DÉTERMINATION DES OISEAUX NOMMÉS IBIS PAR LES ANCIENS ÉGYPTIENS
Tout le monde a entendu parler de l’ibis, de eet oiseau à qui les anciens Egyptiens rendaient un culte religieux , qu’ils élevaient dans l’enceinte de leurs temples , qu’ils laissaient errer librement dans leurs villes, dont le meurtrier, même involontaire , était puni de mort 1 ,
1 Hérod. , i. 2.
SljR L IBIS .
qu’ils embaumaient avec autant de soin que leurs propres parens; de -cet oiseau auquel ils attribuaient une pureté virginale , un attachement inviolable à leur pays dont il était l’emblème, attachement tel qu’il se laissait mourir de faim quand on voulait le transporter ailleurs; de cet oiseau qui avait assez d’instinct pour connaître le cours et le décours de la lune, et pour régler en conséquence la quantité de sa nourriture journalière et le développement de ses petits; qui arrêtait aux frontières de l’Egypte les serpensqui auraient porté la destruction dans cette terre sacrée1 , et qui leur. inspirait tant de frayeur, qu’ils en redoutaient jusqu’aux plumes 2 ; de cet oiseau enfin dont les dieux auraient pris la ligure s’ils eussent été forcés d’en adopter une .mortelle , et clans lequel Mercure s’était réellement transformé lorsqu’il voulut parcourir la terre et enseigner aux hommes les sciences et les arts.
1 Ælian. ,-lib. n, cap. xxxv et xxxvm.
2 Ibid. , lib. i, cap. xxxvm.
sur l’ibis. 36 i
Aucun autre animal n’aurait dû être aussi facile à reconnaître que celui-là , car il n’en est aucun autre dont les anciens nous aient laissé à la fois , comme de l’ibis , d’excellentes descriptions , des figures exactes et même coloriées , et le corps lui-même soigneusement conservé avec ses plumes, sous la triple enveloppe d’un bitume préservateur , de linges épais et bien serrés , et de vases solides et bien mastiqués.
Et cependant , de tous les auteurs modernes qui ont parlé de l’ibis , il n’y a que le seul Bruce , ce voyageur plus célèbre par son courage que par la justesse de ses notions en histoire naturelle , qui ne se soit pas mépris sur la véritable espèce de cet oiseau , et ses idées à cet égard , quelque exactes qu’ elles fussent , n’ont pas même été adoptées par les naturalistes h
Après plusieurs changement d’opinion touchant l’ibis , on paraissait s’accorder , au moment où j’ai publié la première édition de cet ouvrage,
1 Bruce, traduction française , in-8°., tome xm, page 26 4, et atlas, planche xxxv , sous le nom d 'abouhannes.
SUR L IBIS
à donner le nom d’ibis à un oiseau originaire d’Afrique , à peu près de la taille de la cigogne , au plumage blanc , avec les pennes des ailes noires , perché sur de longues jambes rouges , armé d’un bec long , arqué , tranchant par ses bords , arrondi à sa base , échancré à sa pointe , d’un jaune pâle , et dont la face est revêtue d’une peau rouge et sans plumes qui ne s’étend pas au delà des jeux.
Tel est l’ibis de Perrault 1 , l’ibis blanc de Brisson 2 , l’ibis, blanc d’ Egypte de Buffon 3 ,
1 Description d’un ibis blanc et de deux cigognes. Académie des sciences de Paris , tome ni , planche ni , page 6 1 de l’édition in-4°- de 1734 , planche xiii, figure 1 . Le bec est représenté tronqué par le bout; mais c’est une faute du dessinateur.
2 Numenius sordide aîbo rufescens, capite anteriore nu do rubro ; lateribus rubro purpureo et carneo colore maculatis, remigibus majoribus riigris , rectricibus sordide albo rufescentibus , rostro in exortu dilutè luteo , in extre-
initate aurantio , pedibus griseis Ibis candida. Brisson ,
Ornithologie, tome v, page 349-
3 Planches enluminées , numéro 389 , Histoire des Oiseaux, tome vin , in~4°. , page 14 ? planche 1. Cette
sur l’ibis. 363
et le tantalus ibis de Linné , dans sa douzième édition.
C’était encore à ce même oiseau que M. Bîumenbach , tout en avouant qu’il est aujourd’hui très-rare, au moins dans la Basse-Égypte, assurait que les Égyptiens avaient rendu les honneurs divins * 1 ; et cependant M. Blumenbach avait eu occasion d’examiner des ossernens de véritable ibis dans une momie qui! ouvrit à Londres 2.
J’avais partagé l’erreur des hommes célèbres que je viens de nommer jusqu’au moment où je pus examiner par moi-même quelques momies d’ibis.
Ce plaisir me fut procuré, pour la première fois, par feu M. F ourcroy , auquel M. Grobert, colonel d’artillerie , revenant d’Égypte , avait
dernière figure est une copie de celle de Pérault , avec la même faute.
1 Handbuch der Naturgeschichte, page 2o3 de fédition de 1799; mais dans 1 édition de 1807 il a rendu le nom d’ibis à boisé a u auquel il appartient.
2 Transactions philosophiques pour 1794.
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donné deux de ces momies , tirées Tune et l’autre des puits de Saccara. En les développant avec soin , nous aperçûmes que les os de l'oiseau embaumé étaient bien plus petits que ceux du tantalus ibis des naturalistes ; qu’ils ne surpassaient pas beaucoup ceux du courlis ; que son bec ressemblait à celui de ce dernier, à la longueur près qui est un peu moindre à proportion de la grosseur ? et point du tout à celui du tantalus, • enfin, que son plumage était blanc, avec les pennes des ailes marquées de noir , comme l’ont dit les anciens.
