensemble de cette population n’eût un caractère très-différent , et que la plupart des races qui la composaient ne soient anéanties.

Ce qui étonne, c’est que parmi tous ces mammifères , dont la plupart ont aujourd’hui leurs congénères dans les pays chauds , il n’y ait pas eu un seul quadrumane, que l’on n’ait pas recueilli un seul os , une seule dent de singe , ne

fût-ce que des os ou des dents de singes d'espèces perdues.

11 n'y a non plus aucun homme ; tous les os de notre espèce que l’on a recueillis avec ceux dont nous venons de parler s’y trouvaient accidentellement (1) , et leur nombre est d’ailleurs infiniment petit , ce qui ne serait sûrement pas si les hommes eussent fait alors des établissemens sur les pays qu’habitaient ces animaux.

Où était donc alors le genre humain ? Ce dernier et ce plus parfait ouvrage du Créateur exis-

(1) Voyez, dans le diluvianœ de M. Buckland,

ce qui concerne le squelette d'une femme , trouvé avec des épingles d’os dans la caverne de Pavyland , et dans mes Recherches , tom. iv , pag. 194 , ce qui regarde un fragment de mâchoire trouvé avec les brèches osseuses de Nice.

I M. de Schlotheim a recueilli des os humains dans des f'nles de Kœstritz, où il y a aussi des os dej rhinocéros^ mais lui môme annonce ses doutes sur l'époque où ils y ont été déposés. Quelques os humains de certaines cavernes du Midi , que j’ai eu l’occasion d’examiner, m’ont paru y avoir été déposés après les os de quadrupèdes inconnus.

348 DiJîcoLins suii lls révoli]'iio> s

tait-il quelque part? Les animaux qui l'accompagnent maintenant sur le globe , et dont il n'y a point de traces parmi ces fossiles, l’entouraient-ils? Les pays où il vivait avec eux ont ils été engloutis lorsque ceux qu’il habite maintenant , et dans lesquels une grande inondation avait pu détruire cette population antérieure, ont été remis à sec ? C’est ce que l’étude des fossiles ne nous dit pas , et dans ce discours nous ne devons pas remonter à d’autres sources.

Ce (jui est certain , c’est que nous sommes maintenant au moins au milieu d’une quatrième succession d’animaux terrestres , et qu’après l’âge des reptiles, après celui des palæotheriums, après celui des mammouths , dos mastodontes et des megatheriums , est venu l’àge où l’espèce humaine , aidée de quelques animaux domestiques , domine et féconde paisiblement la terre , et que ce n’est que dans les terrains formés depuis cotte époque , dans les alluvions , dans les tourbières , dans les concrétions récentes que l’on trouve à l'état fossile des os qui apparliennent tous à des aniinau.x connus et aujourd hui vivans.

Tels sont les squelettes humains de la Giiadc-

loupe , incrustés dans un travertin avec des coquilles terrestres de ,nie et des fragmens de coquilles et de madrépores de la mer environnante; les os de bœuf, de cerf, de chevreuil, de castor, communs dans les tourbières , et tous les os d’hommes et d'animaux domestiques enfouis dans les dépôts des rivières , dans les cimetières et sur les anciens champs de bataille.

Aucuns de ces restes n'appartiennent ni au grand dépôt de la dernière catastrophe , ni à ceux des âges précédens.

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