Nous nous convainquîmes donc que l’oiseau que les anciens Égyptiens embaumaient n’était point du tout le tantalus ibis des naturalistes; qu’il était plus-petit, et qu’il fallait le chercher dans le genre des courlis.
Nous vîmes, après quelques recherches, que les momies d’ibis , ouvertes avant nous par différens naturalistes, étaient semblables aux nôtres. BufFon dit expressément qu’il en a examiné plusieurs; que les oiseaux qu’ elles contenaient avaient le bec et la taille des courlis; et cependant il a
sur l’ibis. 365
suivi aveuglément Perrault, en prenant le tantalus d’Afrique pour l’ibis.
Une de ces momies , ouvertes par Buffon , existe encore au Muséum; elle est semblable à celles que nous avons vues.
Le docteur Sbaw, dans le supplément de son Voyage (édition anglaise in-folio, Oxford, 1746, planche v et pages 64 à 66 ) décrit et figure avec soin les os d’une pareille momie. Le bec , dit-il , était long de six pouces anglais , semblable à celui du courlis, etc. En un mot, sa description s’accorde entièrement avec la nôtre.
Caylus ( Recueil d’ Antiquités, tome vi , planche xi , figure 1 ) représente une momie d’ibis dont la hauteur , avec ses bandelettes, n’est que d’un pied sept pouces quatre lignes, quoiqu’il dise expressément que l’oiseau y était posé sur ses pieds, la tête droite , et qu’il n’a eu dans son embaumement aucune partie repliée.
Hasselquist , qui a pris pour l’ibis un petit héron blanc et noir, donne comme sa principale raison , que la taille de cet oiseau , qui est celle d’une corneille , correspond très-bien à la
SUR LIBIS.
grandeur des momies d’ibis \ Comment donc Linné put-il donner le nom d’ibis à un oiseau grand comme une cigogne? Comment surtout put-il regarder cet oiseau comme le même que Yardea ibis d’Hasselquist , qui, outre sa petitesse , avait le bec droit ? Et comment cette dernière erreur de synonymie a -t- elle pu se conserver jusqu’à ce jour dans le Systema natures P
Peu de temps après cet examen fait cbez M. Fourcroy, M. Olivier eut la complaisance de nous faire voir des os qu’il avait retirés de deux momies d’ibis , et d’en ouvrir avec nous deux autres ; les os s’y trouvèrent semblables à ceux des momies du colonel Grobert ; une des quatre seulement était plus petite; niais il était facile de juger par les épipbyses qu’elle provenait d’un jeune individu.
La seule figure de bec d’ibis embaumé qui
1 Hasselquist Iter palestinum , page 249. Magnitudo gaüir.æ , seu cornieis; et page 2'5o , vasa quæ in sepulcris inveniuntur, cuin avibus conditis , hujus sunt magnitudinis.
ne s’accordait pas entièrement avec les objets que nous avions sous les yeux, était celle dEdwards ( planche cv ); elle est d’un neuvième plus grande, et cependant nous ne doutons pas de sa fidélité ; car M. Olivier nous montra aussi un bec d’un huitième ou d’un neuvième plus long que les autres, comme 180 à i65, également retiré d’une momie. (Voyez planche vi , figure 2. ) Ce bec montre seulement qu’il y avait parmi les ibis des individus plus grands que les autres ; mais il ne prouve rien en faveur du tantaîus , car il n a point du tout la forme du bec de celui-ci; il ressemble entièrement au bec d’un courlis; et d’ailleurs le bec du tantaîus surpasse d’un tiers celui de nos plus grands ibis embaumés , et de deux cinquièmes celui des plus petits.
Nous nous sommes assurés de plus qu’il y a des variations semblables pour la grandeur du bec dans nos courlis d’Europe, selon l’âge et le sexe : elles sont encore plus fortes dans le courlis vert d’Italie et dans nos barges , et il paraît que c’est une propriété commune à la plupart des espèces de la famille des bécasses.
368 sur l’ibis.
Enfin, nos naturalistes revinrent de l’expédition d’Égypte avec une riche moisson d’objets tant anciens que récens. Mon savant ami , M. Geoffroy-S aint-Hilaire , s’était en particulier occupé avec le plus grand soin de recueillir les momies de toutes les espèces, et en avait rapporté un grand nombre de celles d’ibis, tant de Saccara que de Thèbes.
Les premières étaient dans le même état que celles qu’avait rapportées M. Grobert , c’est-àdire que leurs os avaient éprouvé une sorte de demi-combustion , et étaient sans consistance ; ils se brisaient au moindre contact, èt il était très-difficile d’en obtenir d’entiers, encore plus de les rattacher pour en faire un squelette.
Les os de celles de Thèbes étaient beaucoup mieux conservés , soit à cause de la plus grande chaleur du climat , soit à cause des soins plus efficaces employés à leur préparation; etM. Geoffroy en ayant sacrifié quelques-unes , M. Rousseau , mon aide , parvint , à force de patience , d’adresse, et de procédés ingénieux et délicats, à en refaire un squelette entier, en dépouillant tous les os, et en les rattachant avec du fil d’ar-
SUR LIBIS» 869
chai très-fin. Ce squelette est déposé dans les galeries anatomiques du Muséum dont il fait l’un des plus beaux ornemens , et nous en donnons la figure planche iv.
On voit que cette momie a dû venir d’un oiseau tenu en domesticité dans les temples, car son humérus gauche a été cassé et resoudé. Il est probable qu’un oiseau sauvage, dont l’aile se serait cassée > eût péri avant de guérir , faute de pouvoir poursuivre sa proie , ou de pouvoir échapper à ses ennemis.
Ce squelette nous mit en état de déterminer, sans aucune équivoque , les caractères et les proportions de l’oiseau ; nous vîmes clairement que c’était dans tous les points un véritable courlis , un peu plus grand que celui d’Europe, mais dont le bec était plus gros et plus court. Voici une table comparative des dimensions de ces deux oiseaux , prise, pour l’ibis, du squelette de la momie de Thèbes , et pour le courlis , dun squelette qui existait auparavant dans nos galeries anatomiques. Nous y avons joint celles des parties des ibis de Saccara , que nous avons pu obtenir entières.
37O SUR LIBIS.
SUR LIBÏS. 3^1
Ou "voit par cette table que ranimai de Thèbes était plus grand que notre courlis; que l’un des ibis de Saccara tenait le milieu entre celui de Thèbes et notre courlis, et que l’autre était plus petit que ce dernier. On y voit aussi que les différentes parties du corps de l’ibis n’observent point entre elles les mêmes proportions que celles du courlis. Le bec du premier, par exemple, est notablement plus court, quoique toutes les autres parties soient plus longues, etc.
Cependant ces différences de proportions ne vont point au delà de ce qui peut distinguer des espèces du même genre : les formes et les caractères , que l’on peut considérer comme génériques , sont absolument les mêmes.
Il fallait donc chercher le véritable ibis, non plus parmi les tantalus à haute taille et à bec tranchant, mais parmi les courlis; et notez que par le nom de courlis nous entendons , non pas ce genre artificiel formé, par Latham et Gmelin, de tous les échassiers à bec courbé en en bas et à tête nue , que leur bec soit arrondi ou tranchant, mais bien un genre naturel que nous
appellerons numenius , et qui comprendra tous
3 r]2 SUR l’ibis.
les échassiers à becs courbés en en bas , mousses et arrondis, que leur tête soit nue ou revêtue de plumes. C’est le genre courlis tel que l’a conçu Buffon b
Un coup d’œil sur la collection des oiseaux du cabinet du Roi nous fit reconnaître une espèce qui n’était encore ni nommée ni décrite dans les auteurs systématiques, excepté peut-être M. Latham , et qui, examinée avec soin, se trouva satisfaire à tout ce que les anciens , les monumens et les momies nous indiquent comme caractères de l’ibis.
Nous en donnons ici la figure, planche y; c’est un oiseau un peu plus grand que le courlis; son bec est arqué comme celui du courlis, mais un peu plus court et sensiblement plus gros à proportion , un peu comprimé- à sa base , et marqué de chaque côté d’un sillon qui , partant de la narine , règne jusqu’à l’extrémité ,
1 Nous avons établi définitivement ce genre dans notre Règne animal , tome i , page 4^3 , et il paraît avoir été adopté par les naturalistes.
tandis que dans le courlis un sillon semblable s’efface avant d’être arrivé au milieu de la longueur ,* la couleur de ce bec est plus ou moins noire; la tête et les deux tiers supérieurs du cou sont entièrement dénués de plumes, et la peau en est noire. Le plumage du corps, des ailes et de la queue est blanc, à l’exception des bouts des grandes pennes de l’aile qui sont noirs; les quatre dernières pennes secondaires ont les barbes singulièrement longues , effilées , et retombent par-dessus les bouts des ailes lorsque celles-ci sont pliées ; leur couleur est un beau noir avec des reflets violets. Les pieds sont noirs, les jambes sont plus grosses et les doigts notablement plus longs à proportion que ceux du courlis ; les membranes entre les bases des doigts sont aussi plus étendues ; la jambe est entièrement couverte de petites écailles polygones, ou ce que l’on appelle réticulées , et la base des doigts même n’a que des écailles semblables , tandis que dans le courlis les deux tiers de la jambe et toute la longueur des doigts sont scutulés , c’est-à-dire garnis d’ écailles transversales. Il y a une teinte roussâtre sous l’aile, vers la
racine de la cuisse, et aux grandes couvertures antérieures; mais cette teinte parait être un caractère individuel ou le résultat d’un accident, car elle ne reparaît point sur d’autres individus d’ailleurs entièrement semblables.
Ce premier individu venait de la collection du Stadhouder, et on ignorait son pays natal. Feu M. Desmoulins, aide-naturaliste au Muséum, qui en avait vu deux autres , assurait qu’ils venaient du Sénégal : l’un d’eux doit même avoir été rapporté par M. Geoffroy de Villeneuve; mais nous verrons plus bas que Bruce 1 a trouvé cette espèce en Ethiopie , où elle se nomme aboie hanries (père Jean), et que M. Savigny l’a vue en abondance dans la Basse-Egypte, où on rappelle aboie m en gel ( père de la faucille). Il est probable que les modernes ne prendront pas au pied de la lettre l’assertion des anciens, que l’ibis ne quittait jamais ce pays sans périr2.
1 Bruce , loc. cit. ; et Savigny , Mémoire sur l’ibis , page 12.
2 Æliaix. , lib. h, cap. xxxvni.
SUR LIB1S. 3^5
Cette assertion serait d’ailleurs aussi contraire au tantalus ibis qu’à notre courlis ; car les individus qu’on en a en Europe, viennent du Sénégal. C’est de là que M. Geoffroy de Villeneuve a rapporté celui du Muséum d’histoire naturelle ; il est même beaucoup plus rare en Egypte que notre courlis , puisque depuis Perrault personne ne dit l’y avoir vu ou l’en avoir reçu.
Un individu sans teinte fauve, mais d’ailleurs entièrement pareil au premier , a été rapporté par M. de Labillardière de son voyage dans l’Australasie , fait avec M. d’Entrecasteaux .
Nous avons appris ensuite que dans la jeunesse ces sortes de numénius ont la tête et le cou garnis de plumes dans la partie qui doit devenir nue avec l’âge , et que les scapulaires y sont moins effilées et d’un noir plus pâle et plus terne. C’est dans cet état qu’il nous en a été rapporté un de l’Australasie par feu Pérou , qui ne diffère d’ailleurs du nôtre et de celui de M. de Labillardière que par quelques traits noirs aux pennes bâtardes et aux premières grandes couvertures , et où toute la tête et le haut du cou sont garnis de plumes noirâtres. C’est aussi un individu d’âge
3 jG SUR LIBISv
peu avancé que M. Savigny a rapporté d’Egypte et représenté planche i de son Mémoire sur l’ibis, et dans le grand ouvrage sur l'Egypte, oiseaux, planche vu. Les plumes de la tête et du derrière du cou y sont plutôt grises que noires ; celles du devant du cou sont blanches. Enfin la figure de Bruce ( atlas , pi. xxxv ) est également faite sur un jeune individu observé en Abyssinie, et à peu près pareil à celui de M. Savigny.
Nous en avons reçu de Pondichéry par M. Les^chenault un individu semblable h celui de Pérou, mais où la tête seulement et un peu de la nuque sont garnis de plumes noirâtres; tout le reste est couvert de plumes blanches : mais il n’en est pas moins certain que tous ces oiseaux ont la tête et le cou nus quand ils sont adultes.
Feu Macé a envoyé du Bengale au Muséum plusieurs individus d’une espèce très-voisine de celle-ci , qui a le bec un peu plus long et moins arqué, dont la première penne seulement a un peu de noir aux deux. bords de sa pointe , et dont les pennes secondaires sont aussi un peu effilées et légèrement teintes de noirâtre.
Il parait, d’après, M. Savigny, page 25, que
M. Levaillant en a observé encore une qui a de même les pennes secondaires effilées , mais dont le cou garde toujours ses plumes , et dont la face est de couleur rouge.
Le même Macé nous a aussi adressé un tantalus très-semblable à celui que les naturalistes ont regardé comme l’ibis , mais -dont les petites couvertures des ailes et une large bande au bas de la poitrine sont noires et maillées de blanc. Les dernières pennes secondaires sont allongées et teintes de rose. On sait que dans le tantalus ibis des naturalistes , les petites couvertures des ailes sont maillées de lilas , et que le dessous du corps est tout blanc.
Nous donnons ici une table des parties de quelques-uns de ces oiseaux qu’on peut mesurer exactement dans des individus empaillés : qu’on les compare avec celles des squelettes d’ibis momifiés , et l’on jugera s’il était possible de croire un seul instant que ces momies vinssent des tantalus.
S TJ R L IBIS
sur l’ibis, 3^9
Maintenant parcourons les livres des anciens et leurs monumens; comparons ce qu’ils ont dit de l’ibis , ou les images qu’ils en ont tracées, avec l’oiseau que nous venons de décrire , nous verrons toutes les difficultés s’évanouir et tous les témoignages s’accorder avec le meilleur de tous, qui est le corps même de l’oiseau conservé dans la momie.
u Les ibis les plus communs , dit Hérodote ,
» Euterpe, n°. 76, ont la tête et le devant du
» cou nus , le plumage blanc , excepté sur la
» tête, sur la nuque, aux bouts des ailes et du
» croupion qui sont noirs b Leur bec et leurs
» pieds ressemblent à ceux des autres ibis. » Et
il avait dit de ceux-ci : «. Ils sont de la taille du #
.» crex. , de couleur entièrement noire , et ont » les pieds semblables à ceux de la grue, et le » bec crochu. »
1 Wàrj TW y.e cpaX^v , ym r yjv iïstpÿv Trâçrzv. A evxrj nrspolcn , ÎTA73V xscpaV/ j..ç , xal tzvyév oç -/«i azpeov twv 7CT£pvya>v , xat Tvvyuiov axpov. Feu Larcher, Hérodote, traduction française , tome 11, page 827 , a bien fait sentir la différence de ces mots, &v%r,v , la nuque , et dslpv ou Sspn , la gorge.
SUR LIBIS.
Combien de voyageurs ne font pas aujourd’hui de si bonnes descriptions des oiseaux qu’ils observent que celle qu’Hérodote avait faite de
Comment a-t-on pu appliquer cette description à un oiseau qui n’a de nu que la face , et qui l’a rouge, à un oiseau qui a le croupion blanc et non recouvert au moins comme le nôtre par les plumes noires des ailes?
Cependant ce dernier caractère était essentiel à l’ibis. Plutarque dit ( de Isideet Osiride ) qu’on trouvait dans la manière dont le blanc était tranché avec le noir dans le plumage de cet oiseau , une figure du croissant de la lune. C’est en effet par la réunion du noir des dernières plumes des ailes avec, celui des deux bouts d’ailes que se forme, dans le blanc , une grande échancrure demi-circulaire qui donne à ce blanc la ligure d’un croissant.
Il est plus difficile d’expliquer ce qu’il a voulu dire en avançant que les pieds de l’ibis forment avec son bec un triangle équilatéral. Mais on conçoit l’assertion d’Elien , que lorsqu’il retire sa tête et son cou dans ses plumes , il représente un
SUR L IBIS
peu J a figure d’un cœur K II était h cause de cela l’emblème du cœur humain selon Horus Àpoll. , c. 35.
D’après ce qu’Hérodote dit de la nudité de la gorge , et des plumes qui couvraient le dessus du cou ? il paraît avoir eu sous les yeux un im dividu d’âge moyen ; mais il n’est pas moins certain que les Égyptiens connaissaient aussi très -bien les individus à cou entièrement nu. On en voit de tels représentés d’après des sculptures en bronze dans le recueil d’antiquités égyptiennes de Gaylus (tome i , planche x, n°. 4? et tome v , planche xi , n°. r ). Cette dernière figure est même tellement semblable à notre oiseau de la planche v , que l’on dirait quelle a été faite, d’après lui.
Les peintures d’Herculanum ne laissent non plus aucune espèce de doute ; les tableaux nos. i38 et i4o de l’édition de David, et tome n, page 3i5 , n°. 5g, et page 3a i , n°. 6o de l’édition originale , qui représentent des céré-
Ælian. , lib. x , cap. xxix.
SUR LIBIS.
monies égyptiennes , montrent plusieurs ibis marchant sur le parvis des temples; ils sont parfaitement semblables à l’oiseau que nous avons indiqué : on y reconnaît surtout la noirceur caractéristique de la tête et du cou , et on voit aisément par la proportion de leur ligure avec les personnages du tableau, que ce devait être un oiseau d’un demi-mètre tout au plus , et non pas d’un mètre ou à peu près comme le tantalus ibis.
La mosaïque de Palestrine présente aussi dans sa partie moyenne plusieurs ibis perchés sur des bâtimens ; ils ne diffèrent en rien de ceux des peintures d’Herculanum.
Une sardoine du cabinet de D. Mead, copiée par Shaw , app. tab. v, et représentant un ibis, semble être une miniature de l’oiseau que nous décrivons.
Une médaille d’Adrien , en grand bronze , représentée dans le Muséum de Farnèse , tome vi, planche xxviii , ligure 6 , et une autre! du même empereur , en argent , représentée tome ni , planche vi , figure 9 , nous donnent des figures
sur l’ibis. 383
de l’ibis ,,qui , malgré leur petitesse, ressemblent assez à notre oiseau.
Quant aux figures d’ibis sculptées sur la plinthe de la statue du Nil, au Belvédère, et sur sa copie au jardin des Tuileries, elles ne sont pas assez terminées pour servir de preuves ; mais parmi les hiéroglyphes dont l’Institut d’Egypte a fait prendre des empreintes sur les lieux , il en est plusieurs qui représentent notre oiseau sans équivoque. Nous donnons (planche ni , figure i) une de ces empreintes que M. Geoffroy a bien voulu nous communiquer.
Nous insistons particulièrement sur cette dernière figure, attendu que c’est la plus authentique de toutes , ayant été faite dans le temps et sur les lieux où l’ibis était adoré , et étant contemporaine de ses momies ; tandis que celles que nous avons citées auparavant, faites en Italie et par des artistes qui ne professaient point le culte égyptien , pouvaient être moins fidèles.
Nous devons à Bruce la justice de dire qu’il avait reconnu l’oiseau qu’il décrit sous le nom iïabou hannès pour le véritable ibis. Il dit expressément que cet oiseau lui a paru ressembler
SÜPi L IBIS.
a celui que : contiennent les cruches de momies .; il dit de plus que cet abou bannes ou père-Jean est très-commun sur les bords du Nil, tandis qu il n y a jamais vu l’oiseau représenté par Billion sous le nom d’ibis blanc d’Égypte.
M. Savigny , l’un des naturalistes de l’expédition d’Égypte, assure également n’avoir point trouvé le tantalus dans ce pays , mais il a pris beaucoup de nos numenius près du lac Menzalé dans la Basse-Égypte , et il en a rapporté la dépouille avec lui.
L’abou bannès a été placé par M. Latham dans son index ornithologicus , sous le nom de tanta lus œthiopicus ; mais il ne parle point de la conjecture de Bruce sur son identité avec l’ibis.
Les voyageurs antérieurs et postérieurs à Bruce paraissent avoir tous été dans l’erreur.
Belon a cru que l’ibis blanc était la cigogne , en quoi il contredisait évidemment tous les témoignages ; aussi personne n’a-t-il été de son avis en ce point , excepté les apothicaires qui ont pris la cigogne pour emblème, parce qu’ils
SUR LI13IS, 385
Font confondue avec Fi bis auquel on attribue l’invention des Mystères b
Prosper Alpin , qui rappelle que cette invention est due à l’ibis ^ ne donne ancune description de cet oiseau dans la médecine des Egyptiens 1 2. Dans son Histoire naturelle d’Egypte , il n’en parle que d’après Hérodote, aux termes duquel il ajoute seulement , sans doute d’après un passage de Strabon que je rapporterai plus bas , que cet oiseau ressemble à la cigogne par la taille et par la figure. Il dit avoir appris qu’il s’en trouvait en abondance de blancs et de noirs sur les bords du Nil; mais il est clair par ses expressions mêmes , qu’il ne croyait pas en avoir vu 3.
Sbaw dit de l’ibis 4 qu’il est aujourd’hui ex-
1 Ælian. , lit. ii , cap. xxxv ; Plut., de solert. an. ; Cic. , de nat. deor. , lib. n ; Phile de anim. prop., 16, etc.
2 De Med. Ægypt. , lib. i, fol. i, vers. Édition de Paris, 1646.
3 Rer. Ægypt. , lib. iv, cap. i, tome 1, page 199 dé l’édition de Leyde , i^35.
4 Voyez la traduction française, tome n , page 167.
SUR L IBIS
cessivement rare , et qu’il n’en a jamais vu. Son emseesj ou oiseau de bœuf, que Gmelin rapporte très-mal à propos au tantalus ibis, a la grandeur du courlis , le corps blanc , le bec et les pieds rouges. Il ne tient dans les prairies auprès du bétail : sa chair n’est pas de bon goût , et se corrompt d’abord h II est facile de voir que ce n’est pas là le tantalus, et encore moins l’ibis des anciens.
Hasselquist n’a connu ni l’ibis blanc, ni l’ibis noir ; son ardea ibis est un petit héron qui a le bec droit. Linné avait très-bien fait de le placer, dans sa dixième édition , parmi les hérons; mais il a eu tort , comme je l’ai dit , de le transporter, depuis comme synonyme au genre tantalus.
Demaillet ( Description de l’Egypte , partie n , page 28 ) conjecture que l’ibis pourrait être l’oiseau particulier à l’Egypte , et qu’on y nomme chapon de Pharaon , et à Alep saphan-bacha. Il dévore les serpens. Il y en a de blancs et de blancs et noirs ; et il suit , pendant plus de
1 Voyez Shaw, traduct. franc. , tome i , page 33o.
SUR LIBIS.
cent lieues, les caravanes qui vont du Caire à la Mecque, pour se repaître des carcasses des animaux qu’on tue pendant le voyage , tandis que clans toute autre saison on n’en voit aucun sur cette route. Mais l’auteur ne regarde point cette conjecture comme certaine ; il dit même qu’il faut renoncer à entendre les anciens lorsqu’ils ont parlé de manière à ne vouloir pas être entendus. Il finit par conclure que les anciens ont peut-être compris indistinctement sous le nom d’ibis tous les oiseaux qui rendaient à l’Egypte le service de la purger des dangereux reptiles que ce climat produit en abondance; tels que le vautour, le faucon, la cigogne, l’épervier , etc.
Il avait raison de ne point regarder son chapon de Pharaon comme l’ibis ; car , quoique sa description soit très-imparfaite , et que Buffon ait cru y reconnaître l’ibis , il est aisé de juger , ainsi que par ce qu’en dit Pokocke , que cet oiseau doit être un carnivore; et en effet, on voit par la figure de Bruce ( tome v , page 1 9 1 de l’édition française ) que la poule de Pharaon n’est autre chose que le raehama ou le petit vautour
blanc à ailes noires (vultur percnopterus Linn.),
SUR L IBIS
oiseau très-différent de celui que nous avons prouvé plus haut être l’ibis.
Pokocke dit qu’il paraît , par les descriptions qu’on donne de l’ibis, et par les figures qu’il en a vues dans les temples de la Haute-Egypte, que c’était une espèce de grue. J’ai vu , ajoute-t-il , quantité de ces oiseaux dans les îles du Nil; ils étaient la plupart grisâtres. ( Traduction française , édition iri-i 2 , tome 11 , page i53. ) Ce peu de mots suffit pour prouver qu’il 11’a pas connu l’ibis mieux que les autres.
Les érudits n’ont pas été plus heureux dans leurs conjectures que les voyageurs. Middleton rapporte à l’ibis une figure de bronze d’un oiseau dont le bec est arqué , mais court, le cou trèslong et la tête garnie d’une petite huppe, figure qui n’eut jamais aucune ressemblance avec Foiseau des Égyptiens ( antiq. monum. , tab. x, page 129 ). Cette figure n’est d’ailleurs point du tout dans le style égyptien, et Middleton luimême convient quelle doit avoir été faite à Rome. Saumaise sur Solin ne dit rien qui se rapporte à la question actuelle.
Quant à l’ibis noir qu’ Aristote place seulement
SUR L IBIS
auprès de Péluse 1 , on a eru long-temps que Selon seul l’avait vu 2. L’oiseau qu’il décrit sous ce nom est une espèce de courlis à laquelle il attribue nne tête semblable à celle du cormoran, c’est-à-dire apparemment chauve, un bec et des pieds rouges 3; mais comme il ne parle point de l’ibis dans son voyage 4 , je soupçonne qu’il n’a fait ce rapprochement qu’en France, et par comparaison avec des momies d’ibis. Ce qu’il y a de certain, c’est que l’on ne connaît pas en Égypte ce courlis à bec et pieds rouges 5 , mais qu’on y voit très-communément notre courlis vert d’Europe ( scoL facinellus , Linn. , euh 819), qu’il y est même plus abondant que le numenius blanc 6; et comme il lui ressemble
1 Iiist. anim. , lib. ix , cap. xxvn , et lib. x , cap. xxx.
2 Buffon. Histoire naturelle des oiseaux , in-zj0. , tome vm, page 17.
3 Belou. Nature des oiseaux, pages 199 et 2005 et Portraits d’oiseaux, folio 44? vers.
4 Observations de plusieurs singularités , etc..
5 Savigny. Mémoire sur l’ibis , page 3y.
6 Idem , ibid.
390 SUR L’IBIS
pour les formes et pour la taille , et que de loin son plumage peut paraître noir , on ne peut guère douter que ce ne soit là le véritable ibis noir des anciens. M. Savigny Ta aussi fait peindre en Egypte 1 , mais d’après un jeune individu seulement. La figure dé Buffon est faite d’après l’adulte; mais les couleurs en sont trop claires.
L’erreur qui règne à présent touchant l’ibis blanc a commencé par Perrault , qui même a le premier , parmi les naturalistes , fait connaître le tantalus ibis d’aujourd’hui. Cette erreur , adoptée par Brisson et par Buffon, a pasàé dans la douzième édition de Linné, où elle s’est mêlée à celle d’Hasselquist , qui avait été insérée dans la dixième pour former aVec elle un composé tou t-à -fait monstrueux.
Elle était fondée sur l’idée que l’ibis était essentiellement un oiseau ennemi des serpens , et sur cette conclusion bien naturelle, qu’il fal-
1 Voyez le grand ouvrage sur l'Egypte, Histoire naturelle des oiseaux , planche vu , figure 2.
SUR L’iBIS. 891
lait pour dévorer les serpens un bec tranchant et plus ou moins analogue à celui de la cigogne et du héron : cette idée est même la seule bonne objection qu’on puisse faire contre l’identité de notre oiseau avec l’ibis. Gomment , dira-t-on , un oiseau à bec faible , un courlis , pouvait-il dévorer ces reptiles dangereux ?
On pouvait répondre que des preuves positives , telles que des (fescriptions , des figures et des momies , doivent toujours l’emporter sur des récits d’habitudes trop souvent imaginés sans autre motif que de justifier les différens cultes rendus aux animaux; on pouvait ajouter que les serpens dont les ibis délivraient l’Egypte , nous sont représentés comme très-venimeux , mais non pas comme très-grands. Je croyais même avoir obtenu une preuve directe que les oiseaux momifiés qui avaient un bec absolument semblable à celui de notre oiseau ? étaient de vrais mangeurs de serpens; car j’avais trouvé dans une de leurs momies des débris non encore digérés de peau et d’écailles de serpens que je conserve dans nos galeries anatomiques.
Mais aujourd’hui , M. Savigny , qui a observé
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SUR L IBIS
vivant, et plus dune fois disséqué notre riunienius blanc , l’oiseau que tout prouve avoir été l’ibis , assure qu’il ne mange que des vers , des coquillages d’eau douce et d’autres petits animaux de cette sorte. En supposant que ce fait li ait pas d’exception , tout ce que l’on peut en conclure, cest que les Égyptiens , comme cela est arrivé plusieurs fois à eux et à d’autres , avaient inventé pour un culte absurde une raison fausse. Il est vrai qu’Hérodote dit avoir vu dans un lieu des bords du désert 1 , près de Buto , une gorge étroite où étaient amoncelés une infinité d’os et d’arêtes, qu’on lui assura être les restes des serpens ailés qui cherchent à pénétrer en Égypte au commencement du printemps, et que les ibis arrêtent au passage-; mais il ne nous dit pas avoir été témoin de leurs combats , ni avoir vu de ces serpens ailés dans leur état d’intégrité. Tout son témoignage se réduit donc
1 Euterpe , cap. lxxv. Hérodote dit un lieu d'Arabie ; mais on ne voit pas comment un lieu d’Arabie aurait pu être près dé la ville de Buto , qui était dans la partie occidentale du Delta,
SUR LIBÏS. 3q3
à avoir observé un amas d’ossemens , qui peuvent très-bien avoir été ceux de cette multitude de reptiles et d’autres animaux que l’inondation fait périr chaque année , dont elle doit naturellement transporter les cadavres jusqu’aux endroits où elle s’arrête, jusqu’aux bords du désert, et qui doivent s’accumuler de préférence dans une gorge étroite.
Cependant c’est également d’après cette idée des combats de Fibis contre les serpens que Cicéron donne à cet oiseau un bec corné et fort K N’ayant jamais été en Egypte, il se figurait que cela devait être ainsi par simple analogie.
Je sais que Strabon dit quelque part que l’ibis ressemble à la cigogne par la forme et par la grandeur 1 2 , et que cet auteur devait bien le connaître , puisqu’il assure que de son temps les rues et les carrefours d’Alexandrie en étaient tellement remplis, qu’il en résultait une grande
1 Avis excelsa, cruribus rigidis, corneo proceroque rostro. Cic. , de Nat. deor. lib. i.
2 Strab, lib. xvu.
SUR LIBIS.
incommodité j mais il en aura parlé de mémoire. Son témoignage ne peut être recevable lorsqu’il contrarie tous les autres , et surtout lorsque l’oiseau lui-même est là pour le démentir.
C’est ainsi que je ne m’inquiéterai guère non plus du passage où Élien rapporte 1 , d’après les embaumeurs égyptiens, que les intestins de l’ibis ont quatre-vingt-seize coudées de longueur. Les prêtres égyptiens de toutes les classes ont dit tant d’extravagances sur l’histoire naturelle, qu’on ne peut pas faire grand cas de ce que rapportait l’une de leurs classes les plus inférieures.
On pourrait encore me faire une objection tirée des longues plumes effilées et noires qui recouvrent le croupion de notre oiseau , et dont on voit aussi quelques traces dans la figure de Tabou hannès de Bruce.
Les anciens , dira-t-on , n'en parlent point dans leurs descriptions , et leurs figures ne les expriment pas ; mais j’ai beaucoup mieux à cet
Æiian. , anim. , lib. x, cap. xxix.
SUR L IBIS
égard qu’un témoignage écrit ou qu’une image tracée. J’ai trouvé précisément les mêmes plumes dans l’une des momies de Saccara ; je les conserve précieusement comme étant à la fois un monument singulier d’antiquité et une preuve péremptoire de fidentité d’espèce. Ces plumes ayant une forme peu commune, et ne se trouvant, je crois, dans aucun autre courlis, ne laissent en effet aucune espèce de doute sur l’exactitude de mon opinion.
Je termine ce mémoire par l’exposé de ses résultats.
i°. Le tantalus ibis de Linné doit rester en un genre séparé avec le tantalus loculator. Leur caractère sera rostrum lœve , validum , arcuatum , apice utrinque emarginatum.
2°. Les autres tantalus des dernières éditions doivent former un genre avec les courlis ordinaires . on peut leur donner le nom de numenius . Le caractère du genre sera rostrum teres , gracile , arcuatum , apice mutico ; pour le caractère spécial du sous-genre des ibis, il faudra ajouter sulco laterali per totam longitudinem exarato »
3°. L’ibis blanc des anciens n’est point l’ibis* de Perrault et de- Buffon , qui est un tant alu s , ni l’ibis d’Hasselquist , qui est un ardea , ni l’ibis de Maillet, qui est un vautour , mais c’est un oiseau du genre numenius, ou courlis, du sous-genre ibis, qui n’avait été décrit et figuré avant moi que par Bruce , sous le nom à'abou hannes. Je le nomme numenius ibis, albus , capite et collo adulti nudis , remigum apicibus , rostro et pedibus ni g ris , remigïbus secundariis elongatis ni g ro- vio la ceis .
4°. L’ibis noir des anciens est probablement l’oiseau que nous connaissons en Europe sous le nom de courlis vert , ou le scolopax facinellus de Linné : il appartient aussi au genre des courlis et au sous-genre des ibis.
5°. Le tantalus ibis de Linné, dans l’état actuel de la synonymie, comprend quatre espèces de trois genres différens , savoir :
i°. Un tantalus, l’ibis de Perrault et de Buffon ;
2°. Un ardea , l’ibis d’Hasselquist ;
3°. et 4°. Deux numenius, l’ibis de Beion et Vox-bird de Shaw.
Qu on juge par cet exemple , et par tant d’autres , de l’état où se trouve encore cet ouvrage du Sjstema naturœ , qu’il serait si important de purger par degrés des erreurs dont il fourmille , et qu’on semble en surcharger toujours davantage, en entassant sans choix et sans critique les espèces , les caractères et les synonymes.
La conclusion générale de tout ce travail est que l’ibis existe encore en Egypte comme au temps des Pharaons , et que c’est par la faute des naturalistes que l’on a pu croire pendant quelque temps que l’espèce en était perdue ou altérée dans ses formes.
Pages.
Exposition. . . . . ....... 4
Première apparence de la terre. .... 6
Premières preuves de révolutions 7
Preuves que ces révolutions ont été nombreuses. . 12 Preuves que ces révolutions ont été subites. . • . . 16 Preuves qu’il y a eu des révolutions antérieures à
l’existence des êtres vivans 18
Examen des causes qui agissent encore aujourd’hui
à la surface du globe 27
Eboulemens 28
Âlluvions 3o
Dunes 32
Falaises 33
Dépôts sous les eaux 35
Stalactites . . ibid.
Lithophytes 36
Incrustations 3 7
Yolcans 4°
Causes astronomiques constantes. /\\
Anciens systèmes des géologistes 44
Systèmes plus nouveaux 47
Divergence de tous les systèmes. . 5 o
TABLE
Pages.
Causes de ces divergences. 53
Nature et conditions du problème ibid .
Raison pour laquelle ses conditions ont été négligées 56
Progrès de la géologie minérale ibid.
Importance des fossiles en géologie 58
Importance spéciale des os fossiles de quadrupèdes. 6 1 Il y a peu d’espérance de découvrir de nouvelles
espèces de grands quadrupèdes 64
Les os fossiles de quadrupèdes sont difficiles à déterminer. . g3
Principe de cette détermination * 95
Tableaux des résultats généraux de ces recherches. 107
Rapports des espèces avec les couches 108
Les espèces perdues ne sont pas des variétés des
espèces vivantes 117
Il n’y a point d’os humains fossiles. ....... i3i
Preuves physiques de la nouveauté de l’état actuel
des continens i3g
Atterrissemens. i4o
Marche des dunes 160
Tourbières et éboulemens . ^ 162
L’histoire des peuples confirme la nouveauté des
continens. . . . . . i65
L’antiquité excessive attribuée à certains peuples
n’a rien d’historique . . 180
zfoO
TABLÉ
l ‘âges.
Les mo nu me ns astronomiques laissés par les anciens ne portent pas les dates excessivement
reculées que Ton a cm y voir. 2^2
Le zodiaque est loin de porter en lui-même une
date certaine et excessivement reculée -27!
Fausses conclusions relatives à certains travaux de
mines. 282
Conclusion générale relative à l’époque de la dernière révolution. ibid.
Idées des recherches à faire ultérieurement en
géologie 284
Résumé des observations sur la succession des
terrains. 288
Enumération des animaux fossiles reconnus par
l’auteur 298
Explication des figures 355
Appendice 35y
Détermination des espèces d’oiseaux nommés ibis par les anciens Egyptiens ibid.